Pas de salsepareille pour mister a





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- Merde ! c'est une Porsche : je vais avoir du mal à assurer avec la

R5...

- Ouais ! surtout si tu traînes encore : allez, dehors !

Bérénice se hâta vers sa voiture d'une démarche qui se voulait efficace

mais

discrète et qui donnait surtout l'impression qu'elle avait une

grenouille

dans son pantalon. Une camionnette l'évita de justesse juste avant

qu'elle

ne s'engouffre dans la Renault. Un nuage noir s'échappa du pot et

Bérénice

démarra en trombe non sans emporter au passage un peu de l'éclairage du

véhicule de devant et en faisant piler le malheureux qui se trouvait à

circuler bêtement au même moment.

Anne-Françoise composa le numéro d'Anselme.

- Ouais ?

- Pitbull 2 appelle pitbull 1 ; est-ce que vous me recevez, pitbull

1 ?

- Merde, Anne-Françoise, qu'est-ce que tu déconnes ?

- Bah, si on ne peut même plus rigoler... Bon la petite bande vient

de

sortir. Les tourtereaux sont partis en BM, sans doute pour rentrer chez

eux.

Bérénice va filer Von Braun avec sa voiture.

- Ben... et toi ?

- Moi je reste sur place pour fouiner un peu : il en sortira

peut-être

quelque chose...

- Comment ça... fouiner ?

- Ben fouiner, quoi ! ne t'inquiète donc pas, je sais ce que je

fais.

- J'en doute !

- Tu fais chier, Anselme ! jusqu'à présent, s'il y a quelqu'un qui

s'est

pris les pieds dans le tapis, a priori, c'est surtout toi ! alors

lâche-moi

un brin, tu veux ?

- ...

- Autre chose : pour des raisons évidentes de prudence, je

déconnecte le

portable, OK ?

- OK, chef.

Qu'est-ce qu'il pouvait être con quand il s'y mettait ! et puis alors,

côté

humour, zéro en ce moment. Bon, maintenant, il faut trouver un moyen de

rentrer là-dedans.

Anne-Françoise sortit de la Rover et entreprit un examen plus rapproché

de

l'immeuble. Déjà, l'entrée principale était difficilement envisageable :

la

réception était face à la porte et elle n'avait aucune envie de se faire

repérer aussi bêtement. Elle fit le tour du bâtiment et découvrit un

parking

privatif. Il y avait bien une issue mais Anne-Françoise eut vite fait de

constater que l'accès était soumis à l'usage d'une carte magnétique. En

prenant du recul, elle dut admettre l'absence totale de fenêtres. Elle

fit

demi-tour et s'apprêta à partir quand la porte s'ouvrit derrière elle :

- C'est vous, la nouvelle ?

Un grand Noir la toisait comme si elle venait de piquer une barquette de

cuisses de poulet au rayon frais.

- La nouvelle ?

- Ben oui, ça fait une demi-heure qu'on vous attend ! l'agence ne

vous a

pas dit de vous présenter à la réception ?

Anne-Françoise avait un gros avantage : elle ne mettait pas trois heures

à

prendre des décisions. Elle inspira un grand bol d'air :

- Ah ? euh... oui, excusez-moi, je pensais... Euh... que c'était

mieux

par là !

Les sourcils du Noir montèrent de trois bons centimètres puis il haussa

les

épaules :

- Bon, venez, on n'a pas toute la nuit.

Anne-Françoise lui emboîta le pas jusque dans le hall. Il fila

directement

sur un type qui faisait les cent pas à toute allure devant la réception.

- Ca y est, Arnaud, elle est là !

Le visage du type s'éclaira immédiatement :

- Ah ! ben c'est pas trop tôt...

Le sourire retomba comme un soufflet pas cuit :

- Merde, alors ! vous avez quel âge ?

Anne-Françoise puisa en elle toutes ses ressources intuitives et envoya

sans

rire :

- Vingt-cinq, pourquoi ?

Arnaud plissa les yeux comme si elle se trouvait à cinq cents mètres

dans le

brouillard.

- Ah ? bon, ben ça ira alors mais vous faites... comment

dirais-je...

euh...

- Plus mûre ?

- C'est ça ! plus mûre ! remarquez, c'est vrai que d'habitude c'est

l'inverse... La dernière qu'ils m'avaient envoyée, elle venait d'avoir

quinze ans. Quinze ans ! vous vous rendez-compte ? quasi anorexique en

plus... Rien de particulièrement excitant...

Il lui envoya un clin d'oeil ravageur et tapa dans ses mains avec

énergie.

- Bon ! on y va, parce que ça commence dans vingt minutes alors

autant

ne pas traîner, hein ?

Anne-Françoise fit une grimace qui se voulait approbatrice et tenta tant

bien que mal de dissimuler son inquiétude. Devant l'ascenseur, elle

repéra

que Miraculos occupait le premier étage et essaya de mémoriser ce qu'il

y

avait aux autres niveaux. Une fois dans l'ascenseur, Arnaud appuya sur

le

bouton du huitième.

La CIBP : Compagnie Internationale des Boutons de Porte. Nom d'un chien

!

qu'est-ce qu'elle allait foutre là-haut ?

- Vous avez le costume ?

Anne-Françoise sursauta

- Quel costume ?

- Attendez... Ne me dites pas qu'on ne vous a pas briefée ! j'ai

demandé

une pro ! si vous n'êtes pas à la hauteur, j'aime autant...

- Non, non c'est bon, pas de problème, c'est simplement que... il

était

encore chez le teinturier !

Arnaud eut un air exaspéré :

- Pff... Tu parles de professionnels... Encore heureux que j'aie

tout

prévu : j'en ai un là-haut, ça doit être à peu près votre taille.

L'ascenseur s'arrêta et un brouhaha émaillé de bruits de vaisselle leur

parvint. Arnaud fonça dans le couloir, Anne-Françoise à sa poursuite

- Bien ! je fais court, vous avez l'habitude de ce genre de trucs.

c'est

une bandes de vétérinaires...

- De vétérinaires ?

- Oui, de vétérinaires. Ils fêtent les trente ans de je-ne-sais quel

type dans je-ne-sais quel laboratoire. Là, ils sont en train de boire un

coup. (Il regarda sa montre) Dans dix minutes, on apporte le gâteau,

vous

vous mettez dedans...

- Dedans ?

- Ouais, y'aura la place. vous attendez que ça ne bouge plus, vous

comptez jusqu'à dix et vous éjectez le couvercle en chantant "Happy

birthday" en anglais parce que ça fait mieux, OK ?

- En chantant ?

Arnaud s'arrêta au bout du couloir et la regarda :

- Dites, vous avez fini de répéter tout ce que je dis ? vous savez

chanter, au moins ?

- Oh oui ! j'adore ça, en plus !

S'il y avait une chose qu'Anne-Françoise était bien incapable de faire,

c'était chanter. La dernière fois, c'était dans une boîte de karaoké

avec

des copains de promo et c'était à deux doigts que le patron ne fasse

évacuer

la salle.

- Bon, ça baigne. Tenez, fit-il en désignant une petite pièce, j'ai

mis

le costume là-dedans ; vous pouvez vous changer et vous le laisserez au

même

endroit après la fiesta. Amusez-vous bien !

Et il disparut en trombre dans la cage d'escalier.

Anne-Françoise resta quelques secondes figée, attendant, sans trop

d'espoir,

que le réveil sonne. L'irruption du gâteau hors de l'ascenseur la ramena

à

davantage de lucidité. Elle entra dans le bureau et découvrit une

superbe

tenue de Bunny, oreilles et queue en pompon comprises. Décidément, elle

ne

s'était jamais autant déguisée que dans les cinq derniers jours. Elle

ferma

la porte et retira son tailleur. Evidemment, ce truc était un 36 à tout

casser ; le résultat fut déprimant au-delà de toute limite : non

seulement

les coutures menaçaient d'exploser à tout moment, mais de plus, ça lui

rentrait entre les fesses au moindre mouvement. A vrai dire, c'était au

choix : soit ça lui rentrait entre les fesses, soit elle se retrouvait

les

seins à l'air. Il fallait absolument qu'elle se sorte de là.

Elle regagna le couloir et alla vers le gâteau d'un pas prudent de

mousmé

constipée. Le serveur la contempla, se demandant s'il devait se marrer

ou

appeler du secours.

- Euh... ça va ?

- Ben ouais, ça va ! pourquoi ça irait pas ?

- Non, non, je ne sais pas, moi, je disais ça... Je vous aide à

monter

et je mets le couvercle. Vous n'aurez qu'à le pousser un bon coup pour

le

faire tomber.

Anne-Françoise ignora la main tendue et jeta un coup d'oeil dans la

salle.

Merde ! il y avait bien trois cents personnes là-dedans et ce serait

bien un

miracle si sur tout le tas il n'y en avait pas dix qui la connaissaient.

Et

il fallait bien avouer que les miracles se faisaient rares ces temps-ci.

- Bon, on y va ? parce qu'on a déjà un quart d'heure de retard...

La mort dans l'âme, Anne-Françoise entreprit l'escalade du gâteau. Elle

s'accroupit à l'intérieur, attendant avec résignation la pose du

couvercle

de son cercueil à la crème. La voix étouffée du serveur lui parvint :

- Restez comme vous êtes : je vous mets face au public.

Super. Elle allait avoir un succès fou, c'était certain.

Le chariot se mit en route. L'entrée du gâteau fut saluée d'une ovation

retentissante et la foule entonna un joyeux "bon anniversaire".

Anne-Françoise s'efforça de garder la mélodie en tête dans le fol espoir

de

la restituer dans un état correct.

Son véhicule s'immobilisa. L'estomac noué, elle compta jusqu'à dix,

respira

un grand coup et poussa énergiquement le couvercle.

Le passage de l'étonnement au saisissement est parfois difficile à

visualiser. En l'occurence, Anne-Françoise eut tout le loisir de le

détailler sur chacun des visages de l'assistance. Etonnement plutôt

jovial

lors de son apparition : sourires d'une oreille à l'autre, exclamations,

attente réjouie. Seul un type chauve à la cinquantaine bien sonnée

semblait

faire la gueule au premier rang. Puis elle se mit à chanter. Là, ce fut

un

peu comme si l'ensemble des convives se trouvait atteint d'une

intoxication

alimentaire sans avoir la possibilité de gagner les toilettes les plus

proches. Elle vit les sourires se figer, les épaules retomber, les

murmures

s'éteindre. Une jeune femme déversait lentement et involontairement le

contenu de sa coupe de champagne sur ses escarpins.

A la fin de sa prestation, le silence était intersidéral. Apparemment

monté

à l'envers, seul le chauve du premier rang arborait une mine extatique.

Et puis quelqu'un applaudit. Anne-Françoise reconnut Van Beak au fond de

la

salle : merde ! il était revenu celui-là ? l'esprit moutonnier fit son

oeuvre et les applaudissements se généralisèrent. Apparemment, personne

ne

l'avait reconnue mais il est vrai qu'avec la panoplie, il fallait être

particulièrement physionomiste ou mélomane. Elle baissa la truffe et

profita

du tumulte des applaudissements pour s'extirper du gâteau, non sans

patauger

allègrement dans la crème.

Le petit chauve l'attrapa au passage : des larmes s'écoulaient

régulièrement

sur ses joues rebondies. Il lui serra convulsivement les mains et lui

envoya

une haleine avinée au visage :

- Merci, mademoiselle ! merci ! grâce à vous, ce jour est le plus

beau

de ma vie !

Et il l'embrassa sur les deux joues.

Il se fout de ma gueule, ce gros con ? pensa impulsivement

Anne-Françoise en

se dégageant. Il fallait néanmoins avouer qu'un tel élan ne pouvait être

que

sincère.

- Ben, euh... Pas de quoi, c'est tout naturel, fit-elle avant de se

glisser discrètement vers la sortie. Les convives s'écartaient

prudemment

sur son passage, sans doute de peur qu'une éventuelle entrave ne la

conduise

à bisser son numéro.

Arrivée dans le couloir, elle prit la direction du bureau où se

trouvaient

ses vêtements et fonça droit dans Van Beak.

- Ah ! le petit lapin ! félicitations, ma chère, vous êtes bien

partie

pour l'Eurovision !

Anne-Françoise évita de son mieux le regard du PDG.

- Vous ne restez pas pour prendre un verre ? vous savez, nous ne

sommes

pas rancuniers...

Anne-Françoise ignora l'ironie. Elle venait de se rendre compte qu'elle

ne

pouvait aller se changer sans risquer d'être immédiatement reconnue.

- Non, non, c'est très gentil mais il faut que je file... Je suis

très

en retard !

Van Beak haussa les sourcils :

- En retard ? normal pour un lapin ! ha ! ha !

Abruti ! Anne-Françoise fila vers l'ascenseur, évitant de se retourner

pour

tomber sur le regard narquois de Van beak.

Elle appuya résolument sur le bouton du premier étage.

Merde ! qu'est-ce qu'il fichait là, ce con ? il avait dû raccompagner

l'autre greluche et revenir participer au cocktail... Pour peu que ce

soit

Miraculos qui régale...

Hors de question de se barrer dans cette tenue. Le mieux était encore de

profiter que Van Beak était à la fête pour visiter son bureau.

Les portes s'ouvrirent au premier étage et Anne-Françoise tendit

timidement

la tête au dehors. Apparemment, l'étage était désert. Logique, si tout

le

monde est au pays des boutons de porte.

En principe, le bureau du patron est toujours au bout du couloir.

Anne-françoise trottina de porte en porte, ne rencontrant à chaque fois

âme

qui vive. Comme prévu, le nom de Van Beak figurait en lettres d'or sur

la

dernière. Première bonne surprise de la soirée, elle était ouverte.

Anne-Françoise découvrit un décor high-tech : bureau profilé élaboré

probablement par un décorateur évadé de Star Trek, sièges assortis,

lampes

de la taille de réverbères nains. Au mur alternaient oeuvres d'artistes

méconnus et gagnant à le rester et divers diplômes et photos de groupes.

Evidemment, sur le bureau, la photo de l'autre roulure.

Anne-Françoise se précipita sur les tiroirs mais eut moins de chance

qu'avec

la porte : ils étaient tous verrouillés. Sur les deux armoires, l'une

était

également fermée et l'autre faisait office de penderie et ne contenait

qu'une impressionnante collection de costumes. Elle parcourut rapidement

les

quelques papiers laissés sur le bureau mais n'y trouva rien de

passionnant.

A part dans le petit agenda. En dehors des rendez-vous divers, pour la
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