Pas de salsepareille pour mister a





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vente

?

Hector s'assit sur le siège voisin avec de telles précautions qu'Anselme

se

dit qu'il avait eu de la chance de ne pas se retrouver le cul par terre.

- Mais c'est l'avenir, Anselme ! les gens veulent qu'on les étonne,

qu'on

les émerveille. Mes sacs, ils les achètent pas parce qu'ils se disent

que

c'est bon mais parce que ça leur en bouche un coin !

Anselme se releva et arpenta la salle d'attente.

- Je ne te suis pas, Hector. Que tu aies toujours eu un don pour le

commerce, d'accord. Mais tu me disais toi-même il y a encore quinze

jours

qu'IBASINU c'était de la merde ! tu affirmais que tu ne vendrais jamais

d'aliments japonais à base de poisson séché, d'algues et autre soja cuit

à

l'étuvée ! et voilà que tu leur achètes un camion-benne de bouffe et que

tu

installes un Game-Boy géant dans ta salle d'attente : tu es devenu

maboul,

ou quoi ?

Le teint d'Hector s'empourpra et il bafouilla :

- Je pensais... enfin... c'est pas mal, tu sais... après tout, c'est

très

naturel et... Oh et puis zut ! j'ai le droit de changer d'avis, non ?

Anselme sourit :

- Mais bien sûr mon vieux ! je suis même persuadé que si tu as envie

de

balancer ce machin aux ordures d'ici deux jours, aucun contrat ne t'en

empêchera, pas vrai ?

- Ben... C'est que je me suis engagé, quand même...

- Sans blague ? et pour combien de temps ?

Hector baissa la tête.

- ...

- Qu'est-ce que tu dis ?

- Trois ans...

Anselme écarquilla les yeux :

- Tu t'es engagé à laisser cette horreur trois ans dans ta salle

d'attente et de vendre pendant trois ans des croquettes aux sushis ?

bordel

! j'espère que tu as une bonne remise... Tu n'as pas signé avec ton

sang, au

moins ? non, allez, je rigole. En tout cas, tu peux te vanter de m'avoir

réveillé. Bon, il faut que je file, Anne-Françoise va finir par

s'inquiéter.

Anselme se dirigea vers la porte, suivi par un Hector un peu moins

guilleret

que tout à l'heure. Anselme serra la main, inhabituellement molle, de

son

ami.

- Allons bon ! ne me dis pas que la déprime est contagieuse...

Hector haussa les épaules.

- Non, c'est pas ça, mais... comment te dire ? ça m'a presque rendu

malade ce que tu viens de me dire...

Anselme lui envoya une bourrade amicale.

- Certainement moins que si tu consommes toi-même tes croquettes,

andouille. Et elle est très bien ta salle d'attente : pense à la mienne

qui

est de la taille de tes chiottes, ça te remontera le moral. Allez,

salut.

Anselme monta dans la jaguar et regarda la silhouette d'Hector

disparaître

dans le rétroviseur : quand même, c'était dingue cette subite fébrilité

commerciale ! Anne-Françoise n'allait pas en revenir.

En l'occurence, si Anne-Françoise n'était pas revenue, Anselme ignorait



elle était partie. Un post-it sur le frigo précisait : "j'ai une course

à

faire. Si je ne suis pas là à une heure, déjeune sans moi. Il y a des

lasagnes au congélo."

Ca tombait bien, il avait horreur des lasagnes. Qu'avait-elle donc à

acheter

un dimanche matin ? et où ? Anne-Françoise détestait aller au marché

parce

qu'elle ne manquait jamais de tomber sur des clients ("Ah ! docteur ! ça

va

? vous savez, Kiki n'a plus du tout la diarrhée !"). Bof, il verrait

bien

quand elle rentrera.

Anselme se fit une omelette à l'oseille et la dégusta devant le journal

télévisé. Anne-Françoise ne supportait pas de le voir manger devant la

télé,

alors il en profitait. Et puis il guettait les infos régionales pour

voir si

le gorille empalé avait été repêché. Mais non, aucune nouvelle. Anselme

finit sa bière et éteignit le poste. Il s'apprêtait à s'allonger sur le

canapé pour finir sa nuit quand il entendit le moteur de la petite

Rover. Il

se précipita dans l'entrée.

Anne-françoise était en survêtement. A sa connaissance, c'était la

première

fois qu'Anselme voyait sa femme en survêtement. Il ignorait même qu'elle

en

eût un. De surcroit, le dit survêtement était vraiment dégueulasse.

- Tu m'expliques ou il faut que je devine ?

Anne-françoise fila au salon sans prendre la peine de lui répondre. Elle

ouvrit le bar, se versa un solide whisky et s'affala avec son

survêtement

immonde dans le fauteuil le plus proche.

- Je suis retournée au château de Givry.

Anselme sursauta :

- Quoi ? tu es malade ?

- Ne t'énerve pas. Il y avait des trucs qui me trottaient dans la

tête

depuis que tu m'avais raconté ton histoire. J'avais peur que tu aies

laissé

des indices sur place, un morceau de tissu, un papier tombé de ta poche,

que

sais-je ? sans compter les traces sur la pelouse et le sang sur la

grille.

Je voulais vérifier et nettoyer, c'est tout.

Folle. Sa femme était folle.

- Evidemment, il était hors de question que je passe par la porte

d'entrée. Alors j'ai longé la propriété et j'ai fini par trouver une

portion

du mur d'enceinte avec des arbres assez proches ; l'un d'eux avait une

grosse branche qui surplombait le mur : j'ai utilisé le toit de la

voiture

pour escalader l'arbre (à propos mon chéri, il faudra que tu jettes un

coup

d'oeil parce que je pense que je l'ai un peu cabossé), je me suis

accrochée

à la branche et je me suis laissée tomber dans le parc. Bien joué, non ?

Anselme dévisageait sa femme comme si elle venait de descendre d'une

soucoupe volante.

- Bon. Je continue. j'ai couru en vitesse jusqu'au canal et je l'ai

suivi

jusqu' à l'endroit que tu m'avais décrit. Là, ça m'a pris dix minutes

pour

tout vérifier et je suis repartie.

- Et les chiens ? tu avais pensé aux chiens ? l'interrompit

hystériquement Anselme.

Anne-Françoise prit un air amusé :

- Evidemment, tu me prends pour qui ? j'avais un flacon de

STOPCANIBITE

sur moi au cas où...

- STOPCANIBITE ? super ! la dernière fois que j'ai utilisé ces

fichues

phéromones, c'était sur le york de la mère Brûlé et ça a fait autant

d'effet

que si je m'étais mis de la sauce de rôti sur les mains !

- Bref, peu importe, de toute façon, il n'y a pas eu de chien. En

revanche, j'ai eu un peu de mal pour ressortir vu que je n'avais pas

pensé

que je ne pourrais pas rattraper la branche que j'avais utilisée pour

entrer. Il a fallu que je trouve un autre arbre et que je grimpe au

tronc,

ce qui explique l'état dans lequel je suis. Enfin, au moins, voilà une

bonne

chose de faite.

Anselme s'épongea et alla se servir à son tour un whisky.

- Ca ne t'intéresse pas de savoir ce que j'ai trouvé ? demanda

Anne-Françoise en penchant la tête.

Anselme la regarda :

- Parce que tu as trouvé quelque chose ?

Anne-Françoise sourit.

- Eh bien non, rien du tout.

- Bon, ben tant mieux, ça me rassure.

- Je ne risquais pas de trouver quoi que ce soit vu que depuis la

nuit

dernière, les feuilles ont été ratissées, la pelouse tondue et la grille

de

la bordure entièrement repeinte.

Episode 9 : UNE MATINEE CHARGEE.
La nuit de dimanche à lundi ne fut guère plus brillante que la

précédente.

La découverte d'Anne-Françoise avait plongé Anselme dans une insondable

perplexité : que l'on soit au courant de ce qui lui était arrivé dans le

parc du château de Givré, il s'y attendait. Il paraissait peu probable

que

l'armoire à glace qu'il avait immergée dans le canal aît agi de son

propre

chef ; les commanditaires savaient donc où chercher le corps. En

revanche,

si on cherchait à lui nuire, il n'aurait pas été difficile de l'envoyer

moisir dix bonnes années en prison avec cette histoire, d'autant que les

flics l'avaient déjà dans le collimateur depuis la disparition du

délégué de

Miraculos. Alors pourquoi avoir fait disparaître toute trace de son

forfait

? Anselme passa la première partie de la nuit à échaffauder des

hypothèses

toutes plus absurdes les unes que les autres et la seconde partie à des

exercices pratiques où les dites hypothèses prirent formes dans un

sommeil

plus qu'agité avec une mise en scène gore aux effets spéciaux très

réussis.
Le lendemain, il décida qu'effectuer à pied les deux kilomètres qui le

séparaient du cabinet lui feraient le plus grand bien. C'était une sage

décision, d'autant plus que la jaguar déclarait forfait et qu'il

renonçait

d'avance à affronter la colêre d'Anne-Françoise s'il lui piquait la

Rover.

Il entra par la porte de derrière et fila jusqu'à son bureau. En guise

d'accueil, une odeur pestilentielle règnait dans les locaux. Il jeta un

regard discret dans la salle d'attente : il y avait déjà trois clebs.

C'était idiot : il aurait dû être content d'une telle affluence une

demi-heure avant l'ouverture et pourtant, indiscutablement, ça le

faisait

profondément chier.

Il ouvrit l'agenda : c'était plein. Super... Pas mal de chir, en plus :

Anne-Françoise allait être contente. Il commença à détailler les

rendez-vous, s'efforçant d'attribuer à chaque nom un visage et une note

au

tableau d'honneur des emmerdeurs : il constata assez rapidement que,

pour

tout arranger, la matinée s'acheminait vers la représentation de gala.

Bérénice fit son entrée, les bras chargés de seringues et d'aiguilles ;

enfournant le tout dans le tiroir ad hoc, elle ne laissa pas à Anselme

le

temps d'ouvrir la bouche :

- Bon. Alors dans la salle d'attente, il y a la mère Jandrault avec

son

labrador que votre femme a castré il y a trois jours : il a viré son

pansement et se lèche comme un débile. Y'a la nouvelle de l'autre jour

avec

son chien qui tousse : ça a l'air d'être une sacrée chieuse, celle-là ;

elle

m'a expliqué je-ne-sais-quoi, que son chien ne supportait pas les

antibio et

qu'elle en avait donné des pour elle qu'avaient très bien marché quand

elle

avait fait une bronchite l'an dernier mais elle dit qu'en plus le chien

a la

diarrhée, bref, vous verrez. Le troisième vient pour un vaccin : je lui

ai

bien expliqué que c'était sur rendez-vous mais apparemment, il est

blindé du

cortex ; vous le prendrez quand vous aurez le temps. Vous voulez un café

?
Anselme la regarda comme si elle venait de lui demander la racine

cubique de

6579 avec quatre décimales.

- Ouh là ! vous avez la tête dans le cul, ce matin ! bon, alors

serré,

le café. Ah ! encore une chose : j'ai rentré les chir ; votre femme va

être

contente : la tumeur mammaire du berger a explosé pendant le week-end,

on

dirait la soufrière ! et elle disparut aussi vite qu'elle était entrée.

Un mal de tête lancinant fit son apparition, venant lui confirmer que

tout

cela s'annonçait fort mal. Il s'assit à son bureau et lança son logiciel

de

mail : 153 messages. Le mal de tête redoubla. Il se mit à les trasher

machinalement quand Anne-Françoise entra, accompagnée de sa tête des

mauvais

jours. A bien y réfléchir, c'était dans l'ordre des choses.

- Ca pue ici ! qu'est-ce qu'elle fabrique, Bérénice ? elle nettoie

le

carrelage au plumeau ?

Anselme s'apprêtait à expliquer qu'il devait s'agir de la tumeur

explosée

mais Anne-françoise était déjà passée à autre chose :

- Bon, alors, qu'est-ce que j'ai, ce matin ? ah ! au moins, je ne

suis

pas venue pour rien. Je commence par les ovarios de chatte, j'embraye

sur la

laparo et je finis par la tumeur mammaire. Faut pas que ça traîne, j'ai

le

coiffeur à 11h30. Et elle fila dans le chenil.

Anselme était déçu : le Chanel ne parvenait pas à couvrir complètement

l'odeur de putréfaction. Il jeta un coup d'oeil à sa montre et retourna

à

ses messages électroniques.

Bérénice réapparut avec, cette fois-ci, une cargaison de médicaments

qu'elle

entassa sur la table de consultation.

- Dites, Bérénice, au moins fermez les portes ! c'est insupportable,

cette odeur ! vous avez désinfecté la tumeur ?

La jeune femme le regarda toute surprise :

- Bah ! c'est pas la tumeur ! c'est le cadavre que vous avez laissé

dans

le couloir juste à côté de la porte de la cour !

Anselme haussa les sourcils :

- Le cadavre ?

- Ben oui, je suppose que vous avez fait une euthan hier mais

comptez

pas sur moi pour mettre ça dans le congélo : ça pèse au moins 50 kilos !

déjà que je me suis flingué les reins en déchargeant les sacs de bouffe

la

semaine dernière... En tout cas, vous auriez pu le laisser dans la cour,

ça

puerait un peu moins !

Anselme bondit de son fauteuil et se précipita à travers le chenil

jusque

dans le petit couloir qui menait à l'arrière-cour qui leur servait de

canisette. C'était un grand sac poubelle blanc de même type que ceux

qu'il

utilisait pour les chiens morts de grande taille. Le seul détail qui

sortait

de l'ordinaire, et qui avait sans doute échappé à Bérénice, était que la

fermeture du sac était assurée par un charmant bolduc mauve et or.

- Putain de merde ! qu'est-ce que c'est que ça encore ?

Anne-Françoise !

viens voir !

Sa femme sortit du chenil, visiblement contrariée :

- Vous m'emmerdez, Anselme ! j'ai suffisamment de...

- Tu as une idée de la provenance de ce truc ?

Anne-françoise eut un rictus ironique :

- A 99 % de votre table de consultation et 1 % du placard du chenil.

Quand vous aurez fini vos conneries, je pourrais peut-être retourner

bosser.

- La barbe ! je n'ai pas fait d'euthan depuis trois jours et tu le

sais

bien !

Anselme se pencha sur le sac. L'odeur était insupportable. Il tendit la

main, puis, après réflexion, se releva et disparut dans le chenil. Il

revint

rapidement, finissant d'enfiler une paire de gants d'examen.

Anne-Françoise

faisait une drôle de tête.

- Tu penses que...

Au moins, le vouvoiement avait disparu, c'était déjà ça.

- J'évite de penser, ces temps-ci. Mais c'est probable, oui.

Il s'accroupit et dénoua prudemment le bolduc. Bernard Ghilé était

reconnaissable quoique sérieusement abîmé. Son corps était tordu dans

une

position qui aurait forcé l'admiration du plus doué des

contorsionnistes. La

victime avait apparemment assez peu apprécié l'exercice : son visage

affichait une expression de terreur du plus bel effet. Par ailleurs, la

peau

était uniformément noire, les vêtements et les cheveux brûlés. Et il se

décomposait. Mais ça, Anselme n'avait pas eu besoin d'ouvrir le sac pour

être au courant.

- C'est... c'est le délégué ?

Anne-Françoise était blanche. Anselme se rappela que sa femme n'avait

jamais

fait la connaissance de Bernard. Ceci dit, l'occasion ne se prêtait

guère

aux mondanités.

- C'est lui. Pas frais, mais c'est lui, indubitablement.

C'est le moment que choisit Bérénice pour faire son entrée :

- Ah ! vous êtes là ! y'a dans la salle d'attente deux... oh merde !

qui

c'est celui-là ?

Anselme fut surpris de la banalité de la question : l'état avancé du

délégué

n'avait pas l'air de choquer outre mesure son auxilliaire.

- Mais c'est le délégué de machin-chose, fit-elle en se penchant sur

le

sac. Elle émit un sifflement : ben dites-donc, faudra me donner

l'adresse de

sa maquilleuse : il est resté trop longtemps au bord de la piscine, ou

quoi

?

Anselme eut un mouvement d'exaspération.

- Bérénice ! si vous croyez que c'est le moment de faire de

l'esprit...

- Oh, ça va ! je n'ai rien dit... par contre, ça tombe mal, parce

que

dans la salle d'attente...

Anne-Françoise l'interrompit :

- On s'en fout de la salle d'attente, Bérénice ! on a un macchabée

sur

les bras et, croyez-moi, ça pue au propre comme au figuré ! alors il

faut

trouver un moyen rapide de s'en débarrasser avant que les flics aient la

sombre idée de visiter les lieux, si vous voyez ce que je veux dire...

- Ben oui, mais...

- On a qu'à le mettre dans le congélo, hasarda Anselme, ça partira

avec

le reste, non ?

Anne-Françoise haussa les épaules.

- C'est ça... et si pour une raison obscure le type de

l'incinération

met son nez dedans avant de mettre au four, c'est nous qui sommes cuits

!

- HE ! VOUS M'ECOUTEZ UN MOMENT, OUI ?

Ils se tournèrent tout surpris vers Bérénice qui les toisait avec

réprobation.

- Ah, c'est mieux ! bon, les flics, y sont déjà là, une paire, dans

la

salle d'attente. Et je ne pense pas qu'ils soient venus pour acheter de

l'anti-puce.

La sueur inonda instantanément le dos d'Anselme :

- Putain ! c'est foutu !

Anne-Françoise posa sa main sur son bras :

- Attends ! on va trouver une idée. Avec un peu de bol, ils sont là

que

pour des questions ou une formalité quelconque. Ceci dit, comme t'as pas

trop de bol en ce moment, s'ils ont l'intention de s'incruster, essaie

de

les retenir un bon quart d'heure dans le bureau, OK ?

- OK. Bon, ben... j'y vais.

La mort dans l'âme, Anselme se dirigea vers sa salle de consultation.

- Hé ! Anselme !

- Oui ?

- Viens voir là deux secondes...

Anselme revint sur ses pas. Arrivé près de sa femme, celle-ci lui envoya

une

grande tarte sur la joue gauche.

- Non mais ça va pas ? qu'est-ce qui te prend ?

- Désolée... Mais tu étais tout blanc. Ca va nettement mieux, à

présent.

Allez, vas-y et sois naturel.
Sois naturel, sois naturel, elle en avait de bonnes, Anne-Françoise.

Anselme

jeta un coup d'oeil dans la salle d'attente : pas difficile de les

repérer ;

ils se tenaient debout, tous les deux, les mains dans le dos, examinant

avec

concentration une affiche vantant les vertus d'un vermifuge en pâte.

Anselme

nota au passage, qu'il y avait deux ou trois clients supplémentaires :

comment allait-il se démerder ?

- Messieurs, si vous voulez bien entrer...

Ne souris pas comme ça, espèce d'abruti, on dirait que tu reçois Sharon

Stone.

- Excusez-moi, docteur, mais il me semble que j'étais là avant...

Bien sûr ! la chieuse au chien qui tousse... Bon, on se calme.

- Ne vous inquiétez pas, madame, ces messieurs n'en ont pas pour

très

longtemps. D'ailleurs vous voyez, ils n'ont pas d'animal...

Anselme tourna les talons et entra dans la salle de consultation, suivi

des

deux policiers. Avant de refermer la porte, il entendit nettement :

- Ben, n'empêche qu'on était là avant...

Ca promettait... Anselme décida de la jouer "PDG occupé".

- Bien ! messieurs, que puis-je pour vous ? j'espère que vous serez

brefs parce que, comme vous avez pu le constater, j'ai pas mal de pain

sur

la planche...

C'était marrant mais ils étaient exactement comme Anselme les aurait

décrits

si on lui avait demandé d'imaginer deux flics : un grand barraqué et un

petit plutôt sec, tous les deux en imper gris. Le grand mâchouillait un

chewing-gum avec la grâce d'une Charolaise en cours de rumination.

- Malheureusement, Docteur, j'ai peur que nous soyons obligés de

perturber légèrement votre emploi du temps.

Evidemment, c'était le petit qui parlait. Le gros était trop occupé. Il

sortit de la poche intérieure de son imper un papier qu'il tendit à

Anselme

:

- Nous avons un mandat de perquisition signé ce matin-même par le

juge

d'instruction chargé de votre dossier. Selon certaines sources, vous

disposeriez dans vos locaux d'une... pièce capitale pour la résolution

de

cette affaire. J'espère que vous ne verrez aucun inconvénient à ce que

l'inspecteur Carrera, ici-présent, visite vos locaux ?

Une pièce capitale ? tu parles Charles ! et c'était quoi ses "certaines

sources" ?

- Mais, monsieur...

- Luly, inspecteur Luly, comme le musicien mais avec un seul "l".

- Ouais, d'habitude faut deux ailes pour un poulet, mais là...

ajouta en

rigolant Carrera, prouvant par la même occasion qu'il pouvait faire deux

choses en même temps.

- La ferme, Carrera ! gardez vos plaisanteries douteuses pour vos

copains du rugby !

Le gros retourna docilement à son activité masticatoire, non sans

envoyer un

clin d'oeil à Anselme quand Luly le quitta des yeux.

- Bien ! Docteur, pouvons-nous procéder ?

- Euh... Je peux jeter un coup d'oeil au document ?

Un pli de contrariété barra le front de l'inspecteur qui lui tendit

néanmoins le papier. Anselme commença à lire, espérant un instant que le

mandat aît été rédigé en serbo-croate. Le caractère officiel ne faisait

aucun doute. Il fallait gagner du temps.

- Je ne comprends pas : j'ai déjà répondu à toutes les questions sur

le

sujet. Qu'est-ce qui motive subitement que mon cabinet soit fouillé ?

Une deuxième ride rejoint la première sur le visage du petit inspecteur

:

- Normalement, je ne devrais pas vous le dire, mais nous avons reçu

ceci

dans la boîte aux lettres du commissariat ce matin.

Il plongea la main dans l'autre poche de son imper et en sortit une

enveloppe. Pendant ce temps, le mastodonte avait extrait sa carcasse du

fauteuil pour aller contempler le poster des chiens du monde scotché sur

la

porte de la salle d'attente.

Anselme prit l'enveloppe. Une seule mention y figurait, en lettres

grasses :

"POUR MONSIEUR LE COMMISSAIRE". A l'intérieur, sur une simple feuille

pliée

en deux et en caractères du même tonneau figurait la phrase suivante :

" ET SI LE DELEGUE DE MIRACULOS N'ETAIT JAMAIS SORTI DE CHEZ LE DOCTEUR

A.

?"

Anselme déglutit péniblement. L'inspecteur lui reprit le papier et le

refourra dans son trench-coat.

- Vous comprenez bien que nous sommes obligés de suivre toutes les

pistes...

Anselme acquiesça cherchant désespérément ce qu'il pourrait trouver de

neuf

pour retarder un peu plus la fouille du cabinet.

- Eh chef ! regardez ! il est trop marrant celui-là avec tous ses

plis !

Ils se tounèrent tous les deux vers Carrera qui pointait son doigt sur

la

photo du shar-peï, tel un gamin attardé. A part qu'Anselme ne se serait

pas

risqué à lui coller une baffe.

- Ouais... On verra ça une autre fois, Carrera. Vous nous faites

visiter, docteur ?

- Euh... Vous ne voulez pas un petit café, d'abord ?

- Non, c'est sympa mais on n'a pas que vous dans la matinée. On doit

aussi aller faire un tour chez la petite vieille qui s'est fait trucider

la

semaine dernière. Sale affaire, ça aussi...

- Dites, chef, j'espère qu'ils ont nettoyé parce que c'était à

gerber...

- Carrera !

- OK, OK...

L'inspecteur Luly se leva à son tour et se dirigea instinctivement vers

la

porte qui menait à l'arrière du bâtiment.

- Je suppose que c'est par là ? nous vous suivons, docteur.

Alea jacta est. Anselme poussa la porte du couloir.

- Hé ! c'est marrant, ça sent comme chez le chinois en bas de chez

moi !

- C'est de la citronnelle, expliqua Anselme à la brute. Bon sang !

Anne-Françoise avait dû vider le stock de recharges pour colliers

anti-aboiements. Ceci dit, au moins, ça ne sentait plus la charogne. Sa

femme était avec Bérénice en chirurgie ; apparemment, elle avait changé

son

fusil d'épaule puisque qu'elle officiait sur la tumeur mammaire de la

bergère allemande. Elle leva à peine les yeux lors du passage des

policiers.

- Voilà. Là c'est la salle de chirurgie : ma femme est en train

d'opérer

avec l'assistante...

- Ne vous inquiétez pas : l'inspecteur Carrera sait se faire discret

quand il veut. En revanche, nous devrons inspecter cette pièce

également.

- Euh... oui, naturellement... Là, c'est le chenil, la petite porte

à

droite, la salle de radiologie et le labo. Au fond, il y a une petite

salle

de repos et des toilettes, ainsi qu'un escalier qui mène à l'étage où

nous

stockons les médicaments, le matériel et les archives.

- Et par là ?

L'inspecteur indiquait le petit couloir où reposait Bernard, quelques

minutes auparavant, dans son joli emballage étanche.

- Ca mène à une petite cour intérieure où nous promenons les animaux

hospitalisés. Il y aussi une porte de l'autre côté, par où nous entrons

le

matin.

- Très bien ! eh bien on va s'y mettre : si vous voulez retourner à

vos

consultations, docteur, nous pourrons très bien nous débrouiller tout

seuls.

- Non, non, je vous en prie, un peu de retard ne fera de mal à

personne

! et puis, vous aurez peut-être besoin de moi...

Luly haussa les épaules :

- Comme vous voulez... Où se trouve votre chambre froide ? je

suppose

que vous avez un endroit où garder les animaux morts ?

Ca y est ! c'était foutu ! à part dans le congélo, Anselme ne voyait pas

bien où Anne-Françoise aurait pu dissimuler le cadavre...

- C'est là, dans le chenil...

- Carrera ! arrêtez de jouer avec ça et fouillez-moi ce congélateur

!

L'inspecteur Carrera cessa à regret de tripoter les boutons du pupitre

de

l'appareil de radiologie et alla dans le chenil en maugréant. Luly

commença

une fouille systématique des placards. Anselme s'approcha de Carrera en

catimini, le regardant ouvrir les sacs les uns après les autres et se

demandant comment il pourrait parvenir à ce que le géant ait une rupture

d'anévrisme avant de parvenir au fond de la cuve. Finalement, il le vit

se

pencher pour atteindre le dernier cadavre. Machinalement, il ferma les

yeux

et rentra la tête dans les épaules.

- Nom de Dieu ! chef ! regardez ça !

Anselme resta paralysé de peur. Luly accourut près du congélateur :

- Qu'est-ce qu'il y a ? qu'est-ce que vous avez trouvé ?

- Regardez chef... on dirait Kiki !

Anselme ouvrit les yeux d'un coup et se pencha à son tour au-dessus de

la

fosse commune réfrigérée : au fond, le barzoï qu'il avait euthanasié 15

jours auparavant pour cause de dangérosité publique le fixait, le regard

lourd de reproches.

- Putain ! qu'est-ce que vous déconnez, Carrera ?

La montagne en imperméable laissa deux grosses larmes dégouliner sur ses

joues :

- Vous pouvez pas comprendre, chef mais moi aussi j'ai eu un colley

et

je l'ai gardé 14 ans, alors ça m'a fait quelque chose...

- Non, non, ce n'est pas un colley, c'est un barzoï, une sorte de

lévrier, si vous voulez, mais là forcément, avec la glace, on voit pas

bien,

c'est pour ça que vous avez confondu... fit Anselme subitement tout

guilleret.

Les deux autres le regardèrent d'un coup et le sourire d'Anselme

disparut.

- Ceci dit, je comprends votre peine, inspecteur...

- Ouais, c'est ça, en attendant, remballez-moi tout ça dans le

congélo,

Carrera, ça commence à schlinguer. Et allez en chirurgie. Et

dis-crè-te-ment

pour ne pas gèner madame A. Vu ?

La brute acquiesça et remit les sacs dans le bahut. Luly disparut vers

l'arrière de la clinique.

Merde ! ce n'était pas dans le congélo ! où est-ce que Anne-Françoise

avait

bien pu coller ce fichu cadavre ? Anselme suivit Carrera dans la salle

de

chirurgie. Anne-Françoise avait bien avancé et progressait à grands

coups de

compresses sous la tumeur mammaire.

- Euh... excusez-nous madame... enfin, docteur, je veux dire...

Inspecteur Carrera, de la police judiciaire... Euh... nous avons un

mandat

de perquisition...

- Perquisitionnez, inspecteur, perquisitionnez, comme vous voyez,

j'ai

d'autres soucis, présentement.

- Oui, oui, bien sûr... excusez-nous... ce ne sera pas long.

Carrera se mit à ouvrir les placards en essayant de mobiliser sa lourde

carcasse avec discrétion, ce qui n'était pas tâche facile. Anselme se

planta

à côté de l'appareil d'anesthésie, feignant une surveillance attentive

de la

patiente, ce qui était totalement inutile étant donnée la présence de

Bérénice. En fait, il espérait vaguement qu'une subite transmission de

pensée lui révèlerait où le corps pouvait être dissimulé.

Lorsque l'inspecteur eut terminé l'examen des placards, il ne put

empêcher

sa curiosité de reprendre le dessus et s'approcha de la table.

- Ah la vache ! c'est drôlement gros, dites donc ! c'est quoi ? une

hernie ? c'est marrant, on dirait le crâne de la petite vieille de

l'autre

jour...

Bérénice le toisa comme s'il avait une énorme pustule sur le nez :

- Mais non ! c'est une tumeur, vous voyez bien...

Carrera se pencha un peu plus au-dessus des champs opératoires.

- Ah ouais... Dites-donc, qu'est-ce que ça pue, en plus !

Anselme devait reconnaître que la citronnelle ne parvenait pas tout à

fait à

couvrir le délicat fumet de la mamelle ulcérée. C'est le moment précis

que

choisit Anne-Françoise pour péter l'artère mammaire. Anselme et

Bérénice,

parfaitement aguerris aux habitudes du chirurgien de la maison,

esquivèrent

avec habileté. Evidemment, Carrera eut moins de chance, d'autant plus

qu'il

se trouvait aux premières loges : le jet l'atteignit en pleine figure et

effectua une jolie courbe mouchetée sur le col de son imper.

- Ah merde ! qu'est-ce que c'est que cette saloperie ? hurla

l'inspecteur en s'essuyant frénétiquement la face avec un beau mouchoir

blanc.

Anne-Françoise clampa calmement le vaisseau.

- Désolé, inspecteur, je ne l'ai pas vu venir, celui-là. Ne vous

inquiétez pas, c'est juste un peu de sang, vous n'en mourrez pas...

Carrera continuait à étaler l'hémoglobine sur son visage qui, par

bonheur,

sous le coup de l'émotion, tendait à prendre une teinte uniformément

rouge.

Luly passa sa tête dans l'encadrement de la porte :

- Bon, moi, j'ai fini. Vous avez trouv... Nom de Dieu ! Carrera !

qu'est-ce que vous avez encore foutu ? non, laissez tomber, j'aime mieux

ne

pas savoir... Bon, ramenez-vous, parce qu'à ce train-là, on va finir la

matinée à quatre heures de l'après-midi.

Il se tourna vers Anselme :

- Docteur, merci de votre accueil et excusez-nous encore pour le

dérangement. Manifestement, ce billet était une mauvaise farce mais,

vous

comprenez... Ceci dit, vous pouvez porter plainte...

Anselme se mit à agiter les mains dans toutes les directions, tel un

sémaphore dans la tempête, en bredouillant des propos inintelligibles.

Anne-Françoise vint à sa rescousse :

- Merci inspecteur. Nous suivrons vos conseils. Mon chéri,

raccompagnez

donc ces messieurs...

Tiens, elle le vouvoyait à nouveau. Anselme reconduisit les policiers à

la

porte et se précipita à nouveau dans la salle de chirurgie :

- Il est où ?

Sa femme ne leva pas la tête de sa couture.

- Tss, tss... quelle impatience ! supposez qu'ils fassent demi-tour,

comme Columbo... Elle prit une voix rauque : "dites, docteur, il m'est

venu

une idée..."

Anselme eut un geste d'exaspération.

- Mais non, ils ont repris leur voiture. Alors : il est où ?

- On lui dit, Bérénice ?

Manifestement, sa femme s'amusait beaucoup. Bérénice pointa la chienne

du

doigt.

- Ben quoi ? vous ne l'avez pas donné à bouffer à la bergère, non ?

- Presque... fit Bérénice en soulevant le champ opératoire à côté de

la

tête de la chienne.

Il y avait une main et un bras.

Anselme reparqua alors seulement qu'il y avait bien une dizaine de

champs

sur la table au lieu des quatre ou cinq habituels.

- Vous l'avez... découpé ?

Anne-Françoise haussa les épaules :

- C'était la seule possibilité. Ceci dit, c'était assez facile, il

était

quasiment lyophilisé. Après, le tout a été de placer les différentes

pièces

de façon judicieuse pour que tout rentre. Et ça, crois-moi, ça n'a pas

été

de la tarte ! bon, je ne voudrais pas te presser, mais je te rappelle

que tu

as des consultations en cours : il s'agirait que tu te mettes à bosser,

pas

vrai Bérénice ?

Et elles se mirent à rigoler toutes les deux.

Anselme retourna dans son bureau comme un zombie, se demandant ce qu'il

pouvait y avoir de si marrant à planquer un cadavre carbonisé et tranché

en

petits morceaux sur une table de chirurgie pendant une perquisition de

police.

Il s'assit à son bureau, se releva, ouvrit le cahier de rendez-vous, le

referma, se rassit et soupira. Puis il se releva et ouvrit la porte de

la

salle d'attente : le brouhaha cessa et une dizaine de regards

franchement

hostiles se braquèrent sur lui.

Maigre consolation : la pétasse au chien tousseur s'était barrée.

Episode 10 : LA SCENE DU BALCON.
Le soir-même, un état-major de campagne fut improvisé dans le salon.

Bérénice fut cordialement invitée à participer. Anselme avait bien fait

légèrement la gueule quand Anne-Françoise lui eut annoncé qu'elle avait

raconté toute l'histoire dans ses plus menus détails à l'auxiliaire,

mais il

dut rapidement reconnaître qu'il était difficile de fournir une

explication

satisfaisante à la présence et au découpage hâtif de Bernard à la

clinique.

Pauvre Bernard ! les morceaux du délégué reposaient maintenant quelque

part

dans la forêt voisine avec cinq bons kilos de chaux vive ; c'était

évidemment Anselme qui s'y était collé, s'attendant à chaque instant à

ce

que les inspecteurs Luly et Carrera surgissent de derrière un chêne pour

lui

sauter sur le paletot. Lorsqu'il rentra à la nuit tombante, il trouva

Anne-Françoise et Bérénice en train de se marrer comme des baleines,

whisky

à la main et gâteaux secs sur la table. Il se foutait éperduement de la

raison de leur hilarité : plus ça allait, moins il avait envie de rire.

De

plus, il était crevé et sa promenade vespérale n'avait guère arrangé les

choses.

Sans un mot, il commença l'ascension de l'escalier.

- Anselme ! où tu vas ?

- Me coucher, répondit l'intéressé sans même s'arrêter.

Anne-Françoise bondit de son fauteuil et se posta en bas de l'escalier.

- C'est hors de question ! il faut qu'on réfléchisse à la façon de

se

sortir de cette merde ! de plus, Bérénice est venue spécialement pour

ça...

- Vous n'avez qu'à y réfléchir toutes les deux. Moi, de toute façon,

à

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