Prologue : Un drame La religion est le soupir de la créature opprimée, le cœur d’un monde sans cœur et l’âme d’une époque sans âme. Elle est l’opium du peuple Karl Marx 1





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ALIENATION page

Alienation




Prologue : Un drame



La religion est le soupir de la créature opprimée, le cœur d’un monde sans cœur et l’âme d’une époque sans âme.

Elle est l’opium du peuple
Karl Marx

0.1


Usé, déchiré, éventré, lacéré, brûlé par endroits, la peau ternie par l’âge et la poussière, piquée de tâches de moisissures et déformée par la répétition des sauts effectués sur ses vieux coussins, le vieux canapé qui trônait au milieu du salon aurait bien mérité des remerciements, des félicitations, ou tout au moins quelques encouragements. Mais les seuls égards qu’il recevait étaient des coups de pieds ingrats, des éclaboussures de bières indélicates et des confiseries sucrées et collantes.

Ce canapé, relique découverte au hasard d’une pérégrination dans un terrain vague, témoignait du premier drame muet qui se déroulait dans cette pièce. Allongée de toute sa taille sur son ventre, une humaine écrasait dédaigneusement ses ressorts, étouffait son cuir et déformait sa structure, les pieds posés sur un accoudoir et la tête dans un trou qui aurait dû être comblé par un coussin. Dans cette position, elle mangeait d'une main du pop-corn provenant d'un bol posé sur le sol, qui parvenait à sa bouche en une parabole aérienne, et tenait fermement de l’autre un petit livre en suspension au-dessus de sa tête, titré "l'aliénation selon Karl Marx", sans qu’une once de considération n’émerge de sa personne en direction du vieux meuble qui la soutenait.

Le second drame muet se déroula à quelques mètres du premier : alors qu'elle se trouvait immobile depuis plusieurs minutes, une antique télécommande utilisa la main normalement assignée au pop-corn pour s'élever dans les airs. Elle en profita pour émettre un train d'ondes en direction du récepteur idoine, placé sur le devant d'un non moins antique téléviseur, à peine adapté pour la médiavision. Celui-ci réagit illico en modifiant son canal de diffusion. Cette dernière joua cette comédie durant quelques instants, puis, lassée, se laissa choir sur la moquette.

Bien loin de cette minuscule scène, la droite et haute porte des toilettes s'ouvrit dans un craquement hautain. Et le troisième drame se produisit, loin d’être muet celui-ci : un grand humain, mal rasé, cheveux longs jusqu’aux épaules, mâchoire carrée et yeux marron en franchit le seuil et déclara en direction du divan :

_ Qu’est ce que tu regardes encore ? T'as zappé.

_ Je ne sais pas trop, fit la voix féminine. Je lis.

_ Tu parles. Je n'ai jamais vu quelqu'un lire en regardant la médiavision.

Léocadie attrapa une poignée de maïs caramélisé qu'elle porta à sa bouche.

_ Tu sais, moi je sais tout faire.

_ C'est ce que tu dis. N’empêche que je ne t'ai pas encore vu garder un travail plus d'une semaine.

Piqûre au vif. Elle se redressa vivement.

_ Qu'est-ce que tu insinues, Max. Que je suis une tire-au-flanc ? Je te rappelle que j'ai toujours eu une bonne raison de quitter mon travail.

_ Une bonne raison ! Et c’était quoi la bonne raison, la dernière fois, au Café du Commerce ?

Max usait d’un timbre de voix teintée d'ironie mais uniforme. Léocadie, elle, montait très rapidement dans le registre de l’agacement.

_ Le patron prenait une commission sur les pourboires. C'est rigoureusement illégal, je te rappelle.

Max s'adossa au mur, croisa ses pieds, et entreprit de se rouler une cigarette. Il rétorqua, le plus calmement du monde :

_ Et bien sûr, tu ne touches pas à tout ce qui est illégal.

_ Pas lorsque ça a pour but d'aliéner la condition humaine.

Il manqua de laisser tomber son paquet de tabac en pouffant.

_ "Aliéner" ! C'est dans ton livre que tu trouves des expressions comme ça ?

Léocadie sentit son nez la piquer et son sang affluer au visage. Elle resta quelques secondes à fusiller son petit ami du regard et replongea brusquement dans sa lecture interrompue.

_ Regarde donc la média, si tu es incapable de lire, maugréa-t-elle.

_ J'y compte bien, mais pas longtemps. Il faut que je dorme, demain j'ai un client à 10 heures.

Il s'installa inconfortablement dans le trou du canapé et s’attacha à faire jaillir une étincelle d'un briquet presque vide.

_ C'est un gros client ? s'enquit-elle sans quitter le livre des yeux.

_ Ha ! Tu vois que tu y viens, à l'illégalité…Non, c'est un habitué qui me prend 100 grammes par semaine.

Léocadie songea soudain à son ami comme à un acteur de l'aliénation dont elle venait de lui parler. Son action "illégale" quotidienne n’avait pas le moindre but révolutionnaire. Non seulement il participait au maintien de la société actuelle, qui devenait de moins en moins appréciée par ses acteurs, mais il vendait de la drogue à des gens qui n'en avaient pas besoin, et ainsi les détournait de leurs véritables desseins. Il n’avait pas la moitié de la trempe d’un Marx, d’un Trotski ou même d’un Lénine. Son seul intérêt résidait dans sa recherche de profit et du maintien de son petit confort, comme tous les autres qui trimaient au-dehors, sans réel objectif. S’il s’opposait à la société marchande, c’était pour de fausses raisons, égoïstes et amorales.

Par-dessus son livre, Léocadie jeta un coup d’œil accusateur à celui qui lui servait actuellement d’hôte. Jamais elle ne consentirait à coucher avec lui si cela n'était pas un moyen de se faire héberger gratuitement. Leur relation n’était qu’un tacite échange de bons procédés, même si Max n'en était pas conscient.

De son coté, la télécommande jouait le même tour à la télévision, prenant cette fois-ci la main de l'homme en otage. Puis elle s'arrêta brusquement et se figea en l'air.

_ Putain, cria Max. C'est Léo !

0.2


Le présentateur esquissa le sourire le plus large dont il était capable, avant de déclamer :

_ Je vous prie d’accueillir bien fort M. Léopold Tudal.

Une salve d’applaudissements savamment orchestrés jaillit du public dressé. Un homme investit le plateau, vêtu d’une ample toge orange à capuche, rayée de 3 bandes verticales blanches. C'était une personne jeune, environ la trentaine, les cheveux rasés et les mains jointes qui s'approchait du fauteuil vide qui l'attendait. Il arborait un sourire béat, quasi-religieux, et se mouvait par petits pas, comme s'il craignait que son vêtement ne s'usât au contact de ses genoux. Son visage dégageait une certaine sérénité, dans la simplicité et l'apparente décontraction de ses traits, qui n'était pas sans contraster avec l'agitation nerveuse qui agitait ceux du présentateur. Ce dernier serrait et desserrait compulsivement ses mains, qu'il gardait cachées de l’objectif des caméras.

D’un geste vif, le maître de cérémonie lui fit signe de s'asseoir, mais l'homme refusa poliment. Il préférait rester debout. Qu’à cela ne tienne, le fauteuil disparut en un claquement de doigts. Le présentateur se posa souplement sur le sien et croisa ses jambes maigres. Deux mètres et une table basse le séparaient alors de l’homme debout qui ne cessait de sourire. Celui-ci avait les yeux perdus dans le public mais mobiles, semblant scruter chaque invité.

_ Soyez la bienvenue, M. Tudal. Je craignais que vous vous décommandiez.

Et pour cause, pensa-t-il. C’était le plus gros barjot qu’il n’eut jamais vu, encore plus atteint que le gars qui se prenait pour une poule. Il allait faire un record d’audience, ce soir.

_ Ha bon ? fit la voix lointaine de l’invité, les yeux toujours noyés dans l’assistance.

_ Oui. J’avais craint que vous n’ayez eu peur, renchérit l’homme de spectacle en cachant ses pensées véritables sous un sourire condescendant.

_ La véritable foi ne subit pas les affres de la peur, se contenta-il de répondre.

_ Oui, mais au…

L’homme s’arracha soudain de sa torpeur et coupa l’animateur avec une vigueur surprenante. Il semblait que son inspection de l’assemblée, ou quoi que cela puisse être, était terminée et qu’il était prêt à affronter son interlocuteur.

_ Nous n’allons pas gaspiller le temps qui nous est imparti en frivolités et en échanges douteux, attaqua-t-il. Je suis venu dans votre piteuse émission dans le but de révéler au public et aux médiaspectateurs qui je suis et qui je représente.

_ Dans ce cas là, révélez donc, lâcha le médiateur entre ses dents, vexé.

Léopold se tourna vers la caméra 1, dont la veilleuse rouge se reflétait faiblement sur son crâne luisant. Son expression se transforma peu à peu jusqu’à exprimer la bonté miséricordieuse qui était de rigueur dans ces circonstances.

_ Messieurs, Mesdames, annonça-t-il solennellement, fidèles de tous les pays, représentants de toutes les religions du monde. L’information que je détiens n’est pas des plus simples à annoncer. Je m’excuse par avance de l’effet pervers et transitoire qu’elle risque de causer dans vos esprits et vous demande de vous préparer à voir toutes vos convictions, vos certitudes et vos croyances ébranlées par cette révélation.

« Je ne suis pas un plaisantin venu sur un plateau de média pour chercher la célébrité ou un dément venu troubler l’ordre social établi par mes pères. Je suis ici le plus simplement du monde pour vous annoncer la nouvelle la plus réjouissante que vous puissiez attendre et la plus étonnante que vous puissiez imaginer.

« Amis croyants, et plus particulièrement mes compatriotes de l’Eglise Catholique, je vous assure de nouveau de ma bonne foi et vous garantis la profonde sincérité de mes propos, en vous annonçant solennellement que je suis le nouveau représentant de Dieu sur terre. Je suis le Messie, le Sauveur que vous attendiez depuis plus de 2100 ans.

0.3


Max et Léocadie se regardèrent et pouffèrent tous deux en même temps.

_ Tu le connaissais ? lui demanda-t-elle en séchant les larmes de rire de sa manche.

Il dut laisser passer un hoquet avant de pouvoir répondre.

_ Juste un peu. Il a été un de mes concurrents lorsque j’ai débuté dans le métier, il y a six ans.

_ C’est donc un dealer ?

_ Non. Ça m’étonnerait qu’il ait persisté. C’était un timoré, il avait trop de scrupules pour faire carrière. Il restreignait sa vente aux personnes majeures et en bonne santé et refusait d’avoir des clients réguliers. A mon avis, il a du trop abuser de la came depuis qu’on s’est perdus de vue.

Léocadie songea de nouveau au "métier" qui était celui de son ami, ce qui coupa net son rire. Vendre de la drogue, même légère, à des mineurs, était inacceptable de la part d’un individu équilibré et conscient de ses actes. Conserver des clients durant plusieurs années, tout en connaissant le phénomène d’accoutumance qui est lié à l’absorption de cette substance, était tout aussi répréhensible. Elle était tout d’un coup moins encline à se moquer de ce personnage qui refusait de fournir les mineurs et tentait de les préserver de toute addiction. Même s’il avait manifestement fondu un plomb, il valait sûrement mieux que son meurtrier de compagnon.

Mais, consciente de son statut de parasite de ce foyer, elle serra les dents et se retint une fois de plus de toute remarque désobligeante envers Max, qui était plié en deux à l’écoute des déclarations de son ancienne connaissance.

0.4


« Je vois vos visages rieurs dans l’assistance et j’imagine les vôtres, devant vos transmetteurs média. Je comprends votre réaction. Elle est légitime et normale, compte tenu de l’époque de vide spirituelle que nous traversons. La religion est devenue aujourd’hui davantage un sujet de raillerie que de recueillement, et les quelques représentants des diverses religions terriennes sont montrés du doigt ou relégués au rang d’homme préhistorique. Les Eglises, les Mosquées, les Temples et les autres lieux sacrés sont désormais frappés d’obsolescence et sont soit détruits soit transformés en musée.

« Mais sachez que c’est justement parce que le cœur des hommes a aujourd’hui plus qu’hier besoin d’être empli de l’amour de Dieu que je me présente à vous. Je suis un simple messager a l’enveloppe mortelle, fragile, mais je peux accomplir de grandes choses. Je peux vous unir autour d’un objectif commun, je peux vous faire grandir, vous faire devenir meilleurs, vous éclairer de mon savoir et vous imprégner de la parole divine.

L’homme marqua un temps d’arrêt, les yeux de nouveau plongés dans ceux de ses spectateurs. Il tira ses deux mains de sa soutane et les montra, paume vers le haut, avant de continuer d’un ton de confidence :

« En son temps, Jésus de Nazareth a dû lutter ardemment contre l’incompréhension des païens, Muhammad s'est heurté aux citadins de la Mecque avant de faire connaître la Révélation coranique et Siddhartha Gautama, qui est devenu ensuite le Bouddha, a mis du temps pour imposer son savoir au peuple de l’Inde, s'opposant en même temps aux virulents brahmanes, au système ancestral des castes et aux nouveaux disciples du jaïnisme, religion rivale du bouddhisme. Je ne suis qu’un homme, je vous l’ai dit, et je ne compte pas vous convaincre de la vérité de mes propos en un soir. Je ne vous demande pas de me croire sur parole, mais j’apprécierai que vous réfléchissiez à toutes les conséquences que mon discours pourrait avoir sur vos vies.

« La religion que je veux vous faire connaître est synonyme de paix et d'accomplissement spirituel. Aujourd'hui, le monde est fou, rapide et impitoyable. Donnez-moi la main et je vous aiderai à le traverser les pieds secs.

« Je vais maintenant m’asseoir et répondre aux questions que vous ne manquez pas de vous poser. »

Le siège précédemment écarté revint se positionner à sa place, mû par une paire de bras anonyme, et l’homme y prit place.

_ Je vous écoute.

Le présentateur, rongeant son frein depuis le début de l'intervention, voulut l'apostropher, mais l’homme le coupa d’un geste de la main. Plus tard, l’animateur avouera dans une émission à scandales qu’il lui avait été réellement impossible de parler durant les secondes où son invité lui avait réclamé le silence. De même, plusieurs personnes témoigneront de leur incapacité à se moquer de l’homme lorsque le moment des questions fut venu.

Une main appartenant à une jeune femme brune se dressa timidement.

_ Mademoiselle, fit-t-il. Je vous écoute.

La jeune personne se leva presque malgré elle et demanda, d’une voix plus assurée qu’elle ne l’aurait cru :

_ Comment savez vous que vous êtes le Messie ?

_ C'est une excellente question, mademoiselle, je comprends votre incompréhension. Cette révélation m'est apparue récemment, en songe. Je me suis couché en proie à la plus violente des migraines et j'ai fait un rêve que je ne saurais vous décrire, tant son contenu était disparate et incohérent. Je me souviens seulement de l'impression de compréhension ultime qui m'a gagnée au beau milieu de ce somme. A mon réveil, je me suis senti transformé, différent, presque étranger à moi-même. Ce qui m'est arrivé dans ce rêve était quelque chose d'exceptionnel, et j'ai mis un peu de temps à en réaliser la portée.

« Dieu m'est apparu et m'a parlé. Il m'a expliqué mon rôle inhabituel sur cette terre, et il m'a donné les moyens de le concrétiser. Il m'a également appris quelle était mon origine, qui m'avait mis au monde.

« Mon enfance est assez tragique. Je ne tiens à m’appesantir ici sur les évènements qui on fait de moi ce que je suis, mais je me dois de vous la rapporter pour que vous saisissiez toute l’ampleur de l’action divine. Je suis orphelin, du moins je l’ai cru longtemps. Agé de quelques jours, j'ai été trouvé dans un caniveau de Quimper par une sœur de l’Eglise Catholique et élevé dans le monastère de Tréguier, alors nouvellement réhabilité. Par chance, il y avait une gourmette à mon poignet qui indiquait mon prénom. Léopold. Mon nom, Tudal, provient du patronyme de celui qui a fondé le monastère qui m'a servi de gîte. J’ai passé les seize première années de ma vie reclus dans ce lieu de culte, à apprendre la catéchèse et à adorer Jésus Christ. Cette enfance semblait être le fruit du hasard. Il n’en est rien.

L’homme continuait de diriger son regard en direction du public assis. Aucun son ne venait troubler son discours.

« Ainsi, disais-je, Dieu m’est apparu et m’a révélé quel était mon destin. Il m’a montré quel meneur je pouvais être, de quelle manière je pourrais apporter du bonheur sur terre et il m’a éclairé sur la réalité de mon enfance. Je sais désormais que mes parents ne m'ont pas abandonné, mais que j'ai été volé en même temps que la voiture dans laquelle je dormais. Les deux malheureux n'ont pas eu le temps d'entreprendre de recherches à mon sujet car, le soir même, ils ont été victimes tous deux d'une avarie du chauffage au gaz de leur appartement et ont été asphyxiés durant leur sommeil. Ainsi, mon abandon, mon enfance et tout ce qui m’est arrivé depuis aujourd’hui n’est pas fortuit. Cela fait partie d’un Plan, d’une volonté divine.

« Mais il y a plus. Mes véritables parents ne sont pas terrestres, mais divins. Je suis le second fils de Dieu. Ne riez pas, je vous en prie, et écoutez-moi jusqu’au bout. Au moment de cette révélation, j’ai su que ma vie allait changer, que j'étais quelqu'un de spécial, un élu, un messie. J'avais conscience en cet instant de mon destin qui se dessinait, de ma quête qui commençait. Mon véritable Père me reconnaissait enfin, après que mon enfance terrestre ne soit arrivée à terme. Ce moment lumineux durant lequel j'ai aperçu la Vérité sera gravé à jamais dans ma mémoire, il m'est désormais impossible de l'oublier.

L'homme semblait en extase au contact du souvenir qu'il venait d'évoquer et quelques instants s'écoulèrent avant qu'il ne continue :

_ Je crois que le plus curieux, et ce qui a fini de me convaincre, c'est que je venais de fêter mes 33 ans, deux mois plus tôt.

0.5


Léocadie tourna son regard angélique en direction de Max. Ses cheveux blonds ébouriffés donnaient une vive énergie à son visage qui exprimait la plus totale compassion.

_ C'est incroyable, ce qui lui arrive, avoua-t-elle. Je le trouve…émouvant.

Max dévorait du pop-corn à pleines mains et ne semblait pas partager son point de vue. Ses sourcils bruns se rejoignaient au-dessus de son nez et formaient un V prononcé. Il n'avait pas encore décollé son regard du transmetteur de médiavision depuis la révélation de l’illumination de Léopold.

_ Non, cracha-t-il entre deux poignées. C'est un charlatan. Je le connaissais bien.

_ Peut-être pas aussi bien que tu ne le croyais, rétorqua-t-elle. Il a l'air sincère.

_ Arrête ton char. Tu ne crois quand même pas qu'il a été touché par la grâce, non ? C'est un arriviste, il est près à tout pour faire du fric, y compris à entourlouper des gens sur un plateau de média.

_ Un arriviste ? Mais je croyais qu'il était plutôt intègre, d'après ce que tu me disais tout à l'heure.

_ Arrête de ma saouler, s'énerva-t-il, tu sais même pas de qui tu parles. Ce mec est dérangé. Je l'ai déjà vu se promener dans les rues en pull-over, l'été en plein soleil. Il se déplaçait sur un BMX trois fois trop petit pour lui et il se cognait les genoux sans arrêt. Il était instable et asocial, incapable de se cantonner à une occupation à la fois. Il avait les cheveux longs et changeait de coupe de cheveux toutes les semaines. En plus, il s'énervait à chaque fois qu'on lui causait de religion. Il disait qu'il ne voulait pas en entendre parler. En fait, je comprends, maintenant. Il préparait ce coup depuis un bout de temps et il ne voulait pas nous mettre dans la confidence.

Le regard de Léocadie devenait de moins en moins angélique et de plus en plus sceptique.

_ Tu dis n'importe quoi, grinça-t-elle. De toute façon, tu n'as jamais su cerner les gens. Il ne t'est pas venu à l'esprit que c'est justement son enfance très liée à la religion qui le poussait à ne pas aborder le sujet ?

La main de Max grattait vainement dans le bol vide. Son visage exprimait une contradiction énervée.

_ Mais t'es vraiment trop crédule, cracha-t-il. Tu crois que je savais pas ce qui lui passait par la tête, à l'époque ? Tu crois que je pouvais me laisser abuser par le premier illuminé venu ?

_ Je t'ai bien abusé, moi.

Le visage de Max se tordit de surprise et de colère.

_ Quoi ?

Léocadie regrettait déjà les paroles qu'elle allait prononcer. Mais il fallait que ça sorte, la rupture était devenue inévitable.

_ Ben oui, lâcha-t-elle négligemment. Tu as toujours cru que j'étais amoureuse de toi, mais je n'ai jamais rien aimé d'autre que ton fric.

La figure tuméfiée de Max semblait être sur le point d’exploser tant sa couleur se rapprochait du vermeil. La détonation eut soudain lieu et retentit vocalement, accompagnée d’un mouvement du bras dressé en direction de la porte d’entrée – ou de sortie.

_ Espèce de salle traînée ! Casse-toi de chez moi avant que je te foute dehors à coup de pieds au c…

_ Pas de problème mon beau, coupa-t-elle, faisant déjà le tour du canapé, le temps de faire mes affaires et je m’en vais. Et concernant le mot que tu n’ose pas prononcer, j’espère que tu en as de beaux souvenirs, parce que tu n’es pas prêt de le revoir.

Ivre de colère, le visage boursouflé par cette démonstration de force, le dénommé Max se retourna lentement vers le récepteur de médiavision, non sans se délivrer d’une dernière parole – absolument indispensable à la clarification de leurs rapports futurs :

_ Et que je ne te revoie plus ici !

0.6


Faisant face à l'homme nommé Léopold Tudal, une flopée de mains émergeait désormais de la foule comme autant de fleurs dépassant d'une prairie. L'homme en choisi une au premier rang, celle d’un petit rondouillard à la moustache luxuriante.

_ Quelle est donc la quête dont vous venez de parler ? demanda-t-il.

_ C'est une quête du bonheur. Pas de mon bonheur, mais du vôtre, monsieur, ainsi que de celui de toux ceux qui sont installés sur cette tribune, et celui de tous les médiaspectateurs, de tous les humains. Mon but est de vous sortir de la mortelle routine dans laquelle vous êtes ensevelis depuis des siècles et de vous ouvrir une voie sûre et pérenne, la voie du bonheur et de l'accomplissement. Le dessein de mon frère était de vous apprendre l’amour de Dieu et de prêcher la parole divine, le mien sera de vous apporter la paix et la plénitude et de vous inculquer un nouveau message divin.

_ Et quel est-il ? Aboya une voix anonyme, vers le fond du public.

_ Il est pour l'instant trop tôt pour vous en faire connaître le contenu. Vous le saurez en temps venu. Lorsque vous serez prêts.

Une nouvelle série de mains se tendit vers le zénith. L’homme en sélectionna une, le prolongement d’une femme d’âge mûr, à la peau cuivrée.

_ Vous avez évoqué Jésus, tout à l’heure, dit-elle, mais également Mahomet et Bouddha. Vous considérez-vous comme le représentant de toutes ces religions ?

_ Non, avoua l’homme. Je ne suis le représentant, comme vous dites, que du Dieu Catholique, connu dans les temps anciens sous le nom de Yahvé. Notez que c’est même Dieu qui, aujourd’hui encore, est loué par les Juifs, sous le nom d’Elohim, et qui a donné par déformation le nom de Allah, la divinité Islamiste.

« Mais je ne suis pas venu pour donner un cours de théologie. Outre le fait que nombre de religions de part le monde ont des origines communes, je cite sciemment plusieurs autres prophètes car ils ont joué un rôle important dans l’accomplissement de leur croyance, tout comme je compte le faire. Chaque religion peut se justifier, chaque croyance a une importance et a été utile à l’accomplissement d’un pays ou d’une ethnie. Ne pas prendre en compte l’existence de ces cultes et les hommes qui en sont à l’origine serait une grande erreur de ma part. Aie-je répondu à votre question ?

_ Pas vraiment s’excusa la femme. En fait, je voulais savoir si vous pensiez que ces religions étaient vraies, puisque vous revendiquez être le fils du dieu catholique.

_ Je vois, fit l’homme. Vous êtes musulmane, n’est-ce pas ?

_ Oui, avoua la femme.

_ Et vous avez peur que si mes paroles représentent la vérité, cela signifie que votre religion n’est pas véridique, car vos dogmes n’admettent qu’une seule religion véritable.

Acquiescement grave de la dame.

_ Dans ce cas, vous n’avez pas à vous inquiéter, puisque le Dieu dont je revendique la paternité est le même que celui que vous honorez de vos prières – comme je viens de vous l’expliquer. Cependant, je dois ajouter que je tolère l’existence de toutes les croyances de la terre, et qu’il n’y en a pour moi pas une « vraie » religion, opposée à d’autres « fausses ». La vérité est une notion que les religions transcendent et toute religion est vraie du moment qu’elle a des adeptes.

Une rumeur d’étonnement envahit l’assistance, et l'animateur, qui depuis le début des discussions s'était plongé dans un étonnant mutisme, profita de cette agitation pour se faire entendre :

_ Mais qu'est-ce qui nous prouve tout ce que vous nous dites ? Vous parlez bien et beaucoup, M. Tudal, mais pour l'instant, il n'y a rien en vous qui me fasse penser que vous êtes le frère de Jésus Christ et le fils de Dieu. Et, sauf votre respect, si vous ne l’êtes pas, votre discours si bien tourné ne vaut pas tripette.

Un murmure approbateur parcourut la foule.

_ Vous avez malheureusement raison, accorda-t-il. Même mon homologue a dû faire de nombreuses fois la preuve de son attachement divin aux incrédules qu'il rencontrait.

Au premier rang, une dame débonnaire et grimée à outrance répéta le credo comme si l’invité n’avait rien dit :

_ C'est vrai ! Vous êtes bien gentil, mais pourquoi est-ce qu'on devrait vous croire ?

_ Et bien, vous avez sans doute raison, madame, répondit l'homme d'un ton amusé. Il va sans doute falloir que j’accomplisse un miracle pour vous convaincre. Préférez-vous que je multiplie des pains ou des téléphones portables ?

Ce fut au tour de l'animateur d'apporter sa touche personnelle et inimitable. L’invité venait subitement de changer de registre car l'émission était en train de glisser dans le sens qu'il recherchait : le ridicule.

_ Très bien. Puisque vous abordez le sujet, comment préférez-vous votre miche, blanche ou de campagne ?

_ Mais…Non, je n’abordais pas le sujet, rétorqua l'homme avec un sérieux retrouvé. Je m’accordais juste une plaisanterie. Mais je crois personnellement que même si la multiplication des pains demeure un symbole fort, cela doit rester un symbole de cette époque, car le pain était une denrée rare et considérée comme un luxe. En outre, Jésus a réalisé ce miracle pour aider un peuple qui risquait de mourir de faim, et non pour épater l'assistance.

_ Alors pourquoi ne pas multiplier mon parapluie, reprit une autre dame. Il s'est mis à pleuvoir, dehors, et je suis sûr que tout le monde ici n'a pas de quoi se protéger des intempéries. Vous éviteriez ainsi à tous ces pauvres gens d'attraper un rhume, ou pire. Le symbole n'est peut-être pas aussi fort, mais ce pourrait être votre première bonne action, n'est-ce pas ?

Le présentateur eut un sourire victorieux devant l'impasse où venait de sombrer son invité. Celui-ci se retrouvait dos au mur et était obligé d'avouer son incapacité à accomplir quelque miracle que ce soit.

_ Cette situation est en train de virer au burlesque, clama l’homme à la foule, vous ne voulez tout de même pas que je multiplie ces parapluies ?

_ Et pourquoi pas, fit le présentateur en se frottant les mains. Si vous êtes le frère de Jésus, vous devriez être capable des mêmes exploits que lui. Nous attendons un miracle.

Le public, porté par un panneau lumineux clignotant, commença alors à scander en rythme :

_ Un miracle ! Un miracle ! Un miracle !

L’homme en orange, la mine sombre, stoppa net le cri de la foule d'un ample geste des bras.

_ Très bien, articula-t-il. Montrez-moi donc votre parapluie, je vous prie, dit-il en s’approchant de la dame en question.

La dame s'exécuta. L'homme saisit l'objet et l'étudia attentivement.

_ Ce sont vos initiales qui sont gravées dessus. Vous vous appelez Gislaine, Gilberte, Gaëlle…?

_ Gislaine, en effet.

_ Très bien. (L'homme semblait ravi) Et bien Gislaine, je peux vous dire que vous avez dorénavant deux parapluies à votre nom.

_ Comment ?

Effarée, la dame se leva d'un saut et se jeta sur l'homme. Il tenait en effet deux parapluies qui semblaient absolument identiques. Elle les lui arracha des mains et entreprit de les détailler avec minutie afin de déterminer quelle supercherie avait été utilisée. Lorsqu'elle en détacha ses yeux, elle vit avec effroi que le mystérieux invité tenait encore dans chacune de ses mains un parapluie qui semblait être la réplique du sien. Elle les prit également et se mit à les examiner avec l’attention du prospecteur d’or découvrant un incroyable filon. Les initiales y étaient gravées de la même manière que sur son original, le manche était usé aux mêmes endroits, le mécanisme avait la même difficulté à s'enclencher et – comble de l'ironie – l'accroc qui laissait passer de l'eau par le sommet de la corolle était également présent.

Elle jeta un regard vide en direction de l’auteur de cette multiplication. Sans dire le moindre mot, l'homme était maintenant en train de distribuer des clones qu'il sortait d'on ne sait où à l'assistance et des mains maladroites, surmontées de visages hagards, les saisissaient et les faisaient remonter dans la tribune.

Un silence froid et incrédule régnait sur le plateau. Tout le studio était comme tétanisé par ce qu'il fallait bien appeler un miracle. Le régisseur était cloué sur place dans une mare de fiches et de dossiers qu'il avait échappés. Des techniciens, qui ne croyaient pas à ce que leur délivraient leurs écrans de contrôle, affluaient de tous cotés et s'agglutinaient dans les angles morts du plateau. Le présentateur, recroquevillé dans son siège, avait troqué son sourire supérieur contre une moue dégoûtée et vulgaire. Les cameramen n'apportaient plus aucune attention à leur outil de travail et demeuraient béats devant le spectacle unique qui se déroulait.

Toutefois l'un d'eux jeta un œil distrait sur le moniteur de sa machine. Il était noir. La caméra ne tournait pas. Affolé, il fit de grands signes au chef de plateau qui, hypnotisé, ne remarqua rien. Il suivit le fil d'alimentation du regard et ne décela aucun problème électrique apparent. Il se rendit alors compte qu'un malaise semblable était en train de gagner tous ses confrères. Ceux-ci s'agitaient, remuaient, tentant d'attirer l'attention du régisseur ou du chef plateau, en vain. Leur déontologie professionnelle leur interdisait d'émettre le moindre son, de peur que leur voix ne soit diffusée par les nombreux micros d'ambiance, et de quitter leur poste attitré. Si cela avait été une chaîne plus aisée, ils auraient eu des micros personnels et auraient pu prévenir qui de droit de l'avarie, mais cette émission au rabais ne bénéficiait pas du moindre luxe dans sa réalisation. Le cameraman décida alors de quitter son poste pour se rendre à l'arrière scène, quitte à trahir les habitudes du métier. Les circonstances l'exigeaient.

0.7


_ Qu’est qu’il se passe avec la média ? demanda Léocadie, arrêtée au seuil de la pièce. Elle ouvrit ses mains et ses bagages personnels s’écrasèrent sur le sol autour d’elle dans un pouffement essoufflé. Les images de l’écran avaient laissé la place à un fourmillement blanc, douloureux et hypnotique. Max, de dos, n’avait pas l’air troublé par ce changement de programme et continuait à fixer l’écran. Mais lorsque sa voix lui parvint, Léocadie l’imagina les mains crispées, les dents serrées et les lèvres pincées.

_ J’en sais rien, ça vient d’arriver. Mais t’es encore là, toi ?

Elle nota la rancœur de sa voix, mais n’y répondit que par le ton le plus neutre.

_ Oui.

_ T’as fait tes bagages ?

_ Oui.

Léocadie se demandait ce qu’il pouvait bien penser, les yeux ainsi rivés vers la médiavision qui diffusait des parasites à tout va. Elle ne le connaissait pas si sensible.

_ T’as rien pris dans le frigo, j’espère ?

_ Non, je n’ai pas réussi à l’ouvrir.

_C’est normal, je l’ai verrouillé. Il ne s’ouvre qu’à ma voix. Mais la porte s’ouvre à toutes les voix.

_ Quand l’as-tu verrouillé ?

_ Cet après midi.

L’enfoiré ! Elle savait pourquoi il ne voulait pas la voir, pourquoi il ne tournait pas la tête, pourquoi il préférait ce spectacle migraineux à sa vue, à elle. Il était vexé qu’elle parte en gardant sa fierté. Il aurait préféré la flanquer à la porte dans une mer de larmes, et ainsi conserver sa suprématie masculine. Elle le croyait détruit par son départ, mais il était juste blessé dans son amour propre.

_ Tu voulais me foutre dehors, c’est ça.

_ Tu m’emmerdais avec tes manières d’intellectuelle. Tu avais toujours l’impression de tout savoir, de tout faire mieux que les autres.

_ Alors c’est pour ça qu’aujourd’hui, t’as tout fait pour me mettre à bout. Tu voulais me faire craquer, et bien tu as réussi.

Le visage de Max se tourna alors et le rictus qu’il lui présenta la fit sursauter.

_ Oui. Et j’espère que tu vas bien t’amuser dehors, à deux heures trente du matin, trésor, railla-t-il, sardonique.

Elle comprit alors que ce qu’elle prenait d’abord pour de l’amertume, puis pour un sursaut de masculinité exacerbée, n’était en fait qu’un pur et froid désir de vengeance. Il était jaloux de son instruction et de sa liberté d’esprit, et avait tout manigancé pour la faire sortir de ses gonds en pleine nuit.

Le dos au mur, elle n’avait pas le choix et préféra sortir sans dire un mot que de continuer à user sa voix contre ce fou furieux, meurtrier, mégalomane et misogyne.


0.8


L'invité avait désormais terminé sa multiplication et semblait scruter de nouveau chacun des différents spectateurs. Il avait l'air manifestement content de lui, mais sans l'attitude satisfaite qu’il aurait pu arborer après un tel exploit. Il se contentait d'attendre que tous les parapluies – il devait y en avoir une trentaine pour cent vingt personnes – aient circulé de mains en mains jusqu'à ce que tout le monde ait pu s'assurer de leur matérialité. Lorsqu'il décida que ce fut le cas, il se retourna vers le fond du plateau, où une agitation fébrile gagnait tous les occupants, et demanda au présentateur ahuri :

_ Que pensez-vous de cette démonstration, maintenant ? Voulez-vous m'apporter vos miches ou préférez-vous que j'en reste là ?

Devant le mutisme de son interlocuteur, l'homme revint face au public et déclara avec emphase :

_ Messieurs, mesdames, puisqu'il vous fallait absolument une preuve pour pouvoir croire à l'incroyable, voilà chose faite. Mais je crois que l'orage vient à l'instant de se calmer, en conséquence de quoi je vous demanderai de bien vouloir rendre à la dame du premier rang son précieux bien.

Étant donné qu'aucun des spectateurs abasourdis n'entamait le moindre geste pour restituer l'objet le plus étrange qu'ils n'aient jamais eu entre les mains, il continua :

_ Puisque vous n'y êtes pas décidés ; je vais les récupérer moi-même.

Il leva alors les bras en l'air et ferma les yeux en psalmodiant des paroles sibyllines. Un à un, les parapluies se volatilisèrent comme s'ils n'avaient jamais eu d’existante terrestre, plongeant leurs propriétaires occasionnels dans le plus profond des désarrois. Puis ses paroles devinrent peu à peu plus compréhensibles :

_ Seigneur, tous ces objets ne sont d'aucune utilité sur cette terre. Reprends-les et fais-en bon usage, toi le Saint des Saint, toi le Très Haut.

Il joignit les mains.

« Maintenant, adressons tous ensembles une prière à Notre Père le Tout Puissant : Notre père qui êtes aux cieux…

En marge de la prière, le cameraman avait enfin déterminé la cause "humaine" du dysfonctionnement de son outil de travail. Pour une raison encore inconnue, celui-ci était tout simplement éteint, le bouton d’arrêt d’urgence ayant été enfoncé. Le visage empourpré de honte, il remit sa machine en tension et braqua son objectif sur l'homme qui récitait un Pater Noster que tout le monde avait oublié depuis longtemps. Bientôt, tous ses collègues – qui avaient été victimes d’une avarie similaire – l'imitèrent et trois caméras purent saisir l'instant ou l'homme, connu depuis peu du grand public sous le nom de Léopold Tudal, s'adressa solennellement en ces mots aux personnes attentives derrière leurs écrans de médiavision :

_ Mes amis, réjouissez-vous car ma venue marque la fin des temps de troubles et d'incertitudes que vous vivez, que vous subissez. Vous n'avez sûrement pas pu voir ce qui vient de se passer ce soir, sur ce plateau, mais je peux vous assurer que les personnes présentes pourront témoigner avec force et conviction des événements qui s’y sont produits.

Pour ma part, je vous invite à me retrouver demain matin au marché de Croix Rousse où nous pourrons discuter et communier ensemble. Mon rôle est terminé pour ce soir et…

_ Attendez ! coupa subitement le présentateur, qui avait enfin recouvré ses esprits.

Il transpirait abondamment et avait une voix tremblante, hachée, chaotique.

« Il n'était pas prévu que vous fassiez un miracle, poursuivit-il. Vous deviez vous couvrir de ridicule et m'assurer un Médiamat.

_ Ne vous inquiétez pas mon brave, s’amusa l’homme, votre Médiamat a été assuré ce soir. Et souvenez-vous des paroles de notre seigneur : même les imbéciles iront au Paradis.

Sur ce, il quitta la salle en se frayant un passage au milieu d'un flot de techniciens statufiés, tel Moïse ouvrant en deux la mer rouge pour y guider son peuple.


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