Leçon 1 16 Novembre 55





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LACANPsychoses

1955-56

Ce document de travail a pour sources principales :

  • Les psychoses..., sur le site E.L.P. (sténotypie).

  • Les psychoses..., document au format « thèse universitaire ».


Ce texte nécessite l’installation de la police de caractères spécifique, dite « Lacan », disponible ici :

http://fr.ffonts.net/LACAN.font.download (placer le fichier Lacan.ttf dans le répertoire c:\windows\fonts)

Les références bibliographiques privilégient les éditions les plus récentes. Les schémas sont refaits.

N.B.  Ce qui s’inscrit entre crochets droits [ ] n’est pas de Jacques LACAN.

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Sigmund FREUD : Über den Gegensinn der Urworte
Sigmund FREUD : Der Realitätsverlust bei Neurose und Psychose
Sigmund FREUD : Neurose und Psychose
Sigmund FREUD : Die Verneinung
16 Novembre 1955 Table des séances


Comme vous l’avez appris, cette année commence la question des psychoses. Loin qu’on puisse parler d’emblée

du traitement des psychoses, et encore moins du traitement de la psychose chez FREUD, ce qui littéralement

se réduit à néant, car jamais FREUD n’en a parlé, sauf de façon tout à fait allusive.
Nous allons d’abord essayer de partir de la doctrine freudienne pour voir en cette matière ce qu’il apporte,

puis nous ne pourrons pas manquer, à l’intérieur même de ces commentaires, d’y introduire - dans les notions que nous avons déjà élaborées au cours des années précédentes - tous les problèmes actuels que posent pour nous les psychoses :


  • problèmes de natures clinique et nosographique d’abord, dans lesquels il m’a semblé que peut-être tout le bénéfice que peut apporter l’analyse, n’avait pas été complètement dégagé,




  • problème de traitement aussi : assurément, c’est là que devra déboucher notre travail cette année.


Puisque aussi bien ce point de mire…

et assurément ce n’est pas un hasard, mettons que ce soit un lapsus : c’est un lapsus significatif

…ce point de mire déjà nous pose une question qui est une sorte d’évidence première, comme toujours

le moins remarqué est dans ce qui a été fait, dans ce qui se fait, dans ce qui est en train de se faire.

Quant au traitement des psychoses, il est frappant de voir qu’il semble qu’on aborde beaucoup plus volontiers,

qu’on s’intéresse d’une façon beaucoup plus vive, qu’on attende beaucoup de résultats, de l’abord des schizophrénies, beaucoup plus que de l’abord des paranoïas.
Je vous propose en manière de point d’interrogation cette remarque dès maintenant. Nous resterons peut-être un long moment à y apporter la réponse, mais assurément elle restera sous-jacente à une bonne part de notre démarche, et ceci dès le départ. En d’autres termes la situation un peu privilégiée, un peu nodale - au sens où il s’agit d’un nœud,

mais aussi d’un noyau résistant - la situation des paranoïas est quelque chose, et ce n’est certainement pas sans raison que nous en avons fait le choix pour aborder, pour commencer d’aborder, le problème des psychoses

dans ses relations avec la doctrine freudienne.
En effet ce qui est frappant d’un autre côté, c’est que FREUD s’est intéressé d’abord à la paranoïa

il n’ignorait pas bien entendu la schizophrénie ni ce mouvement,

lui qui était contemporain de l’élaboration de la schizophrénie

…il est très frappant et très singulier que - s’il a certainement reconnu, admiré, voire encouragé les travaux autour de l’école de Zurich, et mis en relation les concepts et la théorie analytique avec ce qui s’élaborait autour de BLEULER - FREUD en soit resté assez loin.
Et pour vous indiquer tout de suite un point de texte auquel vous pourrez vous reporter, nous y reviendrons d’ailleurs mais il n’est pas inutile que vous en preniez connaissance dès maintenant, je vous rappelle qu’à la fin

de l’observation du cas SCHREBER, qui est le texte fondamental de tout ce que FREUD a apporté concernant

les psychoses, texte majeur, vous y verrez de la part de FREUD la notion d’une « ligne de partage des eaux », si je puis m’exprimer ainsi, entre paranoïa d’un côté, et d’un autre tout ce qu’il aimerait, dit-il, qu’on appelât « paraphrénie »…

et qui correspond très exactement au terme qu’il voudrait bien, lui FREUD, qu’on donne au champ

à proprement parler des schizophrénies, ou encore ce qu’il propose qu’on appelle champ des schizophrénies

dans la nosologie analytique

paraphrénie qui recouvre exactement toute la démence. Je vous indique les points de repère qui sont nécessaires

à l’intelligence de ce que nous dirons dans la suite.
Donc pour FREUD, le champ des psychoses se divise en deux : psychoses à proprement parler...

pour savoir ce que cela recouvre à peu près dans l’ensemble du domaine psychiatrique, psychose cela n’est pas démence. Les psychoses, si vous voulez - il n’y a pas de raison de se refuser le luxe d’employer ce terme -

ça correspond à ce que l’on a appelé toujours, et qui continue d’être appelé légitimement « les folies »

…dans le domaine de la folie FREUD fait deux parts très nettes, il ne s’est pas tant mêlé de nosologie - en matière

de psychoses - que cela, mais là il est très net, et nous ne pouvons pas tenir cette distinction, étant donné la qualité

de son auteur, pour tout à fait négligeable.

Je vous fais remarquer au passage qu’en ceci, comme il arrive, nous ne pouvons que remarquer

qu’il n’est pas absolument en accord avec son temps, et que c’est là l’ambiguïté :

  • soit parce qu’il est très en retard,

  • soit au contraire parce qu’il est très en avance.


Mais à un premier aspect il est très en retard. En d’autres termes, l’expansion qu’il donne au terme de paranoïa,

il est tout à fait clair qu’on va beaucoup plus loin qu’à son époque on ne donnait à ce terme.
Je donne quelques points de repère pour ceux qui ne sont peut-être pas familiers avec ces choses.

Je ne veux pas vous faire ce qu’on appelle l’historique de la paranoïa depuis qu’elle a fait son apparition

avec un psychiatre disciple de KANT au début du XIXème siècle. C’est tout à fait une incidence épisodique.
Le maximum d’extension de la paranoïa, c’est justement le moment où la paranoïa se confond à peu près

avec ce qu’on appelle « les folies », qui est le moment qui correspond à peu près à l’exemple

des soixante dix pour cent des malades qui étaient dans les asiles et qui portaient l’étiquette « paranoïa ».

Ça voulait dire que tout ce que nous appelons psychoses ou folies étaient paranoïas.
Mais nous avons d’autres tendances en France à voir le mot paranoïa pris, à peu près identifié avec le moment

où il a fait son apparition dans la nosologie française…

moment extrêmement tardif : ça joue sur une cinquantaine d’années

…et où il fut identifié à quelque chose de fondamentalement différent comme conception, de tout ce qu’il a représenté dans la psychiatrie allemande.
En France ce que nous appelons un paranoïaque…

ou tout au moins ce qu’on appelait un paranoïaque avant que la thèse d’un certain Jacques LACAN

sur « Les psychoses paranoïaques dans leurs rapports avec la personnalité », ait tenté de jeter un grand trouble dans

les esprits, qui s’est limité à un petit cercle, au petit cercle qui convient : on ne parle plus des paranoïaques comme on en parlait auparavant

…à ce moment-là c’était « la constitution paranoïaque », c’est-à-dire que c’était des méchants, des intolérants,

des gens de mauvaise humeur : orgueil, méfiance, susceptibilité, surestimation de soi-même,

telle était la caractéristique qui faisait pour tout un chacun le fondement de la paranoïa.
À partir de quoion était plus simple, tout s’expliquait : quand il était par trop paranoïaque, il arrivait à délirer.
Voilà à peu près - je ne force en rien - où nous en étions en France, je ne dis pas à la suite des conceptions

de SÉRIEUX et CAPGRAS1

parce que si vous lisez, vous verrez qu’au contraire il s’agit là d’une clinique très fine qui permet précisément de reconstituer les bases et les fondements

de la psychose paranoïaque telle qu’elle est effectivement structurée

…mais plutôt à la suite de la diffusion de l’ouvrage dans lequel, sous le titre « La Constitution paranoïaque » 2,

Monsieur GENIL-PERRIN avait fait prévaloir cette notion caractérologique de l’anomalie de la personnalité constituée essentiellement dans une structure qu’on peut bien qualifier - aussi bien le livre porte la marque et le style de cette inspiration - de « structure perverse du caractère » et comme toute perversion, il arrivait qu’il sorte des limites

et qu’il tombe dans cette affreuse folie qui consistait simplement dans l’exagération démesurée de tous les traits

de ce fâcheux caractère.
Cette conception, vous le remarquerez, peut bien s’appeler une conception psychologique, ou psychologisante,

ou même psychogénétique de la chose. Toutes les références formelles à une base organique de la chose,

au tempérament par exemple, ne changent en rien ce que nous pouvons appeler « genèse psychologique » :

c’est précisément cela, c’est quelque chose qui s’apprécie, se définit sur un certain plan, et ensuite les relations,

les liens de développement se conçoivent d’une façon parfaitement continue, dans une cohérence qui est autonome, propre, qui se suffit dans son propre champ, et c’est bien en somme de science psychologique qu’il s’agit,

quelle que puisse être d’un autre côté la répudiation d’un certain point de vue que l’on trouvait sous la plume

de son auteur, ça n’y changerait rien.
J’ai donc essayé dans ma thèse, d’y introduire une autre vue. À ce moment-là j’étais encore assurément

un jeune psychiatre, et j’y fus introduit pour beaucoup par les travaux, l’enseignement direct et, j’oserai même dire

la familiarité de quelqu’un qui a joué un rôle très important dans la psychiatrie française à cette époque,

et qui est Monsieur DE CLÉRAMBAULT.
Monsieur DE CLÉRAMBAULT…

j’évoque sa personne, son action, son influence et son nom dans une causerie introductive

de notre champ pour ceux d’entre vous qui n’ont de son œuvre qu’une connaissance moyenne

ou approximative, ou par ouïe-dire, et je pense qu’il doit y en avoir un certain nombre

…passe pour avoir été le farouche défenseur d’une conception organiciste extrême, et assurément c’était là en effet

le dessein explicite de beaucoup de ses exposés théoriques.
Néanmoins, je crois que c’est là que peut tenir la perspective sur l’influence qu’a pu avoir effectivement,

non seulement sa personne et son enseignement, mais aussi la véritable portée de cette découverte,

puisque aussi bien c’est une œuvre qui, indépendamment de ses visées théoriques, a une valeur clinique concrète

d’une nature considérable : le nombre de syndromes - pour donner à ce terme le sens le plus vague - cliniques descriptifs qui ont été repérés par CLÉRAMBAULT, et d’une façon complètement originale et nouvelle,

qui sont dès lors intégrés au patrimoine psychiatrique de l’expérience psychiatrique, est considérable.
Et dans l’ordre des psychoses, CLÉRAMBAULT reste absolument indispensable, il a apporté des choses extrêmement précieuses qui n’avaient jamais été vues avant lui, qui n’ont même pas été reprises depuis.

Je parle des psychoses toxiques, déterminées par des toxiques : éthéromanie, etc.
La notion de l’automatisme mental est apparemment polarisée dans l’œuvre de CLÉRAMBAULT,

dans son enseignement, par le souci de démontrer le caractère fondamentalement anidéïque comme il s’exprimait, c’est-à-dire non conforme à une suite d’idées - ça n’a pas beaucoup plus de sens dans le discours de ce maître -

de la suite des phénomènes dans le développement ou l’évolution de la psychose.
On peut déjà remarquer que rien que ce repérage du phénomène en fonction d’une espèce de compréhensibilité supposée :

  • c’est à savoir qu’il pourrait y avoir une continuité qu’on appellerait l’idée,

  • c’est à savoir que la suite des phénomènes, de la façon dont je vous ai indiqué le paranoïaque avec son développement délirant, ce serait quelque chose qui irait de soi,

…de sorte qu’il y a déjà une espèce de référence à la compréhensibilité, et presque pour déterminer ce qui justement

se manifeste pour faire une rupture dans la chaîne, et se présentait justement comme un cas béant,

comme quelque chose d’incompréhensible et quelque chose qui ne joint pas maintenant avec ce qui se passe après.
C’est là une assomption dont il serait exagéré de dire qu’elle est assez naïve, puisqu’il n’y a pas de doute,

il n’y en a pas de plus commune. Et tout de même pour beaucoup de gens…

et je le crains, encore pour vous, tout au moins pour beaucoup d’entre vous

…la notion qui a constitué le progrès majeur de la psychiatrie, depuis qu’a été introduit ce mouvement d’investigation qui s’appelle l’analyse, consisterait en la restitution du sens à l’intérieur de la chaîne des phénomènes.
Ceci n’est pas faux en soi, mais ce qui est fauxc’est de s’imaginer…

comme il reste d’une façon ambiante dans l’esprit disons des salles de garde,

de la moyenne de l’opinion commune, du « sensus commune » des psychiatres

…que le sens dont il s’agit c’est ce qui se comprend, qu’en d’autres termes, ce que nous avons appris,

ce qu’il y a de nouveau, c’est à comprendre les malades.
C’est là un pur mirage ! Cette notion de
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