Il était une fois une fée, une gentille petite fée, qui vivait dans une source, pas très loin d'un village Vous savez, n'est-ce pas, que la Gaule autrefois





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date de publication08.10.2017
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La fée du robinet
Il était une fois une fée, une gentille petite fée, qui vivait dans une source, pas très loin d'un village Vous savez, n'est-ce pas, que la Gaule autrefois n'était pas chrétienne, et que nos pères les Gaulois adoraient les fées. A cette époque, les gens de ce village adoraient cette fée-là. Ils portaient à la source des fleurs, des gâteaux et des fruits, et même, les jours de fête, ils mettaient leurs plus beaux habits pour y venir danser.

Et puis un jour, la Gaule devint chrétienne, et monsieur le curé interdit aux gens du pays de porter des offrandes et de venir danser autour de la source. Il prétendait qu'ils y perdraient leurs âmes, et que la fée était un diable. Les villageois savaient bien que ce n'était pas vrai ; cependant, ils n'osaient rien dire, parce qu'ils avaient peur du curé. Mais les plus vieux d'entre eux continuèrent de venir, en cachette, pour déposer leurs dons près de la source. Quand le curé s'en aperçut, il se fâcha tout rouge. Il fit dresser en cet endroit une grande croix de pierre, puis il organisa une procession et prononça au-dessus de l'eau un tas de paroles magiques, en latin, pour chasser la fée. Et les gens crurent vraiment qu'il avait réussi à la faire fuir, car, pendant quinze cents ans, plus personne n'entendit parler d'elle.

Les vieux qui l'adoraient moururent, les jeunes l'oublièrent peu à peu, et leurs petits-enfants ne surent même plus qu'elle avait existé. Même les curés, ses ennemis, cessèrent de croire en elle.

Pourtant la fée n'était pas partie. Elle était toujours là, dans la source, mais elle se cachait, car la croix l'empêchait de sortir. Du reste, elle avait bien compris que personne ne voulait plus d'elle.

  • Patience ! pensait-elle. Notre temps est passé, mais le temps des chrétiens passera, lui aussi ! Un jour, cette croix tombera en morceaux, et de nouveau je serai libre.

Un jour, deux hommes passèrent près de la source. C'étaient des ingénieurs. Ils remarquèrent que l'eau en était abondante et claire, et décidèrent de l'utiliser pour le ravitaillement de la ville prochaine.

Quelques semaines plus tard arrivèrent les ouvriers. Ils enlevèrent la croix, qui les gênait pour travailler, puis ils captèrent l'eau de la source et l'amenèrent, par tuyaux, jusqu'à la ville.

C'est ainsi que la fée se retrouva, un beau jour, dans une canalisation qu'elle suivit à l'aveuglette, pendant des kilomètres, en se demandant ce qui avait pu arriver. A mesure qu'elle avançait, le tuyau se faisait plus étroit, se divisait en plusieurs tuyaux secondaires. La fée tournait, tantôt à gauche, tantôt à droite, et pour finir elle aboutit à un gros robinet de cuivre, au-dessus d'une pierre à évier.

C'était une chance pour elle, car elle aurait pu aussi bien tomber dans une chasse d'eau et, dans ce cas, au lieu de la fée du robinet, elle serait devenue la fée des cabinets. Mais par bonheur cela n'arriva pas.

Ce robinet et cet évier faisaient partie d'une cuisine, et cette cuisine était située dans un appartement où habitait une famille d'ouvriers comprenant le père, la mère et deux grandes filles. La fée resta longtemps sans se manifester à eux, car les fées ne se montrent pas pendant le jour: elles ne sortent qu'après minuit. Or le père travaillait dur, la mère aussi, les deux filles fréquentaient l'école, de sorte que tous étaient couchés à dix heures au plus tard, et que personne n'ouvrait le robinet de toute la nuit.

Une fois cependant, l'aînée des filles, qui était gourmande et mal élevée, se leva, sur le coup de deux heures du matin, pour aller voler dans le frigidaire. Elle prit une cuisse de poulet, la rongea, mangea une mandarine, trempa son doigt dans un pot de confiture, le lécha, après quoi elle eut soif. Elle sortit un verre du buffet, alla au robinet, l'ouvrit... mais voilà qu'au lieu d'eau il s'échappa du robinet une toute petite bonne femme en robe mauve, avec des ailes de libellule, qui tenait à la main une baguette surmontée d'une étoile d'or. La fée (car c'était elle) se posa sur le bord de l'évier et parla d'une voix musicale :

  • Bonjour, Martine. (J'ai oublié de dire que cette fille s'appelait Martine.)

  • Bonjour, Madame, répondit Martine

  • Veux-tu être gentille, Martine ? demanda la bonne fée. Donne-moi un peu de confiture.

Martine était, comme je l'ai dit, gourmande et mal élevée. Cependant, quand elle vit que la fée était bien habillée, avec des ailes de libellule et une baguette magique, elle se dit :

  • Attention ! Cette dame est une belle dame, et j'ai tout intérêt à être bien avec !

Aussi répondit-elle avec un sourire hypocrite :

  • Mais certainement, Madame ! Tout de suite, Madame !

Elle prit une cuiller propre, elle la plongea dans le pot de confiture, et la tendit à la bonne fée. Celle-ci battit des ailes, voleta autour de la cuiller en y donnant quelques coups de langue, puis elle se reposa sur le buffet et dit :

  • Merci, Martine. En récompense de ta gentillesse, je vais te faire un don : à chaque mot que tu diras, il te sortira de la bouche une perle.

Et la fée disparut.

  • Ben ça, alors ! dit Martine.

Et, comme elle disait ces mots, trois perles lui tombèrent de la bouche. Le lendemain matin, elle conta l'histoire à ses parents, non sans jeter une quantité de perles. Sa mère porta ces perles au bijoutier, qui les trouva fort bonnes, encore qu'un peu petites.

  • Si elle disait des mots plus longs, dit le père, elles grossiraient peut-être...

Ils demandèrent aux voisins quel est le mot le plus long de la langue française. Une voisine qui avait des lettres leur répondit que c'était le mot anticonstitutionnellement. Ils obligèrent Martine à le répéter. Elle obéit, mais les perles n'en furent pas plus grosses. Plus allongées, peut-être, et d'une forme un peu plus biscornue. De plus, comme c'est un mot très difficile, Martine le prononçait mal, et les perles en étaient de moins bonne qualité.

  • Tant pis, dirent les parents. De toute façon, notre fortune est faite. A partir d'aujourd'hui, la petite n'ira plus à l'école. Elle restera assise à table, et parlera toute la journée au-dessus du saladier. Et si elle s'arrête de parler, gare à elle !

Martine qui, entre autres défauts, était bavarde et paresseuse, fut d'abord enchantée de ce programme. Mais au bout de deux jours, elle en eut assez de parler toute seule et de rester immobile. Au bout de trois jours cela devint un tourment, au bout de quatre un supplice, et le soir du cinquième jour, pendant le dîner, elle entra dans une grande colère et se mit à crier :

  • Zut! Zut! Zut!

En vérité, elle ne dit pas zut, mais un mot beaucoup plus vulgaire. Et en même temps, voici que trois grosses perles, énormes, roulèrent sur la nappe.

  • Qu'est-ce que c'est que ça ? demandèrent les parents.

Mais ils comprirent tout de suite.

  • C'est simple, dit le père, j'aurais dû y penser. Chaque fois qu'elle dit un mot ordinaire, elle crache une petite perle. Mais quand c'est un gros mot, elle en crache une grosse.

A partir de ce jour-là, les parents obligèrent Martine à ne plus dire que des gros mots au-dessus du saladier. Au commencement, cela la soulageait, mais bientôt les parents la grondèrent chaque fois qu'elle disait autre chose qu'un gros mot. Au bout d'une semaine, cette vie ne lui parut plus tenable, et elle s'enfuit de la maison.

Elle marcha tout le jour dans les rues de Paris, sans savoir où aller. Vers le soir, affamée et rompue de fatigue, elle s'assit sur un banc. Un jeune homme, la voyant seule, vint s'asseoir auprès d'elle. Il avait les cheveux ondulés, les mains blanches et un air très doux. Il lui parla très gentiment, et elle lui raconta son histoire. Il l'écouta avec beaucoup d'intérêt, tout en recueillant dans sa casquette les perles qu'elle jetait en lui faisant ses confidences et, quand elle eut fini, il la regarda tendrement dans les yeux:

  • Parlez encore, dit-il. Vous êtes merveilleuse. Si vous saviez comme j'aime à vous entendre ! Restons ensemble, voulez-vous ? Vous coucherez dans ma chambre et nous ne nous quitterons plus. Nous serons heureux.

Martine, qui ne savait où aller, accepta de bon cœur. Le jeune homme l'emmena chez lui, la fit manger, coucher, et le lendemain matin, au réveil, il lui dit :

  • Maintenant, ma petite, parlons de choses sérieuses. Je n'ai pas l'intention de te nourrir à ne rien faire. Je m'en vais d'ici, et je t'enferme à clef. Ce soir, quand je reviendrai, je veux que la grande soupière soit pleine de grosses perles — et si elle n'est pas pleine, tu auras de mes nouvelles !

Ce jour-là et les jours suivants, Martine fut prisonnière, et obligée de remplir la soupière de perles. Le jeune homme au regard si doux l'enfermait chaque matin et revenait le soir. Et lorsque à son retour la soupière n'était pas pleine, il la battait. Mais laissons pour l'instant Martine à son triste sort, et revenons chez ses parents. La jeune sœur de Martine, qui était sage et bonne, avait été profondément impressionnée par toute cette histoire, et n'avait pas la moindre envie de rencontrer la fée du robinet. Cependant les parents, qui regrettaient amèrement la fuite de leur aînée, lui disaient chaque jour :

  • Tu sais, si tu as soif, la nuit, rien ne t'empêche de te lever pour aller boire un verre d'eau à la cuisine...

Ou encore :

  • A présent, tu es une grande fille. Tu pourrais bien faire quelque chose pour tes parents. Après tout ce que nous avons fait pour toi...

Mais Marie (j'ai oublié de dire qu'elle s'appelait Marie) faisait semblant de ne pas comprendre.

Un soir, sa mère eut une idée. Elle servit à dîner une soupe aux pois cassés, des filets de hareng, du petit salé aux lentilles et, pour finir, du fromage de chèvre, de sorte que, la nuit suivante, Marie ne put dormir tellement elle avait soif. Pendant deux heures elle resta dans son lit, à se répéter :

  • Je n'irai pas dans la cuisine. Je n'irai pas dans la cuisine...

Mais pour finir elle y alla, en espérant que la fée ne sortirait pas. Hélas ! A peine le robinet tourné, la fée s'en échappa et vint en voletant se percher sur l'épaule de Marie.

  • Marie, toi qui es si bonne, donne-moi un peu de confiture!

Marie était très bonne, mais elle n'était pas bête, et elle répondit :

  • Merci bien ! Je n'ai pas besoin de vos dons ! Vous avez fait le malheur de ma sœur, c'est grandement suffisant! D'ailleurs, je n'ai pas le droit de fouiller dans le frigidaire pendant que mes parents sont couchés.

La fée qui, depuis quinze cents ans, avait perdu l'usage du monde, fut piquée de cette réponse et dit d'un air déçu :

  • Puisque vous êtes si peu aimable, je vous donne pour don qu'à chaque mot que vous direz, il vous sortira de la bouche un serpent !


Le lendemain, en effet, au premier mot qu'elle voulut dire pour raconter la chose à ses parents, Marie cracha une couleuvre. Elle dut renoncer à parler et leur expliqua par écrit ce qui s'était passé la nuit dernière.

Tous affolés, ses parents la menèrent chez un médecin qui habitait, deux étages plus haut, dans le même immeuble. Ce médecin était jeune, sympathique et fort bien considéré dans le quartier, et promettait de faire une belle carrière. Il écouta le récit des parents, puis il fit à Marie son plus charmant sourire et lui dit :

  • Allons, ne vous désolez pas. Tout cela n'est peut-être pas si grave. Voulez-vous me suivre dans ma salle de bains ?

Ils passèrent tous dans la salle de bains. Une fois là, le médecin dit à Marie:

  • Penchez-vous bien sur la baignoire. Comme ceci. Et maintenant, dites un mot. N'importe lequel.

  • Maman, prononça Marie.

Et en même temps une grosse couleuvre glissa de sa bouche dans la baignoire.

  • Très bien, dit le médecin. Et à présent, dites un gros mot, pour voir...

Marie rougit très fort.

  • Allons, lui dit sa mère, un petit gros mot pour le docteur !

Marie, timidement, murmura un gros mot. En même temps, un jeune serpent boa se répandait dans la baignoire.

  • Qu'elle est gentille! dit le médecin, tout ému. A présent, ma petite Marie, fais encore un petit effort et dis-moi une parole méchante.

Marie comprenait bien qu'il fallait obéir. Mais elle était si bonne qu'une parole méchante, même sans la penser, ça lui coûtait à dire. Elle se força pourtant, et prononça d'une voix sourde :

  • Sale vache.

Tout aussitôt deux petites vipères, roulées en boule, sautèrent de sa bouche et tombèrent avec un bruit mou sur les autres serpents.

  • C'est bien ce que je pensais, dit le docteur avec satisfaction. Pour un gros mot, il sort un gros serpent, et pour un mot méchant un serpent venimeux…

  • Que faut-il faire, Docteur? demandèrent les parents.

  • Ce qu'il faut faire ? Eh bien, c'est simple ! Mon cher Monsieur, j'ai l'honneur de vous demander la main de votre fille.

  • Vous voulez l'épouser ?

  • Si elle accepte, oui.

  • Pourquoi donc ? demanda la mère. Vous pensez que le mariage la guérira ?

  • J'espère bien que non! répondit le médecin. Voyez-vous, je travaille à l'Institut Pasteur, à la fabrication des sérums antivenimeux. Dans mon service, nous manquons de serpents. Une demoiselle comme votre fille est pour moi un trésor !

C'est ainsi que Marie épousa le jeune médecin. Ce dernier fut très bon pour elle, et la rendit aussi heureuse qu'elle pouvait l'être avec une telle infirmité. De temps en temps, sur sa demande, elle lui disait des mots atroces pour lui fournir, soit une vipère, soit un cobra, soit un serpent corail - et le reste du temps, elle ne parlait plus, ce qui, heureusement, ne lui pesait pas trop, car elle était simple et modeste.

A quelque temps de là, la fée du robinet voulut savoir ce qu'il était advenu des deux filles. Elle apparut à leurs parents, un samedi soir après minuit, comme ceux-ci rentraient du cinéma et cassaient une petite croûte avant d'aller se coucher. Elle les interrogea, et ils lui répondirent. Toute confuse, elle apprit alors que, non seulement elle avait récompensé la vilaine fille et puni la gentille -mais que, par pur hasard, le mauvais don avait tourné à l'avantage de Marie, tandis que le don des perles était pour la pauvre Martine une terrible malédiction, et qu'elle s'en trouvait punie bien au-delà de ce qu'elle méritait. La pauvre fée, découragée, se dit en elle-même :

  • J'aurais mieux fait de me tenir tranquille. Je n'ai aucun usage du monde, je juge tout de travers, et je ne prévois même pas les conséquences de mes actes. Il faut que je trouve un enchanteur plus sage que moi, pour qu'il m'épouse et que je lui obéisse. Mais où le chercher ?

Tout en réfléchissant, elle était sortie dans la rue et elle voletait au-dessus du trottoir, rue Broca, lorsqu'elle vit une boutique éclairée. C'était l'épicerie-buvette de Papa Saïd. Papa Saïd lui-même était en train de poser les chaises sur les tables avant d'aller se coucher.

La porte était fermée, mais la fée, se faisant toute petite, passa par en dessous. C'est qu'en effet elle avait vu, traînant sur une planche, un gros cahier et une trousse à crayons, que Bachir avait oublié de ranger.

Lorsque Papa Saïd se fut retiré, la fée arracha une feuille du cahier (vous n'avez pas remarqué qu'il manque souvent une feuille aux cahiers de Bachir?). Puis elle sortit de la trousse les crayons de couleurs, et elle se mit à dessiner. Bien entendu, Papa Saïd, en s'en allant, avait éteint l'électricité. Mais les fées ont de bons yeux, et voient même les couleurs en pleine nuit. La fée du robinet dessina donc un enchanteur, avec un grand chapeau pointu et une vaste houppelande noire. Le dessin terminé, elle souffla dessus et se mit à chanter :

Enchanteur noir

Couleur du soir

Je t'ai dessiné

Veux-tu m'épouser ?

La tête de l'enchanteur fit une grimace:

  • Non, je ne veux pas, dit-il, tu es trop grosse.

  • Alors, tant pis pour toi ! répondit la fée.

Elle souffla dessus une seconde fois, et l'enchanteur ne bougea plus. Elle arracha une autre feuille (il manque souvent plus d'une feuille aux cahiers de Bachir) et dessina un deuxième enchanteur, avec une houppelande brune. Elle souffla dessus et demanda :

Enchanteur brun

Couleur de rien

Je t'ai dessiné

Veux-tu m'épouser?

Mais l'enchanteur brun détourna la tête:

  • Non, je ne veux pas, tu es trop maigre.

  • Eh bien, tant pis pour toi !

La fée souffla sur lui une seconde fois et il ne fut rien de plus qu'un dessin immobile. Puis elle chercha dans les crayons de couleurs et s'aperçut qu'il n'en restait plus qu'un: le bleu. Tous les autres étaient perdus!

  • Celui-ci, pensa-t-elle, il ne faut pas que je le rate!

Alors, en s'appliquant beaucoup, elle dessina, sur une troisième feuille, un troisième enchanteur, dont la houppelande était bleue. Quand elle l'eut fini, elle le regarda avec amour. Vraiment, c'était le plus beau de tous !

  • Pourvu qu'il m'aime ! pensa-t-elle.

Elle souffla sur lui et se remit à chanter.

Enchanteur bleu

Couleur des cieux

Je t'ai dessiné

Veux-tu m'épouser ?

  • D'accord, dit l'enchanteur.

Alors, la fée souffla dessus trois fois. A la troisième fois, l'enchanteur dessiné s'épaissit, puis il se détacha de la feuille de papier, puis il se redressa, prit la fée par la main, et tous les deux passèrent par-dessous la porte et s'envolèrent dans la rue.

  • Avant tout, dit l'enchanteur bleu, je vais ôter leurs dons à Martine ainsi qu'à Marie.

  • Vraiment, tu crois ? demanda la fée.

  • C'est la première chose à faire, dit-il.

Et là-dessus, il récita une formule magique.

Le lendemain, Martine avait cessé de cracher des perles. Le jeune homme à l'air doux, voyant cela, commença par la battre. Puis, quand il vit que cela ne servait à rien, il la chassa. Elle revint chez ses parents, mais l'aventure lui avait servi de leçon, car elle fut désormais douce et bonne.

Le même jour, Marie cessa de cracher des serpents. C'était dommage pour l'Institut Pasteur, mais son époux ne le regretta point, car il eut le plaisir de parler avec elle, et il put constater qu'elle était aussi intelligente que sage.

L'enchanteur et la fée disparurent. Je sais qu'ils vivent toujours, mais je ne sais pas où. Ils ne font presque plus de miracles, ils sont très, très prudents, et ne tiennent pas du tout à faire parler d'eux.

J'oubliais d'ajouter ceci: le lendemain de cette nuit mémorable, madame Saïd, la maman de Bachir, en ouvrant la boutique, trouva sur une planche les crayons de son fils en désordre, le grand cahier ouvert avec trois feuilles arrachées et, sur deux de ces feuilles, des dessins d'enchanteurs. Très mécontente, elle appela son fils et lui dit sévèrement :

  • Qu'est-ce que c'est que ce travail ? Tu n'as pas honte ? Tu crois que c'est pour ça qu'on t'achète des cahiers ?

Bachir eut beau répondre que ce n'était pas lui, personne ne voulut le croire.
La Sorcière de la rue Mouffetard et autres contes de la rue Broca, Pierre Gripari.


Le don de la Fée Mirobola
Il y a encore, de nos jours, quelques Fées en exercice. […]

Seulement l’époque n’est plus très propice aux féeries. Les gens aujourd’hui ne s’intéressent qu’à la science. Ce qui les épate, c’est une voiture qui monte à 200 à l’heure ; un crapaud changé en prince charmant ne ferait pas trois lignes dans le journal. Alors les Fées se sont faites les plus discrètes possible, elles ont rangé leurs belles robes et tout leur matériel de Fées et elles n’usent de leurs pouvoirs qu’en cas d’urgence, et sans le moindre tourbillon de lumière. Elles travaillent incognito.

Il en est une qui s’appelle Mme Mirobola et qui vit à Paris à deux pas de la place des Vosges, à l’angle de la rue des Tournelles et de la rue des Lavandières-St-André, au-dessus du pressing qui fait le coin à cet endroit. […]

Le voisin de palier de Mme Mirobola est un professeur de physique et chimie nommé M. Crocheux, homme terrible, qui héberge un neveu, Jean-François, dont il est tout ensemble l’hôte, le tuteur et surtout le tortionnaire tout-puissant, car ce pauvret a perdu ses parents et n’a que son oncle pour s’occuper de lui. Il n’a pas la vie rose […] [car M. Crocheux maltraite son neveu et renferme souvent dans une malle. Un jour, il l’envoie chercher des cigarettes. En revenant de sa course, Jean-François rencontre Mme Mirobola qui s’inquiète de la triste figure du petit garçon et l’interroge.]

Mme Mirobola s’est montrée si persuasive que Jean-François, qui pourtant n’est pas un rapporteur, a fini par se laisser aller à dire la façon dont son oncle le traitait; et que, justement, il sortait de la malle.

  • De la malle?

Mme Mirobola n’avait besoin d’aucune explication, vu qu’une Fée devine tout; mais l’indignation lui a fait lever les bras au ciel :

  • C’est affreux! C’est horrible! Il faut absolument que je fasse quelque chose pour toi, mon pauvre poussin! …

Elle s’est gratté l’oreille afin de mieux réfléchir.

  • Eh bien voilà, a-t-elle finalement décidé. Tu es si gentil et si poli, et ton cas est si digne d’intérêt, que je ne peux m’empêcher de te donner un Don. Écoute-moi bien. Je te donne pour Don, […] que chaque fois que tu pleureras, tes larmes seront… autant de pièces de cinquante centimes qui tomberont de tes yeux. Comme ça tu achèteras ce que tu voudras, je te fais confiance. Ça te convient-il ?

Jean-François a accepté d’enthousiasme, recommençant à trépigner et Mme Mirobola a eu de nouveau toutes les peines du monde à le calmer. […]

Il commençait à se faire tard et M. Crocheux attendait son neveu sur le pas de la porte, bras croisés, battant de la semelle, les yeux jetant des éclairs.

  • Eh ! Bien, ces gitanes ? Tu es allé les chercher à Madrid ?

Hélas! Jean-François revenait les mains vides! Le pauvre avait posé tout à l’heure les paquets de gitane sur un rebord de fenêtre pour mieux danser de joie, et les y avait oubliés!

Je laisse à deviner quelle fut la fureur de l’oncle. M. Crocheux attrapa le garnement par le col et lui décocha énormément de coups de pied. […]

Jean-François s’est donc mis à pleurer, et, ce faisant, il a répandu par l’œil droit une trentaine de pièces de cinquante centimes, et par le gauche ma foi peut-être un peu plus. Tout cela est dégringolé sur le parquet avec un bruit sonore, qui a stoppé net M. Crocheux dans son action éducative.

  • Nom d’un chien! Qu’est-ce que c’est encore que ça! D’où est-ce que ça nous tombe?

Il était très étonné. […] Au total il y avait 42 francs 50, que M. Crocheux a mis dans sa poche sans proposer de partage, ce qui est bien dans son style. Puis il s’est retiré dans sa chambre, la mine rêveuse, après avoir longuement considéré son neveu. Il n’a pas reparu ce soir-là. Jean-François a dîné seul à la cuisine et s’est mis au lit sitôt sa banane avalée. Et il s’est endormi très satisfait de la tournure que prenaient les événements.

Il avait tort. Au milieu de la nuit, son oncle est venu le secouer : […]

  • Tiens, attrape !

Ce qu’il y avait à attraper était un grand coup de poing en pleine poitrine.

  • Mais mon oncle !

  • Et en voilà un autre !

Deux coups de poing dans la poitrine, ça peut vous faire le même effet que les vitres qui tremblent. Jean-François a versé de nouvelles larmes – c’est-à-dire qu’il a répandu un nouveau torrent de pièces de monnaie, que son oncle a aussitôt rangées par piles de dix. Il y en avait cette fois pour 70 francs tout rond.

  • Ta part, a dit M. Crocheux en lui jetant 3 francs 50. Que ceci t’encourage. Nous reprendrons demain matin. Je te dispense d’école jusqu’à nouvel ordre. […]

[Le lendemain, Jean-François court expliquer ses nouveaux malheurs à la fée.]

  • Voilà ce que nous allons faire, a-t-elle dit finalement. Il ne m’est pas possible de revenir sur ce Don que je t’ai donné. Mais je peux le modifier. A l’avenir ce ne sont plus des pièces de cinquante centimes que tu verseras par les yeux, mais des cigarettes de la marque gitanes. Par contre, chaque fois que tu riras, et même à chacun de tes sourires, un beau billet de 100 francs te sortira d’entre les dents. Mais attends, a ajouté Mme Mirobola, tout ceci ne se fait pas si facilement.

Elle est allée prendre sa baguette magique au fond de son placard, et la brandissant dans les airs, elle s’est mise à gesticuler à la façon d’un chef d’orchestre, proférant par ailleurs des formules magiques. […]

Jean-François a regagné ses draps et a fait un petit somme en attendant le réveil de son oncle.

Ça n’a pas manqué. Sitôt qu’il a eu ouvert un œil, M. Crocheux s’est rué au chevet de son pupille le poing en l’air, qu’il a abattu avec force sur le front du pauvre enfant, lequel se réveille, se dresse sur son séant et perd en quelques secondes quarante-cinq cigarettes par l’œil droit et soixante-quatre par le gauche, sorte d’avalanche sur l’édredon et la descente de lit. […]

  • Par exemple ! Des gitanes. Voyez-vous ça ! Et d’où sortent-elles, peux-tu me dire ?

  • Je n’en sais rien, mon oncle, je vous assure que je n’y comprends rien.

M. Crocheux était assez déçu de cette chute de gitanes au lieu de monnaie. […]

Quoi qu’il en soit, M. Crocheux s’est retrouvé à la tête, vers les sept heures du soir, d’un véritable monceau de gitanes et c’est ici qu’on se rend compte de là où Mme Mirobola voulait exactement en venir: ces gitanes, il les a toutes fumées, et il est tombé malade, extrêmement malade, attendu que le tabac, on ne le répétera jamais assez, c’est nocif.

Il est devenu tout vert, puis tout blanc, d’une pâleur mortelle […]. Sa fièvre est montée jusqu’à 40 degrés 6 dixièmes et il a bien cru qu’il y passait. Mais heureusement pour lui le mal s’est calmé, et à l’aube ça allait mieu : M. Crocheux était sauvé. Nous ne pouvons que nous en réjouir, car nous sommes charitables.

Sauvé, mais dans un triste état. Et quand il a voulu se mettre debout, il s’est étalé de tout son long: ce que voyant, Jean-François n’a pu se retenir de rire tant il est vrai que rien n’est drôle comme quelqu’un qui se casse la figure. Et ce rire a fait apparaître un beau billet de 100 francs tout neuf; lequel s’en est allé voleter sur la figure de M. Crocheux : le sortilège de la Fée Mirobola se trouvait accompli. Moyennant quoi tout va très bien à présent pour le petit Jean-François. Son oncle a découvert qu’il n’y a plus intérêt à lui donner des coups, et qu’il convient au contraire de l’amuser autant que possible. Il en use maintenant envers lui avec la plus extrême gentillesse et multiplie les gags, les petites farces, les clowneries, les mines burlesques, les histoires drôles, les jets de serpentins, dès qu’il se trouve en sa présence, afin de lui faire cracher des billets de 100 francs.

M. Crocheux est devenu riche et il a donné sa démission de professeur de physique, car il n’a plus besoin de son traitement; il consacre désormais tout son temps à la gaîté de son neveu […].

Il y a mieux. A force de jouer les boute-en-train et les gros rigolos, M. Crocheux est réellement devenu un boute-en-train de premier ordre et un délicieux rigolo – et par dessus le marché un homme charmant. Son caractère a changé du tout au tout. C’est une extraordinaire transformation.

Si bien que Jean-François se fait de moins en moins prier pour applaudir aux facéties de son oncle, et s’esclaffe maintenant de bon cœur. L’oncle et le neveu ne peuvent plus se passer l’un de l’autre. […]
Contes à l’envers de B. Moissard et P. Dumas.






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«oui c’était un peu une expédition avec le fauteuil roulant dans la neige qui n’avançait pas et tout» et finalement la petite sœur...

Il était une fois une fée, une gentille petite fée, qui vivait dans une source, pas très loin d\Qui dit trêve sacrée ne dit pas absence de violence
«germées» (’WShM)). C’était également le temps du marché, de la «foire» d’une sous-région, concentré autour du culte particulier...

Il était une fois une fée, une gentille petite fée, qui vivait dans une source, pas très loin d\Le gendarme qui me précédait a ouvert une petite porte. Nous sommes...
«la pauvre femme, elle qui avait sacrifié toute sa vie», elle n'avait pas mérité cette épreuve»

Il était une fois une fée, une gentille petite fée, qui vivait dans une source, pas très loin d\Nom et prénom de l’étudiant auteur de la présente trace
«t’inquiètes pas tout se passera pas bien tu aura une matinée cool» Hors vous comprendrez très vite que cela n’avait pas été le cas...





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