Pas de salsepareille pour mister a





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PAS DE SALSEPAREILLE POUR MISTER A.

Premier épisode : la colère du Docteur A.
Ce jour-là, le docteur A. s'était levé de fort méchante humeur. Déjà, il

pleuvait ; ensuite, il savait pertinemment, pour y avoir jeté un coup

d'oeil la veille, que son carnet de rendez-vous rivalisait de blancheur

avec son teint, ses dernières vacances remontant allègrement à huit

mois.

Comble de malchance, cette abrutie de Bérénice, son ASV, avait réussi à

lui

infliger à la première heure de la matinée la déléguée des laboratoires

Miraculos. Pourtant, ça faisait des années qu'il répétait à Bérénice de

lui

caser les délégués en toute fin de matinée : quand il n'arrivait pas à

prétexter d'une chirurgie d'urgence, il pouvait ainsi les expédier en

cinq

minutes pour raisons d'horaire ; et puis, ils avaient en général

suffisamment faim pour ne pas s'éterniser.

Madame A. faisait la gueule, elle aussi. Une journée sans chirurgie

était

une journée qu'elle allait passer dans les magasins et où elle allait

pouvoir en toute quiétude se confirmer qu'elle avait bien pris deux

kilos

en trois semaines. Sans compter qu'elle allait se faire engueuler au

retour

pour une misérable petite robe à quatre mille balles.

Après un petit déjeuner dans une ambiance bergmanienne pur jus, le

docteur

A. se rendit à la clinique à pied, la Jaguar ayant obstinément refusé de

démarrer. "C'est un signe", se dit-il en relevant le col de son imper.

Bérénice l'accueillit en sautillant, ce qui en soi tenait de l'exploit

étant donné ses deux cents livres bien sonnées : "Le délégué est arrivé,

Docteur " et elle ajouta avec gourmandise : "c'est un nouveau !"

Le docteur A. devait le reconnaître, Bérénice n'avait pas que des

défauts ;

et parmi ses rares qualités, elle guettait soigneusement les

représentants

mâles et lorsqu'elle estimait qu'ils étaient à son goût, elle se mettait

en

quatre pour accéder au moindre de leurs désirs dans la salle d'attente

ce

qui en avait fait fuir plus d'un. A vrai dire, elle était consciente de

la

modestie de ses appas (au moins en qualité) et peu d'hommes n'avaient eu

la

chance de ne pas mériter ses assauts.

Le docteur A. eut du mal à réprimer un sourire lorsqu'il découvrit le

type

en sueur dans la salle d'attente, bien que la température ambiante

imposât

presque le port de la doudoune.

"Ah ! Docteur !" fit la victime avec un réel élan de sympathie. "Je me

présente : Bernard Guilet, des laboratoires Miraculos" et il sortit un

sourire qui lui luxa les deux oreilles.

Le docteur A. grogna et indiqua l'entrée de son bureau.

"Je suis venu vous présenter notre nouvel appareil : il s'agit de

l'antiparasitaire du troisième millénaire. L'antiparasitaire TOTAL,

l'antiparasitaire INTEGRAL, le DESINTEGRATOR !"

Le docteur A. resta coi. Le type venait de déployer une gigantesque

affiche

qui représentait un chien à côté d'un petit appareil, genre grille-pain

;

quatre électrodes étaient fixées sur le dos de l'animal qui tirait une

langue de trois mètres, ce qui prouvait qu'il était encore vivant au

moment

de la photo. Au bas de l'affiche, le slogan annonçait : AVEC

DESINTEGRATOR,

SEUL LE CHIEN S'EN SORT !

"Tout y passe, docteur : les puces, les tiques, les aoûtats, la gale et

même les parasites internes. Nous n'avons pas encore l'AMM pour le chat

mais vous pouvez l'utiliser sans risque. Nous vous recommandons

simplement

de ne pas dépasser le niveau trois car nous avons eu quelques cas

d'éclatement de la rate (2 pour 100 seulement). Bien entendu, tout est

garanti deux ans, pièces et main d'oeuvre, 3256,63 hors-taxes avec une

rallonge."

Le docteur A. ne sut jamais si c'était le sourire figé du délégué ou la

perspective de devoir convaincre ses clients que la chaise électrique

était

le meilleur traitement anti-puces du moment qui déclencha sa colère.

Toujours est-il que son teint vira au purpurin ; dans un hurlement

sauvage,

il renversa son bureau sur le pauvre Bernard. Coincé sous le Macintosh,

le

délégué vit le docteur A. se pencher sur son cas : il fut soulevé du sol

par la poigne puissante du vétérinaire (ceinture marron de jiu jitsu) et

ne

le retrouva qu'après un vol sans escale qui l'amena devant le perron du

bâtiment.

Le docteur A. vit à travers le double-vitrage le type gesticuler en

tendant

le poing à son intention puis appliquer son mouchoir immaculé sur son

nez

en sang. Bérénice assistait au spectacle :

" Vous y êtes allé un peu fort, non ?" dit-elle en s'apitoyant sur le

pauvre Bernard qui ramassait les débris de son grille-pain.

Le docteur A. eut un sourire maléfique : "vous croyez ?" et il partit

d'un

rire tonitruant. Finalement c'était une journée qui commençait bien.


Deuxième épisode : de l'efficacité du Désintégrator.
"Mon pauvre Anselme, quand cesserez-vous donc vos pitreries avec cet

engin ?"

Le docteur A. détestait sa femme sur trois points essentiels. D'abord ce

vouvoiement ridicule qu'elle s'entêtait à employer devant des tiers,

quels

qu'ils fussent, sous prétexte que son arrière grand-père donnait des

cours

de violon à un descendant des Bourbons. Cela avait beaucoup fait rire

Bérénice, du moins au début, surtout qu'elle profitait aussi des

magistrales engueulades qui transperçaient aisément les portes de la

clinique. Ensuite, le docteur A. détestait son prénom, Anselme ; Anselme

Alexandre A. pour être exact. Ses parents n'avaient guère réfléchi en le

prénommant et ses origines briardes associées à ses initiales lui

avaient

permis l'obtention du charmant surnom "d'andouillette de Troyes" pendant

son service militaire ; ceci dit, il avait jusqu'alors assez bien réussi

à

imposer son second prénom, sauf auprès de sa femme qui trouvait en

Anselme

un côté vieille france du plus bel effet. Enfin, Anne-Françoise ne

supportait pas la passion de son mari pour son ordinateur ; la jalousie

avait été immédiate et atteignait son paroxysme dès qu'Anselme se

connectait sur internet, ce qu'il était précisément en train de faire

quand

sa douce et tendre l'apostropha.

"Ecoute... Ecoutez, ma chère, je vous sais hermétique à ce genre de

choses

; néanmoins, pourriez-vous avoir l'amabilité de fuir... dans la pièce

voisine ? je vous en serais gré...

Anne-Françoise le toisa avec mépris mais se résolut à obtempérer, ne

serait-ce que parce qu'elle avait un tas d'histoires à raconter à

Bérénice.

Anselme se replongea dans la rédaction de son dernier mail. Il y

détaillait

l'expulsion du délégué de Miraculos, deux jours auparavant, en y

ajoutant

quelques fioritures telles qu'un violent coup de boule dans le nez du

représentant ou encore le piétinement sauvage de son grille-pain. Il

transmit le tout sur véto-bave, la liste réservée aux messages

agressifs

et discourtois.

Le reste de la matinée fut d'abord consacré à l'examen des statistiques

sur

les honoraires des trois derniers mois. Puis, comme il sentait que ce

n'était pas fait pour lui arranger le moral, il envoya Bérénice,

qu'Anne-Françoise avait délaissée pour aller chez le coiffeur (pour la

troisième fois ce mois-ci), effectuer, selon ses propres mots, "un

rapide

inventaire des stocks", ce qui l'occuperait deux bonnes heures, le temps

qu'il puisse consulter les principaux sites pornographiques repérés

dernièrement, le chargement des photos étant interminable.

Malgré tout, les laboratoires Miraculos ne cessaient de lui trotter dans

la

tête. Et si le type portait plainte ? Anselme décida d'appeler Hector

Z.,

ancien camarade de promotion installé à quelques dizaines de kilomètres

de

chez lui. Hector était son confident régulier, peut-être aussi par

solidarité prénominale.

"Et tu lui as cassé la gueule ?"

"Non, pas vraiment, enfin... je l'ai juste bousculé un peu... Il t'a

rendu

visite à toi aussi ?"

" Ouais, pas mal leur appareil ! et ça marche !"

"Attends... Avec la marge, ça fait bien 7000 balles ! tu ne vas pas me

dire

que tu en as vendus ?"

"Mais non, abruti ! si tu avais seulement laissé parler le pauvre

Bernard,

tu saurais comment ça marche. Tu achètes le machin et tu hospitalises

l'animal pour le déparasiter. Tu factures ça 200 ou 300 balles et au

bout

de 20 ou 30 chiens, tu rentabilises..."

"Et t'as déjà essayé ?"

" Sûr ! ça les secoue un peu, mais c'est radical ! par contre, vaut

mieux

mettre des compresses sous les électrodes à cause des brûlures. Et puis

jamais sur les chats..."

"Ouais, je sais, c'est un des rares trucs qu'il a réussi à me dire,

qu'il

fallait pas dépasser le niveau trois ou quelque chose comme ça, mais que

c'était pas souvent que ça arrivait..."

"Tu parles... viens bouffer avec moi tout à l'heure, je te montrerai

quelque chose."

C'est avec une curiosité non dissimulée qu'Anselme déboula (en taxi, la

jaguar ne voulait décidément rien savoir) à la clinique de L'Iliade.

Hector

l'amena dans le chenil :

" Encore heureux que c'est le jour de congé de l'ASV ! en fait, je l'ai

essayé sur le chat, leur désintégrator. J'avais un greffier qui m'a été

largué par une protectrice parce qu'elle en a déjà 67 chez elle, dans un

deux-pièces, bref, le truc habituel. Comme il était bourré de puces, je

me

suis dit que ça mangeait pas de pain de tenter le coup et que ça me

coûtrait moins cher qu'un flacon de Blitzkrieg. Bon, comme je suis

prudent,

j'ai mis sur un..."

"Et alors ?"

"Tiens : il est là, le chat "

Et il déversa le contenu d'un sac plastique sur la table. Curieusement,

la

première chose à laquelle pensa Anselme fut ses dernières vacances à la

Martinique : ce qui gisait devant ses yeux ressemblait furieusement à un

poulet boucané. A vrai dire, s'il n'avait pas su qu'il s'agissait d'un

chat

grillé au désintégrator, il en aurait volontiers demandé une tranche.

"Mais... Je croyais que ça leur éclatait la rate, ou un truc comme ça ?"

"Ah, mais ça éclate sans doute AUSSI la rate ! si le coeur t'en dit, tu

peux jeter un coup d'oeil..."

Anselme fit une tête signifiant catégoriquement qu'il ne jetterait pas

le

moindre coup d'oeil supplémentaire.

"Remarque, il n'a pas souffert, commenta Hector, mais j'avoue que ça m'a

un

peu surpris... Surtout qu'il s'est retrouvé dans cet état en un peu

moins

d'une seconde... Si tu veux mon avis, c'est surtout la rate du

manipulateur

qui est susceptible de péter !"

Le silence retomba autour des restes du chat. Une légère odeur de brûlé

flottait dans la pièce.

"Bon, c'est pas tout, on va bouffer ?" ajouta hector en donnant une

grande

bourrade dans le dos de son ami.

En rentrant au cabinet, Anselme se disait qu'il avait peut-être eu tort

de

ne pas essayer l'appareil de Miraculos. Hector avait déjà traité dix

chiens

(et un chat) alors qu'il n'avait le truc que depuis 5 jours. Cependant,

il

sentait confusément que l'usage du désintégrator risquait de déformer un

peu plus l'idéal de la profession tel qu'il se le représentait en

s'installant.

Anselme jeta un oeil distrait sur le courrier et s'arrêta net sur la

lettre. L'enveloppe était rouge, ce qui en soi était suffisant pour

attirer

l'attention. Elle avait été postée la veille au bureau voisin. Il la

décacheta et découvrit le texte suivant, élégamment découpé dans des

journaux :
OU EST BERNARD, FUMIER ?
Troisième épisode : Le docteur A. dans la tourmente.
"... mais vous savez, docteur, je disais toujours à mon mari d'arrêter

de

lui donner n'importe quoi mais il ne m'écoutait pas, il n'en faisait

qu'à

sa tête, c'est comme pour son cancer, s'il m'avait écoutée il aurait

bien

pris son homéopathie et on n'en serait pas là, ça fait six mois qu'il

est

mort, vous savez docteur et je m'en remets toujours pas et Kiki non plus

d'ailleurs, tous les matins il gratte l'oreiller de mon mari comme s'il

pouvait le trouver dessous, ah là là, je vous ennuie docteur mais vous

savez heureusement que vous êtes là, vous allez me guérir mon Kiki,

c'est

comme avec le chocolat, Henri ne..."

Cela faisait environ dix minutes qu'Anselme faisait semblant d'ausculter

le

yorkshire de la mère Moulard sans arriver à se rappeler pourquoi il se

trouvait sur la table de consultation. Le seul avantage était que les

grognements du cabot amplifiés par le stéthoscope couvraient tout juste

le

discours de la maîtresse. Cela faisait maintenant trois jours qu'il

avait

reçu cette fichue lettre anonyme. Tout d'abord, il n'avait pas vraiment

compris la signification des quelques mots de la lettre : qu'est-ce

qu'il

en savait où était Bernard, lui ? qu'il l'ait viré, certes mais bon, il

n'était pas responsable de l'emploi du temps du délégué ! en revanche,

quand il reçut sa convocation l'après-midi même "pour être entendu au

sujet

de l'affaire de la disparition de monsieur Bernard Guillé, délégué des

laboratoires Miraculos", il sut qu'il était méchamment dans le pétrin.

"Docteur ? docteur, vous m'entendez ? DOCTEUR !" Anselme sursauta et

Kiki

en profita pour le mordre sauvagement au pouce droit :

"Kiki ! méchant ! tu vas encore abîmer tes dents ! et moi qui me fatigue

à

te les brosser tous les jours..."

Tout s'explique, pensa Anselme en enveloppant son doigt de sparadrap.

"Bien ! ne vous inquiétez pas, madame Moulard ! ce n'est pas grave : une

petite piqûre et tout ira bien !" Anselme empoigna le flacon de

corticoïdes

retard en décochant son plus beau sourire à la vieille peau. Seul le

yorkshire lui répondit.

"Ca ne gène pas pour le vaccin, docteur ?"

Putain ! c'était le vaccin !

" Non, non, au contraire, c'est mieux !"

La garde à vue avait duré quelques heures très désagréables au cours
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