Je reviendra ici, le cœur plein de nostalgie…





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GROMECK

L’AFFÛT

Un jour, quand je sera vieux,…

Je reviendra ici, le cœur plein de nostalgie…

Alors je dira…

C’était le bon temps…

D.Goossens “La vie d’Albert Einstein”

Travailleur = looser

Mardi 20 Janvier 1995.

18h15, dans la salle d’attente de la Dame.

Combien de temps que je n’ai plus tenu de journal, que je n’ai même plus écris… ? Cinq ans… ?

Depuis Ariane, en fait.
Je suis toujours avec elle, dans la nouvelle maison, avec les cinq chats : Pierrot, Ada, Toto, Zoé, la mère des trois premiers, et Raoule, sa sœur…

Et tout va assez mal, il faut bien le dire.

Pas en apparence mais au fond, plutôt tout dans le fond…

Je vais avoir l’âge du Christ et tout est dans le fond…
Cela ne fait pas un an que Fred est mort.
Je ne vois plus rien, j’avance à tâtons et mes projets se limitent à l’instant. La petite satisfaction de la chose accomplie, de la page remplie en attendant mieux, le courage d’être réellement ou d’en finir vraiment.


Mercredi 21/1/95.

Fred est mort.

J’allai le voir à l’hôpital.

Et j’ai décroché du boulot… La mort, la chute, la parano qui s’installe peu à peu, six mois d’arrêt, licenciement…
Depuis je ne sais plus. Je ne sais plus rien et j’ai peur de tout, de tous. Je ne sais plus ce que je suis, ce que je veux et la peur m’envahit un peu plus chaque jour.
Les gens me considèrent comme une merde; je suis une merde. C’est là tout ce que j’arrive à comprendre.
Je n’ai de bonheur que dans la lecture. Alors je lis. Je lis et m’oublie du vide qui me constitue.
Le sentiment d’avoir menti jusqu’à présent, de m’être menti sur une personnalité qui s’avère, une fois raclé ce mensonge, totalement inexistante.
Je ne sais pas si Ariane va me supporter encore longtemps…

J’ai peur qu’elle me quitte.

J’ai peur de tout le monde et me sens acculé dès que l’on pose les yeux sur moi.


Jeudi 22/1/95.

Abruti de boulot d’intérim.

Je me fatigue pour rien, pour faire plaisir aux cons.

Je passe ma vie à vouloir faire plaisir ; rarement à ceux que j’aime, le plus souvent aux connards qui ont la force, le pouvoir, l’argent et la suffisance pour eux.


Vendredi 27/1/95 (ces dates, c’est vraiment n’importe quoi…).

23 heures. Encore au boulot et j’y retourne dimanche.

Je sais bien que je me fais baiser, mais que faire ?

J’aime tellement rendre service. Je n’aime pas, non. Disons que c’est, en ce moment, mon unique raison d’être.

Alors les gens le sentent, forcément, et ils en profitent, les gens.

Enfin, il faudra bien que je m’en sorte un jour, que je vive pour moi, pour ce que je suis… Quand je saurai ce que je suis, si je suis…
Mal au crâne, trop mal au crâne…


Mardi 31/1/95.

Bossé tout le week-end, mais il semble que cette aliénation devrait s'atténuer dès demain où je ne ferai plus qu’un trois-quart-temps ; on peut toujours y croire…
Je ne sais pas si de tenir ce journal est une bonne idée finalement.

Un truc à faire en plus, mais sinon…
Une maison de repos. Voilà mon rêve actuel.
Soir.

Reste à savoir ce que je vais bien pouvoir faire de tout ce temps…

Dormir ? Lire ? Musique ?… Cette dernière solution serait, de loin, la plus profitable mais vais-je y parvenir ?
Je rêve de maison de repos et me propose de travailler…

Pourquoi ne pas se reposer alors ?

Je pense, décidément, que ce journal n’est pas une bonne idée.

D’ailleurs rien ne me semble une bonne idée.
Il faut que je tente, expérimente encore quelques trucs avant la touche finale.
Tâcher de mettre à profit mes matinées puis, si cela ne marche pas : maison de repos puis, si cela ne marche pas : on dégage.

On ne va pas y passer cent-sept ans non plus.


Jeudi 2 Février.

Deux jours que je ne travaille plus le matin et ça ne va pas mieux pour autant, loin de là.

Mon humeur est exécrable le matin.

C’est Ariane qui prend.

Qu’elle me quitte ! J’aurai enfin une vraie raison d’être malheureux.
Je voudrais dormir et qu’on me laisse tranquille.

Que Je me laisse tranquille car c’est surtout moi qui donne les ordres auxquels je désobéis. Victime récalcitrante et bourreau aigri tout à la fois.

Se plaindre, c’est là tout ce que je sais désormais faire.
Il faut que j’arrête, que j’arrête tout. Je suis en train de tout détruire autour de moi.


Lundi 6/2/95.

J’aimerais me rappeler du rêve de cette nuit, me rappeler au moins une fois de quelque chose…

Il y avait cette femme vieille et laide, son mari mort ou disparu, sa fille…

J’étais dans une chambre d’hôtel avec Ariane, la nuit.

Je n’arrivais pas à dormir dans mon rêve non plus.

Et cet homme saoul (le mari de la vieille ?) qui entrait pour vomir dans le lavabo de notre chambre.

C’est tout ce dont je me souviens. A part la fin, la dernière phrase que je prononce en prenant l’immonde femme vieille et laide dans mes bras. Elle pleure la perte de sa fille et/ou de son mari. Ariane la regarde avec une sorte de dégoût effrayé et je dis à la femme que ce n’est pas grave et que nous allons former une vraie famille maintenant ; ce qui ravi la vieille et horrifie Ariane.

Mais au fond, je ne dis ça que par pure méchanceté…
Hier soir, après avoir passé mon dimanche au boulot, j’ai cru que c’était fini… Enfin non, mais j’ai eu l’impression que, pour la première fois depuis des mois, ma tête se dégageait de tout ce qui la ronge, comme d’un rhume. Je me suis senti propre et simple et clair comme je ne sais quoi. Cela n’a pas duré longtemps, disons une heure avant que je m’endorme et que le cauchemar revienne, que ce matin tout recommence…
La tête dans l'étau à devoir, devoir, toujours devoir avancer, plaire, bosser, et me plaindre, me plaindre pour que l’on m’aide.
Pourquoi cette recherche de temps ? L’homme passe son temps à chercher le moyen de gagner du temps…
Il me semble qu’il y a du linge qui attend depuis un bon moment dans la machine à laver.
Je préfère encore m’arrêter de fumer que d’arrêter de te voir, me dit-elle.
Arriver chaque soir prêt à dire bonsoir, bonsoir et au revoir…
Briller par son absence, cacher sa défaillance.
Réveille-toi! Réveille-toi!

Tu passes ton temps à dormir, tu passes ton temps à gémir!
Il est vrai que de faire l’expérience de sortir de chez soi et de ne voir personne a quelque chose de très exaltant…

D’où l'intérêt de vivre dans un trou.

Aller à la ville une ou deux fois par mois (ciné, musée, courses, la totale) et retourner dans son trou.
La culture ne coûte pas chère.
Les vacances, je connais. J’y suis déjà allé deux fois.
« L’opulence de l’harmonie ne procure que des ravages », Boulez.
Je peux, à la rigueur, envisager quoi en faire (à court terme) mais je ne vois toujours pas à quoi sert la vie…
J’agirais de la même façon vis à vis de la sexualité que de l’adultère : je ne trompe ni ne baise que pour l’unique raison que le jeu n’en vaut pas la chandelle.
Vouloir ce qu’on est, avant d’être ce qu’on veut.
A faire là-bas (où… ?) :

Lire les œuvres fondatrices de toutes les religions.

Supprimer les mots qui ne veulent rien dire de clair du dictionnaire de l’ordinateur (comme “bêtise”, “intelligence”, “égalité”, etc).

Lire en même-temps des sujets très variés afin de mieux remplacer la télé.

Découvrir la région (trouver des coins secrets).

Tenir un journal par rubriques : Moral, Santé mentale, Santé physique, Musique, Relations, Contact avec l’extérieur, Ecriture, Le souvenir du jour, Réalisations manuelles, Argent, Théories/réflexions et Désir-désir.

Planter des bambous.

Composer pour Dieu (si ça a marché pour Bach…).

Prendre mon temps. C’est ce qui sera le plus difficile.
Il y a peu de gens, finalement, à qui j’ai envie d’écrire…
Une soirée. Les marches d’un perron. Des plates bandes, fleurs en pots, barrière en fer forgé donnant sur une avenue bordée d’hôtels particuliers, peut-être une table de jardin…

C’est le soir, la fin d’après midi.

Je ne pense pas que l’on soit à Paris.

J’avais plus de 10 ans et ils avaient parlé du “Vieux fusil” en marchant, dehors.

Il y avait ma mère, sûrement, mon père et puis ?… Ma marraine, ma grand-mère ?…

Le sentiment d’une mort autour de tout ça.

La maison était belle mais vieille. Il y avait à côté un immense chantier de bâtiments modernes.

Un pont, peut-être…

Des jeunes filles aussi, mais lointaines. Ou c’est moi qui suis trop jeune.

Ambiance triste, un peu malsaine.

Aucun souvenir d’avoir pénétré dans la maison.

Des gens sur le perron, une promenade dans la rue, discutions autour du “Vieux fusil”…

D’autre enfants, adolescents, mais pas de contacts.

Pourtant, là, en écrivant, j’ai comme un flash, l’image de moi face à un autre, une autre, près d’un bosquet sombre, à gauche du perron. Rien d’autre, mais était-ce là ?…


Le 4 mai 1996.

Rêve : ça commence dans une vieille maison, du côté du marais, derrière la Mairie de Paris, en allant vers la Seine.

Des trous dans le plancher par lesquels j’aperçois des joueurs de cartes.

L’acteur Bernard Giraudeau habite là. Je finis de m’habiller (j’ai pris une douche ?) sur une marche de pierre devant une vieille porte de cave, en bois, qui en cache une autre, celle de son appartement. J’y suis entré par effraction je crois.

Je veux me sauver car j’entend du bruit et quelqu'un entre sans trop faire attention à moi, me prenant pour un ami d’ami.

Peu à peu la pièce s’emplit d’une dizaine de personnes pauvres avec lesquels je vais rester dîner (spaghetti).

J’habite encore chez mes parents qu’il faut que je prévienne de mon absence qui risque de se prolonger.

Il y a une sorte de piano et des partition de tango. Ariane est là, aussi, vers la fin, et vient jouer avec moi.

Je ne me souviens plus de l’ordre des évènements.

Il y avait du monde : couples, vieux, jeunes, et on nous a distribué des coussins de la taille de serviettes de toilette pliées en quatre.


18 juin 1996.

Ariane est partie hier pour l’Espagne.
Il semblerait que j’hésite moins à agir pour moi seul que lorsque l’on est deux.

C’est vrai pour ce qui est de descendre ou monter les escaliers qui mènent à la chambre mais

C’est faux pour ce qui est de faire à bouffer. 

Mais quand même, il semblerait…


20 juin 1996.

Cafard, bien sûr, ça commence. Qu’est-ce que ça va donner si ça commence comme ça ?
Pas d’envie, pas même celle de me tripoter ou de fumer.

Peur de sortir comme de rester.

Si, envie de pleurer. Mais ça n’a qu’un temps.
Le vide. La flagrance du mon inutilité.
Vivre pour moi, dit la Dame.

Je me suis rasé, hier, la barbe. J’ai dû le faire pour moi vu qu’il n’y a personne d’autre.
La musique ? Pourquoi ne suffis-je pas à me motiver ?
Invité chez John ce soir. J’appelle que je n’irai pas.

Juste envie de pleurer.
20 heures. C’est le fait que Igor ait annulé sa visite de ce matin qui a tout foutu en l’air.

J’ai bien tenté de faire un peu de musique quand même mais ce fût lamentable.

Alors je me suis lamenté à chaudes larmes et ai dormi le reste de la journée.
Incapable de me prendre en charge, de savoir quoi faire de moi… Pour qui agir ?…

POUR QUI AGIR ?
J’ai envie de vomir… mais ce n’est pas un métier me dirait mon père.
Cette fragilité vient du fait que s’il n’y a plus personne pour me soutenir, il n’y a plus personne pour me soutenir.
John me laisse un message (suite à mon annulation sur son répondeur) très sympathique et qui me remonte un peu.

Ne serait-ce qu’une voix…


21 juin 1996.

Après “Conte d’été” (bouleversant, mais je suis assez bouleversable en ce moment), j’erre.

Ça faisait longtemps.

J’erre comme il y a 10 ans, comme il y a 15 ans. La même chose, en pire.

Je connais cette situation par cœur et ces errances où je m’abîmais déjà à 18 ans.

La même chose en pire.

Avec ce manque d’espoir qui me ronge comme un ver solitaire. Avec ces rires qui m’informent que je ne fais pas partie de ce monde, que je ne fais partie d’aucun monde. Le leur m’est interdit, le mien n’existe pas.

Seul le poids de mon inexistence me rappelle ma présence.

Les gens me font mal. Leur beauté, leur bonheur, et leur vie sans moi.
Je n’existe pas.
Difficile d’errer seul en fin de Journée de la Musique… de Fête, pardon.

Un certaine fierté, bien sûr - paradoxalement, accessoirement - de cet isolement, de cette différence.

Mais c’est léger quand même, comparé à la douleur.
Comment en suis-je arrivé là ?
Comme tant d’autres, je pense que 20 ans est l’âge le pire qui soit. D’autant que, par la suite, les choses ne peuvent que s’aggraver….


22 juin 1996.

Ce doit être, finalement, normal de vivre pour les autres sinon pourquoi serait-on tant ? Juste une petite question de dosage.

Le refus total des autres, pour un musicien, aboutit au suicide. Mais la négation de soi au profit des autres entraîne à l’auto-sacrifice.

La voie semble étroite.
Le tout-ou-rien est difficilement viable, mais comment en sortir ?
Ce n’est pas parce que mes premiers mots furent « Moi tout seul » qu’ils sont paroles d’évangile, mais cela reste peut-être une indication, juste une indication, un écueil à éviter sans trop s’en éloigner.
Hier soir, en compagnie d’Antoine, j’ai retrouvé la lettre, la seule vraie lettre que mon père m’ait jamais écrite, tapée à la machine (une faute d’orthographe).

Ce n’est pas la lettre d’un père, plutôt celle d’un beau-père, d’un tuteur. Froide, dure, maladroite - tellement d’adjectifs me viennent que l’on se contentera de “maladroite”.

C’est une lettre de reproches avec du remplissage au bout. Une lettre qui, entre les lignes, déclare que je les emmerde (la « baisse de régime - on sent la patte du journaliste sportif - de [ma] mère à cause de son fils »), que mon existence même - qu’importe où je sois - les emmerde.
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