Le signe (*) renvoie à l’index, en fin de texte





télécharger 0.58 Mb.
titreLe signe (*) renvoie à l’index, en fin de texte
page7/24
date de publication20.11.2017
taille0.58 Mb.
typeDocumentos
m.20-bal.com > documents > Documentos
1   2   3   4   5   6   7   8   9   10   ...   24

21 décembre 1941

Ma chère Maman,

Bien reçu ta lettre du 5 ainsi que ton colis du 17 (calot, galons, espadrilles…). Tout y était parfait et somptueux. Je suis heureux pour vous que le froid n’ait pas encore fait son apparition. Il fait anormalement doux. Les 3 000 f. reçus au compte de Papa sont bien les 150 marks versés par moi fin août. Les fauteuils sont peut-être chers mais faites pour le mieux ; quant à la carpette, ne pas l’acheter, c’est bien trop cher. Nous voici à notre 18ème mois de captivité ; notre cran est bien émoussé et aucun espoir de libération ne se dessine alors que la situation se complique. Nous nous préparons à faire 1 petit gueuleton (!) pour Noël avec les moyens du bord, ce qui n’est déjà pas si mal. Par arrangement spécial, nous aurons chacun 1 litre de vin français en 2 fois, car nous n’y sommes plus habitués, quelle bombe ! Nous avons signé 1 adresse de souhaits au Maréchal qui lui sera remise le 1er janvier. J’ai vu le n° de Noël de L’Illustration, cela fait plaisir à voir. La mort de Mme Lenders est triste, cela fera de la peine à Jean. Je ne vous conseille pas le ressemelage en bois articulé, c’es 1 passoire à eau. Heureusement que je me suis payé des sabots. Des travailleurs russes, hommes et femmes, sont venus aux douches près du camp, ils ont des mines peu encourageantes, c’est le moins que l’on puisse dire. Vous ne m’avez jamais parlé de la guerre de Jean Breuillaud ? Apprendre que Legrain et Henry (*) sont au ministère du ravitaillement ne m’a pas étonné ; c’est bien ce que nous pensons tous ici, que ceux qui sont en France et qui n’ont pas fait la guerre se sont emparés des bonnes places que c’est tout juste si on nous demandera pas, à notre retour, ce que nous venons faire ici ! Il y a de quoi être en rogne. C’est curieux que Servin ne réponde pas ? S’est-il passé quelque chose, me reproche-t-il quelque chose ? Je suis inquiet de l’avenir, cette guerre mondiale, la situation délicate de la France tant à l’intérieur qu’à l’extérieur, être prisonnier au moment de se faire 1 situation. Je ferai mon possible à l’avenir pour vous faire mes demandes d’effets en bloc. Bernard a-t-il pu venir voir Geneviève ? Veux-tu leur faire à tous les 2 mes meilleurs vœux. Je pense bien aussi à Cécile ; en cette fin d’année, elle sera encore séparée de Jean. Je te souhaite, ma petite Maman ainsi qu’à Papa, une bonne nouvelle année, puisse-t-elle enfin nous réunir tous ; je sais ce que vous désirez tous les 2 et prierai dans ce but. Ma pensée ira à St Pierre de Chaillot, au Salut de fin d’année traditionnel, alors que nous sommes tous dispersés, Allemagne, Autriche, Vichy, Paris ! Dis à Odile que je lui dais tous mes vœux ; que je prie souvent pour ce qu’elle désire le plus se réalise cette année. Pour moi, tu sais ce que je souhaite : ma libération, 1 situation, 1 foyer, il faut laisser à la Providence le soin de réaliser ces 3 choses. Geneviève ira-t-elle en clinique ? Est-elle pas trop fatiguée ? La vie doit être bien spéciale à Paris, avec ces heures de rentrée dans les maisons. Cette guerre a fait bien du mal. Je te quitte, ma chère petite Maman, en te disant combien je penserai à vous tous. Toujours bonne santé, ça va. Je t’embrasse.
5 janvier 1942

Mon cher Papa,

J’ai été comblé de correspondance ces derniers jours : ta lettre du 23, carte d’Odile du 14 ainsi que cartes Pétain de Maman, Cécile, Marchal, Y.Brunet. Le courrier supplémentaire fait bien plaisir. Dis à Marchal que je le remercie pour cette marque d’amitié et que je luis répondrai dès que j’en aurai la possibilité. Qu’est-ce que Maman, au juste, a au pied ? Elle semble avoir eu bien des ennuis avec son urticaire, engelures, et je suis bien content que cela se tasse. Nous avons eu quelques jours de grand froid, avec neige épaisse, mais maintenant, temps plus doux. Le 31, Salut de fin d’année dans le Grand hall avec allocution. Le 1er janvier, grand messe ; le soir, tous les 6, nous avons été au « cabaret », représentation parfaite de chansonniers, et 1 sketch. Où est le temps des visites du Jour de l’An ! J’ai présenté mes vœux à mon chef de bataillon (Bailly) et à M° Bertin. Mais quelle ironies de se présenter des vœux dans des barbelés ! Vous voyez mieux le cadre de notre chapelle, dans les combles du Bloc 1. Je continue à dessiner, j’ai des couleurs (prêtées) du papier des crayons, je ne manque de rien. Cela passe agréablement quelques heures. Ce sont bien les 100 Marks de fin septembre qui sont arrivés. À ce sujet, 1 erreur a été commise dans l’envoi d’argent de fin septembre, d’1 de mes voisins alphabétiques, Desvernois. La comptabilité du camp a rédigé son mandat ainsi : Mme Desaubliaux, chez M. Tréhon, Ablis (S-et-O) au lieu de mettre le nom de sa femme qui n’a pu toucher son mandat. Je vous signale l’erreur afin que vous soyez au courant en cas de demande de renseignements. Son mandat était de 150 Marks. Mais vous n’avez rien à faire, aucune démarche. Dis à Cécile que je la remercie de tout le mal qu’elle se donne pour nos dossiers, mais c’est si difficile ! De Calan, inspecteur des finances, ancien de Sainte-Croix, est toujours ici ; je sais bien que parfois il suffit d’1 peu de chance, d’être dans 1 catégorie demandée. Ce serait très bien, cette exploitation agricole, bon placement, mais ce doit être cher en ce moment, et crois-tu que nous ayons les connaissances suffisantes la bien gérer ? Dans quelle région ? Ce serait peut-être une sécurité pour l’avenir incertain. J’ai bien assez de tabac et ne suis pas rationné du tout, tu pourrais garder de temps à autre 1 paquet pour toi. Je pense bien à Geneviève et ai offert ma communion du 4 pour elle et sa petite famille présente et à venir. A-t-elle 1 nom préféré ? Bien heureux que Bernard ait pu venir, dommage que ce soit pendant les mesures de police, je suis sûr que le pétrole aura toujours sa place et qu’il faudra raffiner celui, éventuel, de Saint-Gaudens. Profitez-vous de l’ascenseur ? Jean a bien raison d’avoir des sabots, c’est épatant ; vous devriez en acheter, non pas tout en bois, mais avec dessus cuir et semelle, talon de bois, c’est le mieux. J’ai encore de la chance avec mes dents. Situation délicate en Russie, et en Afrique du Nord, le Japon très fort, ne peut que gagner en Extrême-Orient. Si nous sommes obligés de prendre position à cause de l’Afrique du Nord, Paris sera-t-il très sûr ? Mais le Maréchal restera en dehors de tout conflit. Santé parfaite, vous embrasse tous de tout cœur, ainsi que les petits.
19 janvier 1942

Ma chère petite Maman,

Reçu carte Pétain d’Odile, remercie-là de ses affectueuses pensées. Je suis heureux que sa situation l’intéresse et que son patron soit aimable. Remercie-là pour son livre sur 1900. J’en ai beaucoup ici à ma disposition, ce n’est pas la peine que vous m’en envoyiez. Les Sciences-Po vont m’en envoyer encore. Le cake d’Odile était excellent, mais j’ai regretté qu’elle se soit privée de son sucre. Comment s’est passée la réception de Gilles ? Etaient-ils nombreux ? Il doit être bien fier d’avoir 1 vraie bicyclette ! Merci pour Le Chasseur français, cela m’amusera à lire. Je prends des leçons de reliure faites par 1 camarade, c’est intéressant et peut servir, avec 1 outillage restreint et de fortune. Je fais aussi de l’anglais, lis des romans. La femme de M° Bertin est une demoiselle Picot (Suzanne, je crois) qui était à l’Institut de la Madeleine avec Geneviève. Elle aidait sa mère du médecin, à faire des paquets à la mairie du 8° et a vu mon nom, l’a écrit à son mari qui me l’a dit. Il fait froid maintenant, -16°, avec du vent, mais on a chaud à l’intérieur ; pouvez-vous en dire autant ? Pense bien à Geneviève, ira-t-elle en maison de santé ? Avez-vous pu me trouver une brosse à dents ? Pouvez-vous me l’envoyer ? Je pense qu’il s’agit de l’ami de Jean, Vinay, qui encore prisonnier, est nommé conseiller municipal du 17° arrondissement. Soignes-tu bien ta santé, te ménages-tu ainsi que Papa ? C’est votre devoir. Les queues doivent être bien pénibles par ce temps. Nos rassemblements, qui ne durent que 10 à 15 minutes, sont déjà durs. Tes ennuis sont-ils terminés ? Que faîtes-vous le dimanche ? Je ne m’explique pas du tout l’attitude de Servin, qui ne m’a jamais répondu, ne m’a pas envoyé de cartes Pétain, veux-tu me dire s’il y a eu quelque chose ? Le discours de Pétain du 1er janvier a fait de l’effet, nous n’en connaissons pas le texte, mais d’après les articles de la presse, on s’imagine son contenu. La pauvre femme de P. Dupuy n’a pas de chance, il ne manquait plus que cet accident. Kid me paraît en excellent état, me reconnaîtra-t-il à mon retour ? La vie pèse ici, le cadre étant toujours le même. Dire que depuis plus de 18 mois, nous n’avons pas fait plus de 500 m en ligne droite ! Le moral se maintient quand même et la santé est bonne, mais nous serons bien désaxés à notre retour. Hier, cinéma sous le hall, mais comme on y gelait, je n’ai pu y rester longtemps ; d’ailleurs, le film était des plus médiocres. N’avez-vous pas encore reçu mon colis ? Il devrait commencer à arriver. La situation générale est toujours confuse, durs combats en Russie, avance foudroyante des Japonais sur Singapour, aucune réaction des Américains. Les plantations de caoutchouc de l’Indochine se revalorisent, les Anglais détruisant les leurs. Ce seraient peut-être de bonnes valeurs à acquérir. Comment est votre ravitaillement ? J’avais pensé qu’oncles et cousins m’auraient écrit cartes Pétain, c’est 1 déception de plus sur la famille ! Certains parmi nous chassent les alouettes et moineaux avec pièges ou lance-pierre, avec quelque succès. Avez-vous de bonnes nouvelles de Jean ? Bertin toujours très aimable avec moi, mais le vois moins, car sort peu de sa chambre. Vous embrasse tous.
26 janvier 1942

Mon cher Papa,

Reçu carte de Cécile et lettre de Maman du 7. Oui, bien reçu le polycopié. Heureux que vous ayez mon colis, était-il intact ? (Oflags, mes dessins et lettres, Katrina, photos du théâtre, images pour les petits, harmonica). Où es-tu aller le chercher ? Ne vous fatiguez pas à porter les livres chez Schleiter et Basselier. On nous a vendu ici des sabots (3m,50) moches, mais utiles, et des agendas. Content pour la dinde qui a dû améliorer votre pauvre ordinaire ! Maman doit avoir bien des ennuis avec ses engelures et son abcès ; qu’elle ne se surmène pas. Ai reçu carte Pétain de Sol.Prunier. Me suis fait cache-oreilles avec des bouts de calot, épatant, car –20° et vent. Soyez bien prudent par ce froid et couvrez-vous bien quand vous faîtes la queue. Ai envoyé fin janvier 50 Marks. Recevez-vous toujours la délégation ? Dans 3 jours 29 ans, 26 seulement à la mobilisation ! Vais toujours bien, pèse 71kgs, pense à Geneviève en ces derniers jours. Merci des vœux de Bernard. Nous croyons ici, que la situation de la France est assez forte et que 1942 sera bonne pour elle. Vous embrasse tous.
3 février 1942

Ma chère Maman,

Reçu 2 colis, l’1 de Senlis (pastilles Valda…), l’autre contenant les chocolats de tante Guite. Veux-tu la remercier. Très beau colis qui je crains ne vous prive. Pour mes 29 ans (!) ait été à la messe (pénible de se lever dans le noir) et ai arrosé mes amis à la bière comme c’est l’usage. Reçu lettre de Papa du 27/1. Pense bien à tes engelures, bien agaçantes. Prie pour Geneviève afin que tout se passe bien. Très bien si Bernard allait à Saint-Gaudens. Comme Jean, je n’ai que 2 étiquettes colis par mois. Grand froid, -22°, avec grande neige, ici. Vous devez avoir bien froid. Le général Lucien, commandant St-Cyr avant la guerre, est venu prendre le commandement du camp ; bonne impression. Reçu encore 2 livres de Sciences-Po, peu intéressants. J’ai relié 1 livre avec des moyens de fortune. On prend des alouettes au piège pour améliorer le menu. Lis de l’anglais à haute dose, cela me distrait. Dommage pour chute de Geneviève et coqueluche des petits. Suis content de la situation de Odile. Merci encore à Cécile de s’occuper de nous. Vais toujours bien, si possible vous enverra nouvel envoi de livres et dessins. Pense bien à vous tous et t’embrasse.
10 février 1942

Ma chère Odile,

Toujours froid ici, avec neige persistante, hiver bien plus froid que celui de l‘an dernier. Dans notre chambre qui est petite, nous avons chaud, mais dans les grandes de 12, ils vivent en capote bien souvent. Je souhaite qu’il fasse moins froid en France. Maman m’a demandé comment nous avions passé la fête de Noël. Pendant la veillée, nous avons joué au bridge, puis nous avons été écouté des chants de Noël sous le hall par la chorale. J’ai été ensuite entendre 3 messes basse dans la chapelle, où nous n’étions que 10, les autres étant dans le grand hall où il y avait grande cérémonie. Retour à 1 heure dans la chambre, petit réveillon avec tasse de chocolat et pain d’épice ; couchés à 2h. Je sais maintenant relier des livres ; c’est intéressant et ne nécessite pas tellement de matériel. Pour fin février, ai fait 1 envoi de 100 Marks. Vous ai-je dit que les rassemblements étaient annoncés par une sonnerie de clairon allemand ; tout à fait caserne. Ils sont en ce moment à 9h et à 6h1/4. Nous touchons de temps à autre 1 miel erzatz bizarre ; chimiquement pur, disons-nous. Pensez-vous à ma brosse à dents demandée ? J’en aurais bien besoin. Je pense en ce moment bien à Geneviève, c’est le mauvais moment à passer ; les noms choisis sont bien. Avez-vous de bonnes nouvelles de Jean ? Reçoit-il des livres de Sciences-Po ? Voyez-vous Talamon ? Il a eu bien de la chance de se tirer d’ici ! Il y a des jours où l’on se demande quand nous sortirons d’ici et dans quel état ? La captivité n’arrange pas. On arrive quand même à réagir. Santé très bonne mais ce n’est pas 1 vie de rester enfermé ainsi ! Il y a quelques départs individuels, ce sont des industriels rappelés par leur maison qui travaille avec l’Allemagne. Chaque mois environ, départs de malades, mais les places sont prises par les officiers supérieurs. Il ne faut pas être jeune, c’est l’empêchement primordial. Je suis très content pour toi que ton poste de secrétaire où tu réussis et qui t’intéresse. Quelle genre d’affaires t’occupes-tu ? Ton patron est-il industriel, gère-t-il sa fortune ? Bonne affaire ainsi que Becker paye, quid des autres procès ? Voulez-vous remercier Mlle Chirbaud (?) des vivres qu’elle a été assez gentille pour déposer à la maison. Quid de la coqueluche des petits ? Attendent-ils 1 petite sœur ? Et les engelures de Maman, les soigne-t-elle ? Quelle température avez-vous dans les chambres ? Y a-t-il beaucoup de mes disques qui ont été cassés à Senlis ? Sont-ce les bons ? T’amuses-tu un peu ? Comment s’est passé ta réception, qui y avait-il ? Qu’avez-vous fait ? Toutes ces choses m’intéressent, nous sommes si loin de tout cela ici ! Je serai de la 1ère force au bridge en rentrant, bien maigre avantage d’ailleurs. La bibliothèque du camp est très bien montée en ouvrages de toutes sortes (techniques, histoire, géographie, sciences…). Campagne de Russie très dure ; à prévoir combats décisifs au printemps. Les Anglais bien faibles en Afrique. Jeudi prochain, je vais aller au « cabaret » situé dans les combles en auberge normande avec 1 petite scène. On s’y amuse toujours bien, on a évidemment 1 peu le cafard après ; parle-moi 1 peu de la vie que vous menez, qui voyez-vous ? As-tu des nouvelles de Gisèle Polaillon ? Amitiés à Marchal quand tu le verras. Et Denise Herbet ? Sais-tu son adresse? Avez-vous pu me trouver des cols kakis ? Pouvez-vous aussi m’envoyer la serviette déjà demandée ? Pouvez-vous m’envoyer du Glucalcium ou quelque produit similaire, because les dents. Irez-vous à Senlis pour Pâques ? Je t’embrasse ainsi que toute la famille.
20 février 1942

Mon cher Papa,

Vous écris un peu tardivement car retard dans la distribution des lettres. Cela arrive parfois. Reçu carte d’Odile du 29 et lettre de Maman du 5. Suis heureux que coqueluche des petits évolue favorablement, content aussi des nouvelles de Mgr Rivière et de Nounou. Quel est le tuyau crevé Brinquart dont me parle Odile ? L’emploi des Mané est originale et bizarre ! Nous n’avons que 2 étiquettes colis par mois et cela depuis longtemps. Elles sont d’ailleurs depuis ce moi à dater en rouge. Reçu colis d’Odile avec (illisible), et celui de Maman du 2 février avec participation Chabaud et Talamon. Merci à tous. J’ai vu que je suis abonné au Touring Club de France. Avez-vous pu le faire aussi pour Le chasseur français. Les séances du cabaret sont amusantes, nous avons même des acteurs en femmes bien réussies ; il y a des chansonniers, 1 sktech, de la musique. Sommes furieux de la perte du « Normandie ». Je passe mes journées en sabots à cause de la neige/ Je n’ai pas d’engelures, mais plains bien Maman. Les collectifs Pétain sont très variables, moins abondants qu’au début. Nous avons par semaine : 40 biscuits, 1 ou 2 paquets de tabac, du chocolat très variable, quelquefois thon et sardines (1 boîte pour 2). C’est déjà très beau. Le menu réglementaire n’est pas abondant : 1 boule de pain noir, à 5 ou 4, margarine, petite quantité de pâté ou de confiture. Le matin, patates chaudes et quelquefois (illisible). 1 fois par semaine, 1 kg de sucre pour 6. Tisane d’ortie le matin. Heureux que votre ravitaillement soir meilleur, mais où va le poisson ? Il y a des fuites. J’aurais plaisir à acheter 4 livres qui m’intéressent et que j’aurais déjà vus en temps de paix. Ce sont : La Vénerie de Du Fouilloux. Le livre de chasse de Gaston Phoebus de G. Phoebus (14° siècle). Vénerie royale de R. de Salnove, et Traité de vénerie de d’Yauville. Environ 100f le volume. Ces 4 livres forment 1 sorte de collection, bien que chaque libre soit indépendant. Je les ai vus dans la librairie située rue des Écoles, presqu’au coin du bd Saint-Michel. Peut-être y étaient-ils d’occasion ? Tu les trouverais aussi chez « Le Chevalier », 12, rue de Tournon. Dis-moi ce que tu en penses ? J’ai lu 1 livres très intéressant, Ile-de-France, vieille France de Vaillat, chez Plon, parlant de la région de Senlis, veux-tu me l’acheter ? Je te conseille même de le lire. Naturellement, tu conserveras tous ces livres rue Bayard, sans me les envoyer. J’attends avec impatience l’annonce de la naissance et pense bien à Geneviève. Sa glissade aurait pu être mauvaise. Ai vu dans 1 bulletin de Centrale que François Desaubliaux avait épousé Mlle Aline Dausson ? Qu’est devenu le musée de la Vénerie à Senlis ? Il neige toujours. Quelques uns se sont fait des skis. N’avez-vous pas trop froid ? Ai momentanément abandonné l’allemand, bien sévère, mais m’y remettrai. La femme de Basselier est à Verdun chez ses parents. Où vas-tu chercher les colis que je vous envoie ? Serais heureux si Saint-Gaudens marchait pour Bernard. Toujours bonne santé, bon moral, bien que l’avenir ne soit pas rose pour nous. Cette vie en commun, serrés les uns sur les autres, pèse et influence souvent le caractère. C’est 1 rude épreuve, et bien souvent, je pense à ma chambre de Paris, le double de celle d’ici, si calme ! Reçu mercredi les Cendres. Ai vu que le (illisible) est très agréable à fumer, en récoltes-tu ? Merci des dragées d’huile de foie de morue. Comment allez-vous tous au point de vue santé ? L’avoué du Havre Lefèvre est le type du vieux garçon, il a des aventures ici ; nous attendons le soleil et la chaleur, pour nous évader 1 peu de la chambre. T’embrasse ainsi que Maman et les sœurs.
26 février 1942

Ma chère petite Maman,

Reçu carte de Papa du 11. Vous plains bien pour le froid, surtout pour tes pauvres engelures. Cet hiver ne se termine pas, nous avons de la neige. Me rends compte de vos difficultés et souffrances. Merci à Papa pour placements et meubles ; suis les journaux de bourse. Attends nouvelles de naissance. Ai eu un peu mal au foie ces temps-ci, sans gravité, cela va mieux maintenant. Qu’est devenue l’étude du pauvre Raymond ? Les cols envoyés sont parfaits. Quid de la maison de Châtillon ? Que deviennent les grands magasins ? Je crains que nous ne sortions d’ici diminués, aigris, et vieillis ! Vous écris maintenant le jeudi, car léger décalage dans la remise des cartes à écrire. Beaucoup se font faire des dossiers médicaux. Ne connaissez-vous personne à la Croix-Rouge de Genève ? Faut-il essayer ? Vous tenez-vous tous dans la salle à manger ? Ne te fatigues-tu pas trop ? Qui fait la cuisine ? La lessive, le ménage ? Mangez-vous à votre faim ? Je travaille, mais nous sommes mal éclairés le soir, dessine toujours 1 peu. Si tu mettais des peaux d’agneau dans tous souliers contre les engelures ? J’en ai ici. Vous embrasse tous de tout cœur.
9 mars 1942

Ma chère petite Maman,

Je suis encore tout angoissé par cet affreux événement. Les Anglais sont des lâches de s’attaquer à une France désarmée. C’est un pays jugé pour l’histoire. Nos sommes ici fort peu renseignés, ce qui accroît notre angoisse. Je sais que Neuilly n’a pas été épargné, que l’hôpital y a été atteint : tu vois mon inquiétude pour Geneviève ! J’ai calculé qu’elle devait être rentrée rue Bayard de justesse le 1er ou le 2, mais ce ne sont pas des certitudes. Sa clinique était-elle loin de l’hôpital touché ? N’a-t-elle pas eu trop peu dans son état ; et le petit, et Gilles et Jean-Michel ? Et vous tous ? Quel cauchemar pour vous, surtout si Geneviève était encore à la clinique, pour Cécile toute seule chez elle, entendant tomber les bombes et ne sachant pas où ! Quelle épreuve ! Pour moi, chaque jour je prie, j’ai communié vendredi 6 pour vous. J’attends de vos nouvelles, quelle épreuve ! La France n’a-t-elle pas suffisamment souffert ? Nous avons appris le bombardement le 5, mais sans détail. Je crains que ces lâches ne recommencent, car c’est 1 moyen facile pour eux et sans crainte de représailles, de faire pression sur le Maréchal. Il serait plus prudent pour vous d’aller à Senlis. Que de difficultés encore pour vous et de décisions à prendre. Y a-t-il des abris à Paris ? En avez-vous ? Et le cynisme du message de Churchill après le forfait ! J’ai revécu cette nuit atroce que vous avez dû passer. Comment supportes-tu tout cela, n’es-tu pas commotionnée ? Et Papa ? Nous recevons à l’instant des journaux relatant l’attentat, mais sans grande précision : je n’ai qu’à attendre. Quelle sera la réaction du gouvernement ? C’est d’un délicat et gros de conséquence. Enfin, soyez bien prudents, et n’hésitez pas à aller à Senlis. Pendant ce temps, je me faisait arracher 1 dent le 4 mars. C’était l’avant-dernière molaire gauche du bas, que Montasse (?) m’avait soignée en 39, et qui nécessitait d’après lui 1 couronne, 1 an après. Elle a duré jusqu’à maintenant, ce qui n’est pas mal, mais l’infection s’était mise dessous et je souffrais beaucoup depuis 2 jours quand j’ai été voir le dentiste du camp qui n’est pas mal. Il a vu qu’il y avait du pus et me l’a arrachée séance tenante à midi. J’ai beaucoup souffert l’après-midi et offrais mes souffrances pour vous, sans savoir l’horrible chose de la veille. Je ne souffre plus du tout maintenant, et tout va bien ; donc pas d’inquiétude à avoir. Je fais des bains de bouche au désinfectant et ça se guérit. Le 7, 70 officiers malades sont partis, rapatriés. Cela fait quelque chose, surtout que le moral est très bas en ce moment. On en a tous par-dessus le dos et on n’en voit pas la fin. Je me suis abonné ici au Chasseur français pour 3 mois à dater du 1er avril. Dis-moi si vous m’y avez abonné en France, sinon je continuerai à m’abonner ici. Je me suis inscrit pour acheter à titre remboursable par la Croix-Rouge, 1 veste, 1 chemise, 1 paire souliers. Donc je suis bien couvert. Aujourd’hui, soleil radieux et dégel. Nous ne touchons pratiquement pas de viande, quelques fibres dans la sauce… Peux-tu m’envoyer la serviette demandée ? À la collection de vénerie signalée à Papa, il y a 1 5ème ouvrage, Le livre de chasse du Roy Modus (?). Je pense bien à vous tous, donnez-moi vite de vos nouvelles, de Geneviève ? Pour moi, ça va. Je t’embrasse de tout cœur ainsi que tous. Apprends à l’instant nouveau bombardement.
23 mars 1942

Mon cher Papa,

Bien reçu ta lettre du 11, reçue le 18 ; en ai été heureux, n’ayant pas de vos nouvelles depuis le 18 février. Je commençais à m’inquiéter. Je suis bien désolé pour cette pauvre petite Maman, elle doit bien souffrir et vouloir quand même se forcer à marcher. Je souhaite que la température plus clémente la remette d’aplomb. Tant mieux pour Geneviève et son petit, si tout va bien. Resterez-vous définitivement à Senlis à Pâques ? Ce serait peut-être préférable. Combien cette vie doit être compliquée pour vous, surtout avec ces nouveaux rationnements et réglementations de toutes sortes. Entendu naturellement pour la chemise dont tu me parles, utilise ce qui peut te manquer et t’être utile parmi mes affaires. Il s’agit de tenir le coup et de durer pour le moment. Merci de t’occuper toujours de mes placements ; les 3 000 frs. reçus représentent le versement de fin décembre. Les fauteuils en rayonne beige ne me tentent pas beaucoup. Je préfèrerais attendre et en avoir en cuir : qu’en penses-tu ? J’ai vu une vente à l’hôtel Drouot pour le 23, où on en vendait. J’aimerais aussi un bureau, genre du tien, mais soit un peu plus rustique, soit alors de style un peu ancien. Je sais que ce n’est guère facile pour toi, mais fais pour le mieux. J’aimerais aussi bien 1 bibliothèque de bois clair, solide, genre de celle du bureau de Paris. Beaucoup de ventes en effet à l’hôtel Drouot en ce moment. Je suis cela dans La vie industrielle que Basselier reçoit. Dommage pour Pierre Margueritte (*) mais peu intéressant jusqu’à sa mort, alors qu’il aurait pu faire plaisir dans sa famille. Peux-tu me dire quels sont les livres que vous avez pu m’acheter car je ne m’y reconnais plus et aimerais avoir la liste. Le mariage de François Desaubliaux est évidemment original et hâtif ! Pense bien à Odile et Cécile qui doivent se dépenser en cette période de naissance. Je fais toujours du dessin, des études de mains, jambes ; ça me distrait beaucoup. Je viendrai peut-être cet été à la botanique, il y a des livres ici sur cette branche ; la bibliothèque camp est en effet bien composée. Le tusillage (?) s’appelle aussi « pieds d’âne », croît dans des fossé humides, on en récolte au printemps les étamines que l’on fait sécher ce qui donner 1 goût de tabac d’Orient. Le mélilos (?) et le topinambourg (les feuilles) bons à fumer, paraît-il, mais ce ne sont que des mélanges à faire avec du tabac, paraît-il ? Veux-tu demander à Maman s’il est d’usage de faire 1 petit cadeau à la mère ou à l’enfant (à Geneviève, à Dominique), si oui, qu’elle s’en charge. Nous avons 1 petit jardin pour la chambre d’environ 5m x 4m où nous planterons des radis et des salades, nous aurons des graines que nous achèterons ici, donc ne pas en envoyer. Toujours bonne santé, bon appétit. Lis de l’histoire et note ce que je trouve sur Senlis et des environs ; tout ce qui est du pays m’intéresse, fait revivre d’heureux souvenirs et m’évade de cette atmosphère odieuse à la longue. La situation de la France est bien noire et incertaine, je crois qu’il y aura des événements décisifs au printemps. Tous les vendredi depuis le mercredi des Cendres, je vais au Chemin de Croix dont j’aime l’ambiance. Vous ne m’avez pas dit l’importance de linge dérobé à Senlis ? Et les affaires de camping ? Y a-t-il toujours des visiteurs à Senlis ? Nombreux ? Les petits sont-ils sages, travaillent-ils bien ? Cécile a bien raison de préparer un nouveau dossier pour Jean. Pour moi, je crains d’être trop jeune, mais on ne sait jamais. Une nouvelle ère de restrictions a l’air de commencer aussi bien chez vous que chez nous. Comment avez-vous trouvé Bernard ? Est-il en bonne former ? Et ta santé ? Hier, journée de printemps, fraîche mais belle. Ce matin, causerie au cercle de chasse sur la chasse à courre. Évocations de bons souvenirs de liberté ! Question nourriture et tabac, ça va pour le moment. Je t’embrasse de tout cœur ainsi que Maman.
30 mars 1942

Ma chère Maman,

Le courrier est bine lent en ce moment, où je crains que certaines lettres ne se soient perdues. Enfin, voici le printemps, avec le soleil bien qu’il fasse encore frais. Peux-tu m’envoyer 5 lames de rasoir « Gibbs minces» de préférence, et un peu de laine bleue marine pour réparer mon pull ? Merci beaucoup des colis du 7 mars avec haricots (excellente idée), serviette TCF… mais je crains toujours que vous ne preniez sur vos parts pour confectionner ces colis. Ici, comme en France, je pense, l’ordinaire a diminué sensiblement ; en tout cas toujours bonne santé. Engraisses-tu un peu, ne te surmènes-tu pas trop. J’espère que le séjour à Senlis sera profitable, pourquoi ne pas y rester ? Les sandales que tu m’as envoyées sont trop petites (42) ; je me souviens en avoir de vieilles blanches à Senlis, cela me suffira bien ici, même si elles sont usagées. Peux-tu m’en envoyer ? En tout cas, si tu en achètes, demandes-en pour 1 pointure de chaussure, 43 cela fera du 44 en espadrilles. Je tâcherai de te renvoyer les autres dans 1 colis. Au cinéma, avons eu Bel Ami, fort douteux, mais cela distrait. T’embrasse de tout cœur ainsi que tous.
3 avril 1942, Vendredi Saint

Ma chère petite Maman,

Bien reçu lettre d’Odile du 16 et ta carte du 19. Je suis bienheureux de savoir que Geneviève se remet normalement et que le petit dernier pousse bien. Avez-vous des photos de lui ? À quel cours vont les 2 grands ? Dommage que Saint-Gaudens ne marche pas, Geneviève aurait pu être enfin avec Bernard. Et maintenant ta santé : tu dois bien souffrir, ma petite Maman. Les piqûres te soulagent-elles ? Ne peux-tu pas sortir, peux-tu marcher ? Quel docteur as-tu été voir ? Dis-moi bien la vérité. Je prie pour toi et espère que ton séjour à Senlis t’aura permis de te refaire 1 peu ; as-tu un peu engraissée ? Surtout, ménage-toi, ne te surmène pas. J’aimerais pouvoir t’aider, mais ici, dans ce maudit camp, je ne peux que prier. J’attends de toi, ma chère Maman, un bulletin de santé en règle. Je vous recommande ne n’écrire que sur les lignes, la censure du camp l’a rappelé. Cécile fait bien de constituer 1 dossier Croix-Rouge pour Jean ; il peut avoir des chances avec son âge. Pour moi, on peut toujours essayer, j’attends tes détails pour aller voir le toubib. Ma cela va te créer encore 1 occupation de plus. Nous en avons tous plein le dos de ce camp. Toujours pas de photo de moi à vous envoyer, peut-être au printemps. Veux-tu demander Papa de m’envoyer 1 toute petite quantité de graines de radis et de salade (1 dé à coudre de chaque sorte suffit bien, nous en demandons chacun à nos familles respectives pour notre petit jardin). Que devient votre élevage lapins et poules ? S’es-t-il développé ? Très content du poste d’Odile où elle réussit. Son patron, qui semble gentil avec elle, peut lui être très utile par ses relations. Demande-lui s’il n’y a pas quelque chose que je pourrais lui offrir et qui lui fasse plaisir, cela me fera plaisir à moi aussi. Elle semble très occupée, ce qui n’est pas mal, car on ne s’ennuie pas. Ici, on comprend que savoir s’occuper n’est 1 vain mot. Que pense Papa de mes achats de livres ? S’il ne trouve pas que c’est de l’argent médiocrement employé, j’ai d’autres titres de livres à lui indiquer. Parfois je ne peux lire le nom des généreux donateurs de conserves dans mes colis. Il se peut que le nom m’échappe car on ne nous laisse pas la liste contenue dans le paquet. Vrai temps de Semaine Sainte. Je suis les Offices et ne peux m’empêcher de songer aux vacances quand nous étions jeunes. Le Chemin du Croix du Vendredi Saint, le sermon du soir, la chasse à courre du Samedi Saint, le jour de Pâques ! Que c’est loin et différent de notre vie actuelle ! Toujours bonne santé, ma dente arrachée n’a été qu’1 incident sans suite. Je suis en très bons termes avec mon confesseur, le père de Joffre, sulpicien à Bordeaux, je parle fréquemment avec lui, ça soutient le moral. Comment va santé de Papa, ses soucis ? Chaque jour, je prie pour la famille et demande à Dieu de la protéger. La Providence ne peut que veiller sur vous qui avez toujours fait le bien. Le jour de Pâques, je communierai à ton intention afin que tu te rétablisses rapidement. Vous avez raison pour Le Chasseur français qui ne paraît plus. Les dragées d’huile de foie de morue me font du bien. Le beau-frère de Geneviève ne peut-il d’Algérie, vous envoyer des colis ? Ils ne sont pas très rationnés là-bas et les colis familiaux sont rétablis ? J’ai 1 colis demain. Je vous envoie par ce même courrier les 2 étiquettes colis de ce mois. Promets-moi, ma chère Maman, de te ménager, de ne pas aller au-delà de tes forces. 4 officiers rappelés cette semaine. Nous voyons défiler à côté du camp, à l’épouillage, des Russes, hommes et femmes, d’Ukraine, travailleurs volontaires de ce pays. Je t’embrasse de tout cœur ainsi que tous.
20 avril 1942

Mon cher Papa,

Bien reçu carte d’Odile et de Geneviève. Ce doit être en effet bien difficile pour les Bernard de trouver quelque chose à louer près de V. Tout doit être occupé déjà. Qui est cette Chantal Bardin dont me parle Odile ? Mes cheveux ne sont pas très forts, il y en a encore, mais il est évident qu’ils tombent. Dents et foie vont fort bien. Je pense que tu dois planter et bêcher ferme, ce qui doit te fatiguer un peu. Quand serai-je là pour t’aider ? Quel est l’état d’esprit des gens à Senlis ? As-tu mis en culture les pelouses et le tennis ? Suis très heureux que Maman aille mieux, le séjour à Senlis ne peut que lui faire du bien. C’est bien ennuyeux que Mme Alargent (?) ne puisse reprendre Kid. Je serais très navré s’il fallait nous en séparer, car j’y suis très attaché. Qu’Odile fasse tout son possible pour arriver à le mettre en pension quelque part, je paierai sa pension, même si elle est élevée. Est-ce à Paris que s’est fait le recensement des prisonniers ? N’écrivez que sur les lignes, en laissant 1 petite marge comme la mienne, la censure insiste sur ce point en ce moment. J’ai vu dans Le Petit Parisien les fiançailles de Bernadette. Où son fiancé est-il en garnison ? Quel âge a-t-il ? A-t-il fait la guerre ? Encore 1 épreuve pour ceux qui attendent ce bonheur. La plupart des ordonnances sont parties travailler dans les usines et dans les champs, il n’en reste que peu au camp. Le nouveau ministère Laval marque 1 nouvelle orientation de la politique grave de conséquence. Quelle sera la réaction anglaise ? Il faut toujours se méfier avec eux. Le Maréchal a dû agir pour le mieux, je crois d’ailleurs Laval bon français et très adroit. L’avenir s’obscurcit un peu plus, le printemps et l’été seront décisifs. J’ai vu que Lesourd (*) est installé quai d’Orsay. Hier, M° Bertin est venu faire 1 bridge dans la chambre, il est tout à fait gentil. Avez-vous des nouvelles de Jean ? Ici beau temps en général, mais toujours vent. On peut tout de même aller au soleil et aller se promener. Que dis-tu de la Bourse, des valeurs ? Tes locataires ? Que devient la rue des Jeûneurs ? Russes, hommes et femmes, continuent à défiler quotidiennement à l’épouillage, il y en a 1 nombre considérable ! Veux-tu me dire si vous pouvez m’envoyer du cuir pour ressemeler mes chaussures ? Si ce n’est pas trop cher, et dans l’affirmative, et si ce n’est pas pour vous source de difficulté, je vous enverrai les mesures de mes semelles. Tes outils de jardinage et ceux de la sellerie sont-ils restés ? Toujours bonne santé, mais on est tous très nerveux. Beaucoup d’incidents entre officiers à ce sujet, c’est inévitable depuis 2 ans parqués comme nous sommes ! Tu peux dire à Odile que si elle trouve en solde quelques disques de danse à 1 prix avantageux, et il doit y en avoir, elle peut en acheter (des Charlie Kuntz, Revellers, Jack Smith…). Avons reçu de la Croix-Rouge, 4 boîtes de singe pour 6, il y a longtemps que nous n’en avions eu, délicieux, ainsi que du chocolat et dattes ; ça améliore bien nos faibles rations. Et toi, mon cher Papa, comment vas-tu ? Manges-tu à peu près à ta faim ? Y a-t-il encore 1 camp de prisonniers à Senlis ? Comment va Jean Auguste-Dormeuil ? Est-il rétabli ? On en a tous plein le dos de la captivité ; espérons que nous en verrons bientôt la fin. T’embrasse ainsi que tous.
4 mai 1942

Ma chère petite Maman,

Suis heureux que tu te remettes de tes ennuis. Peux-tu marcher et te chausser enfin normalement ? Comme je le disais dans la carte à Cécile, j’ai reçu le colis du 31, avec Tricolaine, beurre est bienvenu, merci à Geneviève du lait. Ne m’envoie plus de petits mouchoirs avec le sucre, j’en ai suffisamment ici, gardez-les à la maison. Que devient la rubéole des petits ? Le tennis peut-il être cultivé, le cran (?) et l’empoisonnement ne gênent-ils pas ? J’aimerais pouvoir aider Papa ; comme il me dit, j’aspire à 1 vie simple, loin de tout, être au calme et libre ! Nous avons pu avoir ici quelques graines, radis, salades, carottes. Mais il fait encore froid la nuit et même le jour. C’est formidable la différence de climat entre la France et ici. Il n’y a pas pour ainsi dire de printemps ici. Je me suis documenté sur la culture des lentilles qui n’est pas difficile. Les Chaisemartin (*) sont très gentils et leur complaisance ne m’étonne pas. Robert, le frère de Charles, est-il prisonnier ? Quel est le moral de Roger ? Il doit avoir 1 vie physique dure mais saine, mais il sort, se promène en liberté relative, c’est ce qui nous manque à nous, toujours dans le même décor. Que pense-t-il ? Je crois que la pauvre Mimi est bien fatiguée, Patricia est de santé plus robuste, surtout aidée par Antoinette à qui rien ne peut arriver d’ennuyeux. Veux-tu dire à Odile de conserver, si elles ne les a jetés, les débris des disques cassés à Senlis. Dans mon armoire à Paris, dans 1 grand carton, dans 1 pochette de papier, il y a des morceaux d’étoffe de ma vareuse militaire, peux-tu me l’envoyer ? Avez-vous vu l’évasion du général Giraud ? Veux-tu me dire ton poids et celui de Papa ? Prenez-vous des fortifiants ? Soignez-vous bien, je vous en supplie. Content que les reins de Papa se fassent oublier, même avec l’effort qu’il fournit dans le jardin. Nous avons maintenant des censures à l’arrivée du courrier. De même, il y a des civils aux colis. Je suis ennuyé du nombre des alertes sur Paris, qui augmentent. Le dernier raid a même été sérieux. Il paraît que la DCA a été renforcée, est-ce exact ? L’exposition de la Révolution nationale a ouvert ses portes le 1er mai. Elle représente 1 effort magnifique qui n’impressionne pas seulement que nous. Les principaux stands sont « L’empire », « La propagande », « La jeunesse », « L’enfance », « L’organisation professionnelle », « L’agriculture », « La constitution », « Le travail ». Il y a des maquettes (usines, écoles, stades, croisement de Rocquencourt, pont de Plougastel, locomotives, le Potez 161), des dioramas des colonies, de camps de jeunesse… Le tout avec le goût français. Discours du général lors de l’inauguration, messe chantée ; elle durera du 1er au 18, visite de stands de 10h à 12h, théâtre, cabaret, concerts le soir, jazz à 5h1/2. C’est très distrayant, surtout qu’il pleut. Je pense qu’il y aura des photos que je pourrai envoyer. J’ai pris 1 carte permanente à 5 Marks me donnant droit à toutes les représentations. Nous sommes environ 900 à en avoir pris. Ci-joint, panorama de la crèche, le petit cheval au centre a été gagné par notre chambre en loterie, et orne le dessus de notre porte. C’est 1 gardian de Camargue. Je vais très bien, dort et mange parfaitement. On se fait aux paillasses qui sont bien dures. Nous attendons les heures décisives, proches maintenant. Je pense à vous bien souvent, dans ces jours de cafard que sont les fêtes. T’embrasse de tout cœur.
11 mai 1942

Mon cher Papa,
1   2   3   4   5   6   7   8   9   10   ...   24

similaire:

Le signe (*) renvoie à l’index, en fin de texte iconLecture analytique d’un texte
«ardeur» (L. 13) renvoie à la couleur, à l'éclat, au plaisir ici visuel éprouvé à la vue de cette braise. IL s'appuie sur une syllepse...

Le signe (*) renvoie à l’index, en fin de texte iconConcevoir l’index d’un livre : histoire, actualité, perspectives...
«combien de jours prévoir pour construire un index ?» Cherchez sous «Planifier la construction d’un index» ou sous «Calculer»). Le...

Le signe (*) renvoie à l’index, en fin de texte iconRapport Technique Modifications du code source dues à l'implémentation de la caméra
«over the shoulder» nous avons besoin de définir l'entité sur laquelle est braquée la caméra. Nous utilisons l'index du monstre dans...

Le signe (*) renvoie à l’index, en fin de texte iconTrès souvent, la solution est écrite à la fin de l'énigme, en blanc...

Le signe (*) renvoie à l’index, en fin de texte iconTrès souvent, la solution est écrite à la fin de l'énigme, en blanc...

Le signe (*) renvoie à l’index, en fin de texte iconTrès souvent, la solution est écrite à la fin de l'énigme, en blanc...

Le signe (*) renvoie à l’index, en fin de texte iconLe traitement de texte
«traiter» du texte, c’est-à-dire de modifier un texte pour lui donner le contenu et l’aspect désirés. IL ne faut pas confondre ce...

Le signe (*) renvoie à l’index, en fin de texte iconAttention : ceci est un cours qui emprunte la forme d’un commentaire...
«tragique effondrement des Muffat» à la fin du chapitre — d’une exclusion de la tonalité tragique

Le signe (*) renvoie à l’index, en fin de texte iconObjectif du projet icar : Index Cardiovasculaire Automatisé de Risque

Le signe (*) renvoie à l’index, en fin de texte iconArticle 1er
«administration» est entendu au sens générique. IL renvoie à chacune des préfectures concernée par le lot





Tous droits réservés. Copyright © 2016
contacts
m.20-bal.com