Je reviendra ici, le cœur plein de nostalgie…





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Cela commence par un « Tu te décides enfin à nous écrire », puis, un peu plus loin, « Tu nous dis qu’il n’y aura pas de car pour te ramener de la pension, je ne sais comment faire, ta mère et moi-même travaillons, nous, et… etc »…

J’avais 15 ans.
Réflexion faite, ce n’est pas une si mauvaise idée qu’Ariane se soit mise au parfum…
23h45, Elle a laissé un message et rappellera demain.
On ne peut pas plaire à tout le monde.

Cela fait je ne sais combien de fois que la Dame tente de m’enfoncer ça dans le crâne… 

J’avoue que j’ai encore un peu de mal à percuter.


23 juin 1996.

Frustré de larmes depuis deux ans à cause du Prozac ; je me rattrape assez bien en ce moment.

Curieux la façon dont j’entretiens tristesse, larmes, musiques et pensées… Un sentiment que mon corps connaît, terrain bien balisé. Et puis je n’ai rien d’autre à me foutre sous la dent de toute façon.
Les larmes me ramènent à mes chagrins d’amour. C’est beau, c’est grand, c’est pur, de l’amour 100% pur jus.
« J’aurai tant voulu être aimé qu’il me semble que j’aime… »

Le feu follet de Louis Malle.
En fait, je suis totalement assisté et, quand mes parents s’absentent, c’est la panique.


24 juin 1996.

Aujourd’hui, Monsieur Jo m’a donné - pardon, payé (quel putain de mot!) 200 francs pour avoir ajouté sa voix aux karaokés que je lui avais enregistrés. 200 francs! Si j’avais pu deviner…! ?
Ai-je dis qu’Ariane m’avait téléphoné ? Sûrement.

De toute façon je ne me rappelle plus de ce qu’elle m’a raconté. Elle semblait aller bien dans l’ensemble et m’aurait envoyé une lettre.

Toujours pas de lettre.
Ce que j’aime, au fond, ce sont les belles histoires.
Je ne sais pas si, dans ma conception de l’amour, le mensonge est possible ou non.
Penser à avoir une conception de l’amour.


25 juin 1996.

Mauvaise nouvelle : la maison que je devais occuper à Fontenay, c’est plus possible. C’est, en gros, le message qu’a laissé ma mère.

Curieusement - je ne sais pas si c’est à cause du ton désespéré de sa voix ou alors je ne sais pas - mais ça ma mit plutôt de bonne humeur…

C’est bien. Il se passe quelque chose. J’aime bien les histoires, l’inattendu.

C’est quand même un sacré coup de chance, de l’inattendu, avec l’existence que je mène !…
Je commence à me réhabituer à la solitude ; ça va assez vite finalement.

Finalement”, “enfin” ; ce sont des mots que j’écris tout le temps, ça.


26 juin 1996.

Matin. Juste le temps de me laisser percuter. C’est maintenant que j’ai les boules de Fontenay ; je devrais pourtant être rompu à ma vivacité d’esprit.
Je crois avoir oublié de mentionner la mort de Papaendréou, le premier ministre Grec que nous avions vu si chaleureusement accueillit sur Amorgos.
13 heures. Ma mère a « pleuré toute la soirée » à cause de Fontenay.

Je ne sais pas… Peut-être avais-je senti le piège… Ça m’a encore remonté le moral.
Grands moments d’angoisses avant de remettre la main sur le collier anti-puces que Torchon avait perdu en jouant avec Toto…

Quelle vie pleines de dangers, d’aventures… !
Il faut que j’arrive à me mettre dans la peau de quelqu'un en vacances dans sa maison de campagne.

Bon, voilà déjà un but…


27 juin 1996.

Décidément, plus je vois comment ma mère prend la chose, plus je me dis que l’annulation de cette location est une excellente nouvelle.

Igor, qui pense toujours que j’ai bien de la chance, qui trouvait que j’avais bien de la chance d’avoir dégoté cette baraque, va-t-il aussi trouver que j’ai bien de la chance d’y échapper ?
14 heures. Igor ne vient pas. Ses boulets sont malades.

Le vide, comme jeudi dernier.
Pour qui vivre, tenir, agir ?!
Les larmes vont sûrement revenir si je ne trouve pas à m’occuper en attendant la mort.


28 juin 1996.

J’ai toujours adoré me faire border, me mettre au lit dans des draps frais et me faire border.
La seule chose qui, vraiment, m’emmerde dans cette histoire d’appartement, c’est que je vais devoir en chercher un autre.

Me fatiguer pour moi, uniquement pour moi, tu parles d’une émulation…!
« Serviteur des besoins de sa vie et maître de ses désirs »

Une jeune fille nue, Nikos Athanassiadis.
A Ariane : ton souvenir estompe le vide et ton absence, ton absence…

Il suffirait de couler un peu de plâtre dans ma vie pour qu’apparaisse la seule empreinte de ton corps.


Samedi 29 juin 1996.

Port-Grimaud, Donia… Je devrais pourtant avoir des choses à écrire là-dessus…
« La jalousie est quelque chose de très logique. C’est pourquoi on peut l’éviter. Tandis que l’amour est complètement irraisonné. La preuve est que personne n’y échappe »

Une jeune fille nue, Nikos Athanassiadis.


Dimanche 30 juin 1996.

Je pleure, je pleure et n’ai pas le courage d’en finir…

Je traîne mon corps comme une honte depuis bientôt 35 ans.

L’existence a tout de même quelque chose d’assez formidable, tout de même…!


Mardi 2 juillet 1996.

La vie m’emmerde. Elle est chiante, triste et conne.
La maladie me manque (la maladie protège).


mercredi 3/7/96.

Instaurer le désordre et s’arranger pour qu’il dure.
Ce qu’il faudrait, c’est arriver à y croire un minimum.

Ce qu’il faudrait, pour y croire un minimum, c’est arriver à me sentir bien dans ma peau.

Bon.

Mes atouts : on ne peut pas dire laid, ni trop con (mais si, mais si…), désintéressé, quel talent! un goût certain pour l’aventure (intérieure).

Mes défauts : timoré, coincé, égoïste, paranoïaque, un peu attardé, gros nez, des poils partout…

Revenons aux qualités.

Cherchons les qualités cachées.

J’aimais assez le contact quand j’allais bien… Mais est-ce une qualité ?…


Jeudi 4/7/96.

Heureusement que j’ai deux années de Dame derrière moi sinon le départ d’Ariane m’aurait fait retomber immédiatement dans une totale léthargie.

Là, elle n’est pas totale.


Vendredi 5/7/96.

Je devais voir Sylvain, ce matin, avant la Dame, pour lui laisser les accords d’une chanson. Complètement oublié.
Soir.

Finalement, le job qu’Ariane devait faire en Espagne ne marche pas. Le job marche, c’est elle qui ne veut plus marcher dans la combine.

Elle dit : « On peut rester là. Ce sera plus simple. Tu avais pensé donner des cours… »

J’avais pensé ça, moi ?

Tout cela ne laisse rien présager de bon.

Besoin d’aventure, pas de retourner à la case départ.
De un : je ne veux plus travailler, même des cours.

De deux : le programme dans lequel je voudrais m’engager seul, je le vois comme une médication, rédemption, résurrection, un nettoyage de tête, une envie de radicaliser un peu les choses histoire d’y voir plus clair…


Samedi 6/7/96.

En fait, l’idée d’Ariane serait que tout reste parfaitement identique mais en pire, en ramant toujours, mais définitivement scotchés au fond…
J’ai envie d’avoir envie de te voir.


Dimanche 7 Juillet 96.

Ce qui me mets dans la merde, c’est ce bon prétexte pour ne plus agir.

Ariane remets en cause ma résolution de tout quitter ; la première vraie résolution que j’arrive à prendre depuis deux ans.

Que faire ?

Lundi 8/7/96.

La vie commence à 13h30, dit Judy Garland dans “Premiers pas à Brodway”.

Il est à peine midi.
J’en arrive à envier tout le monde. Les gens ont l’air de dialoguer, ne serait-ce que dialoguer, si librement…

Les groupes, les couples, les amis, les repas, les vacances, insouciances…

Pourquoi n’ai-je plus accès à tout ça ?
Et la Dame absente pour trois semaines…
Ariane a appelé. Elle va rentrer, je pense.


Mercredi 10/7/96.

Disons, mon amour, que nous avons choisi une voie difficile…


Jeudi 11 juillet 1996.

Je ne maîtrise absolument pas la situation.


Mercredi 17 juillet.

Ariane ne semble pas maîtriser grand chose non plus.

Depuis son retour, elle a pleuré et dormi (ça me rappelle quelqu’un…) tandis que j’essayais de lui parler, de me justifier.

Je n’ai aucune raison de me justifier. C’est MA vie qui est en jeu.

Est-ce qu’Ariane tient compte de moi dans ses projets ?

N’a-t-elle pas admis que ce qui la désespérait le plus était l’idée de n’avoir plus son petit monde, c’est à dire les chats et moi, autour d’elle, sa petite cour ?

Elle commençait déjà à se consoler en décidant de garder un des chat (Raoule)… Et je devrais tenir compte d’autre chose que de moi ?…
J’aurais voulu lui faire l’amour ce matin, je crois. Mais son corps était trop loin de tout ça. Ni pour, ni contre. Un bout de chair morte, absente, ailleurs.
Elle ne m’aime plus mais ne supporte pas l’idée d’être abandonnée.
Mercredi 24 juillet 1996.

Peut être vaut-il mieux laisser les choses s’écrouler d’elles-mêmes…
Quel triste été sans amour.
Est-ce possible, ça, que je me sente encore plus seul depuis qu’elle est revenue ?!


3/8/96.

Curieux rêve, assez traumatisant en fait, où je passe du corps de l’homme gorgé de violent désir à celui de la femme affolée, tétanisée par le viol qui s’annonce et employant toute sa (faible) force à tenter de le repousser…


11/8/96.

Même si j’ai le sentiment que l’amour n’est qu’une belle outre vide ; ça va être dur, très dur de vivre sans elle…


21/8/96.

Je déjeune avec mon père. Il me parle boulot, me demande si j’en ai trouvé. Je lui répond que non, que ça me rend un peu malade.

D’être au chômage ?

De travailler…


29/8/96.

Interdire d’aimer les enfants est comme interdire d’aimer les hommes ou les femmes. Les obsessions combinées de l’omniprésence des objets du désir et du poids de la loi, ne peuvent qu’entraîner des débordements…

Ces débordements seraient-ils moins fréquents, moins excessifs, si l’un de ces deux éléments (omniprésence, loi) était supprimé ?

Forcément pour le premier. Forcément tout court.

Même si l’on prétend que le poids de la loi retient les impulsions, il est évident que certains sont incapable de contrôler quoique ce soit… Donc, cela ne change rien.

Le plus simple serait de parquer les boulets.
Et maintenant, un peu de nouvelles de moi :

Je me sens paralysé à l’idée de devoir louer notre appartement (rien que de l’écrire…) maintenant que j’ai trouvé où aller.

J’entrevois plusieurs causes à cette paralysie. Il y en a peut-être d’autres.

D’abord, devoir demander de l’argent à d’éventuels locataires, ou risquer d’en perdre en allant dans une agence, bref : l’argent.

Ici, ensuite, et tout ce que cela sous-entend (je ne sais pas pourquoi je pense à Marie-Claire tout à coup, à notre séparation, mon départ…) d’agréable : pièce de musique, calme, cour, Paris.

Et puis Ariane (rien que de l’écrire…)…
Que penser d’Ariane ?

Je la connais très mal, en fait. Et si je l’aime, je crois que c’en est la raison principale.

C’est ce qui m’attire aussi chez moi.

Je n’arrive absolument pas à cerner ce qu’il se passe entre nous. Hors référence, hors tout ce que j’ai pu connaître (ce qui reste, c’est vrai, assez limité…).

Nous ne faisons plus l’amour depuis… je ne veux même plus le savoir.

C’est peut-être ça qui installe cette sorte de méfiance que j’ai.

Elle semble ne pas trop vouloir approfondir.

En fait, ni l’un ni l’autre ne savons.

Cette sorte de vide, d’inconnu devant nous, chacun de nous…
J’ai peur de l’avenir. En général et, je crois, depuis toujours.

J’ai peur, très peur de l’avenir.
Hier j’ai eu trop peur (manifestation, C.R.S., jets de pierres, feu) ; aujourd’hui je ne sors pas.


2/9/96.

Je n’aime pas ce regard critique que les éventuels locataires posent sur ma maison. C’est ma vie qu’ils jugent.

Aurais-je honte de ma vie ?

Oui.
Je deviens de plus en plus parano et je ne suis pas certain d’aimer vraiment ça.

L’amitié, la confiance me manquent tout autant que de pouvoir échapper à la présomption du monde.


6/9/96.

Mes peurs, peu à peu, deviennent convictions.
Je passe mes nuits de veille à écouter tes rêves.


8/9/96.

Trois jours que je reprends du Prozac. Cela rend le présent un peu moins fastidieux, mais ne change rien à mon inertie.


9/9/96.

Nuit. Je viens d’avoir un long et pénible cauchemar de notre séparation. Ariane me jetait avec amitié (« On sera les meilleurs copains du monde, m’a-t-elle dit, au restaurant grec, avant-hier soir ») mais fermeté.
Elle dort, parle, rêve à côté de moi.

Parfois elle relève la tête pour cracher comme un chat en colère.
Je n’ai jamais cessé de l’aimer, bien au contraire, je crois.


13/9/96.

L’entreprise, la société ne sont pas mon père (je reviens de chez la Dame).

Deux choses (entre autres, je présume) s’affronteraient : la révolte (6 ans en 68) et les règles (fessées).

Mais les règles sont floues, ont déjà honte d’elles même chez mes parents, et personne n’y sait rien, tout le monde est paumé dans cette foutue baraque…

Pour leur plaire il faut que je sois artiste dans les règles ou mieux : artiste du dimanche et dans les règles le reste du temps.
Je me sens à la fois obéissant honteux et réfractaire refoulé, mouton hypocrite et peureux terroriste.
Je voudrais être artiste, et le dimanche le reste du temps…
Il n’y a plus d’espoir que pour les fachos.
Je ne m’expose pas, n’expose pas ma musique, et évite ainsi les attaques. Je camoufle le tout avec de la honte.

Cette honte découle de la confrontation entre ce que je crois, inconsciemment, être (un génie) et la décevante réalité.

De descendre de ce piédestal inconscient devrait donc me permettre de remonter dans ma consciente estime.

La trace d’un sentier

Lundi 14 octobre 1996.

Première nuit à St-Trou-sur-Aveyron.

Il est 20h26 et je suis au lit.
Igor m’a aidé à trimballer le reste de mes affaires, sauf les chats que je devais ramener jeudi prochain mais une grève générale doit avoir lieu ce jour-là alors je ne sais pas. Peut-être vendredi.
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