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date de publication30.09.2017
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Si ce n’était ces quelques rides…


Si ce n’étaient ces cheveux blancs…

La femme qui s’extrait péniblement d’une 2 CV grise m’apostrophe : «  Vous n’êtes pas la première à vous tromper de chemin… Le GR passe juste au dessus de la falaise. Ici, vous êtes au Moulin de Boussaguet. Il va vous falloir faire demi tour, le chemin ne va pas plus loin. Mais entrez donc vous sécher un peu et boire un café ! »

Je la suis. Je l’observe. Vêtue d’un pantalon de velours à pattes d’éléphant, d’un T-shirt orange orné d’impressions psychédéliques, chaussée de gros sabots noirs, elle semble sortir tout droit des années 60. Dans quelques minutes, elle va aller traire ses chèvres… Enfin, j’imagine !

Je pose mon K-way dégoulinant, mes chaussures boueuses et mon sac à dos dans le sas d’entrée ; j’entre derrière elle dans une grande pièce. Les murs sont dissimulés derrière des étagères surchargées de livres. Le sol est en majeure partie recouvert de tapis aux longues mèches de laine blanche ; quelques coussins orange et marron apportent une note de couleur. Un bar sépare cette pièce de la cuisine où déjà, mon hôtesse s’affaire. Quelques minutes plus tard, elle allume le feu dans la cheminée ; confortablement installées dans des fauteuils en rotin, nous buvons le café en regardant les flammes. Nous partageons en silence ce spectacle apaisant avant d’échanger quelques confidences qui, aujourd’hui encore, me paraissent troublantes. Nous avons le même âge, nous avons connu la préhistoire de l’informatique et l’interdiction d’interdire. Jusqu’à 30 ans, nos chemins sont semblables puis brusquement, tout nous sépare. Elle a choisi de vivre ici, avec son compagnon, au sein d’une communauté. Elle me raconte déjà les premières années, les bâtiments à remettre en état, le jardin qui ne suffisait pas aux besoins, les engueulades entre ceux qui – comme elle – avaient gardé leur travail « en ville » et les autres, les départs, les retours, les enfants…

- « Aline, tu as pris le pain ? »

Il est arrivé sans faire de bruit et remarque à retardement ma présence. Il me salue. Je le salue du bout des lèvres. Ainsi, comme moi, mon hôtesse se prénomme Aline. Je suis quasiment sûre que son compagnon s’appelle Jacques. Où suis-je ?

Aline m’invite à partager leur repas, elle me raccompagnera ensuite jusqu’au gîte où je dois me rendre, un gîte qu’elle connaît bien. J’accepte, je remercie, je suis quelque peu hébétée par autant de coïncidences. Jacques – il s’appelle bien Jacques – choisit un disque qu’il pose délicatement sur la platine. Du violon et du piano, tout ce que je déteste ! Mais Jacques aussi aimait la musique classique. Aline feuillette machinalement une revue. J’observe à nouveau le lieu où je suis. Je reconnais mes tapis Flokatis, mes tabourets Tam-tam en plastique rouge, mon chaudron en fonte… Sur l’étagère toute proche, je repère les titres des livres : ils sont tous là, mes Dostoïevski préférés… Et je vois un peu plus loin les couvertures métallisées de mes premiers romans de SF…

Aline se lève pour préparer le repas, Jacques propose son aide sans conviction, moi aussi. Nous confectionnons une énorme salade composée et il y a du fromage et des fruits. Déjà, le vin délie les langues et nous évoquons dans une totale anarchie, les parties de tarot au café, l’entrée des flics sur le campus, les manifs contre la guerre du Vietnam, le centre de calcul, la vie en Algérie, le ciné-club, la descente de l’Ardèche en canoë…, nos vingt ans ! L’excitation retombe aussi vite qu’elle était montée. Nous nous asseyons près du feu. Je ne saurai jamais à quoi pensaient alors mes hôtes, souriants, serrés l’un contre l’autre. Je suis manifestement loin d’eux ! Mes pensées me ramènent aux longues périodes de chômage ; elles se cristallisent sur les coups de gueule ; elles s’enlisent sur le désaccord progressif des corps ; elles se noient dans l’ennui, le « terrible ennui »…

Ma vie est ailleurs et depuis longtemps. Mais avant de quitter ce lieu où je me suis égarée, j’ai encore le temps d’apercevoir dans l’atelier, l’enclume de cordonnier sur laquelle je ressemelais mes sabots. Je suis assise dans la 2CV aux côtés d’Aline. Nous remontons sur le plateau où se trouve le gîte.

La pluie a cessé, un brouillard épais noie la vallée. J’observe Aline à la dérobée.

Si ce n’était ces quelques rides…


Si ce n’étaient ces cheveux blancs…

Avatar aquatique

« Le souvenir est l’espérance renversée. On regarde le fond du puits comme on a regardé le sommet de la tour. »

Gustave Flaubert
Certains ont des sosies. D’autres veulent être clonés. Excusez-moi du peu, mais, moi, comme Vishnu, j’ai des avatars. Je m’incarne dans différents corps, vivant ainsi plusieurs vies. Il y a à peine trois ans, j’ai rencontré mon avatar aquatique. C’était au bord d’une écluse…

Je revenais d’une petite balade le long du Canal du midi, une balade agréable sur le chemin de halage, au ras de l’eau et à l’ombre des platanes. Chaque ouvrage édifié pour le passage des eaux ou pour la navigation des bateaux renforçait mon admiration pour Pierre-Paul Riquet. J’aimais son audace, son génie et plus que tout, la façon dont il avait su allier le beau et l’utile. Je me dirigeais vers l’écluse pour suivre, encore une fois, l’ouverture et la fermeture des portes, la lente montée des eaux dans le sas et le passage des bateaux d’un bief à l’autre. Un attroupement inhabituel s’était formé ; je m’approchais des badauds…

On venait à peine de la repêcher. Sans doute avait-elle séjourné dans l’eau deux ou trois jours. Je l’ai reconnue néanmoins, tout comme la plupart des gens qui étaient là. Aline B. était une habituée du canal. Chacun l’avait vue, assise sur son vieux pliant, relever le plan des prises d’eau ou esquisser - d’un crayon incertain - les voûtes d’un épanchoir et les mécanismes de l’écluse à niveaux ; certains l’avaient même vue aquareller le pont-canal de Répudre.

Je m’éloignais. Personne ne saurait pourquoi mon avatar s’était jeté dans le canal.

Mes rencontres avec mon avatar aquatique n’ont pas toutes été aussi dramatiques !

Enfants, nous sautions ensemble dans les flaques d’eau. Nous explorions les ilots de sable que chaque été découvre dans le lit de la Corrèze, puis, nous dressions l’inventaire de nos richesses. Chaque pierre engloutie nous offrait son rire, les moustiques étaient nos sujets, la chute d’eau notre horizon, les oiseaux et le vent nous parlaient d’une terre promise. La nuit tombante me ramenait sur terre !

A la mauvaise saison, tous ses riverains surveillaient la rivière. Chacun venait écouter ses roulements sourds, ses grondements étouffés et le martellement incessant de la chute d’eau ; chacun évaluait ses risques de débordement et mon avatar, qui l’avait bien connue, parlait de la crue de 56 !
Je me souviens aussi de rencontres fugaces. Une première fois, au bord d’un torrent. J’essayais de retrouver mon souffle après avoir imprudemment plongé mes pieds dans l’eau glacée. Mon avatar était là, contemplant depuis un petit belvédère, le vert laiteux des eaux dévalant bruyamment entre les rochers. J’imaginais quant à moi, la force destructrice du torrent décuplée par celle des pierres et des galets qu’il entraînait dans sa chute. Je filais…

Une autre fois, au bord de la Méditerranée. J’avais bu la tasse : décidément, l’eau de mer était trop salée. Je la crachais et, encore une fois, je filais…
Machinalement, en quittant l’écluse, je prends le chemin du bistrot. Je m’installe en terrasse. Les nuages crèvent brusquement. J’écoute la musique de la pluie sur la verrière et sur l’asphalte. De cette musique-là, je ne me lasse jamais. Elle m’apporte une forme d’apaisement propice à la rêverie et aux souvenirs. En buvant lentement mon café, je pense aux longues journées de pluie au bord de l’étang neuf. Je passais des heures au « Bar de l’étang » que tenait alors mon avatar aquatique. Nous observions les touristes : aux premières gouttes, ils fuyaient se réfugier dans leurs mobile homes ; au troisième voire au second jour de pluie, ils pliaient bagage. Mon avatar et moi échangions quelques regards complices : l’une et l’autre nous aimions la pluie, le brouillard sur les prés, l’odeur des sous-bois humides, nous partagions l’espérance d’une poussée de cèpes, nous jouissions du calme qui régnait tout autour de l’étang et du spectacle des bulles d’air qui éclataient à sa surface. Nous attendions sereinement les premiers rayons de soleil, ceux qui, après la pluie, nous feraient découvrir une nature régénérée, aux couleurs éclatantes. L’eau de l’étang serait à nouveau calme et le monde à l’envers qui nous attirait déjà si puissamment, réapparaîtrait entre le reflet des arbres et celui des nuages.
Je me sens seule aujourd’hui. Au fond du puits, le pâle reflet du sommet de la montagne me rappelle les limites de toute expérience humaine. Heureusement, chaque avatar m’apporte sa petite lumière !

GDS

Informe ? Moi, informe… Moi qui suis un très bel exemplaire de polyèdre, aux arêtes acérées, aux angles affûtés, aux faces concaves… Informe… Elle m’a traité d’informe ! Elle va le regretter, c’est moi qui vous le dis.

Et hop ! Je passe dans sa sandalette, je m’insère entre semelle et talon, j’en ris d’avance… Mais elle transpire… Vingt dieux quelle odeur ! Qu’est-ce qu’i’ faut pas faire… Enfin, la récompense est proche, je le sens. Elle commence à s’agiter, je m’accroche. J’essaie d’enfoncer un de mes angles particulièrement pointu dans la peau : manœuvre difficile, c’est pas de la peau, c’est de la corne épaisse… Ouf ! Voici qui est fait. Impeccable ! Trois pas, elle s’arrête. Je sens venir l’inspection. J’anticipe. Je glisse sans bruit entre deux orteils… Incroyable, elle sort la pharmacie. C’est vrai que j’y suis pas allé de main morte - si j’ose dire -, une gouttelette de sang perle à l’endroit même où j’étais fiché. Elle désinfecte à l’alcool en faisant des grimaces. Quelle douillette ! Elle remet les chaussures, nous voici repartis. J’amorce un mouvement oscillant régulier tapant à droite, rebondissant à gauche, retapant, rebondissant… Rien de douloureux pour elle, juste un chatouillement, un chatouillement qui devient rapidement légère irritation puis brûlure superficielle. J’ai pas le temps de creuser profond, elle s’arrête à nouveau. L’inspection sera à coup sûr plus approfondie, je me planque entre lanière et semelle. Elle redémarre. Encore une fois, j’ai trouvé une bonne place, près de son œil-de-perdrix. Je réveille la douleur latente. C’est un enchantement. Je devine ses pensées : pour avoir la paix, elle promettrait même d’aller voir un pédicure… Je suis sûr qu’elle n’en a jamais vu… Quelle négligence ! Hélas, j’ai pas le temps de mener mon plan jusqu’à son terme, elle décide d’une pause casse-croûte. Je suis sûr qu’elle en a pour un sacré bout de temps. Me voici contraint à l’inaction…

Branle-bas de combat ! La voilà qui agite ses sandalettes dans tous les sens. La position d’attente que j’avais retrouvée, entre lanière et semelle, s’avère être une place forte, un havre de paix, une sécurité. Elle peut secouer ses chaussures autant qu’elle veut, je ne bouge pas d’un poil. J’attends. Et c’est reparti ! Enfin… Elle marche lentement, d’un pas mal assuré… Ma parole, elle marche sur des œufs ! Je ne bouge pas ; je lui donne le temps de reprendre confiance ; je me laisse oublier. Et j’attaque ! Je reviens au talon, à l’endroit précis que j’ai foré ce matin. Je m’encastre dans la plaie qui s’est largement ouverte. Je suis divinement bien. Elle boîte, elle boîte de plus en plus, elle boîte en laissant échapper quelques petits cris de douleur. J’ai à peine le temps d’entendre son hurlement de rage que déjà elle est sur moi. Elle me déloge sans précaution et sans antiseptique. La pensée de l’infection naissante me console de cette éjection brutale. Impossible de reprendre discrètement ma place. Je la suis à distance, aidé par le vent, un vent chaud et sec où je circule avec des millions de mes congénères. Je raconte mon histoire à chacun. Je désigne ma calomniatrice qui, en quelques instants, se découvre des millions d’ennemis qui la frappent au visage, qui emplissent sa bouche, qui pénètrent ses oreilles, qui brûlent ses yeux, qui lacèrent sa peau…

Informe, moi ?

GDS

PS : pour échapper à une plus longue torture, j’ai dû promettre de publier ce texte de mon avatar du désert, GDS [Grain de sable]. On choisit pas sa famille, on ne choisit pas ses avatars… Je l’ai appris à mes dépens. Aline

Mon avatar déprime…

Mon avatar déprime.

Malgré les galettes bretonnes, pur beurre.

Malgré 2, 3, 4, 5 pauses-café quotidiennes.

Mon avatar se demande ce qu’elle fait là. Mon avatar ne comprend pas ce que le chef attend d’elle. Mon avatar ne connaît rien aux machines dont elle doit se servir. Mon avatar s’ennuie. Mon avatar regrette.

Mon avatar déprime : va falloir changer ça !
Mon avatar occupe un bureau contigu au mien ; vu l’épaisseur des cloisons, j’entends chacun de ses soupirs. Ça me fend le cœur, ça nous fend le cœur, et si ça continue, dans quelques jours, tout le bâtiment sera en larmes ! Alors, je décide de constituer une cellule de crise. Y participent Gwenaele (la bretonne qui nous nous alimente en galettes), Philippe (amoureux de la littérature de langue allemande du 19ème et de Lou Andrea Salomé en particulier), Hélène (l’écolo rigolote), Matilda (la belle andalouse), Aude (généreuse et forte en gueule), Thierry (l’informaticien le plus patient du monde), Claire (Madame la présidente) et moi et moi et moi (j’allais m’oublier !)

Les premières réunions de la cellule de crise ont lieu autour de la machine à café : mon exposé de la situation est unanimement approuvé. La déprime de mon avatar est patente, chacun y va de son anecdote. Ainsi Claire nous rapporte-t-elle que, culpabilisé par le chef, convaincu de son manque d’efficacité, mon avatar serait même reparti travailler alors que le pot de rentrée n’était pas terminé… C’est grave, très grave… Nous organisons la riposte. Aude est nommée coach : elle doit prioritairement faire saisir la différence entre accomplissement personnel et objectifs professionnels. Thierry est affecté à l’entraînement technique : il doit rassurer mon avatar sur ses compétences et lui permettre d’en acquérir d’autres, vite fait, bien fait, on va pas y passer 50 ans. Madame la présidente de l’amicale est chargée d’organiser le mois suivant un repas particulièrement soigné : faut faire respecter les droits acquis et on a droit à un repas par mois aux frais de l’administration et sur notre temps de travail… C’est à l’occasion de ce repas que nous mesurons les progrès accomplis. Certes, nos efforts n’ont pas été inutiles, mon avatar a pris le temps de goûter à tout et de boire plus que sa part, mais à deux reprises, nous avons dû faire barrage de nos corps pour l’empêcher de regagner son bureau.

Nous décidons d’accélérer le rythme de nos interventions et de multiplier les angles d’attaque. Un jour où comme à l’accoutumée, elle venait inviter le 105 pour la pause-café, Philippe et moi (c’est nous, le [bureau] 105) avons tenté de l’entraîner dans une de nos discussions favorites, celles qui commencent après la première pause-café et qui se terminent à la fin de la journée de « travail ». Depuis une heure déjà, nous disséquions et commentions un texte de Freud intitulé « Le Moïse de Michel-Ange ». Joignant le geste à la parole nous essayions de suivre Freud dans son explication du « nœud dans la barbe » de Moïse mais, n’étant pas dotés de la pilosité du prophète, nous avions du mal à exécuter les mouvements : saisir par devant la barbe, la serrer « d’une poigne de fer entre le pouce et la paume de la main, avec les doigts qui se referment » puis, retirer vivement la main, lâcher la barbe… C’est là que nous devrions constater que nos doigts sont si profondément enfouis dans notre barbe « qu’en se retirant ils entraînent une puissante mèche de gauche à droite et là, sous la pression d’un doigt unique, le supérieur et le plus long, cette masse va s’étendre au dessus des mèches de droite ». L’enjeu est d’importance mais laisse de marbre mon avatar. Quelle déception ! Passons à autre chose… C’est Matilda qui s’en charge et force est de reconnaître sa réussite. Elle éloigne mon avatar de son bureau, la distrait de son travail pour aller faire les soldes. Matilda connaît toutes les boutiques, elle sait ce qui va à chacune, et mon avatar suit ses conseils. Nous la voyons revenir le sourire aux lèvres, pimpante dans un petit ensemble coloré qui ne ressemble guère à ses sages et discrètes tenues habituelles. L’après-midi, je l’entends même fredonner en écoutant les chansons les plus ringardes qui soient, dûment sélectionnées sur Internet par Gwenaele. Nous avançons : le coach confirme !
Hélène est un puits de science : UNIMARC n’a pas de secret pour elle mais à quoi cela peut-il servir ? Arbres et plantes non plus n’ont pas de secret pour elle et ça, ça m’intéresse ! Elle le sait et en grande pédagogue, elle me confie l’identification de quelques herbes folles cueillies entre les rails du tramway. Le défi est immense et j’invite Philippe à le relever avec moi. Deux jours de travail acharné et nous rendons compte de notre travail à Hélène. Nous avons identifié Verbena officinalis (verveine officinale) qui « guérit de toutes les maladies et de plusieurs autres », Capsella bursa pastoris (bourse à pasteur) qui « pousse surtout sur les tombes jardinières du Père Lachaise », Poa annua (pâturin annuel) qui « résiste aux tacles fougueux des footballeurs »… Hélène nous félicite et mon avatar qui arrive dans le bureau sur ces entrefaites admire le travail… et décide spontanément de le poursuivre avec nous. Chaque matin, elle apporte une mauvaise herbe… et nous l’identifions : Foeniculum vulgare (fenouil commun) qui « absorbe l’humeur flegmatique du poisson », Chenopodium album (chénopode blanc) qui pousse partout sauf au Spitzberg, Portulaca oleracea (pourpier sauvage) qui est à la base du régime crétois… Mon avatar se détend peu à peu, elle arrive moins stressée au travail, une fleur à la main.
Le chef a été particulièrement pénible cette semaine, profitant de la cérémonie des notations pour écraser les plus faibles d’un mot tranchant. Nous convenons d’une réunion exceptionnelle de la cellule de crise car mon avatar est encore bien fragile. Nous ne tolérerons pas que le chef détruise le climat serein voire épicurien que nous mettons en place. Nous décidons de frapper fort, au niveau reptilien. Philippe a trouvé l’idée lors de sa promenade journalière sur ebay. C’est en effet tous les jours qu’il participe aux enchères sur ebay. Il y a deux mois, il a acheté un portemanteau porte-parapluies en fer forgé ; bien sûr après, il ne savait pas où le loger. Mais jeudi dernier, il a découvert ce dont nous avions besoin. Il l’a reçu aujourd’hui, en bon état - nous avions peur de la casse, l’objet est fragile. De mon passage en prison comme éducatrice socio-cul, j’ai appris la technique du yoyo qui permet le passage d’objets les plus divers d’une cellule à l’autre. Manquant d’entraînement, Philippe, qui a le bras long, préfère le porté à bout de bras. Thierry lance l’opération en début d’après midi, au retour de la cantine. Mon avatar travaille dans son bureau, nous le savons par Gwenaele. Chacun est à son poste. Passant le bras par la fenêtre, Philippe place la faucheuse à hauteur du bureau de mon avatar. Nous ouvrons la porte de son bureau dès que nous entendons le hurlement. Clic clac, la photo est prise.

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Mon avatar hurle, elle a eu peur, elle crie, elle nous en veut, elle rit, elle est bon joueur ! Philippe arrive et lui offre la tête de mort qu’elle refuse. Nous avons tous bien besoin d’une petite pause-café. Mon avatar est traité en héros, nous lui offrons le café, elle l’a bien mérité même si elle nous traite de tous les noms !
La vengeance est un plat qui se mange froid… Nous l’avions oublié, c’est pourquoi nous étions tous présents pour la sortie culturelle et sportive que mon avatar avait organisée avec la complicité de Madame la présidente… Nous n’étions pas descendus de voiture que déjà mon avatar nous entraînait sur un chemin caillouteux et pentu. Elle caracole en tête, souriante… Au fur et à mesure que la pente augmente, que nous ahanons de conserve, elle sourit de plus en plus. Faut voir son air épanoui quand nous arrivons à bout de souffle et de force, au sommet du Hortus ! Nous n’avons pas le temps de nous refaire une santé, il faut redescendre au plus vite, nous sommes attendus. Le lieu est superbe et frais, notre hôte est chaleureux, le vin est bon : nous nous réjouissons trop vite. Remontant de la cave quelques verres plus tard, nous sommes (presque) tous pris d’une étrange langueur… Les têtes tournent et c’est à peine si nous entendons les déclenchements incessants de l’appareil photo de mon avatar… Nous sommes vaincus mais nous avons gagné ! La cellule de crise est dissoute, elle est maintenant sans objet : mon avatar a retrouvé le moral… Ça va être notre fête !
Rencontres et AG 2009

Adhérents et amis de Terre de lecteurs,

Vous avez dû recevoir le 16 janvier un message vous invitant à vous inscrire rapidement aux rencontres et à l’AG de notre association. J’espère que vous vous êtes empressés de répondre et que nous nous retrouverons très prochainement. Mais ce n’est pas pour cela que je vous écris aujourd’hui. Autant vous le dire tout de suite, mes avatars ont piraté ma messagerie, ils ont donc lu le courrier qui vous était destiné. Et depuis je suis harcelée de toutes parts : ils veulent absolument nous retrouver en Aveyron et participer à nos activités.

Je ne l’aurais jamais cru, c’est sans doute le plus calme de mes avatars qui a ouvert le bal ! Je vous l’avais présentée en septembre, une femme à cheveux blancs qui habite le Moulin de Boussaguet. Tout ce qu’elle a trouvé à me dire à propos du piratage de ma boîte aux lettres électronique, c’est qu’elle s’entretenait - professionnellement parlant - par quelques jeux de hacking sportif. Elle a ajouté que le contenu de mon ordinateur l’avait plus intéressé que de trouver les failles (énormes selon elle) qui lui permettent d’entrer très régulièrement chez moi… J’en suis encore interloquée. Je n’étais pas revenue de mes émotions que déjà elle discutait le prix du WE : pourquoi n’y avait-il pas de tarif couple ? J’apprenais ainsi qu’elle était radin et qu’elle comptait venir avec Jacques… Reprenant mon souffle, je lui rappelais nos statuts, nos projets, les compétences requises (je crois que j’en rajoutais quelques unes…) Comme elle semblait toujours décidée à venir, j’ai parlé de la difficulté d’intégrer un groupe déjà bien constitué… Je suis désolée mais je crois que vous n’y couperez pas : elle viendra avec son Jacques.

Le second à se manifester – vous vous en doutiez – a été Grain de sable [GDS pour les intimes, et malgré moi, nous sommes devenus très intimes : cf. texte de novembre]. Comme toujours GDS s’insinue là où on ne l’attend pas. Je l’ai trouvé jeudi dernier, dans mon assiette de paella, entre deux grains de riz… J’ai failli me casser une dent et j’ai commencé à râler. C’est à ce moment qu’il s’est mis à ricaner. Connaissant ses capacités de nuisance, j’ai évité de paraître trop en colère contre lui et quand il m’a dit qu’il participerait à nos rencontres, je lui ai simplement répondu : « Pourquoi pas ? » Evidemment, il refuse de payer, il vient juste « pour voir ».  Je crains le pire, encore une fois. Je lui ai proposé une place dans la poche de ma parka mais ça ne lui convient pas. Il vise une place en hauteur, pour dominer la situation. Chers amis, chères amies qui mesurez plus d’1,75m, prenez garde ! Lunettes de plongée et keffieh pourraient s’avérer indispensables ! Croisons tous les doigts pour qu’il ne vienne pas accompagné !

La semaine dernière, j’ai revu un vieux loup à trois poils et par là même, fait la connaissance d’un avatar inconnu… Je faisais tranquillement la queue pour la séance d’ouverture du Festival du Court Métrage quand j’ai été interpellé - certes discrètement – par mon voisin :

- « Je crois que nous nous connaissons… » me dit-il.

En d’autres temps, en d’autres lieux, j’aurai pris cette interpellation pour une avance. Mais ici et maintenant, il ne saurait en être question. Comme d’habitude, je ne sais pas quoi répondre : je ne le reconnais absolument pas. Mon égarement se lit sur mon visage alors, il devient plus précis : « Je m’appelle Tony M. ; tu es mon avatar ; nous étions ensemble… » Il n’en finit pas de parler, bientôt, il va me raconter ma vie, tout du moins mon enfance ! Tony, mon avatar ? Faut se faire une raison… Mais que reste-t-il en cet homme du jeune adolescent qui roulait des mécaniques ? J’ai beau l’examiner sous toutes les coutures, je ne vois pas. Hypocrite, je lui réponds : « Tony, bien sûr… Je ne suis pas physionomiste, excuse-moi ! Que deviens-tu ? » Et le voilà reparti pour un long discours, ses études, son mariage, ses enfants, son métier, ses engagements… Il ne prend pas le temps de souffler ! Etait-il si bavard ? Je ne sais plus. J’écoute distraitement puis tout d’un coup, je n’en crois pas mes oreilles. Lui aussi a bien l’intention de participer à nos rencontres : « …content de retrouver Michel Julliard que je connais bien. » Négligemment, je lui demande comment il a eu l’information. « Par Jacques, Jacques de Boussaguet. Il m’a envoyé un mail  » me répond-il ! Je n’ai plus rien à dire… Je lui rappelle les tarifs, les délais d’inscription… Rien ne l’arrête ! Vous allez donc faire sa connaissance. Cela dit, il n’est pas plus désagréable qu’un autre…

Vous vous inquiétez de la venue éventuelle de mon avatar déprimé ? N’ayez crainte ! Depuis le traitement de cheval qu’elle a subi, mon avatar ne déprime plus. Elle a une énergie machiavélique, à faire pâlir d’envie un adolescent… Et il y a belle lurette qu’elle est inscrite pour nos rencontres. Elle sera d’excellente humeur. Inquiétez-vous par contre de ses remontrances si vous ne venez pas. Inquiétez-vous surtout de ses représailles car souvenez-vous : la vengeance est un plat qui se mange froid. N’essayez pas de justifier votre absence par une belle-mère malade, une voiture en panne, une extinction de voix subite, un problème de trésorerie, une absence de fibre artistique, une obligation professionnelle, familiale ou sociale, une allergie à la saucisse grillée, la perte de votre stylo préféré, la diminution de votre pouvoir d’achat, une ampoule au pied, un besoin de repos, une envie de rester sous la couette… Ça ne passera pas ! Mais, je sais bien que personne parmi nous n’userait de tels subterfuges pour éviter d’assumer ses engagements. Quoique… Enfin, vous voilà prévenus !

Adhérents et amis de Terre de lecteurs, l’heure de nos retrouvailles approche. Pour moi, c’est un grand plaisir quelque peu entaché, je l’avoue, par l’arrivée de mes avatars. J’ai déjà beaucoup de mal à me supporter, leur présence (et plus encore celle de leurs compagnons, celle de Jacques en particulier) ne va rien arranger. Mais je compte sur vous ! Ensemble, nous saurons faire face à l’adversité.

En attendant de vous retrouver tous et toutes sur les bords de la Sorgues, je vous salue bien amicalement,

Aline

PS : Je ne vous ai rien dit de mon avatar aquatique et pour cause ! Humains et avatars ont au moins une chose en commun, ils sont mortels. Et comme vous le savez (cf. texte d’octobre), cet avatar s’est noyé.

Commentaires :

Babeth

Merci Aline pour ce texte superbe. Il est construit habilement, tout en finesse. J'ai beaucoup aimé cette façon de perdre le lecteur, de le dérouter, ce double "je", ces allers-retours dans le temps, cette spirale qui peu à peu lui fait perdre pied. j'attends la suite avec impatience
babeth
anonyme

Sur France Inter, ce midi : "Avatar" est le titre donné par William Sheller à son nouvel album. Qui est qui à présent ? Aline es-tu William ? William serais-tu Aline ? "Que d'eau que d'eau" , disait encore quelqu'un d'autre, à moins que ça ne soit toujours la seule et même personne...
Rachel

Le mystère s'épaissit et l'avatar est contagieux. L'eau se répand sur tout le territoire. L'histoire ne fait que commencer, il faut peut-être envisager les bouées de sauvetage
Annette

Notre blog prend de drôles de tournures. Voici un texte d'un sadisme peu ordinaire où un avatar d'une forme inattendue s'acharne à faire souffrir une innocente aux pieds qui puent. L'auteure libère-t-elle ainsi ses instincts les plus noirs ? J'attends déjà l'avatar de décembre. Quelle forme prendra-t-il cette fois ?
Aline

Ni sado, ni maso. J'essaie simplement d'être en empathie avec mes avatars. Quelquefois, c'est difficile... Aline
Annette

Un texte baroque et foisonnant : un peu de psychologie, une vertu théologale, de la botanique, un brin d’histoire de l’art, un plagiat (la pause café), une leçon de stratégie syndico-patronale, des références indirectes à Epicure (morale hédoniste) et à Nicolas Bouvier, un soupçon de littérature allemande, une petite minute de gymnastique des articulations des extrémités des membres supérieurs, une plongée dans le monde fascinant du travail ainsi que dans celui tout aussi passionnant des achats en ligne, une fin positive avec une vengeance à la clé, le tout baigné d’un humour imparable, ma lecture fut un moment de grande jouissance. Une question : quand cette bande d’hurluberlus finira-t-elle par se mettre au travail ?
josiane C'est peut-être dans l'intérêt du service public que cette stratégie là avait été mise en place?

L'auteur dit que son avatar a retrouvé le moral mais n'ont-ils pas dissout la cellule trop tôt??
kat

Bravo Aline! quelle belle idée...joindre l'actu à l'écrit!!!et puis Vive l'humour! vive ton humour et tous les zavatars zen tous genressss !!!

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