Je reviendra ici, le cœur plein de nostalgie…





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« (…) la jubilation musicale. L’essence commune du “Tragique” et du “Dionysiaque” qui constitue le fil conducteur de toute la philosophie de Nietzsche ». La force majeur, Clément Rosset.

J’aime bien quand les grands esprits se rencontrent mais bon, je n’avais pas poussé si loin…

Au reste, toujours d’après Nietzsche, ce n’est pas un hasard si l’on s’arrête à une opinion, là et pas ailleurs. Car chaque opinion en dissimule une autre que l’on ne tient peut-être pas à connaître…
Bien trop poli pour lutter, disait Nietzsche de lui-même…
Si seulement on pouvait porter à soi-même un amour identique à celui que l’on réserve à l’autre, un amour gratuit, pétri d’indulgence…
Une petite prière au destin, chaque soir avant de m’endormir (jusqu’où ne vais-je pas sombrer… ?)…


Mardi 22/7/97.

« Je viens je ne sais d’où

Je suis je ne sais qui

Je meurs je ne sais quand

Je vais je ne sais où

Je m’étonne d’être aussi joyeux »

Martinus Von Biberach (Moyen-âge).
Ce mélange d’odeurs de gasoil et d’ordures chauffés par le soleil; je ferme les yeux : je suis en Grèce.
Il faudrait que je mentionne les derniers livres intelligents que j’ai lu sinon je vais encore tout oublier.

Donc “La Force Majeur” de C. Rosset, très bien; “Le principe de Plaisir” de Campbell (comme les soupes), sympa aussi mais quelque peu radical (les sportifs seraient tous des arriérés mentaux); “Eloge de la fuite” de Laborit, peut-être un peu daté (70)…
15 heures, environ, derrière la cathédrale.

Deux filles rigolent en fumant un joint à dix mètres de moi.

Et alors ?

Elles portent toutes deux des lunettes et leur rire entraîne une petite aigreur, une légère jalousie de ma part…

J’aime bien les lunettes, moins que les appareils dentaires mais j’aime bien.
Il apparaît qu’il m’est encore assez difficile de sortir sans subir de plein fouet les attaques du désir et de la frustration…


Mercredi 23/7/97.

L’idée m’est venue, puisque j’ai de plus en plus de mal à communiquer, d’écrire à mes amis. Ils n’arriverons peut-être pas à me relire mais quelle importance ?
Avant que j’oublie, la liste des nouveaux livres empruntés hier : “Les nihilistes russes”, W. Banneur; “Humain, trop humain”, F. Nietzsche (mais je me suis aperçu que je l’avais déjà dans ma bibliothèque. Si ça se trouve, je l’ai déjà lu…); “Clefs pour la psychanalyse”, pas d’auteur; “Passe-Temps” de Leautaud; “Wilt 3”, T. Sharp et “Les mendiants” de Louis-René des Forêts.

C’est bien simple : je ne sais par où commencer…


Jeudi 24/7/97.

Ecris à J.R., ainsi qu’à Natacha et Blaise… Appelé Sylvain aussi, qui sort d’une petite dépression à cause de son disque mais ça y est, il a fini.
Je ne sais pas si ce sont les lettres d’Ariane qui me maintiennent dans ce malaise, ses Je t’aime, Tu me manques, que je ne sais comment interpréter… Ce qu’il y a de certain, c’est que cela remet sérieusement en cause mes velléités désireuses.
Il n’était quand-même pas très sérieux que, depuis maintenant trois ans que je la pratique, n’ayant rien lu dessus ou l’ayant oublié, je ne connaisse même pas le but avoué de la psychanalyse. (Pourquoi avoué… ?). Voilà qui est chose faite grâce à ce petit livre de personne.

Or donc il y a le conscient, le pré-conscient et l’inconscient (totalement); le jeu consiste à aller chercher 2 et 3 pour les ramener en 1.
Hier soir, avec Paul, Fanny, et Guiwenneth, je m’amusais à leur demander s’ils devaient choisir entre « tout sauf ça » et « que ça », en terme de copulation…

Je ne sais pas dans quelle mesure Guiwenneth pense réellement souvent comme moi ou si elle devine et s’applique à faire croire qu’elle me ressemble.
Ce n’est pas parce que j’en parle un peu que je m’intéresse réellement à elle. Guiwenneth est assez vieille, je veux dire marquée, limite couperosée, grosse, gros seins, un peu conne et maquée au brave crétin de frère de Fanny, autrement-dit mon ex-beau-frère par alliance.

Mais étant donné que c’est la seule et unique fille que j’ai l’occasion de rencontrer…
« Le pénible, c’était l’amour. Timide, sauvage, pauvre, sans goût pour certaines aventures, je vivais comme un moine. » Léautaud.


Lundi 28/7/97.

Week-end d’enregistrement avec Ransley (basse). R.A.S.


Mardi 30/7/97.

R.a.s., r.a.s., certes mais il ne faut pas que je reperde l’habitude d’écrire pour autant.
Période d’enregistrement.
Le sexe ou plutôt la rencontre me taraude moins.
L’idéal serait de conserver Ariane telle-que et d’y ajouter quelque pincées de cul, si ça se présente, à l’occasion…
Il faut à tout prix que je m’achète “Passe-temps” de Léautaud.

D’ailleurs je vais m’acheter les œuvres complètes de Léautaud.
J’ai comme qui dirait envie de dépenser un maximum de fric en ce moment… Ça fait longtemps que cela ne m’était pas arrivé. Je crois que je vais aussi m’acheter une paire d’enceintes NS10 Yamaha, référence de tous les studios dignes de ce nom, dixit Sylvain.

Et des sandales aussi, ce serait sympa.
Je ne supporte pas la franchise de la sexualité. La franchise, la réalité, le cynisme, la crudité, bref je ne supporte pas.

Il faut, pour que je l’accepte, qu’elle me piège, me surprenne, la sexualité, malgré moi, contre moi. Je ne supporte pas l’image de la femme, de la sexualité qu’elle représente.

Cette sordide crudité du sexe adulte.

Je ne peux m’empêcher de trouver le sexe adulte laid. D’où mon a-sexualité pédophile (ce mot, en ce moment, c’est de la poudre, Coco!), d’où mes fantasmes de voyeur ou de cunnilinctus sur des vierges farouches, un vol, une extorsion de plaisir, une initiation.

Ah! Oui! Une initiation!… Le cache-tares absolu…


Vendredi 2/8/97.

Toute la préface de “Humain, trop humain” semble être une parfaite description de ma dépression…
Ariane, ici, depuis mercredi soir.


Mardi 5/8/97.

Pas eu le temps d’écrire un mot cette semaine.

Le retour d’Ariane, le week-end d’enregistrement des basses; tout ça m’a énormément fatigué.

Sans parler du shit de Ransley (j’en ai pratiquement fait une crise de foie) mais c’est surtout la présence continue de l’autre dont j’avais bien perdu l’habitude ces dernières semaines.

L’impression que tout le monde crie.
Enfin, me revoici seul et au calme, chez moi, avec mes chats, tranquille et sobre pour quelques jours.
Je ne sais pas si « l’enfer, c’est les autres » mais je suis sûr que l’on peut être seul à loisir au Paradis.


Mercredi 6/8/97.

N’ayant plus rien à ingurgiter (drogues, médicaments…), je passe la journée à m’activer, me trémousser sur le balai…
En gros, je pourrais aller plus mal…
Sans drogues, le temps est long, froid, glacé. Tout s’arrête au visible, au concret, au neutre. Sans profondeur, sans mystère, surface lisse, monotone, la pensée ramenée au trivial quotidien…
Du mal à me concentrer sur la lecture, surtout le soir…

Tout est surtout le soir…
Pris un xanax après avoir relu quelques pages de mon journal de 1990 (hôtel).
La lucidité du manque me renvoie à ce suicide depuis si longtemps reporté.
1990 était mon dernier journal avant celui-ci. Il s’arrête à la moitié du carnet.

Six ans sans écrire un mot. Six ans de boulot de con et de vie de couple, dîners entre amis les week-ends et vacances en été…
Je sais pertinemment que la vie n’est pas moins désagréable avec que sans drogues ; plus chiante, c’est tout.

Disons qu’il est plus facile de ne rien faire avec et que l’ennui est plus grand sans.
22h30, sous le portique de la cathédrale de Beauvais. Rues désertes, odeurs d’arbres mouillés.

Des voix féminines me parviennent d’un immeuble en face (c’est pour ça que je me suis arrêté). Je me suis toujours senti beaucoup mieux au milieu de filles…

Je crois qu’elles sont deux à parler dans le noir. De temps en temps un bras miroitant sort de la fenêtre pour faire tomber les cendres d’une cigarette.

Un chien, tout à l’heure, et maintenant un chat. Tous deux m’évitent soigneusement.

Un couple. Elle a l’air joli. Il a l’air bourré. Je ne les regarde qu’à peine. Il ne faudrait pas qu’en plus je me fasse casser la gueule (j’ai, depuis longtemps, remarqué que les gens comme les chiens inconnus avaient tous tendance à vouloir me sauter à la gorge si je les regardais un peu trop ostensiblement).

Ça y est, je les vois mieux, un peu mieux maintenant qu’elles sont tournées vers la cathédrale. Le lampadaire, près de leur immeuble, laisse apparaître un peu de la blancheur de leur peau. Je ne pense pas qu’elles m’aient vu.

Le chat reste assis au bas des marches. L’impression que lui non plus n’a pas très envie de me connaître…

Je suis jaloux de ces gens qui semblent avoir tant de choses à se dire…

Elles ne sont pas seules dans la maison; un homme est, semble-t-il, venu leur demander d’aller se coucher.
Qu’est-ce qui me replonge ainsi le nez dans la bouse ?
Tristesse, solitude, demain je rachète du Prozac.

Là où l’on est seul à être seul

Jeudi 7/8/97.

Juste un petit mot sur celle qui vient de me fournir en prozac: fraîcheur, taches de rousseur, grands yeux clairs mais je ne pense pas la revoir de sitôt… Dommage qu’elle ne soit pas boulangère.

Je me vois assez mal lui rachetant ma dose d’antidépresseurs tous les jours. Sans parler de l’image que cela donnerait de moi…
Je me sens toujours aussi triste. J’espère que le comprimé va faire rapidement effet.

Une des rares choses dont je sois sûr à propos du prozac est qu’il éloigne l’envie de suicide (et qu’il rend mes mains moites) …ou la camoufle vu la vitesse à laquelle elle revient dès que j’arrête d’en prendre…


Dimanche 10/8/97.

« Je ne me rappelle pas m’être levé un seul jour de bonne humeur, content de la vie, des autres et de moi-même, dit Léautaud… »
Je pourrais écrire un essai sur “La Tentative de Vie; ou de l’utilisation des drogues comme “petit suicide” permettant d’échapper au sordide de l’existence en gardant 100% de possibilités de pouvoir revenir s’y risquer d’un bout de doigt de pied frileux (99,9% si l’on tiens compte des frelatages et autres surdoses volontaires)”…

C’est peut-être un peu long pour un titre…
« J’ai eu trois chances dans ma vie, que j’apprécie : avoir été quitte du service militaire au bout de trois mois de cette servitude, avoir échappé, par l’âge et la santé, aux “héroïsmes” de la “grande guerre”, être resté célibataire. » Léautaud.

Je remplacerai juste la grande guerre par le travail.


Lundi 11/8/97.

Aux U.S.A., une institutrice risque sept ans de prison pour avoir eu un enfant de son amant de 13 ans (elle en a 25).

Qui a porté plainte ? Pas l’amour en tout cas.
Je commence à apprécier cette maison. Je m’y sens relativement bien (avec les béquilles de rigueur, bien sûr) et n’ai plus trop envie d’en sortir. Pas seul en tout cas.
Puces partout.
Combien cela peut coûter de se faire livrer de la nourriture ?


15/8/97 (vendredi), à une terrasse de café devant la gare de Beauvais. Assez sympathique endroit.

J’y suis venu attendre Ransley pour une nouvelle prise de son.
Hier, le magnétophone est tombé définitivement en panne. 18 ans que je l’avais. On s’attache. Ai du en racheter un autre, le jour même, après avoir, non sans quelques difficultés, emprunté dix mille francs à mes parents. Mais leurs manières m’impressionnent beaucoup moins quand leur présence se relâche un peu.


Mardi 19/8/97.

Putain de beau rêve!

Je ne me souviens plus de qui il s’agissait, je ne me souviens que de ma main légèrement appuyée sur la sienne (ça faisait longtemps…) et de mots sans rapports que nous échangions.

Nous marchions — étions debout en tout cas et elle portait quelque chose (un livre ?) dans la main que je touchais. Elle ne disait rien à ce propos, ne laissait rien paraître, laissait faire malgré le tabou et le poids du danger (?).

Ai-je aussi rêvé ce discourt d’Ariane où elle m’expliquait qu’elle préférerait me voir avec une autre ?…

Sûrement, j’ai sûrement rêvé.
Une émission à France-culture sur le théâtre en prison. Il y a une grande séduction dans le calme, la sérénité qu’ont certains détenus. Plus de problèmes, la vie pure et simple… Les anciens, les “réinsérés” regrettent la prison… « l’approche de la liberté, c’est l’enfer pour un détenu » ; sic.


Mercredi 19/8/97.

« Nous étions tout bonnement las l’un de l’autre ; et cependant pour mon compte, il m’est impossible de me détacher froidement: toute rupture me rend malade. »

Les mendiants, L.R. des Forêts.


Jeudi 21/8/97.

Infernale migraine durant toute la nuit mais petit chef-d’œuvre, hier soir au cinéma: “She so lovely” de Nick Cassavetes, le fils.
En fait, ma migraine a débuté dès que j’ai voulu me tripoter. Une punition, sans doutes…


Dimanche 24/8/97.

Ne serait-ce pas l’odeur du buis chaud qui me hante… ?
Période d’enregistrement. Sentiment d’avancer, de faire de belles choses.
Je crois que je peux être heureux ainsi. Loin des gens (je ne veux plus sortir sans Xanax), à lire, écouter France-culture, composer, la belle amitié d’Ariane…
L’amour m’apparaît, dans l’état actuel des choses, quelque peu fastidieux à envisager, trop loin de ce calme, de cette relative sérénité que je commence à ressentir.
Fumer me manque un peu. Je compense en Prozac, Xanax, Rivotril, Apranax… (j’adore les médicaments!).


Lundi 25/8/97.

Infernal cauchemar où une fille (je ne me souviens plus de grand-chose) avait réussi l’exploit de se faire engrosser par mes soins. Je crois que j’en étais amoureux. En tout cas suffisamment (Ariane ?) pour être écartelé par la situation.

Quoique je fasse, j’étais perdu. Bien entendu, il n’était pas question d’enfant et je m’apprêtais à tout perdre. Dures perspectives…
Hier soir, fin de “Drowing by numbers” : « Le jeu consiste à se mettre une corde autour du cou et à se lancer de suffisamment haut pour s’étrangler dans la chute. C’est le meilleur des jeux puisque le gagnant est aussi le perdant. »


Mardi 2 septembre 1997.

Musique, musique, musique : je n’entends plus rien.
Jour de sortie : Paris, la Dame, tout ça. Je n’aime pas sortir. Cela m’angoisse depuis hier après-midi. Je me bourre de Xanax. Je suis tellement bien ici…
Paris, 15h30. C’est fou comme le Xanax me permet de mieux supporter l’extérieur, j’ai même cru capter quelque regards de sympathie.

Uniquement d’homosexuels de plus de cinquante ans mais c’est un début.
Une vérité première qui m’a été confirmée par la lecture de mes vieux carnets d’il y a dix, quinze ans : tous mes rêves “érotiques” se limitent à des frôlements de doigts, de cheveux, à la rigueur de bras de jeune adolescente. A la moindre velléité de pousser plus loin (seins, sexe, fesses), je m’éveille immédiatement.
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