Je reviendra ici, le cœur plein de nostalgie…





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Combien de temps vais-je tenir à 300 kilomètres d’Ariane ?
Premier soir difficile, forcément. Seul en pleine campagne, du côté de Montargis (je ne sais pas pourquoi ce nom me fait penser à quelqu’un qui vomit, surtout “targis”…), à la frontière de l’Yonne pour le plus grand plaisir de mon père qui déjà me réclame un lit afin de pouvoir passer des soirées près de moi…
Qu’est-ce que ça va donner tout ça ?
J’ai pris un Xanax.

Je ne voyais pas trop quoi faire d’autre de cette soirée.

Rien à boire ou à fumer, personne à qui parler.
J’ai mon Biccobello en peluche qui pue la poussière à côté de moi.

Des années que nous n’avions dormis ensemble, mon amour.

Une drôle d’odeur ici, de vieux, des vieux d’avant sans doute, et puis le froid, la peur du chauffage, de dépenser trop.
Mon père m’a donné mille francs en liquide. J’aurai préféré qu’il recouvre mon découvert de six mille mais bon, il ne peut pas deviner.
Suis-je plus protégé ?

De quoi ?

Suis-je assez loin ?

De quoi  ?

La distance, l’isolement changent-t-ils quelque chose ?

A quoi ?


Mardi 15/10/96.

Pour l’instant la situation est supportable, pénible mais supportable.

Mais pénible.

Avec cette sensation de n’exister plus pour personne.
21h40 ; je me couche nettement plus tard qu’hier.
La journée a filé assez vite finalement : levé 9 heures (une bonne nuit de douze heures), douche (le pommeau arrose en parapluie, rien au milieu. J’en ai foutu partout) et petit déjeuner. J’avais même du pain que mon père m’avait laissé.

Montargis ensuite, pour le téléphone (demain matin) et le train (les derniers départs de Paris sont à 22h30, comme les poules).

Et puis je suis allé jusqu’à Chatillon-Coligny, le premier bled, à 7 km de chez moi, aux alentours de midi pour y faire quelques emplettes au supermarché (un Intermarché, je déteste. Je ne sais pourquoi. Je les trouve encore plus sordides que les autres. Et il n’y a que ça ici.) qui fermait à 12h15.

Va falloir s’habituer aux horaires de la ferme.
Pendant que j’y pense : un type est passé devant la maison en criant à son chien « Attaques le minou ! ». Ça promet…

Mais peut-être ai-je mal compris car, par la suite, je l’ai cru entendre appeler Milou. Peut-être a-t-il dit alors « Attaques le, Milou ! »

Mais attaques quoi ? Cela ne peut être qu’un chat sauf qu’il n’a pas dit « Attaques le minou, Milou ! » sinon j’aurais compris « Attaques le minou-minou » sans saisir le nom du chien, Milou, s’il s’appelle bien Milou, ce dont je ne suis pas du tout certain car, pour en être certain, il aurait fallu que le type dise « Attaques le minou-minou, Milou ! », et même comme ça…
C’est joli Chatillon-machin (je vais dire C.C., ça ira plus vite). Il y a sûrement une bibliothèque là-bas.
Le vélo me manque. De fumer aussi. Passé le reste de la journée à installer mes machines (crachotements, parasites, faux contacts, ça déconne complètement).
Aperçu la fille de la voisine. Mère de famille, la trentaine, en survet, tout pour plaire…
Les gens me regardent passer ; mon 75 les intrique.


Mercredi 16/10/96.

Pas sorti de la journée.

Continué à installer les instruments de musique, à tenter de réparer en vain la table de mixage, et à ranger mes vêtements.
Le téléphone fonctionne, Igor m’a appelé. Il semble avoir de moins en moins envie de venir jouer ici le dimanche. Normal et compréhensible. Il me parle de notre concert du 25…
Ma mère, un peu plus tard, qui « a l’impression d’être une pute » parce que mon père et moi ne foutons plus rien alors qu’elle continue de travailler. La jalousie l’aigrit.
Je suis assez content d’être loin de tout ça.
Les affaires d’Ariane s’arrangent doucement, le petit studio (10m2) du fond de la cour - de l’entrée, en fait ; c’est nous qui étions au fond - va se libérer.

C’est bizarre, c’était ma maison, c’est moi qui suis parti et c’est elle qui reste.
D’être ici accable mon existence d’encore plus de questions… 

Ai-je eu raison ?

Que faire maintenant, et pour combien de temps ?

Il me reste à accorder le piano. Mais après ?
21h27. Je vais dormir, ça ira pour aujourd’hui.


Jeudi 17/10/96

Le souvenir de ce matin (8h30) c’est cet autre réveil dans un hôtel bavarois, ciel couvert, gris, brumeux, pluvieux avec au loin un des châteaux de Louis II comme un mirage à ma fenêtre.

C’était il y a 15 ans, les dernières vacances avec mes parents.

Sale ambiance, beaux paysages.
22 heures (on va y arriver…).

Mon père est venu m’inviter à déjeuner dans l’unique restaurant du bled (triste pavillon parmi d’autres…).

Petite promenade ensuite à travers le village qui, je dois l’avouer, m’a surprit par son charme.
Après avoir accordé le piano, je suis ressorti pour une longue balade le long d’un ruisseau à travers champs et là, avec les couleurs, les odeurs, les ondes, tout, ce fût simplement superbe.
J’ai cherché des champignons dans les champs de vaches, autour des bouses. J’en ai trouvé, les ai mangé mais cela ne m’a rien fait. C’est dommage car il en avait beaucoup.

Demain j’irais dans les bois pour y chercher des amanites.
La Dame au téléphone. Au son de sa voix, je pense qu’elle trouvait que j’allais bien.

Monsieur Jo à appelé aussi et il m’a dit qu’au son de ma voix j’avais l’air d’aller bien.

Le fait est que j’ai l’air d’aller assez bien, si je me fie au son de ma voix…
C’est décidé : samedi j’arrête le Prozac.

C’est peut-être à cause de ça d’ailleurs, du Prozac, que les champignons n’ont pas marchés, comme pour l’ecstasy, mais je ne crois pas. Ce ne devait pas être les bons, tout simplement.

Estimons-nous heureux de ne pas être malade.
Le village est désert. Il n’y a personne. Ni vieux, ni jeunes, ni tièdes, rien. Juste des tracteurs qui ramassent du maïs.

Il ne doit même pas y avoir d’école ici.

Demain, j’irai traîner un peu à C.C. pour voir.


Vendredi 18/10/96.

Une attitude assez typique de mes parents consiste, lorsqu’ils vont m’acheter quelque chose (une plaque de gaz, une télé…) à le garder pour eux parce que c’est mieux que ce qu’ils ont déjà, et à ma refiler leurs vieilles merdes toutes pourries.

En tout cas moins biens, forcément.

Question de castes, sans doute…
C’est bien d’être seul, au fond, très agréable.
20h15, au lit (et hop!).

Il y avait une énorme araignée sous les draps. J’ai bien faillis l’écraser pour la punir de la frayeur qu’elle m’avait causé. Je l’ai mise dehors, finalement. Je suis trop bon.
Courses ce matin. C’est fou comme c’est plus cher qu’à Paris.

C.C. ensuite où il y avait marché. Que des vieux, partout, personne au dessous de 60 ans ; cette région n’est qu’un vaste camp de retraités…
Dans les bois cet après-midi, à la recherches d’introuvables champignons.

J’ai par contre aperçu un chevreuil ou quelque chose comme ça, avec une petite boule blanche à la place de la queue, et deux lapins, à moins que ce ne soit des lièvres, qui jouaient à chat dans un champ de maïs fraîchement coupé.

Des chiens aussi, des chiens qui aboient ; à chaque maison un chien qui aboie suivit d’un rideau de cuisine qui s’écarte sur le regard d’une vieille suspicieuse, d’une vieille suspisseuse…
Un peu de piano, très peu.

Comment dire ça ?… Le plaisir que je pourrais prendre est miné, sapé, sabordé par la peur de l’ennui. La peur me fait agir et gâche mon plaisir. Je regarde l’heure avec angoisse.

Seulement ? Que faire ? Lire ? Me laver  ? Jouer ?

Une fois dehors, j’ai peur de rentrer.

Ce n’est pas tant d’être seul - je suis bien, seul - mais il faut que j’apprenne à prendre mon temps.
Demain Ariane, Paris…

Bornes utiles encore…


Lundi 21/10/96.

Fatigué. Week-end à Paris.

Ecrire à J.R..

Parler des feuilles mort-vivantes.

Les chats sont arrivés.
Ariane à pleuré, ce matin, mais cela ne m’en apprend pas tellement plus sur ce qu’elle peut penser, au fond, de tout ça…
Comment pourrais-je perdre quelqu'un qui m’a toujours échappé ?…


Mardi 22/10/96.

Il faut que j’écrive à J.R.
Beaucoup de mal à faire quoi que ce soit dans cette maison. Dehors, je ne fais pas grand chose non plus mais je m’en rends moins compte vu que je marche dans la boue, les ronces, les bouses, les barbelés (il y en a partout) et que donc, ça m’occupe.

J’ai fait pipi dans l’eau et caca dans l’herbe.
Je suis content que les chats soient là ; j’ai moins l’impression de parler seul.
Je reprends du Prozac (no comment) et n’ai envie de faire de musique que lorsque j’ai fumé.


Mercredi 23/10/96.

Igor, hier soir, qui me raccroche au nez parce que je lui balance ses trois boulets dont il se sert comme prétexte à repousser la musique dans ses derniers retranchements. J’appelle Ariane pour qu’elle règle ce problème.
Belle balade encore. Une petite vallée dans les bois (trou de bombe   ?), gruyèrée de terriers bourrés de lapins, et puis des chevaux et de grands oiseaux blancs (cigognes   ?).
Il faut que j’écrive à J.R. (on va bien finir par y arriver).
je me remets doucement à la musique.


Jeudi 24/10/96.

J’ai annulé le concert de demain.
Penser à raconter l’auto-stoppeur, le fond de l’engueulade avec Igor, la Dame, ma mère et Maria Pacome, écrire à J.R. et nettoyer mes chaussures pleines de boue.


Vendredi 25/10/96.

Je crois que je vais passer la journée au lit. Il ne fait pas beau. Tout est calme, gris; la mort ressemble peut-être à ça.
J’ai oublié de remercier Ariane de m’avoir acheté du tabac (on ne trouve rien ici) et, en partant hier soir de Paris, j’ai eu une petite phrase pas très drôle, genre «tiens allumes la lumière, tu auras fait au moins une chose d’utile dans ta vie…».

Je suis assez mufle en ce moment.

La solitude peut-être, l’isolement, qui rend ainsi, comme pour mon père.

Il faut que je fasse attention.

L’ennui est que je ne réalise qu’après, et parfois bien après.

Quand je m’en rends compte.

Pour Igor, par exemple, je sais, pense savoir maintenant, que 95% des causes de cet incident me sont imputables.

Paranoïa classique : Igor me laisse entendre que venir le dimanche, seul jour où il peut voir ses boulets, ne l’emballe pas et qu’il préférerait le lundi. Pour moi, cela ne change pas grand chose mais Ariane, qui devait venir avec lui, n’est libre que dimanche.

Pas une seconde je conçois qu’ils puissent venir chacun leur tour et, depuis dimanche dernier, je tente et réussis partiellement, par la force de ma conviction paranoïaque, à persuader Ariane qu’Igor se désintéresse complètement de la musique. Le fait qu’elle ne démente pas (elle n’en sait rien) me conforte dans mon opinion et c’est dans un état d’aveugle mauvaise fois que j’appelle Igor pour lui reprocher de n’être pas venu (ce dont il n’avait jamais été question qu’il fasse cette semaine).

Je tombe sur sa femme qui m’apprend qu’il est à l’hôpital auprès de son père mourant.

C’est bien ce que je pensais : il n’en a rien à foutre de la musique.

D’ailleurs, quand il me rappelle le lendemain matin, je n’ai aucun mal, compte tenu de mon agressivité et de sa faiblesse momentanée (une nuit à l’hôpital et ça y est, il n’y a plus personne…), à le faire douter de lui-même ce qui, une fois de plus (cercle vicieux de la paranoïa), conforte mon opinion.

D’où cette fin de conversation :

Tu ne te rends pas compte de la vie que je suis obligé de mener actuellement…

Ce n’est quand même pas de ma faute à moi si tu t’es encombré de trois mômes… Fallait y penser avant…

Ecoutes, tu me fais chier (il raccroche).

Tout cela n’aurait aucune espèce de gravité si je pouvais en tirer une bonne leçon et apprendre à me contrôler.

Il n’y a déjà plus grand monde à l’horizon. Avoues que ce serait con…

Il n’empêche qu’après ce coup de téléphone et avant qu’Ariane ne m’ait résonné, je m’étais sans aucun mal préparé à la perte d’Igor, à l’idée de continuer le groupe à deux (mais peut-on encore parler de groupe   ?).
Curieux, cette force de persuasion que procure la peur, comme durant ces crises on se sait plus fort que tout…

J’ai quand même réussi à annuler notre concert…
L’auto-stoppeur.

Je le prends entre Fontainebleau et Souppe, il doit être dans les minuit.

1m 84, 120 kilos, travaille deux heures par nuit pour une société de gardiennage. Deux heures par nuit, trois mille francs par mois moins les quatre cents francs de mutuelle, mais il s’en sort bien (il me montre ses vêtements) : blouson Croix-rouge et pantalon Emmaüs à quarante francs, le même, à quelques détails près, qu’il a vu à 290 francs dans une boutique en ville.

Avant il faisait 169 heures par jour (sic) mais il n’a plus de voiture pour se rendre à l’autre gardiennage. Un fils de cinq ans, une femme épileptique sans aide sociale, un autre enfant mort-né cinq mois avant terme, et lui qui voit un psychiatre chaque semaine.

Nous sommes resté un peu à Souppe. Il m’avait demandé de garer ma voiture sur le bas coté et de couper le moteur, ça lui faisait du bien de parler.

Il s’engueule souvent avec sa femme à cause de la télé parce qu’il est fasciné par la violence. Il a peur d’avoir des crises quand il voit des «petites» et de finir comme Dutroux-le-Belge.

Il aimait bien ma voiture, les R18; c’est une bonne voiture, m’a-t-il dit…
La Dame.

Si j’ai bien compris son observation d’hier, je commence à apprendre à dire non et à accepter qu’on me le dise…
Ma mère, à la fin du film («Fargo». Bien, je crois, mais j’ai du mal à me concentrer. Trop de gens peut-être…), s’adressant à Maria Pacome, assise deux rangs plus bas :

Et bien moi je vous trouve bien belle, madame!

Pardon   ?

Je disais que je vous trouvais bien belle…

Merci.

Non parce qu’à vingt ans, c’est facile…!

Merci (Maria Pacome s’éloigne mais reste à portée de voix)

(à moi) Tu te rends compte qu’elle a bien plus de soixante ans, cette femme… Même avec la peau tirée…
Il faudrait que je fasse attention à ne pas trop ressembler à ma mère non plus, ce côté mot de trop qui tue.

La partie va être serrée.
Il faut que j’écrive à J.R.
Soir. Ada est sorti pour la première fois, aujourd’hui, et Zoé aussi, un petit peu.


Lundi 28/10/96.

Le week-end s’est passé relativement désagréablement à ne rien foutre devant la télé, en compagnie d’Ariane qui ne voulait pas mettre un pied dehors.
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