Je reviendra ici, le cœur plein de nostalgie…





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D’Artagnant’s Bar.

« Ne me tirez pas sans raison, ne me remettez pas sans honneur ». C’est écrit au-dessus de moi, sur un des nombreux panneaux peints représentant, j’imagine (quel perspicacité!), les péripéties de notre héros.

Le demi y est moins cher mais à la place de l’horloge ils ont mis des épées…

Je ne me souviens pas de ce que d’Artagnant est venu faire à Montargis. Je vais aller voir « Tout le monde dit I love you » de Woody Allen.

Personne. Deux filles moches et le barman. Sûrement ses copines. De toutes façons elles s’en vont; plus besoin de se forcer à écrire.
Je suis donc seul au D’Artagnant’s bar et peux me fourrer les doigts dans le nez jusqu’au genou si ça me chante même si ce n’était pas vraiment là les raisons premières de cette sortie.
20h30, c’est tout en version française dans ce patelins de crétins. Je rentre.
Le fait d’avoir des chats procure l’immense plaisir de se croire attendu.
Nuit.

Ariane réfléchit plus vite que moi…


Courson, le 26 mars 1997.

Petit proverbe : c’est agréable de lire confortablement mais (c’est là que commence le proverbe :) si le livre est bon, on lit toujours confortablement.

Exemple : je suis donc à Courson, dans la chambre du fond, celle que j’ai toujours considérée comme ma chambre, contrairement à celle que mes parents m’avaient attribuée d’office (et ce doit être pour cette raison que je n’y séjournais plus. Euréka!), et je lis au lit, la tête bien calée au creux de deux gros oreillers, matelas moelleux, chats tranquilles, petit joint, bref : confortablement, “Le tour du monde en 80 jours”.

Bon livre (je ne me permettrais pas…), mais comparé à l’époque où je dévorais “Infanta” sur ma chaise de cuisine, guettant le soleil d’hiver dans mon pavillon glacé de Saint-Trou-sur-Aveyron…
Cette société camoufle, par la promotion du « bien dans son corps », le fondamentalisme du «bien dans sa tête».

Le sport ne sert à s’abrutir qu’un temps mais ne résout rien.
Courson, toujours (mais qu’est-ce que je fais là! ?), le 27/6/97.

Il s’agirait d’arriver à considérer cet endroit comme une auberge sinon bien sympathique, tout du moins confortable.

Mais, en toute objectivité, mon père n’a rien d’un avenant aubergiste…


1 mai 97

Aucune de mes musiques n’est aboutie.

Je ne sais pas cent fois remettre mon ouvrage sur la table.

Deux fois. Après ça m’ennuie.

C’est con… Je suis très con.

Pourquoi ? La peur ? Non.

D’ailleurs, je ne pense pas qu’il faille chercher dans un futur (peur) incertain. Mieux vaut tenter de creuser dans le passé (traumatisme).
Tempérons : des fois j’ai de la chance et la première est la bonne…


18 mai 97.

J’ai effectivement, comme mon horoscope l’avait prédit, fait une rencontre.

L’ennui est qu’elle n’a que quatre ans.


22 (?) mai 97.

Café Magne, Alésia, 20 heures.

Je reviens à deux séances par semaine.

Je pars à la dérive, me dit la Dame.

Aucune envie de faire ce que j’ai à faire : chercher une maison, renouer avec ce monde d’où je me sens si loin, abandonné, vide d’amour.

Aucune envie, aucun désir.

Je ne peux même pas dire que la mort serait la bienvenue.
Il me faudrait renouer avec Garance, Blaise et Nat, John, Sylvain, Igor, J.R., Antoine, c’est tout ? Ce serait déjà pas si mal… Pour leur dire quoi ? Leur raconter mes malheurs de petit rentier qui passe ses journées à ne rien foutre au soleil ?
Je suis tendu à l’extrême, mal à l’aise, sur mes gardes.

Je me suis fait avoir, une fois de plus avoir par mes parents. Et avec ma bénédiction, comme d’habitude.

Ma mère commence à en vouloir sérieusement à la Dame qui lui vole son enfant et le monte contre elle. C’est comme ça. Les parents sont dans la totale impossibilité de concevoir la culpabilité de leur enfant, question de race.
Je me sens coupable de vivre.
Je tache de m’endormir le plus tard possible afin de m’éveiller le plus tard possible et de passer le moins de temps possible avec mon père.
Qu’est-ce que je vais bien pouvoir raconter à la Dame ? Je me vautre dans la même merde depuis deux ans…!
Récapitulons : j’ai arrêté tout travail; passé six mois à Saint-Trou-sur-Aveyron; j’ai loué mon appartement; formé un groupe qui n’avance guère plus que mes relations avec Ariane (seul être qu’il me reste).
Tout continue donc à se détériorer scrupuleusement.
En fait, je me demande si je n’aimerais pas revenir à Paris…
Mes muscles sont de plus en plus noués, je hurle dès qu’on me frôle la nuque.


26 Mai.

Tous les éléments sont rassemblés pour un suicide sans regrets.


29 mai 97.

Mes parents m’ont fait tel que je suis ; de graves défauts à leur imputer mais aussi plein de qualités (si, si, et je finirais bien par les trouver).

Ce n’est donc pas en me battant contre eux et ces 10% de défauts mais en les aimant pour les 90 autres que je m’en sortirais.

3/6/97.

« Faut que ça bouge, dit la Dame ».
Pourquoi se plaindre d’avoir des choses à faire puisque lorsque je n’en ai pas, c’est pire… ? Pourquoi se sentir encombré quand je dois, par exemple, m’occuper d’EDF ou d’ASSEDIC alors que cela me donne l’occasion de sortir, de me promener, de lire un peu dans les salles d’attente… ?


Vendredi 13(?) Juin 97.

Ca pue la mort, le cadavre en décomposition, on se croirait dans “Soleil Vert”.

Première nuit à Beauvais.

Nouvelle maison, nouvelles aventures.

Je suis bien contents.

Dommage qu’il y ait cette usine à tripes qui infecte la ville.


Lundi 16 Juin 97.

Finalement, la (re)découverte de mon impuissance me rassure. D’une part, elle explique, ou tout du moins éclaire, quelques épisodes de ma piètre existence ; d’autre part, elle me protège des autres comme de moi-même. Je n’ai plus peur de faire peur aux filles puisqu’elles n’ont aucunes raisons d’avoir peur de moi.


Mercredi 20 et quelques Juin 97.

Torchon a disparu depuis deux jours. La vie m’emmerde. Je la passe au lit qui ne me protège même pas de ce genre de désagréments.

Prozac/Xanax.
Juillet arrive. Ariane s’en va. Je me sens seul, impuissant et inutile.
Je n’appelle plus personne ne m’appelle.
Un but ? Le 8 Septembre le groupe a rendez-vous avec un agent de EMI.
Curieux, ce poids physique de la vie…
Pourquoi, malgré les médicaments, viens-je de passer les trois derniers jours au lit ?
Ce sentiment de ne pouvoir être admis au club, que leur apparent bonheur interdit le mien.
Ce manque de désir depuis toujours, ce refus de plaisir, cette totale ignorance du plaisir.
Je ne peux même pas dire que j’allais mieux avant que Torchon disparaisse.
Le Prozac m’interdit de pleurer, les yeux me tirent.

Je me sens inutilisable, jetable mais pas assez encombrant pour qu’on se donne la peine de le faire.
Je n’ai jamais été aussi mal depuis que je n’aime plus ça.
Et il pleut depuis une semaine…


15/7/97.

Des tonnes de pensées ces derniers temps, et jamais de stylo…

Enfin une, hier soir, sur laquelle il ferait peut-être bon de se pencher (fumer amène à un état de réflexion que l’on ne retrouve souvent qu’en refumant) : les filles.

Je suis persuadé que - (travail = besoin, art = désir. Rien à voir, c’est juste pendant que j’y pense) — je suis persuadé, disais-je, que la rencontre ne pouvant survenir qu’au moment où l’on s’y attend le moins, il faut l’oublier, porter ses désirs ailleurs.

Or, c’est faux.

La rencontre arrive par surprise, mais pas de la rencontre elle-même, seulement de l’endroit ou du moment où elle a lieu.

Exemple : Iseult (jusqu’à présent, je crois, mon unique vrai coup de foudre). Le soir où je l’ai rencontré, Diane m’avait posé un lapin (je re-flirtais plus ou moins avec cet amour d’adolescence. J’adore déstabiliser, ça me console…) et c’est en désespoir de cause que j’avais appelé chez Garance où Iseult se trouvait.

J’étais donc en demande de rencontre. Pas de celle-là, pas dans ce lieu ni à ce moment mais en demande, je cherchais à aimer, allais peut-être de déception en déception mais étais engagé à fond dans cette recherche de l’amour.

Autre exemple (en fait, mes histoires amoureuses en sont toutes des exemples) : Marie-Claire. Une boum où je traîne pour lorgner les nymphettes et où elle ne m’apparaît que très tard, une fois débarrassée de son maquillage de monitrice enclownée…

Ariane : je tâtonne, drague à tout va, me ramasse partout et l’outsider arrive, flanquée de son père d’un côté, de son mec de l’autre mais je ne vois qu’elle. Des options sur 4 ou 6 demoiselles, elle tombe du ciel et rafle tout…

Encore ?

Plus dur : Diane, j’ai 16 ans et ne pense qu’à elle durant ces deux mois d’été 77, la vois chaque jour sans jamais oser lorsque enfin le moment (Ah! ces fameux derniers jours de vacances…) et le lieu (dernière fête, nos amis se retirent et nous laissent sur le lit parental…)…

Quoiqu’il en soit, c’est en cherchant que l’on trouve - mais rarement ce que l’on cherche. Et ce doit être sûrement valable pour tout. Les grandes découvertes sont toujours le fruit du hasard, de l’erreur, mais dans le cadre d’une recherche définie. On ne cherche pas à perfectionner son jeu de jambes dans l’espoir de trouver un vaccin contre la rage, non, on cherche un vaccin contre la peste et on en trouve un contre la rage. De même, ce n’est pas en me réfugiant dans la musique et la solitude, sans pouvoir penser à autre chose, que mes désirs ont des chances de s’assouvir.
Voir des filles me fait souffrir de cette obsession de finalité que, par ailleurs, je fuis (qu’on ne me demande pas d’être plus clair)…

Plutôt que de me demander pourquoi je fuis, ne serait-il pas préférable de ne plus penser au sexe, puisqu’il me fait peur, et n’apprécier que ces plaisirs immédiats que provoque la vue où la présence d’une jolie fille, avec cette ouverture d’esprit qui fait capter par tous les pores le plaisir d’exister, mon frère…
Cette petite voisine, là, qui s’ennuie toute seule à quelques mètres de moi, elle pourrait venir s’asseoir ici, tout près, dans ma cour ensoleillée, comme l’autre jour mais en mieux puisque son mec n’est pas là… Ah si, il est là ; j’ai rien dis.
Aller, on va déjà essayer de prendre à bras le corps ce plaisir de regarder.


16/7/97.

Ça ne fonctionne pas si mal ma petite théorie.

Dîner chez Paul (frère d’Ariane) et Fanny où une amie à eux, Guiwenneth, est venue nous rejoindre.

Guiwenneth, hormis ses hanches de culbuto, a un côté absent qui fait que l’on se demande, parfois, si elle n’est pas un peu chtarbée. Mais je me suis quand même bien amusé en plongeant longuement mon regard dans le sien, en lui frôlant les doigts à chaque occasion du jeu (Trivial Pursuit ; je les ai éclatés).

Et puis autre chose aussi, un signe prouvant qu’elle n’était pas dupe de mon attitude ; un mot, je crois, une allusion dont je ne me souviens plus mais qui a grandement contribué au plaisir que j’ai retiré de cette soirée.
A propos de plaisir, je sais parfaitement, maintenant, celui que je recherche dans la musique et que je ne peux obtenir de nulle autre façon, qui fait que la musique passera toujours avant tout, avant tous.

Ces rares et précieux instants d’envolée du corps, de l’âme, cette éjaculation cérébrale qui m’emporte à l’extase et qui n’est provoquée que par quelque notes magiques, deux ou trois accords à l’alchimie divine. Cela n’a du m’arriver qu’une vingtaine de fois en trente ans de pratique…

Seule la musique peut arriver à cela. Certaines œuvres de Bach aussi, le Requiem ou le concerto K622 de Mozart, l’hymne à la joie de Beethoven, pas tout, jusque quelques accords, un passage, une seule note suffit parfois à plonger dans la félicité…

Aurais-je enfin trouvé le but de ma vie… ?
On ne vit que par plaisir. Voilà ce dont il faudrait que je me persuade.
Soir. Comment se fait-il que je n’arrive plus à me concentrer au cinéma ? Est-ce encore de la paranoïa ?


17/7/97.

En écrivant aussi, parfois, cela m’est arrivé (comment appeler ça ? Orgasme cérébrale, branlette cervicale ?), notamment quand j’avais fait ma nouvelle sur les cafards. C’est beaucoup plus difficile, plus rare et plus aléatoire encore qu’en musique mais je me souviens de certaines transes métropolitaines en vivant mentalement la jouissance meurtrière de mon premier héros.
Et qui dit que je ne réécrirais pas un jour ? Que je n’y arriverai pas ?
De la légèreté! Du plaisir! Il n’y a rien d’autre!
Paris. Est-ce à cause des vacances, de l’été ? Je ne vois pas vraiment le rapport mais il semble qu’il y ait de plus en plus de jeunes filles (françaises ? En tout cas, celle à qui j’ai donné l’était) qui font la manche.
Américains qui reprennent leur ketchup sur la table en sortant d’un restaurant.
Il ne s’agit pas tant de décider d’aller bien que de constater, que de se rendre à l’évidence qu’il n’y a pas d’autre voie possible puisque, si j’ai bien compris, c’est la recherche du plaisir qui gouverne nos actes.

A moins de grosse malheur, bien sûr.

Et encore, jusqu’à présent, le malheur n’a jamais été si gros qu’il supplante le plaisir puisque c’est ce dernier, du moins le désir de ce dernier, qui me maintient en vie.

Si je suis vivant, c’est donc que je veux vivre et que j’en tire plus de plaisir que de déplaisir (35 ans pour en arriver là…).


Lundi 21 Juillet 97.

De l’extérieur, on pourrait être en droit de penser que je vais assez mal : je passe mes journées au lit à fumer, dormir, lire et regarder la télé. Mais je vais bien, en fait. Assez bien, en tout cas, pour être persuadé que faire autre chose (sortir, par exemple) me décevrait forcément.

Disons que ma paranoïa ne m’apparaît réellement que lorsque je dois effectivement sortir et que je m’évertue à trouver des mensonges (voiture en panne, généralement) pour éviter de le faire mais sinon ça va.
Zoé a disparue… Je vais me reprendre un petit Xanax…
Deux lettres d’Ariane qu’elle termine par un « Je t’en roule une grosse » sans conséquence et un « je t’aime » un peu plus encombrant, même s’il est partagé.

La signification de ce verbe, entre nous, commence à atteindre des sommets de complexité. Surtout associé à ce « je t’en roule une grosse », chose qu’elle ne m’a plus fait depuis des années.

D’un autre côté, il est certain, vu ma profonde solitude actuelle, que je préfère un « je t’aime » à un « j’ai rencontré un type formidable »…
Finalement, si je regarde les bons côtés (et Dieu, entre autres, sait s’il y en a…), je peux tout à fait me considérer comme étant en vacances.

La seule choses faisant quelque peu défaut étant les amours de vacances…
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