Pas de salsepareille pour mister a





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part pour les travaux manuels...

Anne-Françoise attendit qu'il soit parvenu en haut des marches pour

envoyer

l'arme fatale :

- J'ai fait une tarte tatin.

Nom de Dieu ! il était tellement nase qu'il n'avait même pas détecté le

délicat fumet qui parvenait à diffuser hors de la cuisine. D'un coup,

volutes nasales et papilles gustatives entrèrent en action : il se mit à

saliver abondamment. C'était carrément déloyal.

En bas, Anne-Françoise rigolait.

- Bon, allez, descends, on met ça au point et après, tu pourras

aller te

coucher. Ca te va ?

Anselme acquiesca et redescendit en traînant les pieds pour la forme.

Dans

le salon, Anne-Françoise avait remplacé la toile "Clair de lune et

contrebasse" par le tableau Véléda qui leur servait habituellement au

cabinet à inscrire les commandes de médicaments. Ce n'était pas pour lui

déplaire, non qu'il apprécie particulièrement le Véléda, mais en

revanche,

ça

pouvait être une excellente occasion de faire disparaître l'immonde

croûte

peinte par sa belle-mère et qui l'empêchait, depuis bientôt dix ans,

d'effectuer une digestion correcte dans le canapé.

- C'est pas mal, chez vous, l'apostropha Bérénice, je savais que ça

palpait pas mal un véto, mais à ce point-là...

Anselme regarda son infirmière. Il se dit simultanément que c'était la

première fois depuis ces cinq années qu'elle travaillait au cabinet que

Bérénice était invitée chez eux et que finalement, c'était une bonne

chose.

- Non... Je rigole, faites pas cette tête ! on dirait que j'ai

bouffé

toute la tarte tatin...

Anselme haussa les épaules. Ceci dit, elle avait raison : il devenait

grognon.

Anne-Françoise se mit à côté du tableau, ses feutres à la main :

- Bien. Un peu de silence dans la salle, je vous prie. Essayons de

clarifier au maximum la situation...

Une bonne demi-heure plus tard, le tableau était recouvert de rectangles

et

de flêches de toutes les couleurs. Le tout était parfaitement illisible

en

dehors du nom des laboratoires Miraculos qu'Anne-Françoise avait bien dû

entourer rageusement une dizaine de fois au cours de son exposé.

Chacun dégustait en silence sa tarte tatin nappée d'une bonne couche de

crème fraîche totalement non allégée. Bérénice lança le débat :

- Bon. Et qu'est-ce qu'on fait maintenant ?

- Ch'est bien là que cha coinche, répondit Anselme la bouche pleine.

Moi, j'ai déjà echayé le Déjintégrator et cha n'a rien donné.

- En dehors du fait que j'ai failli toucher l'assurance-vie, ajouta

Anne-Françoise. Non, à mon avis, la solution, elle est chez Miraculos :

il

faut s'introduire dans le labo.

Anselme lâcha sa fourchette.

- C'est ça ! et finir comme Bernard en Fragonard trop cuit ! et puis

tu

y rentres comment chez Miraculos ? en faisant "coucou ! c'est moi ! je

passe

juste pour voir si tout va bien" ?

Anselme se leva d'un bond et alla farfouiller dans le porte-revues :

- Tiens, c'était dans la Gazette de la semaine dernière.

Anne-Françoise et Bérénice se penchèrent sur l'article : "Miraculos : un

secret bien gardé." Le journaliste décrivait avec emphase l'accumulation

des

systèmes de sécurité ultra-modernes qui protégeaient le désintégrator.

Une

photo de groupe rassemblait le personnel de surveillance : apparemment,

il

s'agissait de l'amicale des haltérophiles des pays de l'est.

- C'est vrai que ça motive pas trop... reconnut Anne-Françoise.

- Tu parles...

Ils se concentrèrent à nouveau sur leurs assiettes.

- J'ai une idée ! hurla Bérénice.

Anselme la toisa froidement.

- Ce serait bien la première fois en cinq ans...

Elle haussa les épaules et poursuivit :

- Si nous ne pouvons pas nous introduire chez Miraculos, nous

pouvons

surveiller ceux qui dirigent la boîte, non ?

- Tu veux dire le couple Van Beak ?

Ah tiens ! voilà que sa femme tutoyait Bérénice maintenant : pas de

doute,

la lutte des classes venait de pénétrer le foyer. Encore quelques jours

de

ce régime et Anne-Françoise irait émarger à Lutte Ouvrière.

- Oui, et l'autre teuton, là, Frankenstein...

- Blumenstein.

- C'est ça. On leur colle au train un moment et il en sortira bien

quelque chose !

Anselme devait se rendre à l'évidence : il s'agissait bien d'une idée.

Anne-Françoise objecta :

- Encore faut-il savoir où ils habitent les uns et les autres ! à

mon

avis, il y en a pour un moment de recherche par Minitel...

- Pas besoin...

Anselme se releva et se remit à fouiller dans le porte-revues.

- Voilà : c'était dans le numéro consacré au fiançailles des

tourtereaux

: " Les laboratoires Miraculos ont fêté comme il se doit... bla bla

bla...un

voyage aux Seychelles a été offert... bla bla bla..." ah ! c'est là :

"le

couple résidera désormais dans le superbe duplex mis à leur disposition

par

la société..." et toc ! il y a l'adresse. Et même une photo !

- Bon OK, admit Anne-Françoise. Et le boche ?

- Y'a juste à le guetter à la sortie des bureaux !

Le regard de Bérénice brillait d'excitation. Anselme posa sa fourchette

:

- On dirait que ça vous amuse : vous réalisez qu'il y a déjà deux

morts

dans cette histoire ?

- Oui, oui. On s'y met demain ?

- Qu'est-ce que t'en penses, Anselme ?

Anselme regarda sa femme, puis son infirmière. Il avait le sentiment que

s'il avait eu un bâton à jeter, Bérénice serait immédiatement allée le

chercher en jappant.

- Il reste de la tarte ?

------------------------------------------------

Ca tombait bien : Anselme ne travaillait pas le mardi. Ayant estimé que

les

bureaux fermaient vers dix-sept heures, la fine équipe se prépara pour

être

sur place dès seize heures. Anne-françoise prit d'office le commandement

de

l'opération : Anselme fut affecté à la surveillance du domicile d'Yves

et

Anabelle Van Beak pendant que Bérénice et elle-même se chargeaient

d'attendre Blumenstein à la sortie des laboratoires Miraculos. Il fut

décidé

que chacun serait libre de prendre toute initiative qui lui semblerait

favorable à la progression de l'enquête avec toutefois l'obligation d'en

informer le reste de l'équipe au moyen du portable prévu à cet effet.

Anselme devait reconnaître que sa femme avait fort bien organisé les

choses

; ils perdirent bien un peu de temps pour expliquer à Bérénice que sa

tenue,

pantalon, pull à col roulé et bonnet noirs, en dehors du fait que cela

seyait assez peu à ses cent kilos, n'était pas à proprement parler la

meilleure manière de passer inaperçue, mais lorsqu'il gara la jaguar, il

était 15h55.

La résidence du Val Fleuri était un ensemble de cinq ou six petits

immeubles

de quatre étages qui puaient le luxe tapageur : vidéophone au

rez-de-chaussée et marbre à tous les étages. Anselme prit soin de

laisser la

voiture à quelques centaines de mètres de là et commença par faire le

tour

du propriétaire. Il repéra rapidement le bâtiment "jacinthe" où résidait

le

couple ; il entra dans le hall qui semblait mener à un lupanar exotique

:

velours rouge, glaces murales, plantes vertes luxuriantes dans tous les

coins. Manifestement, le quartier ne craignait pas beaucoup le

vandalisme.

Evidemment, la poursuite de la visite était soumise à l'utilisation du

vidéophone ou du digicode dont les touches n'étaient pas encore

suffisamment

usées pour permettre la découverte aléatoire du sésame. Anselme vérifia

pour

la forme qu'il y avait bien une étiquette au nom de Van Beak et

ressortit.

Il fallait bien avouer que l'endroit était d'un calme impressionnant.

Anselme aurait parié qu'il ne devait pas y avoir plus d'un appartement

sur

dix occupé en journée : rien que des résidences de cadres supérieurs, le

paradis des cambrioleurs. Il resta à une centaine de mètres de

l'immeuble,

exerçant sa vigilance à la fois sur la porte d'entrée et sur un groupe

d'étourneaux se disputant âprement un quignon de pain.

Le vibreur du portable le fit sursauter :

- Ouais ?

- Pitbull 2 appelle pitbull 1 ; est-ce que vous me recevez, pitbull

1 ?

- Merde, Anne-Françoise, qu'est-ce que tu déconnes ?

- Bah, si on ne peut même plus rigoler... Bon la petite bande vient

de

sortir. Les tourtereaux sont partis en BM, sans doute pour rentrer chez

eux.

Bérénice va filer Von Braun avec sa voiture.

- Ben... et toi ?

- Moi je reste sur place pour fouiner un peu : il en sortira

peut-être

quelque chose...

- Comment ça... fouiner ?

- Ben fouiner, quoi ! ne t'inquiète donc pas, je sais ce que je

fais.

- J'en doute !

- Tu fais chier, Anselme ! jusqu'à présent, s'il y a quelqu'un qui

s'est

pris les pieds dans le tapis, a priori, c'est surtout toi ! alors

lâche-moi

un brin, tu veux ?

- ...

- Autre chose : pour des raisons évidentes de prudence, je

déconnecte le

portable, OK ?

- OK, chef.

Anselme coupa la communication. C'était ça le véritable inconvénient des

portables : plus moyen de raccrocher violemment le combiné pour

manifester

son mécontentement. A moins que d'ici quelques années, le prix de

l'appareil

ne sera devenu tellement dérisoire que l'on pourra le jeter par terre et

sauter dessus à pieds joints.

Trois quarts d'heure plus tard, une BMW noire s'arrêta pile devant

l'entrée

: Anabelle en sortit et pénétra immédiatement dans le hall. Aussitôt, la

voiture redémarra. Anselme eut juste le temps de se glisser derrière une

camionnette ; au passage, il reconnut parfaitement le profil de Van

Beak.

Bon sang ! comment une fille pareille pouvait-elle épouser un type

pareil ?

il n'était pas très beau, assez petit et il avait autant d'humour qu'une

contractuelle de service la veille de Noël le long des Galeries

Lafayette.

Le sexe ? Anselme ne savait pas pourquoi mais il n'y croyait guère.

L'argent. C'était la seule explication plausible.

Arrivé à cette conclusion, Anselme constata que la nuit était en train

de

tomber. Cela faisait maintenant quatre heures qu'il faisait le pied de

grue.

Il tenta d'appeler Anne-Françoise mais son portable était toujours

déconnecté. Même musique avec Bérénice ; de toute façon, vu que son

infirmière avait mis six mois pour se servir du répondeur de la

clinique,

Anselme doutait fortement de sa capacité à utiliser correctement le

mobile.

Il reprit la surveillance de l'immeuble. Les lampadaires et les

projecteurs

de la résidence renforçaient la couleur ocre de l'ensemble ; de temps en

temps, une voiture, en général une grosse cylindrée, venait à peine

troubler

le silence ambiant en s'engouffrant dans les garages souterrains.

Progressivement, les appartements s'illuminaient les uns après les

autres.

C'est alors qu'Anselme réalisa qu'il ne savait pas au juste de quel côté

de

l'immeuble se trouvait le duplex des Van Beak. Après tout, il pourrait

au

moins surveiller les allées et venues d'Anabelle par les fenêtres : même

s'il ne voyait pas très bien où cela pourrait le mener, c'était déjà

mieux

que de rester à se les geler sur le trottoir. Sans compter que quelqu'un

allait bien finir par remarquer un type qui attendait le bus depuis cinq

heures alors qu'il n'y avait même pas d'arrêt de bus.

Anselme revint auprès de l'immeuble. Déjà, aucune des fenêtres de devant

n'était illuminée. Restait à savoir ce qui se passait derrière.

Manifestement, il y avait une cour intérieure qui devait être commune à

toute la résidence. Anselme commença à faire le tour du pâté de maison

et

finit par aboutir à un grand portail en bois plein secondé d'une petite

porte du même matériau. Evidemment, le tout était hermétiquement clos.

Honnêtement, sans même se poser la question des moyens, Anselme savait

qu'il

n'aurait aucun mal à passer le mur d'enceinte ; quand il était en prépa,

il

avait acquis une réelle renommée dans ce domaine. Simplement, quelque

chose

en lui chuchotait que ce n'était pas obligatoirement une bonne idée. Si

encore il avait pu joindre Anne-Françoise... Il recomposa le numéro sans

plus de succès. Oh et puis zut ! il n'allait pas faire le poireau dedant

l'immeuble pendant toute la nuit !

Anselme jeta un coup d'oeil aux environs : à une vingtaine de mètres, il

aperçut une grande poubelle qu'il eut tôt fait d'amener au pied du mur

en

veillant toutefois à ne pas la faire bringuebaler pour éviter d'ameuter

le

quartier. Il s'apprêtait à monter lorsqu'il se rappela le portable :

vibreur

ou pas, c'était un truc à le faire repérer. Il décida de le laisser dans

la

voiture. Il en profita pour prendre une petite lampe-torche qu'il

gardait

toujours dans la boîte à gants.

Il se hissa sur son escabeau de fortune et constata avec plaisir que le

mur

était dépourvu de tessons de bouteille. La cour était centrée sur un

véritable petit jardin intérieur avec pelouses, massifs de fleurs,

allées

gravillonnées, le tout sur cinq cents mètres carrés. Ils avaient même

réussi

à coller des bancs, sans doute au cas où les éventuels promeneurs

auraient

été épuisés par leur trajet buccolique.

Anselme repéra quelques poubelles le long d'un des immeubles : il

s'agissait

de pouvoir ressortir de là. Il se laissa glisser le long du mur et resta

un

instant dans l'ombre. L'immeuble "Jacinthe" avait ses deux derniers

étages

entièrement éclairés. Anselme avait vu huit noms sur le vidéophone ;

logiquement, il devait y avoir quatre duplex par étage. Restait à savoir

si

Anabelle était à gauche ou à droite.

Comme en réponse à sa pensée, la silhouette de la jeune femme se détacha

sur

la fenêtre de gauche du troisième étage : même si Anselme ne pouvait
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