Archives départementales : cote : 9 j 14





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Lundi le 11 septembre 1944

Nous sommes réveillés par le canon qui semble plus rapproché ! D’après nos sens auditifs c’est bien la direction de Villersexel.

1 heure – Nos FFI reviennent de là-haut, ils continuent leurs attaques. Je demande des renseignements au maréchal des logis Georges Surleau. Ils ont eu une camionnette, tué 2 Allemands et blessé un autre gravement et le 4è a pu fuir. Je me demande à quoi riment ces actes là, le risque qu’ils font courir à tous ces villages est trop grand. Et quoi faire de tous ces prisonniers, il y en a déjà 16 là-bas au camp.

3 heures – Voila Jacques qui vient chercher une grosse toile pour mettre sous le blessé qu’ils viennent d’amener à la cure. C’est un jeune de 19 ans, il a plusieurs balles dans le bras droit et une dans un poumon. On va le soigner, le toubib ne le condamne pas, avec des soins on le sauvera.

Un jeune drôle de 16 à 18 ans circule dans le village avec un chien en laisse, cela intriguait, j’ai questionné, c’est un agent de liaison qui vient presque chaque jour depuis Champagney.

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Au verger Lechat en 1940

Le canon tonne bien fort ce soir, mais la bise est si forte qu’elle nous trompe sur la direction. Est-ce la colonne qui vient sur la frontière Suisse ou celle de Villersexel.

Il parait que la DCA de Champagney a abattu un des avions qui circulent tant. Est-ce celui qui a passé tantôt avec ces hurlements terrifiants, il était très bas et il baissait de plus en plus ; puis il a disparu sur le bois. Il me rappelait étrangement celui qui le 16 juin 1940 nous a lancé d’énormes bombes au verger Lechat.

10 heures – Le René vient de venir chez nous, il ne peut pas prendre sa faction ce soir, il est malade, il grelotte de fièvre. On va le faire coucher ici, nous ne pouvons pas l’envoyer jusque chez lui. On voudrait bien voir le docteur mais il est avec les autres dans le bois. Que peuvent-ils faire dans la nuit. Voila Suzette qui s’occupe du mousqueton de son fiancé, elle l’apporte avec ses cartouches pour le cacher. On va le mettre dans la cache de l’écurie.

11 heures – Le toubib vient de venir, il donne 3 jours au lit au René. Je demande après le blessé de la cure, il me dit : « Moi je le soigne, mais c’est Dieu qui le guérira ».

En cherchant Tournier, Schoenenberger a trouvé un Allemand tué de plusieurs balles au front à près de 600 mètres de la route. Ce ne peut être en combat, il aurait donc été fusillé par les Héricourt ou les Champagney (groupes FFI). Oh que c’est mal. Pourvu que les nôtres ne fassent pas comme ça

Mercredi le 12 septembre 1944

Je viens d’allé voir le blessé à la cure, il respire assez péniblement, mais comme l’a dit le docteur, Dieu peut le sauver, Jacques m’a dit qu’il avait eu assez bonne nuit.

Pautot, le cuisinier, qui voulait les manger tous est toujours vers lui. Tantôt pour lui donner à boire, tantôt pour le recouvrir. J’ai bu le café avec tous ces francs-tireurs, il est fameux.

Midi – Voila 3 nouveaux prisonniers, ils vont à la cure, le 3è qui suit les 2 autres porte un fusil, c’est étrange, je vais voir. Explication c’est une corvée de ravitaillement qui vient depuis la Fontaine-qui-Saute, le Boche qui a le fusil est celui qui est arrivé dimanche, c’est un Alsacien, celui qui parle si bien français.

Il y avait bien deux aviateurs américains à Clairegoutte. Sans doute ceux de l’avion abattu. On n’a pas su les diriger ici.

La radio nous dit que les Japonais viennent d’avoir 52 navires coulés.

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Marcel Nardin, fils Victor

2 heures – Marcel Victor (Marcel Nardin, fils de Victor) vient prévenir que 4 Allemands sont dans leur verger en train de manger des prunes. La cousine Marguerite de Strasbourg (épouse de Charles Perret) est vers eux, elle les apprivoise en attendant qu’on aille les cueillir.

La curiosité me pousse jusqu’au Coteau chez ma sœur. Je passe comme je le fais souvent par l’écurie, je caresse la chèvre et au même moment j’entends parler fort à la cuisine. J’approche on dit : « Haut les mains ! Désarmez-les ». C’est la voix du capitaine (Aubert). J’arrive à la porte et je vois deux Allemands à table qui mangeaient. Ma sœur venait de leur cuire à chacun un œuf, ils levaient les mains en l’air et Alfred mon beau-frère ouvrait un étui, prenait le revolver de l’un. Charles Suzette le maire faisait de même auprès de l’autre. Les deux revolvers ont été donnés au capitaine qui tenait les Allemands en joue avec le sien.

Il les tend en arrière en disant : « Prenez-les » il n’y avait personne que moi derrière lui, j’ai donc pris les deux armes. La cousine Marguerite dit aux 2 Allemands : « prenez vos poires » ; « Oh nous n’avons plus faim ».

Juste à ce moment Jacques arrivait derrière moi. Aubert a dit : « emmenez-les ». Je donne un revolver à Jacques qui empoigne un des deux soldats par son ceinturon. Je prends l’autre par le bras et nous allons à travers la grange, mais le capitaine me dit : « Donnez le moi, suivez derrière avec le revolver » Et nous traversons les vergers. Jacques allant devant moi fermant la marche. Quel cortège : « Venez vite, amis Américains. Je crains que tout ceci tourne mal ». Arrivé vers ma forge, je suis entré avec le revolver les laissant aller jusqu’au PC chez Beltram.

Pendant ce temps Mr Pernol et plusieurs francs-tireurs capturaient les deux autres qui étaient assis sur un banc devant chez Alfred Victor (Alfred, fils de Victor Nardin), les FFI ayant fait le tour par au dessous de la maison arrivaient à l’improviste. Mr Pernol et Alfred Victor (Alfred Nardin, fils de Victor) se sont avancés seuls devant les deux Allemands. Qui aurait cru cela de ce gros Alfred, il a bondi sur l’un d’eux, lui a bourré un coup de poing, l’a renversé et maintenu sous lui. Mr Pernol a agit plus correctement, il lui a mis son revolver sous le nez de l’autre et lui a dit de faire Kamarade. Enfin tout s’est bien passé. Mais en voila 4 de plus à garder. Tout à l’heure Paul Guemann reprochait à Marcel Nardin ce qui se fait à Etobon, le pauvre Paul voit l’avenir en noir, mais Marcel est optimiste il disait : «  Mais si tout le monde avait dit comme ça, jamais le France ne serait délivrée ». oui Marcel Nardin a raison, mais Paul Guemann n’a pas tort.

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Alfred Nardin, fils Victor

Il parait que ces 4 Allemands venaient à Etobon pour réquisitionner, c'est-à-dire pour voler chacun un vélo. C’est alors que la Marguerite en a conduit deux chez le maire, puis chez mon beau-frère où ils ont dit qu’ils avaient faim, c’est pourquoi ma sœur leur a cuit des œufs.

J’ai repéré un endroit assez bien pour établir une tente, c’est un peu au dessus de la Pierre Climaine, cette grosse roche cubique à côté du sentier quand on entre au Château, direction de la Pierre-du-Bassin.

Mercredi le 13 septembre 1944

Je viens de passer vers le blessé de la cure, il est très bien, il est heureux d’être bien soigné, il se voit déjà en Allemagne où son père est ébéniste. Il promet de revenir après la guerre et d’amener un petit meuble à chacun de ceux qui sont bons pour lui. Il a une grande reconnaissance à Pierre (Perret, fils de Charles) qui est bien souvent vers lui et qui peut lui parler allemand. Ah ! Si les hommes voulaient ! Comme il serait facile de s’aimer !

Il dit que les deux qui ont été tués quand il a été pris étaient des fuyards qu’ils avaient chargé un peu avant Belverne, ils n’ont pas réussi.

Le canon s’est tût cette nuit et ce matin. On n’y comprend rien. Est-ce que les Allemands les auraient refoulés. La radio n’a rien dit ce matin de notre coin du pays. On suppose qu’ils vont monter par les Vosges et descendre sur l’Alsace par les différents cols. Mais tout cela ne nous dégage pas et l’étau se resserre autour de nous. On parle d’un combat important à Amblans.

Voilà Mr Boijol qui part à Clairegoutte chercher du fil de fer barbelé pour essayer de faire un camp plus sérieux pour les prisonniers.

9 heures – En voici 3 nouveaux de ces indésirables Teutons, ceux-ci n’ont été pris très gentiment près de Belverne. Ils conduisaient un gros autobus et ils ont fait Kamarade à la première sommation. Il y a 600 litres d’essence dans leur camion. Comme ceux d’hier ils ne croient pas qu’ils ont perdu la guerre. Ils ont bien ri quand on leur a dit que les Américains étaient sur le sol allemand au sud de la Belgique.

On a décidé de faire un parc au moulin du Loup en entourant les côtés non muraillés avec du barbelé. Ce sera peut-être une bonne idée. Le moulin du Loup se trouve à 4 ou 500 mètres au dessus du camp des gendarmes.

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ruines du moulin du Loup

10 heures 30 – Je suis à l’emplacement de mon campement de forêt, je viens d’enterrer une bouteille de goutte au pied d’un chêne vers la pierre Climaine. J’ai apporté beaucoup de choses, des outils, une bonbonne d’eau, des sacs contenant du foin pour se coucher la nuit, du fil de fer, des clous, 4 toiles de tente, etc. etc. L’Alfred a apporté beaucoup de choses aussi. En montant ce chemin en direction du Château j’ai trouvé de si belles grosses roches, que j’ai résolu d’y faire une 2è tente.

Depuis un moment la terrible canonnade (direction Lure-Vesoul) a repris, elle semble se rapprocher et j’entends en même temps une forte attaque des FFI sur la route des bois de Vaux

Midi et demi – Cela devient de plus en plus sérieux. Quand je suis rentré de la forêt vers 11H30 j’ai vu passer devant chez nous une auto et une moto remplies d’Allemands. Ils venaient depuis les champs Billet et sont allés presque vers le cimetière. Ont-ils eu peur ? Ils ont retourné et traversé le village une 2è fois (c’est quand je les ai vus). Ils vont jusque vers l’étang Camus. Jusque là la consigne de ne tirer sur aucune auto allemande dans le village avait été observée. Tous les francs-tireurs présents étaient camouflés, soit dans les maisons, soit derrière les bois.

Mais, arrivés vers la Thure les Allemands ont de nouveau vu qu’ils étaient dans un guêpier, ils sont revenus au village. C’est en arrivant en haut de la grande côte qu’un franc-tireur de garde n’a pas pu se tenir, il a tiré depuis le coin du bois vers chez Juliette Henritot. C’est le vieux Quiquerey, de Bavilliers qui est avec son fils. Le conducteur du side-car a été tué, le 2è occupant est sorti avec son fusil mitrailleur, s’est couché sur la route et a tiré sur les FFI qu’il voyait vers chez Beltram. Mais ce même Quiquerey est arrivé derrière lui et l’a tué à bout portant. Pendant ce temps, les occupants de l’auto, qui étaient le lieutenant Günter Mélechéa et Karl Lâde, sont descendu et couru dans la loue de chez Henri Volot en se défendant à coup de revolver et mitraillette, mais aussi maladroitement que leurs assaillants. Personne ne fut touché ! Toujours en tiraillant ils ont traversé la grange, sortis par derrière et gagné le chemin creux qui descend la Courbe-au-Prêtre. Et la fusillade ne cessait pas. Ils sont allé ainsi en se cachant, en rampant jusqu’au fond de la grosse planche de chez Guemann. Là, pressé de plus près, Lâde s’est rendu, mais malgré les injonctions réitérées de Jeand’heur, instituteur à Saulnot, qui parlait allemand, le lieutenant n’a rien voulu savoir. Il était pourtant blessé de plusieurs balles.

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lieutenant Günter Mélechéa

Il est allé jusqu’à l’autre bout d’un champ de pommes de terre où il s’est tapi dans les feuilles. Quelle situation !

D’un côté ces hommes à qui il répugne de tirer cet autre homme le supplient de se rendre, lui assurant la vie sauve, de l’autre côté ce fanatique qui aime mieux mourir, tout comme Romalini en 1940

Pour la sécurité du village il ne faut pas que Günter Mélechéa puisse rejoindre ses compagnons. Alors, quoi faire ? Il faut le tuer !

Je suis allé dans le verger du grand-père Comte, on les voyait tous, l’Allemand dans ses pommes de terre et la meute autour de lui dans le chemin creux au dessus, dans le pré au dessous. Jacques lui-même était en face au champ Bozar.

Tout a coup au milieu des coups de mitraillettes et de fusil une grosse explosion. C’était Jeand’heur qui venait de lui jeter une grenade mais sans résultat. Ce n’était pas beau !
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