Pas de salsepareille pour mister a





télécharger 0.94 Mb.
titrePas de salsepareille pour mister a
page5/29
date de publication20.11.2017
taille0.94 Mb.
typeDocumentos
m.20-bal.com > loi > Documentos
1   2   3   4   5   6   7   8   9   ...   29

raisons

pour le croire. Alors, tu me le montres ton grille-pain à la noix ?

- Ouh la ! on se calme ! tiens, viens, c'est par là.

Aselme suivit son ami jusque dans une petite pièce où, d'ordinaire,

étaient

entassés en vrac tous les trucs qui ne servaient pas ailleurs. Pour

l'heure,

le local était à peu près rangé et le Désintégrator trônait sur une

table

d'examen. Anselme examina de plus près ce qu'il n'avait fait

qu'entrapercevoir lorsqu'il avait viré le délégué dix jours auparavant :

l'appareil était composé de deux parties : un petit boîtier de commandes

d'où sortaient les quatre fils destinés à être apposés sur l'animal et

un

coffrage plus volumineux, de la taille d'une boîte à chaussures, juste

dessous. Apparemment, ça marchait avec une batterie qui se logeait sur

le

côté du boîtier de commandes.

- Tu as un tournevis ?

Hector le regarda comme s'il venait de sortir une insanité.

- Qu'est-ce que tu veux faire avec un tournevis ?

- Me gratter l'oreille, évidemment. Anselme soupira. Bon, écoute :

je

sais la valeur que tu donnes à ce machin mais je veux savoir ce qu'il y

a

là-dedans, d'accord ? je ne vais pas te l'abîmer si c'est ça qui te

préoccupe.

- Comme avec mon détartreur l'an dernier ?

Il est vrai qu'Anselme avait entrepris de remettre en état le détartreur

d'Hector et s'était retrouvé, après remontage, avec une bonne vingtaine

de

pièces excédentaires. Depuis, l'appareil chauffait à blanc les inserts

et

Hector l'utilisait comme cautère électrique.

Nouveau soupir.

- Bon. Je t'en paye un autre si je fais la moindre rayure, ça colle

?

Hector fit la moue et finit par acquiescer :

- Admettons... Mais je ne vois vraiment pas ce que tu pourrais

découvrir.

Muni du tournevis, Anselme chercha les vis. Et n'en trouva pas, en

dehors

des deux qui maintenaient le support de la batterie. Il n'y avait pas de

rivets non plus et, plus original encore, la partie principale de

l'appareil

était manifestement d'un seul bloc, sans la moindre soudure visible. Une

inscription en plusieurs langues figurait sur le fond du gros boîtier :

"toute intervention par du personnel non qualifié est rigoureusement

interdite : les laboratoires Miraculos déclinent toute responsabilité en

cas

d'accident lors d'une telle intervention."

Après un examen minutieux, Anselme finit par décider que le seul point

d'achoppement était la jonction entre les deux boitiers.

- Tu as un marteau ?

- Merde, Anselme...

- Un marteau, je te dis ! on ne va pas y passer la journée !

Hector disparut et lui rapporta un gros maillet. Il faisait une tête

d'enfer.

Anselme plaça la lame du tournevis sur l'un des côtés et ne donna qu'un

coup. Un sifflement retentit dans la pièce avec une telle stridence

qu'il

lacha tout, le tournevis qui resta enfoncé entre les deux boitiers et le

marteau qui s'écrasa sur son pied droit. Il hurla de douleur et le

sifflement cessa instantanément. Hector se tenait contre la porte, les

yeux

écarquillés et les mains sur les oreilles.

- Putain ! qu'est-ce que c'était que ce truc ?

Anselme se massait les doigts de pied en grimaçant.

- Je ne sais pas, une sorte d'alarme probablement. Je me demande

pourquoi ça c'est arrêté...

Hector lui posa la main sur l'épaule :

- Je crois que j'en ai une petite idée : tu as vu le tournevis ?

Anselme se retourna vers l'appareil. Il n'y avait plus de tournevis. Les

deux boîtiers étaient à nouveau parfaitement jointifs et une poudre

bicolore

témoignait qu'il y avait dû avoir un truc qui venait de subir un

traitement

pour le moins énergique.

- Tu as bien fait de lâcher, si tu veux mon avis.

Hector se pencha sur l'appareil et l'examina attentivement avant de se

retourner, rigolard :

- Pas une rayure ! tu as de la chance ! en revanche, tu me dois un

tournevis...

Episode 8 : LECON DE MARKETING.
Anselme contemplait obstinément sa tasse de café. Il se sentait, à peu

de

choses près, dans le même état que le demi-sucre qui s'effondrait

progressivement au creux de sa petite cuillère. L'échec de l'autopsie du

désintégrator le minait : face à la situation critique dans laquelle il

se

trouvait depuis quelques jours, il ne voyait absolument pas de quelle

façon

il pouvait s'y prendre pour démêler l'embrouillamini d'une histoire qui

le

dépassait. Quoiqu'en y réfléchissant, il ne voyait pas bien ce que le

désintégrator aurait pu lui apprendre au juste... Non, quelqu'un voulait

sa

peau et il l'aurait, c'est sûr.

Dans la cuillère, le sucre était réduit à un petit monticule blanchâtre.

Anselme le mélangea au café en soupirant bruyamment. En face de lui,

Hector

tentait de défier les limites de la saturation du breuvage en ajoutant

un

troisième sucre.

- Franchement, je ne te comprends pas : tu sues sang et eau à

trimbaler

ta carcasse à 5 km/h autour du parc, tout ça pour te passer une perf de

glucose hypertonique deux heures après. Il n'y a pas quelque chose

d'absurde, là ?

Hector lui jeta un coup d'oeil goguenard :

- Pas plus que de tenter de s'électrocuter en défonçant un appareil

électrique à coups de tournevis, si tu veux mon avis.

Anselme se contenta de grogner et retourna à l'examen attentif de sa

tasse

maintenant vide.

- Peut-être pourrais-tu d'ailleurs m'expliquer à présent ce qui

motive

cette crise aiguë de bricolage...

- Laisse tomber...

- Allons, Anselme, tu te préoccupes de mon métabolisme endocrinien,
c'est bien normal que je m'inquiète de ta santé mentale, pas vrai ?

Anselme releva la tête. Hector affichait un sourire radieux.

- Crois-moi, je ne peux pas t'expliquer pour la bonne raison que

j'ignore moi-même ce qu'il se passe. Simplement, je suis dans une merde

noire et j'espérais que le désintégrator me donnerait une possibilité

d'en

sortir...

Le sourire d'Hector retomba :

- Ma parole, mais tu es sérieux ! tout ça parce que le délégué de

Miraculos a eu la mauvaise idée de terminer par toi avant de décider de

prendre une année sabbatique à Acapulco ! vous n'êtes pas devenus un peu

paranos, Anne-Françoise et toi ?

- S'il n'y avait que ça... soupira Anselme.

Hector se leva et lui envoya une claque dans le dos à décoller les

plèvres.

- Arrête-donc de broyer du noir ! tiens : viens plutôt voir ma salle

d'attente, j'ai un peu modernisé.

Anselme se leva et suivit son ami en ruminant. La vaste salle d'attente,

qu'Anne-Françoise comparait volontiers au hall d'entrée de la piscine

municipale, n'avait guère changé aux yeux d'Anselme : le sol carrelé

comportait toujours quelques volumineux carreaux lumineux qui pouvait

toujours donner l'impression au visiteur d'être Michael Jackson dans le

clip

de Billy Jean. En revanche, il lui semblait bien que le carrelage mural

était différent même s'il s'agissait toujours d'Epais Carreaux

Translucides

à Eclairage Diffus Intégré ou ECTEDI, innovation qui faisait fureur dans

les

salles d'attente depuis quelques années, surtout après qu'un illustre

psychiatre ait affirmé que ce système avait un puissant effet

anxiolytique.

Au milieu de la pièce, un comptoir circulaire, en liaison avec le stock

de

médicaments et d'aliments au sous-sol, permettait la vente à 360 degrés

ou

presque si l'on exceptait les quelques plantes vertes disposées çà et

là.

Quant aux sièges, ils étaient résolument futuristes au point que chaque

client devait bien prendre deux minutes avant de trouver où et comment

s'asseoir.

- Bon, eh bien ? il n'y a pas grand chose de neuf, à part les

fauteuils

de Star Trek. C'est monsieur Spoke qui t'a vendu le lot ?

- Abruti ! reste où tu es et regarde bien...

Hector disparut dans son bureau et Anselme resta planté dans la salle

d'attente, se demandant ce qu'il devait regarder au juste. Soudain, les

murs

s'éclairèrent et nimbèrent la pièce d'une lueur chaleureuse dans le plus

pur

style ECTEDI. "Si c'est ça sa nouveauté, il devient gâteux : ça fait au

moins cinq fois qu'il me fait le coup" pensa Anselme. Puis, en un point

du

mur de droite, une tache bleue se forma, s'agrandit et... sortit du mur.

Anselme en fit un bond en arrière. La bulle bleue atterrit à un mètre de

lui

et se transforma en chiot caniche abricot. Au même moment, il entendit

dans

son dos :

- Daisy ! viens prendre tes vitamines ma chérie !

Anselme se retourna aussi sec, et découvrit une charmante jeune femme

blonde

qui agitait un paquet de CALBUT dans sa direction. En même temps, le

caniche

traversa la jambe gauche d'Anselme pour rejoindre sa maîtresse.

- C'est bien, ma petite Daisy ! grâce à CALBUT tu deviendras une

grande

fille ! viens dans les bras de maman...

La chienne sauta dans les bras de la jolie blonde et ils disparurent en

choeur pour faire place à une boîte de CALBUT de deux mètres de haut qui

s'évapora à son tour au bout de quelques secondes.

Anselme resta les bras ballants à contempler le carrelage mural redevenu

translucide.

- Alors, qu'est-ce que t'en penses ?

Il sursauta et regarda Hector, plus rigolard que jamais :

- Qu'est-ce que c'est que ce truc ?

- Ca, c'est un PHUC : Procédé Holographique à Usage Commercial. Le

dispositif d'émission des hologrammes est intégré dans la cloison et

relié à

mon ordinateur. J'ai une vingtaine de produits référencés parmi ceux que

je

vends et il en existe une quarantaine... Pour l'instant. La firme compte

proposer plus de deux cents produits vétérinaires d'ici six mois.

Génial,

non ?

Anselme devait bien avouer que ça le laissait comme deux ronds de flan.

- Mais attends... vu la trouille que ça m'a foutu, ça va être la

panique

parmi tes clients quand tu enverras ça dans la salle d'attente ! et les

animaux ? ils vont se mettre à sauter sur les images ou sur les murs !

- Pas du tout ! d'abord, sache que ça fonctionne depuis une semaine

sans

aucun problème. En fait, avant chaque hologramme, il y a un petit

message

audio qui avertit les spectateurs de ce à quoi ils vont assister. Il y a

bien quelques vieux qui n'entendent rien, mais comme ils sont également

miros...

- Et les chiens ?

- Ca, c'est le plus fort : chaque hologramme est accompagné de

l'émission

de phéromones d'allomarquage chien et chat. Depuis une semaine, je n'en

ai

pas vu un seul qui mouftait.

Anselme resta coi. Il imaginait un ballet surréaliste de maîtres, de

chiens

et de chats virtuels et réels. Après tout, c'était un moyen comme un

autre

de remplir sa salle d'attente : le tout était de faire attention à

consulter

les vrais clients. Il pouffa.

- Qu'est-ce qui te fait marrer ?

- Rien, rien. Impressionnant. Si, si, vraiment. Ca doit te coûter un

max,

non ?

- L'installation n'est pas donnée, c'est vrai, grimaça Hector. En

revanche la mise à disposition des hologrammes est gratuite ainsi que la

maintenance. Et ça dope les ventes : en une semaine, j'ai doublé mes

ventes

d'ALLERGOL, d'ARTICULEX et de GENCICLAR, triplé celles de CALBUT et je

ne te

parle pas de...

- Non, effectivement, ne m'en parle pas, je déprime suffisamment

comme ça

en ce moment. Bon, je te laisse...

Hector le retint par l'épaule.

- Attends ! tu n'as pas vu le plus beau : va voir de l'autre côté du

comptoir...

Anselme fit le tour de l'îlot central et découvrit ce qu'un anémique

spatiphyllum suffisait à lui masquer jusqu'à présent. Dans le coin

opposé de

la salle d'attente, trônait le présentoir d'IBASINU : il y avait toute

la

gamme depuis l'aliment sevrage chiens nains à l'aliment de prévention du

SDTE. Pas loin de 50 références en sacs et boîtes de toutes tailles.

Deux

tonnes, facile.

- C'est la toute dernière trouvaille d'IBASINU : tu mets ton animal

devant le présentoir et l'ordinateur intégré estime l'espèce, la race,

l'âge

et le poids et propose un aliment adapté. Je peux te dire que ça

impressionne...

Anselme repéra en haut du présentoir la mini-caméra qui devait être à

l'origine du prodige. Un gros bouton au milieu des sacs portait la

mention

engageante "APPUYEZ ICI".

- Et... ça marche ?

- Ben, évidemment ! attends... Ne bouge pas !

Hector passa derrière le présentoir et actionna un petit interrupteur.

Le

logo d'IBASINU se mit à clignoter alternativement en orange vif et en

vert

pistache. De quoi rendre maboul le plus obstiné des daltoniens.

- Vas-y ! appuie sur le bouton !

Anselme regarda son ami de travers :

- Mais... je n'ai pas de chien !

- T'occupe ! appuie, je te dis !

Vaguement inquiet, Anselme tendit la main vers le bouton et rentra

instinctivement la tête dans les épaules en posant son doigt. Il

constata

avec plaisir qu'aucun rayon ne le pulvérisa ; la caméra se mit à le

détailler des pieds à la tête en même temps qu'une douce voix féminine

émergée des croquettes lui demandait poliment de patienter. Anselme jeta

un

coup d'¦il nerveux à Hector qui s'amusait visiblement comme un petit

fou.

La caméra s'arrêta. Le présentoir clignota de plus belle et la jolie

voix

retentit :

- Madame, monsieur, votre chien présente un léger excès pondéral. Du

fait

de son âge avancé, nous vous recommandons de l'alimenter avec "IBASINU

Sérénité 15" : l'apport modéré de protéines issues d'ophiures séchées et

l'apport de cellulose sous forme de salsepareille lui permettront

d'aborder

le quatrième âge avec... sérénité.

Anselme se laissa tomber sur le siège le plus proche.

- Ca jette, hein ?

Le moins que l'on puisse dire, c'est que cette andouille d'Hector était

fier

de lui.

- Tu ne crois pas que tu vas un peu loin dans... euh... la force de
1   2   3   4   5   6   7   8   9   ...   29

similaire:

Pas de salsepareille pour mister a iconMister k fighting Kit

Pas de salsepareille pour mister a iconMister Devil ou Monsieur Débile ?

Pas de salsepareille pour mister a icon«Mister Pück» Synopsis de Sophie Decroisette Scénario de Bruno merle & Jean-Rémi françois

Pas de salsepareille pour mister a iconTHÈse pour le diplôme d’État
«Quand passes-tu ta thèse ?». Cette question n’a l’air de rien mais grâce à elle, j’ai avancé pas à pas dans la réalisation de celle-ci....

Pas de salsepareille pour mister a iconQuatriemes rencontres de valvert
«l’argent n’a pas d’odeur», IL n’en a/est pas moins une couleur. Et dans notre société dite de consommation, l’argent n’est-il pas...

Pas de salsepareille pour mister a icon2 Histoire naturelle du cancer
«c’est pour votre culture» ou «c’est juste pour vous». Après bon ok IL a dit les chiffres à l’oral que je n’ai pas mit en gras mais...

Pas de salsepareille pour mister a iconOrganisateur de temps de loisirs pour enfants et adolescents ayant...
«L'éducation ne se borne pas à l'enfance et à l'adolescence. L'enseignement ne se limite pas à l'école. Toute la vie, notre milieu...

Pas de salsepareille pour mister a iconAdme. Ces étapes co-existent dans le temps et ne sont pas toutes...

Pas de salsepareille pour mister a iconProgramme annulé pour raisons de sécurité
«Les Arméniens Américains ne peuvent même pas supporter qu’un Arménien parle, s’il ne soutient pas leur position»…

Pas de salsepareille pour mister a iconPourquoi ne pas saisir le prétexte de la complexité apparente du...





Tous droits réservés. Copyright © 2016
contacts
m.20-bal.com