Pas de salsepareille pour mister a





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répondre :

- Enfin... C'est à la police de faire la lumière sur cette affaire,

n'est-ce pas ? et puis vous n'êtes pas ici pour subir de nouvelles

tracasseries... Que pensez-vous de notre DESINTEGRATOR, cher confrère ?

Anabelle posa une main sur l'épaule de son mari :

- Poussin... Tu sais bien qu'Anselme figure parmi les rares praticiens à

ne

pas partager l'enthousiasme général pour notre produit. Il est vrai que

ses

choix sont rarement judicieux... A propos, ta femme t'a accompagné ?

peut-être parviendrions-nous à la convaincre, elle...

Anselme fit mine de chercher Anne-françoise en priant intérieurement

pour

qu'elle reste invisible. Il constata, soulagé, que suffisamment de monde

s'interposait apparemment entre le petit groupe et le mètre soixante de

son

épouse.

- Euh... Je ne la vois pas...

- Quel dommage ! Yves aurait été ravi de faire sa connaissance, n'est-ce

pas lapin ?

Van Beak agrandit un peu plus son sourire carnassier. Décidément,

Anselme

avait surestimé ses forces : son désir de satisfaire sa curiosité était

progressivement anéanti par les forces conjuguées des jeunes mariés ; le

fiel d'Anabelle et les dents de Van Beak lui faisaient l'effet de

créneaux

du haut desquels on lui aurait balancé de l'huile bouillante. Il décida

de

lever le siège :

- Il fait une chaleur étouffante ici, vous ne trouvez pas ? permettez,

je

vais aller faire un petit tour dans le parc...

- Eh bien bonne promenade, lui lança Anabelle, fais attention aux bêtes

sauvages ! et elle partit de son rire inimitable qui offrait aux regards

sa

gorge irréprochable. Anselme s'inclina en grimaçant un sourire ; il

remarqua

que Van Beak avait refermé sa devanture et se dit qu'après tout c'était

peut-être mieux avant.
Le parc du château de Givré offrait aux éventuels promeneurs tout le

romantisme que l'on pouvait souhaiter : petites allées fleuries bordées

de

bancs et de statues, bassins décorés, fontaines tarabiscotées et même un

petit labyrinthe de haies en buis. Toutefois, Anselme constata que le

décor

bucolique ne faisait guère recette ; il faut dire qu'il n'y avait

apparemment que quelques minutes que la pluie avait cessé de dégringoler

et

l'opulence du buffet avait de quoi maintenir la majorité des invités à

l'intérieur du château.

Anselme réfléchissait en marchant à la tournure que prenaient les

évènements. La désinvolture avec laquelle Van Beak considérait la

disparition de son délégué l'interloquait : son air narquois semblait

démontrer que cette disparition était voulue et spécifiquement destinée

à

lui nuire. C'était ridicule... Il ne connaissait les laboratoires

Miraculos

que justement depuis la visite du délégué ! et puis il voyait mal ce

pauvre

Bernard Guilet en train de se planquer quelque part en attendant de

resurgir

en disant "ah ! ah ! c'était une farce !"

Anselme se demandait également où était le truc avec le Désintégrator :

voilà un appareil qui apparemment fonctionnait bien (du moins si on

respectait scrupuleusement les consignes d'utilisation : après tout,

Hector

avait agi de son propre chef avec le chat...), qui ne demandait aucun

entretien et n'utilisait aucun consommable. Une fois que tous les

vétérinaires seraient équipés, que ferait le laboratoire ?

Anselme émergea de ses pensées pour constater qu'il était sorti de

l'espace

aménagé du parc. Il se trouvait à présent dans un petit bois nettement

plus

fouillis ; l'entretien des allées lui permit toutefois de poursuivre son

chemin en évitant les flaques de boues résultant de l'averse.

Il parvint ainsi jusqu'à un petit canal bordé de chaque côté d'une

petite

grille en fer forgé d'environ un mètre de hauteur, sans doute pour

éviter

que les enfants ne s'approchent de trop près du bord de l'eau. Anselme

emprunta l'allée qui longeait le canal et retomba dans sa méditation.

Un craquement sur sa droite le ramena sur terre quoique ce qu'il vit en

se

tournant n'eût rien de bien réaliste : un volumineux Sher-Kahn se

précipitait vers lui en brandissant une hache. Anselme décida de

remettre à

plus tard ses paris sur l'authenticité de la vision et fit un bond de

côté.

L'instrument siffla à ses oreilles et se planta dans le sol détrempé. Le

tigre grogna et resouleva la hache à une vitesse étonnante : Anselme

anticipa le coup, envoyé cette fois-ci horizontalement, en plongeant à

plat

ventre. Entraîné par son geste, le déguisé se vrilla sur lui-même et

Anselme

en profita pour lui administrer un vigoureux coup de pied circulaire au

niveau des chevilles ; déséquilibré, le fauve s'étala de tout son long

dans

l'axe de son instrument. Anselme se redressa et se précipita sur le dos

de

son adversaire : il devait bien faire cent cinquante kilos ! si la

situation

le permettait, Anselme aurait volontiers souri de ce tableau d'un tigre

et

d'un ours en train de se battre au coeur du parc d'un château d'Ile de

France mais il ne disposait pas de touche arrêt sur image. Il tenta de

l'empoigner par le cou mais le costume ne lui permit pas d'assurer sa

prise

: en revanche, l'autre le saisit d'une main par la peau d'ours et le

balança

devant lui comme une vieille chaussette. Anselme atterrit sur le bord de

l'allée. Il se retourna sur le dos et n'eut que le temps de tourner la

tête

: il sentit l'acier de la lame passer à quelques millimètres de sa nuque

avant de se planter dans la terre. Immédiatement, il saisit le manche de

l'arme et, prenant appui, envoya ses deux pieds de toutes ses forces en

direction de son adversaire. Le coup fit mouche et l'autre partit en

arrière, abandonnant l'instrument. Anselme bondit sur ses pieds et, sans

se

préoccuper davantage du colosse, s'employa à retirer la hache du sol.

"Bordel ! ce n'est pas le moment de jouer à Merlin l'enchanteur"

pensa-t-il.

Il lui sembla qu'il mettait une heure à pouvoir décoller la lame. Il se

retourna, prêt à subir l'assaut du tigre-gorille.

En fait d'assaut, à part la pluie qui reprenait, rien ne lui tomba

dessus.

Anselme resta un instant sur la défensive puis finit par distinguer la

masse

du géant allongée de l'autre côté de l'allée. "Bon sang, je suis plus

costaud que je ne pensais", se félicita-t-il. Il s'avança doucement, la

hache en garde. Ce n'est qu'arrivé au centre de l'allée qu'il vit les

piques

de la bordure qui dépassaient du costume de tigre.

Pas de doute, le type était bien mort. Sous le masque, Anselme reconnut

l'un

des gardes de l'entrée.

Le premier réflexe d'Anselme fut de partir chercher du secours.

Néanmoins,

il ne fit que quelques mètres en direction du château puis s'arrêta et

se

mit à réfléchir. Pourquoi le vigile avait-il essayé de le tuer ? le

déguisement excluait qu'on l'ait pris pour un intrus ; et pourquoi le

vigile

était-il lui-même déguisé en tigre ? en fait, Anselme sentait que la

situation lui échappait complètement et se dit qu'il valait mieux ne pas

réagir sensément.

Il retourna donc auprès du cadavre et s'employa à le désempaler, ce qui

ne

fut pas une mince affaire. Quand il y fut parvenu au prix d'une bonne

suée,

il coupa la queue du costume et l'utilisa pour ficeler la hache le long

de

la nuque du vigile. Il s'assura de la solidité de sa fixation et poussa

le

corps jusque dans le canal. Il resta un instant à la surface puis,

entraîné

par le poids de l'arme, disparut dans les profondeurs.

Sur le chemin du château, Anselme réfléchit à la façon dont il allait

pouvoir procéder pour récupérer Anne-Françoise sans attirer l'attention

sur

son aspect négligé. un réverbère lui signala que l'expression "aspect

négligé" relevait un tantinet de l'euphémisme : le costume était déchiré

du

thorax au genou, trempé et maculé de boue ; il n'avait pas de miroir

pour

examiner son visage mais il devina que cela ne devait valoir guère

mieux.

Cependant au fur et à mesure qu'il se rapprochait du manoir, Anselme

perçut

une agitation suspecte : serait-on déjà au courant de ce qui venait

d'arriver ? parvenu en haut des marches, il découvrit un tohu-bohu

monstrueux : ça courait dans tous les sens, le service d'ordre

s'époumonait

dans les talkie-walkies pour tenter de dominer le vacarme. Un groupe au

centre de la pièce semblait être à l'origine de la pagaille sans

qu'Anselme

ne parvienne à distinguer ce dont il pouvait s'agir. l'avantage était

que

personne ne s'attarda sur sa tenue.

Soudain, Anne-Françoise fut près de lui. Il écarquilla les yeux : sa

femme

était dans état pire que le sien. Costume en lambeaux, maquillage

défait,

chevelure ébouriffée et, détail qui eut sans doute pu passer pour le

comble

de l'élégance dans une rave-party, elle était couverte de ce qu'Anselme

identifia à l'odeur comme étant de la salade au surimi.

Elle l'employa par le coude et siffla :

- Viens, on se tire. Je t'expliquerai en route.

Anselme se demanda si le trajet serait suffisant.

QUAND LA PANTHERE NOIRE S'EMMELE.
Anne-Françoise écouta médusée Anselme lui détailler son remake de "La

mort

en ce jardin". La pluie s'était remise à tomber ; quand Anselme fut

parvenu

au dénouement de son récit, agrémenté de quelques questions

existentielles,

quoique fort naturelles étant données les circonstances, la Jaguar

était,

elle aussi, arrivée à destination. Ils restèrent néanmoins à

l'intérieur,

silencieux, comme dans l'attente d'un portier surgi d'on ne sait où.

- C'est dingue ! tu as tué un homme ?

Anselme ne parvint pas à savoir si Anne-Françoise exprimait de l'horreur

ou

de l'admiration. Il haussa les épaules :

- Attends... Je n'ai tué personne ! c'était un accident... Et un cas de

légitime défense, en plus !

- Alors là, ça me la coupe ! moi qui ai toujours douté que tu sois même

capable de soigner quoi que ce soit, me voilà mariée à un tueur

professionnel...

- Eh, oh ! on se calme ! j'étais juste sorti pour me promener, moi, ce

n'est pas ma faute si...

- Et le coup de la hache pour lester le corps ? génial ! 007 n'aurait

pas

fait mieux !

Anselme biffa mentalement la possibilité que sa femme fût horrifiée. Il

lui

restait le choix entre l'admiration et le sarcasme : il para

immédiatement à

la seconde hypothèse :

- Grosse maligne ! qu'est-ce que tu aurais fait, toi ? tu serais sans

doute

revenue annoncer à tout le monde qu'un balèze déguisé en tigre venait

d'essayer de te transformer en mortadelle pré-tranchée avant de

s'épingler

sur la feronnerie comme un papillon monstrueux ?

Et il s'extirpa de la voiture pour se diriger d'un pas décidé vers la

maison. Anne-Françoise le rejoignit dans l'entrée :

- Ca n'aurait peut-être pas été une si mauvaise idée, non ?

- Non, quelqu'un veut ma peau, rétorqua-t-il en retirant celle, en

lambeaux, qu'il avait encore sur le dos. Soit je me faisais hacher, soit

on

se débrouillait pour me rendre responsable de la mort de l'autre zombie.

- "On" ?

- Ben oui, "on", et je n'ai pas la moindre foutue idée de l'identité de

celui qui peut m'en vouloir à ce point !

Anne-Françoise envoya à son tour les restes de sa panoplie rejoindre

celle

d'Anselme.

- Miraculos ?

Anselme haussa les épaules, inconscient du ridicule d'un homme en slip

et

chaussettes haussant les épaules :

- Evidemment ! c'est ce que j'ai pensé tout de suite ! mais ils n'ont

aucune raison valable : si on se met à zigouiller les vétos qui virent

les

délégués, ça risque de laisser pas mal de place pour s'installer. Et

puis ça

ne colle pas : mes emmerdes ont commencé alors que personne ne savait

que

j'avais balancé ce pignouf...

Anselme s'effondra sur le lit.

- Ils n'avaient peut-être pas de raisons... Mais maintenant, ils en ont

au

moins une...

Il se redressa sur les coudes et regarda sa femme : Anne-Françoise avait

indéniablement quelque chose de changé ; c'est alors qu'il remarqua le

bleu

à la base du sein droit et la trace sur l'épaule gauche qu'il identifia

en

se rapprochant comme une morsure. Il daigna alors se rappeler que sa

femme

n'était guère plus fraîche que lui en sortant du château et qu'il en

ignorait toujours la raison. Elle lut dans sa pensée et sourit :

- En fait, c'était assez inévitable...

*

* *
En proie à un subtil mélange de détresse et de fureur, Anne-Françoise

s'était accrochée au buffet comme à une bouée de sauvetage. Deux

possibilités s'offraient alors à elle : bouffer jusqu'à vomir ou boire

pour

arriver au même résultat. Un rapide coup d'oeil lui permit de jauger la

valeur calorique des plats proposés ainsi que la qualité du millésime

mentionné sur les étiquettes des magnums et elle opta tout naturellement

pour la seconde solution. Elle vida cinq coupes de brut en un temps

record,

indifférente au regard du serveur, regard qui de toute manière pouvait

tout

à la fois exprimer la réprobation, mais aussi le respect ou bien encore

l'inconfort d'être assis sur un manche à balai.

A l'issue de la cinquième coupe, Anne-Françoise se sentit nettement

mieux.

Elle s'appuya un instant sur le pilier à côté d'elle, suffisamment de

temps

pour reprendre ses esprits et pour que le pilier s'inquiète, avec une

sollicitude suspecte, de son état de santé. Elle marmonna quelques mots

d'excuses et se décida à affronter la masse grouillante des invités.

Elle

saisit une ultime coupe et se mit à louvoyer entre les groupes de

discussion. De temps en temps, tel un cri de mouette perçant le

brouillard,

lui parvenait un salut auquel elle tentait tant bien que mal de

répondre,

gardant néanmoins l'essentiel de ce qui lui restait de lucidité pour
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