Je reviendra ici, le cœur plein de nostalgie…





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Migraine dimanche.
Il faut que j’écrive à J.R. (y arriverai-je ?).
Grand vent aujourd’hui. On dirait la Bretagne.

Ce journal me fait chier.

Bye.


Mardi 29/10/96.

J’ai pris un, puis trois, puis six champignons…

Toujours rien.
Beaucoup de vent. Je vais assez bien. Alors je me tais.
Préparé les nouveaux morceaux pour Igor qui vient jouer demain (des morceaux de bœuf, il aime bien le bœuf).
Il faut que j’écrive à J.R., ou au moins que je l’appelle (en tout cas je pense à lui tous les jours).


12 novembre 96.

Rêve. “Rupture impossible” (j’en ai fais une petite musique) cette nuit.

Je ne m’en souviens que très mal, juste qu’Ariane semblait prête à tout pour rester avec moi.

La musique n’existait pas, contrairement à la vraie vie où elle tient une place conséquente dans notre relation - nous en avons beaucoup parlé jeudi dernier et, quoiqu’il advienne, pas question d’arrêter notre fructueuse (artistiquement parlant) collaboration. Le dire est déjà une bonne chose.

Le rêve, donc :

Il y avait du feu, une poursuite en Rolls-Royce avec la police, violence, destruction, mais finalement je l’emportais haut la main, de même que les chats, qui me suivaient partout comme des chiens, une tourterelle et une petite donzelle rencontrée dans un ascenseur.

Drôle de film, drôle de rêve, drôle de vie.
Les larmes, les mots, je n’ai jamais su faire autrement pour apprécier vraiment…

Je me souviens du temps où l’on s’aimait d’amour et je pleure en écoutant Gabriel Yacoub…

Disons que la vie est belle aussi pour ça.


13/11/96.

Encore un curieux rêve…

Pour le coup, c’était moi qui tremblais de perdre Ariane… Et puis Marie-Claire… Marie-Claire dont je n’ai aucunes nouvelles depuis au moins cinq ans… Marie-Claire que je poursuivais de cafés en cafés parisiens, la surprenant parfois attablée, dans un coin, rouge à lèvres sombre sur sa peau pâle, le regard plein d’effroi posé sur mon carnet…
Eveillé toutes les deux heures, persuadé à chaque fois de n’avoir que trop dormi.


14/11/96.

« Dans les rêves, on ne peut ni tricher, ni mentir, me dit la Dame ».


15/11/96.

Penser à raconter ce cauchemar en prison (fête chez mes parents ; surprise d’une discutions entre ma mère et Ariane ; murs et toit qui s’envolent ; départ pour le sud ; vente de vêtements pour Ariane, et prison pour causes politiques).
Je ne sais pas exactement. 15 000, peut-être 20 000 francs de découvert sans aucunes entrées prévues.

Mes parents s’y engouffrent joyeusement…

Interdit de chéquier, je ne sais pas si je vais pouvoir retourner à Paris de si tôt.
Nous devions fêter l’anniversaire d’Ariane aujourd’hui, avec quoi ?…

C’est elle qui va devoir payer…

L’injustice humilie l’amour même.
Et ses parents qui débarquent demain…
Je m’enfonce. L’argent me tue lentement.

J’étais trop présomptueux ; on meurt contre l’argent.


16/11/96.

Anniversaire un peu gâché par ma honte de n’avoir rien offert, de n’avoir rien payé.
Le proprio est venu se plaindre que mon premier chèque de loyer lui avait été retourné.

Tout ça me mine.

J’ai honte, énormément honte. Je me sens humilié.

J’étais content d’être ici mais la bête me traque et me retrouve partout.
Je ne sais même plus si je suis encore avec Ariane ou non… Et je commence, sans trop en saisir le rapport, peut-être à cause de cette honte justement, à éprouver une hargne certaine contre mes parents.
La prison de mon rêve, les parois de verre de ma chambre d’enfant, chambre immense, disproportionnée (la mienne ne faisait que 5m2), dont les murs s’écroulent, le plafond s’envole, se décolle comme du papier-peint pour ne laisser que du verre, des vitres entre le vide et moi…

Cette prison dans laquelle je me retrouve à la fin du même rêve, avec Torchon, minuscule et perdu au milieu de ces brutes aux crânes rasés, perdues elles aussi, vidées de toutes révoltes, de toute vie, de tout désir de vivre…

Je ne veux pas être avec eux, je ne veux pas finir ainsi et je me réveille.
Est-ce une amorce de réaction ?

Je ne sais pas, je ne sais rien, toujours rien, juste que cela ne va plus et que la bête est là, à ma porte, qu’elle m’a retrouvé, et que tenter la fuite ne m’a donné qu’un petit mois de répit.

Je me sens pourtant encore loin, très loin de pouvoir/vouloir me battre pour ou contre l’argent. Que ce soit pour le gagner, le quémander, l’accepter ou parvenir enfin à le mépriser.
Reste le suicide, une fois encore, l’ultime retraite où la bête ne pourra m’atteindre.

Cet éloignement de tous et de tout devrait rendre la chose plus facile désormais, car il faut bien admettre que la musique ne pèse plus grand poids face aux attaques que je subis, provoque peut-être, aux attaques de la vie.
Une petite anecdote légère pour finir : le chien de mon alcoolique de voisin s’appelle en fait Connard, et chaque fois que je les croise, lui et son maître, ce dernier ne me parle que d’une chose : la connerie de son chien. Mais sans exemple, juste en répétant qu’il est con, son chien, qu’il n’y a pas plus con que son chien… « Hein, Connard?! »… Il demande confirmation et, effectivement, Connard approuve, aboie, remue la queue d’assentiment… Lucide, le chien.
Soir. Je me sens un peu grippé. Une légère, très légère douleur à la gorge. Malheureusement pas assez forte pour pouvoir rester ici, couché, camouflé, oublié de la bête.


20/11/96.

Et encore un cauchemar, un : je travaillais…


22/11/96.

et qui plus est avec ma mère…!
Les choses remuent un peu. J’ai demandé à ma mère de vendre l’appartement de Paris (elle ne le fera pas).

J’en ai tellement marre de ces histoires de blés…


25/11/96.

Je crois que c’est la guerre maintenant, qu’elle est même bien entamée…

Une guerre longue, de tranchées, une guerre contre la bête.

Et je crois aussi que cette guerre, je vais la gagner.

Ou la perdre…

Comment peut-on se persuader de quoique ce soit… ?
Mes parents sont allés détruire ma pièce de musique, à Paris…

Les prétextes sont tellement fallacieux, spécieux, que je préfère encore ne pas en parler.

Ils sont entré chez qui, au fait ? Chez moi ? Chez Ariane ? Chez-eux ?

Sans frapper (chez-eux, donc), dédaignant la présence d’Ariane…

Il ne faut pas que j’entre dans leur jeux.

Ils n’attendent que ça, que je participe aux seuls jeux où ils gagnent.

Ils faut que je me taise, que je fasse le dos rond et que je me taise.
D’une main, ils me maintiennent la tête hors de l’eau.

De l’autre, ils cognent dessus.


26/11/96.

A choisir, je préférerais quand-même qu’Ariane rencontre un type plus jeune que moi.

Ce serait plus facile pour tout le monde, me laisserait un peu d’ascendance.
Je ressens cette sorte de désir de vengeance que l’on a enfant, genre « Je reviendrai et vous écraserai tous avec ma Cadillac en or »…

Enfin, que d’autres enfants ont…

Moi je n’en avais pas mais je ressens ça, maintenant, des fois.

Je suis décidément irrémédiablement totalement attardé.
Le secret est peut-être qu’il ne faut pas abandonner, jamais.

Dans la fidélité à nous-même, notre goût le plus profond, notre intuition…

Va savoir… ?


18 ou 19/12/96.

Finalement, vu sous un certain angle, je vis tous les avantages du monastère sans en avoir les inconvénients (les autres et Dieu).
La musique, comme une drogue qui permet d’oublier, dans l’ivresse des sens, la douleur de vivre (ce qui ne l’empêche pas d’être aussi « un cri qui vient de l’intérieur »…)…
Ariane a décidé, avec mon approbation, d’arrêter son école de jazz pour se consacrer exclusivement au chant et à l’écriture de nos chansons.
Pour la première fois (?) je sens que ma vie est là, et pas ailleurs.

Pour la première fois j’entrevois la trace d’un sentier…
J’aime composer, je ne m’en lasse pas et, plus important encore, j’aime de plus en plus ce que je compose.

Serais-je enfin sur ma vraie voie ?

Aucune raison de s’arrêter, je ne peux qu’avancer. Plus de doutes, plus d’hésitations.

Dire qu’il m’aura fallu 35 ans pour enfin faire ce que j’ai toujours fait.
Reste l’amour.

Reste à régler ce désir apeuré, reste à passer le mur du corps et du plaisir de l’autre.

Ce que j’aimais dans l’amour, enfant, c’était ce gouffre sans fond, cette quête d’inconnu, ce Graal abstrait qu’il représentait. Je viens de comprendre la phrase de Gainsbourg (qu’il a piqué à je ne sais plus qui) « l’amour physique est sans issue », alors que l’amour d’enfance est infini, ouvert, éternel…

C’est le pouvoir sans savoir qui maintient l’amour en feu.

Le physique l’éteint. C’est la connaissance qui tue l’amour.

Comment croire une fois que l’on sait ?


Jeudi 23/1/97.

Rêve d’amour bref, intense, idéal.

Elle était brune et m’a dit, en arrachant de ses doigts le quart d’une motte de beurre posée à même une longue table de ferme en chêne, que notre liaison durerait le temps que nous mangions celui-ci.

Elle ne m’a rien dit, d’ailleurs.

Nous n’avons pratiquement jamais eu besoin de se parler, ou juste pour s’informer de ce qu’un tiers pourrait dire.

Nous nous étions vu - elle était avec un autre, j’en draguais une autre - et nous avions su.

Envers et contre tous, nous avions cette passion à brûler.

Un amour trop présent, d’une trop grande plénitude, trop infini pour que le reste existe, ait jamais existé…
La Dame me demande ce que moi, j’attends des femmes.

Ce que j’attends des femmes…

Pas grand-chose, je crois… Qu’elles me lachent

Ou tout, au contraire ; la vie, le souffle de vie, une nouvelle naissance et ma résurrection…

Amen.

J’attends des femmes qu’elles tentent d’attiser la flamme qui m’éveillerait à la vie…
Ce rêve n’avait pas une once d’érotisme. Elle pouvait être belle ou laide, mais le feu, le désir, l’amour émanaient de tout son être…
Ce n’est, en tout cas, pas le sexe que j’attends chez la femme.

En fait, j’en attends énormément. Ce doit être pour ça que j’en ai si peur…


24/1/97.

Rêvé de Fred, d’un enterrement raté de Fred.

Je ne sais plus ce qui était raté mais il fallait recommencer, tout recommencer….

Réveil en larmes, donc.
Cette solitude m’est de plus en plus pénible.

Plus d’ami. Plus d’amour. Enterré dans ce trou à rats.

Igor n’a pas besoin d’amis, il a sa femme et ses gnomes.

J.R. ne me comprends pas je crois, ou plus.

Et puis ce sont des gens récents dans mon existence, qui ne me connaissent que depuis mes vingt ans.
Fred poussait à la musique.

Je me souviens de ça. Il m’en parlait souvent. Il avait sa fierté mais m’en voulait si je faisais mine d’errer sur d’autres voies.
Personne à qui parler.

Il n’y a que la Dame, et elle ne répond pas.

Les autres sont casés, n’ont plus ces problèmes-là, en ont d’autres, pires, de boulets, de boulot.

Je ne veux ni travail, ni gosses.

Je veux la vie, ma vie.

Femme interdite

22 février 97.

Un mois sans un mot, déjà. Comme le temps passe…
Montargis.

C’est la première fois que je m’y rends.

J’ai du mal à écrire. Est-ce l’engourdissement de mes doigts déshabitués ou le stress dû à cette ville que j’approche, enfin, après cinq mois de retraite ?

Un peu morte, la ville.

A première vue, ce n’est pas un samedi soir à 19 heures qu’il faut espérer y trouver un bar quelque peu animé. Je suis donc échoué sur un banc, à la table d’un quasi désert.

Je ne sais pas, l’impression que je me serais facilement dégoté quelque chose de bien plus chaleureux dans une ville étrangère. Sans doute qu’une impression…
Le sexe, je crois, commence à manquer sérieusement.

Je suis passé de rêves de doigts frôlés et de creux poplités entrevus pour arriver à des choses nettement plus hard où mes mains s’enfournent franchement sous des T-shirts de filles, voire de femmes… C’est dire l’état.
Il semblerait que j’ai quand-même eu un peu de flair. Le monde commence à affluer…
Quelques petits évènements, tout de même, depuis un mois : mon appartement de Paris a enfin trouvé locataire et le groupe, qui désormais compte cinq membres, s’apprête à faire son entrée fracassante sur la scène parisienne.
Je suis arrivé beaucoup trop tôt pour la séance de 20h30, mais depuis le temps que je remets cette visite, deux heures trente d’avance ne m’ont pas parues superflues si je ne voulais pas rater mon coup.

Déjà le trac s’insinuait depuis l’aube à l’idée de me montrer en ville…
A propos de coup, ce n’est pas encore ce soir qu’Innocent prendra l’air…

Plus de deux ans d’abstinence…

Jamais je n’ai passé autant de temps sans faire l’amour; du moins depuis la première fois où j’ai fais l’amour, parcequ’avant, forcément…

Quoique je ne me souvienne absolument pas de la première fois où j’ai fais l’amour… Avec qui, vaguement (mais j’avais déjà fais deux tentatives foireuses avec d’autres prétendantes), mais quand ?!…

Je me souviens beaucoup mieux de ces instants qui passèrent à côtés, de ces fois où l’amour fût plus doux encore de ne s’être pas fait…
Je m’aperçois qu’il est quand même beaucoup plus facile d’être romantique quand on a quelqu'un sous la main.
Et pour couronner le tout les beaux jours reviennent.
Enfin, le café, mon carnet, la ville, le bruit, ça faisait longtemps. Question d’état d’esprit; il m’aurait été impossible d’apprécier avant.

Ce n’est d’ailleurs pas encore ça, mon trac est là pour le rappeler, mais c’est mieux quand même…

Je crois bien que ma tête n’a jamais été aussi dégagée depuis ces trois dernières années.
C’est con. J’aurais du apporter quelque chose à lire. Encore une heure à tirer et je ne sais plus quoi écrire.

Pour la contenance, ça va devenir ardu…
Peut-être aller dans un autre bar, pour voir.

Cinq grosses harleys viennent de se garer le long de la terrasse, toutes pilotées par de gros clones de Gérard Jugnot.

Peut-être aller dans un autre bar, pour voir…
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