Pas de salsepareille pour mister a





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distinguer ses traits, il aurait reconnu ces courbes entre mille.

Manifestement, elle regardait dans le jardin au travers du voile des

rideaux. Elle tenait une cigarette à la main droite.

Anselme resta rigoureusement immobile jusqu'à ce qu'elle fasse demi-tour

et

disparaisse dans l'appartement.

Bon, et maintenant ? il n'y avait pas grand-chose à espérer d'une

surveillance depuis ce poste. En revanche, s'il pouvait arriver jusqu'au

balcon... Anselme fit le tour du mur d'enceinte jusqu'au pied de

l'immeuble.

Toutes les fenêtres étaient agrémentées de balcons ; une fois au premier

étage, il serait assez facile de se hisser jusqu'au balcon suivant puis

jusqu'à l'appartement d'Anabelle. Par contre, le premier balcon

paraissait

hors de portée, même en se servant d'une des grandes poubelles comme

piédestal.

Quoique... Anselme empoigna la poubelle la plus proche et la fit rouler

jusque sous le balcon à atteindre : encore une chance, elle était pleine

et

le poids permettait de limiter le bruit, sévèrement amplifié par le côté

caisse de résonance de la cour. Anselme la colla contre le mur en la

centrant sur le côté du balcon et ouvrit le couvercle : ça pouvait

marcher.

S'il arrivait à maintenir solidement le couvercle ouvert, en prenant

appui

sur le bord, il parviendrait aisément à atteindre la dalle du balcon.

Il jeta un coup d'oeil dans la poubelle : nom de Dieu, qu'est-ce que ça

puait, là-dedans ! Anselme déplaça un ou deux sacs du bout des doigts et

finit par dénicher deux pièces de métal qui lui parurent suffisamment

solides ; il les inséra fermement dans les charnières de la poubelle et

testa le dispositif en essayant de fermer le couvercle : apparemment, ça

tenait. Il compléta son échelle de fortune en bloquant les roues du

container avec deux morceaux de bois qui trainaient à côté du portail.

Son petit manège était resté suffisamment discret pour n'attirer

l'attention

de personne. Anselme vérifia l'absence de curieux aux fenêtres de la

résidence et entreprit son ascension. Il y eut un craquement sinistre

lorsqu'il posa le pied sur le couvercle mais le plastique supporta son

poids. La sueur commença à lui dégouliner dans le dos. Il saisit les

barreaux du balcon et se hissa jusqu'à l'étage. La suite fut plus aisée

: en

montant sur la balustrade, il atteignit facilement le balcon suivant.

Le troisième étage correspondait apparemment au living-room ;

l'abondance

des lampes lui permit de détailler à souhait le mobilier et la

décoration

luxueux de l'appartement. Un luxe où dominait un net goût de chiotte,

jugea-t-il : une sorte d'annexe de la Boutique Noire du Printemps, un

livre

d'histoire en trois dimensions pour lycéen désireux de réviser ses rois

de

France, avec par-ci par-là quelques babioles pour donner une touche

exotique, comme ce bouddha bien installé sur un buffet Louis XV.

Anselme resta un instant à surveiller la pièce mais Anabelle ne se

manifesta

pas. Il entreprit alors de passer au dernier étage.

Comme il s'y attendait, il s'agissait de la chambre à coucher. D'une

extrême

modestie comme la pièce précédente avec une moquette à égarer les nains

et

un lit dont la structure psychédélico-gothique et le dessus de satin

rose

auraient pu faire passer les chambres de madame Claude pour des cellules

monastiques. Anabelle était invisible mais Anselme resta prudemment

dissimulé le long du volet. Il commençait à se demander s'il était bien

prudent de rester à cet endroit, exposé au regard de n'importe quel

résident

prenant le frais, quand Anabelle sortit de la salle de bain.

Elle était ceinte d'une serviette, certes, mais Anabelle vêtue d'une

simple

serviette était déjà un spectacle captivant. Anselme se concentra sur

l'avis

de prélèvement de l'URSSAF reçu le matin-même afin de contrarier son

érection naissante. Malheureusement, arrivée près du lit, Anabelle

laissa

négligemment tomber la serviette et entreprit de se vernir les ongles de

pied assise face à la fenêtre. Au même moment, quelqu'un se mit à jouer

du

tambour avec allégresse ; Anselme se rendit assez vite compte qu'il

s'agissait en fait de son coeur et que le lieu était mal choisi pour un

infarctus. Il se contraignit donc à contempler le jardinet quinze mètres

plus bas tout en comptant jusqu'à cent.

Arrivé à ce terme, il osa jeter un coup d'oeil dans la chambre :

Anabelle

enfilait une nuisette de soie blanche qui n'améliorait guère la

situation.

Toutefois, elle y ajouta un déshabillé du même tissu qui permit tout de

même

à Anselme de reprendre son souffle. Elle attrapa ses cigarettes sur la

table

de nuit et en alluma une. Puis elle se dirigea vers la porte-fenêtre.

Anselme enjamba la balustrade latérale en quatrième vitesse et prit pied

sur

celle d'en-dessous. Il s'apprêtait à sauter sur le balcon quand il

constata

que sa manche de blouson gauche était accrochée à la foutue ferronnerie

tarabiscotée du dessus. Il resta donc ainsi, les mains sur les barreaux,

priant pour qu'Anabelle n'ait pas l'idée de regarder par terre.

De fait, elle n'en fit rien. elle s'appuya un instant sur la rambarde en

tirant quelques bouffées de sa cigarette. Puis, jugeant sans doute qu'il

faisait un peu frisquet, elle fit demi-tour et rentra, juste après avoir

lancé son mégot pile sur la tête d'Anselme.

Quand il sentit la brulûre, Anselme eut la remarquable présence d'esprit

de

ne pas crier. Cependant, il ne poussa pas la maîtrise de soi

suffisamment

loin : simultanément, il porta sa main droite sur sa tête, ce qui lui

permit

de se brûler aussi la main, et perdit l'équilibre de la rambarde du

troisième. le tissu de son blouson ne résista pas longtemps à ses

quatre-vingt-dix kilos et il entreprit de redescendre au rez-de-chaussée

en

chute libre. Il atterrit dans un boucan d'enfer en plein dans le

container

d'ordures. Malgré la violence du choc, il ne ressentit aucune douleur,

si

l'on voulait bien excepter les brûlures de son crâne et de sa main. Il

s'aggrippa instantanément au bord de la poubelle, à peine une seconde

après

que le choc ait expulsé les morceaux de métal des charnières du

couvercle,

couvercle qui subit à son tour la loi de la pesanteur en venant

s'écraser

sur ses doigts et sa tête. Vaincu, Anselme tomba dans les pommes et dans

les

sacs poubelles.

épisode 11 : LE LAPIN CHASSEUR.
Ca faisait à peine dix minutes qu'elle était arrivée et Anne-Françoise

se

demandait déjà ce qu'elle fichait là. Elle avait garé la Rover à une

vingtaine de mètres de l'entrée du siège de Miraculos ; Bérénice avait

réussi à caser sa renault 5 pourrie de l'autre côté de la rue,

effectuant un

créneau qui n'avait épargné les deux véhicules déjà présents que par

miracle. En revanche, le panneau d'interdiction de stationner avait eu

moins

de chance et avait perdu un peu de sa verticalité.

Le laboratoire avait élu domicile dans un grand immeuble tout en verre

fumé

qu'il devait partager avec quelques sociétés d'assurances ou autre

cabinet

d'architectes. Anne-Françoise n'avait pas osé aller jeter un coup d'oeil

à

l'entrée de peur de se retrouver nez à nez avec Van Beak ou, pire, avec

l'autre pétasse. Elle regarda sa montre : quatre heures et quart. Pff...

Déjà que lorsqu'elle se retrouvait coincée dans un embouteillage, elle

frisait la crise de nerfs... En plus, quelqu'un allait finir par la

remarquer à attendre, là, dans sa voiture à ne rien faire. Il fallait

qu'elle trouve une occupation.

Elle jeta un coup d'oeil de l'autre côté de la rue et sursauta : la

renault

était animée de mouvements saccadés comme si quelqu'un d'invisible la

secouait énergiquement. Anne-Françoise plissa les yeux et comprit que

Bérénice écoutait de la musique et participait activement à la cadence.

- Cette abrutie va nous faire repérer, grommela-t-elle en s'éjectant

de

la Rover. Elle se contraignit à rester calme et s'approcha de la voiture

de

l'auxiliaire. Les vitres étaient couvertes de buée mais Anne-Françoise

parvint à distinguer la masse tressautante de Bérénice ; les basses de

la

techno se mêlaient aux grincements des amortisseurs épuisés en un

concert

néanderthalien du plus bel effet.

Anne-Françoise tambourina à la porte, à contre-temps, certes, mais

Bérénice

n'était pas en état de percevoir la subtilité solfégique. Elle finit par

passer devant la voiture pour attirer son attention ; Bérénice arrêta la

cassette et baissa la vitre :

- Y'a du nouveau ?

Nom d'un chien ! il faisait une chaleur, là-dedans ! comme quoi, le

stretching assis, c'était possible.

- Ouais. Tu te rends compte que tu es en train d'ameuter le quartier

?

Bérénice haussa les épaules :

- Bof... tout le monde s'en fout. Et puis je m'emmerde à attendre

toute

seule, comme ça, pas toi ?

- Pas du tout ! on peut faire des tas de trucs pour s'occuper sans

nécessairement simuler la charge des écossais à Bannockburn...

Bérénice releva les sourcils :

- Ah ? on entendait les cornemuses ?

- Quelles cornemuses ?

- Ben les cornemuses ! c'est un groupe de hard metal techno : ils

ont

fait un remix d'un truc folk écossais, "fuck the haggis" ça s'appelle.

Et

forcément, y'a de la cornemuse...

Anne-Françoise s'affaissa un peu : tout ceci était réellement

passionnant.

- Bon, tu n'as qu'à venir avec moi. On pourra discuter pour tuer le

temps : ça fera moins de bruit, OK ?

Evidemment, avec toute cette agitation, le moins qu'on puisse dire est

que

Bérénice sentait le gaz. Néanmoins, Anne-Françoise était prête à passer

sur

pas mal de détails en échange d'une compagnie. Elle entreprit de se

remaquiller dans le rétroviseur pendant que Bérénice sortait un bouquin

de

sa poche.

- Qu'est-ce que tu lis ?

- "meurtres au micro-ondes". C'est super, c'est l'histoire d'un type

qui

tue des vierges en les décapitant et en faisant exploser leurs têtes au

micro-ondes !

Finalement, elle était peut-être mieux toute seule.

- C'est idiot : une tête, ça n'explose pas, au micro-ondes, ça bout

à

l'intérieur, ça se dessèche, mais la vapeur peut toujours sortir par les

yeux, les oreilles ou le canal rachidien.

- Ah bon ? manifestement, Bérénice était déçue. Je peux mettre la

radio

?

- Oui, mais c'est moi qui choisis la station.

- Ah non ! pas du classique !

- Quoi, pas du classique ? c'est ce que je mets tout le temps au

cabinet

pendant que j'opère ! tu n'as jamais rien dit...

- Ben tiens... pour me prendre un bistouri entre les deux yeux ? pas

folle ! n'empêche que moi, je suis comme ton mari : Schubert, Mozart,

Vivendi, tout ça, ça me sort par les trous de nez !

- Ah bon ? Anselme aussi ?

Bérénice se mordit la lèvre :

- Euh...Oh, enfin... j'en sais trop rien, en fait... Mais je m'étais

dit...

- Ouais, ça va, laisse tomber...

On règlera ça à la maison, mon coco. Anne-Françoise enclencha la radio

d'un

pouce rageur et la régla sur FIP. Les accents d'une guitare

psychédélique

emplirent l'habitacle.

- Ouah ! c'est génial, la stéréo ! y'a combien de haut-parleurs ?

Anne-Françoise eut un air exaspéré :

- Douze... c'est une idée d'Anselme. Avec son dolby digital surround

et

tout le saint-frusquin...

- Génial ! il faut que je mette ça dans la R5 !

- Mais oui, bien sûr, le temps que les écossais givrés aient tapé

deux

fois sur leur grosse caisse et tu te retrouveras à poil sur le toit de

ta

bagnole !

- Oh, t'exagères...

- Attends ! tais-toi !

La musique venait de céder la place au bulletin d'information.

Anne-Françoise, déformation professionnelle oblige, venait de capter le

mot

"vétérinaire".

- "... Et le praticien a été hospitalisé d'urgence dans le service

des

maladies contagieuses de l'hopital Chevènement. Selon ses proches,

depuis

quelques jours, le docteur Gourdin présentait des symptômes

préoccupants,

tels que de violents maux de tête ou des signes de confusion mentale. Il

avait néanmoins tenu à poursuivre son activité dans son cabinet du

cinquième

arrondissement. Lorsque dans la matinée, il mordit sauvagement deux

caniches

présentés à la consultation et tenta, heureusement sans succès, de faire

avaler à leur maîtresse un tube de pâte dentifrice, l'infirmière

employée à

son cabinet appela les forces de l'ordre qui le maîtrisèrent avec

difficulté. Aucune information n'a été donnée sur les causes possibles

du

comportement du docteur Gourdin mais on murmure dans les milieux

informés

qu'il pourrait s'agir d'une résurgence de la rage ou d'un cas de

Kreutzfeld-Jacob. Une enquête épidémiologique est en cours.

L'olympic de Marseille a été battu hier soir sur son terrain 6 à 0 par

le FC

de Forcalquier..."

- La rage ? tu parles ! il a dû disjoncter, le Gourdin, s'esclaffa

Bérénice. C'est ça ! Gourdin est à la masse ! Ha ! Ha !

- Arrête de te marrer : si c'est de la Kreutzfeld, on va être bon

pour

piquer tous les chats de la clientèle...

- C'est quoi la Kreutzfeld ? une bière ?

- Merde ! mais t'es nulle... Attends, regarde ! voilà nos zigotos

qui

sortent...

En effet, Yves et Anabelle Van Beak venaient d'apparaître, suivis de peu

du

professeur Blumenstein. Van Beak fit un léger signe de la main au

scientifique et, prenant le bras de sa compagne, traversa la rue vers

une

imposante berline noire.

- Bérénice ! tu prends ta voiture et tu files Blumenstein. Je me

charge

de prévenir Anselme.

- Ah bon ? on n'y va pas ensemble ?

- Non, j'ai à faire ici. Tire-toi ! tu vas le perdre... Il vient de

monter dans le coupé sport, là-bas...

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