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LE DIALOGUE ORAL SPONTANÉ : QUELS OBJETS POUR QUELS CORPORA ?

Daniel Luzzati, LIUM, Université du Maine

Luzzati@lium.univ-lemans.fr
  1. Introduction


Le dialogue oral spontané est d'abord pour chacun d'entre nous un processus, une expérience, à savoir l'expérience même du langage, des rapports sociaux et des apprentissages. Pour certains d'entre nous il est ensuite l'expérience d'un objet d'étude, un objet en tant que tel pour les linguistes et les interactionnistes, un prisme pour d'autres, à travers lequel on tente d'observer la psychologie des intervenants, le mouvement des rapports sociaux, l'émergence des acquisitions... Pour d'autres enfin il est l'impossible mirage de ce qu'on ne parviendra jamais à faire avec une machine, domaine laboratoire autant que domaine d'application. Tous ceux qui s'y sont confrontés savent combien l'objet "dialogue oral spontané" est un objet insaisissable et fluctuant, une image courtisée dont on se limite à avoir une idée, au demeurant rarement corroborée par les bribes de corpus qui se collationnent à grand peine.
Maintenant qu'est-ce qu'un corpus ? Pour Damourette et Pichon [DAM 11-27], c'étaient des bribes de phrases, saisies à la volée et qui leur ont permis de faire un travail de morpho syntaxe révolutionnaire. Pour Bally [BAL 29] et Frei [FRE 29], c'étaient des lettres écrites aux soldats de la grande guerre par des familles "qui écrivaient comme elles parlaient", bref, c'étaient des faux, combien précieux ! Pour les protagonistes du français fondamental [GOU 60], c'étaient des disques de cire immédiatement "transcrits" et aussi immédiatement réutilisés, à une époque où ce microscope qu'est l'enregistrement en était à ses balbutiements. Pour nous, aujourd'hui, grâce aux technologies, un corpus de dialogue oral spontané peut devenir un kaléidoscope de reflets multiples et séduisants.
Mais cela revient toujours à saisir et à représenter un signal borné dont on fait un objet, quelle que soit la variété des outils à notre disposition pour y accéder. Se pose en somme une question, que nous tenterons de nourrir : comment un objet statique, fût-il multiple sous forme de corpus, peut-il prétendre représenter un processus dont la caractéristique fondamentale est d'être dynamique, de véhiculer une expérience qui va bien au delà des signes et des référents manipulés ?

  1. Quel objet ?


La première chose à définir, ce sont les mots : "interaction", "dialogue", "langage", "parole"… On est en effet dans un univers d'ambiguïtés où l'interopérabilité des concepts et du vocabulaire jette un trouble permanent. L'interaction tout d'abord suppose simplement échange entre interactants animés, quelle que soit la nature et l'intensité des échanges. Le dialogue présuppose que la nature de l'échange est sinon verbale, du moins langagière, c'est-à-dire avec un certain contenu. Le langage en question a pour seule nécessité d'être constitué de signes discrets, avec un signifiant perceptible et un signifié exprimable, associés à des référents convenus. Dès lors que l'on bascule du côté de la parole, c'est-à-dire du côté de la parole orale et spontanée, on change de versant du langage.
On quitte en effet l'univers de la phrase, celui de la langue préméditée, celui de l'erreur qui s'efface et se rature, pour basculer du côté des énoncés conçus et perçus dans le fil de leur énonciation, des énoncés non prémédités, dont l'émetteur est le premier auditeur, dans lesquels l'erreur se traduit par un supplément de message. On y trouve quelque chose comme ceci :
le défaut qu'ils ont / ils ont une chambre pour eux / pour payer moins cher et // ils prennent un copain ou deux et alors voilà / mais les bains qui c'est qui les paye ils payent pour un bain ils payent pas pour trois

Exemple 1 : extrait du corpus café (http://www.loria.fr/projets/asila/corpus_en_ligne.html)
Enfin, pas tout à fait ceci, puisque ce qu'on trouve s'entend et ne se lit pas, est destiné à provoquer une réaction et non une transcription, et une fois transcrit de la sorte se trouve dépouillé de son "grain" si l'on veut, de sa dimension segmentale et supra segmentale si l'on préfère. On se trouve en somme dans la situation d'un biologiste qui s'intéresserait au vivant en ne disposant que de matériaux morts.
Trois faux semblants au moins doivent en l'occurrence être présents à l'esprit lorsque l'on manipule ainsi des transcriptions. Il faut tout d'abord avoir conscience que l'on ne travaille pas sur le réel qui ne nous parvient qu'au travers d'une représentation. Il faut ensuite avoir une claire vision de la nature, des biais, et de l'évolution des techniques de représentations : la distance entre les disques en cire du français fondamental et les outils de représentation du signal actuels est comparable à celle qui sépare le microscope à lentilles de Swammerdam et la microscopie à champ proche. Il faut ensuite éviter de croire que parce que c'est du langage, il ne s'agit que d'un supplément à une description constituée. Il suffit pour s'en convaincre de prendre les grammaires existantes et de les lire à l'envers (des exemples aux descriptions) : ce qui est décrit ne tient pas compte de la langue interactive et spontanée et, au cas où on en tiendrait compte, il faudrait revoir bon nombre de descriptions. A propos de l'interrogation, sans sombrer nécessairement dans la simple dichotomie interrogation directe / indirecte, interrogation partielle / totale, jamais on ne se pose le problème comme il existe, par exemple en tentant de comprendre la différence de "valeur" entre des énoncés comme :

Que fais-tu

Qu’est-ce que tu fais

Tu fais quoi

C’est quoi que tu fais

Je voudrais savoir ce que tu fais

Je voudrais savoir ce que tu peux (bien) faire

Ce que tu fais je voudrais (bien) le savoir…
En l'occurrence, on peut montrer quelque chose qui ressemble à un énoncé dialogique spontané, mais il est impossible de montrer de la même manière les processus mentaux qui président à leur élaboration, alors même que les énoncés en portent constamment des traces. Le caractère non prémédité du langage appert tout en demeurant caché, et en induisant des présuppositions à partir d'indices récurrents :1 :

  • dans je peux vous demander le téléphérique il se prend où, a-t-on une rupture de construction après demander ou bien 2 "fenêtres" qui correspondent à 2 étapes cognitives successives : je peux vous demander le téléphérique et le téléphérique il se prend où (1pf0460) ?

  • dans j'aimerais savoir où est ce que je pourrais trouver des affiches de cinéma, a-t-on un mélange entre interrogation indirecte (j'aimerais savoir) et directe (où est ce que), ou bien 2 états cognitifs, avec un second qui efface le premier, dès lors que la formulation de la requête affleure à l'esprit du locuteur (1pf0424) ?

  • dans je voudrais savoir s(i) où est le la Caisse d'Epargne de Grenoble s'il vous plaît la séquence initialisée par s(i) correspond-elle à une ébauche d'un s'il vous plaît à venir, ou bien à un état cognitif transitoire dans lequel l'interrogation serait de forme totale : *je voudrais savoir si vous savez où est le la Caisse d'Epargne de Grenoble (2ap0034)



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