Je reviendra ici, le cœur plein de nostalgie…





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Terrasse du tabac où la serveuse me tutoies, ce qui est toujours un peu de chaleur humaine de gagnée.
Deux heures, entre temps, avec Ariane au téléphone qui tente et parvient partiellement à remonter le niveau de ma classe.

J’arrive à pleurer malgré le Prozac. C’est très bien, me dit Ariane.
Enfin (19h30) !… Une fille laide mais jeune s’est retournée sur moi.

Une jeune fille m’a vu et regardé sans déplaisir.

J’ai jeté un coup d’œil derrière, me suis pincé ; c’était bien pour moi… J’en avais presque la nausée…
23 heures. Si je m’étais flingué ce matin, qu’aurais-je perdu exactement ? J’aurais manqué quoi ? Le regard d’une jeune fille laide ? Bonne journée.
24 heures. Un nouveau pile-ou-face me ramène à L’Affût pour une petite demi-heure. Juste ce qu’il faut pour me remettre de mauvaise humeur.


Dimanche 5/10/97.

Il faut, si je veux parvenir à me désobéir, que je sois fort, très fort. Mais dès lors que plus personne ne m’aime (d’amour, j’entends), à quoi bon continuer à me traîner ainsi, à pleurer sur mon sort, de plus en plus aigri, de plus en plus déçu… ? A quoi bon me forcer quand tout m’ordonne d’abandonner ?
Je suis triste et désemparé, seul et désespéré.

La vie ne vaudrait d’être vécue sans amour, dit-on, mais l’avec n’est pas mieux, qu’un leurre momentané qui ne nous flatte d’abord que pour mieux nous humilier ensuite.


Lundi 6/10/97.

7h30 du matin. Je devais déjeuner avec J.R., répéter cette après-midi… J’ai passée une nuit pratiquement blanche chez Ariane. Insomnie, moustiques…

Je suis dans le train qui me ramène à Beauvais… J’ai tout annulé…
Petites réflexions sur le suicide, faites hier soir en essayant de m’endormir.

Depuis le temps que j’y pense, c’est la première fois que j’y réfléchis.

Il y a (au moins ?) deux sortes de suicides ; le suicide avec raisons et le suicide sans raison. Les buts sont différents.

Dans le premier cas, une raison, une cause, un événement irrémédiable fait que la vie n’a plus de raison d’être.

Dans le deuxième cas, il n’y a aucune raison, cause ou événement qui vienne troubler l’ennui et la fastidieuseté de l’existence. Et c’est pour créer de la vie que l’on songe à mourir - pas à la mort, à mourir -, pour se trouver une raison d’être. Ou de ne plus être, qu’importe.

Dans le premier cas, on désire la mort.

Dans le deuxième, on provoque la vie.

Les suicides ne sont jamais ratés dans le premier cas.

Dans le deuxième, le taux de réussite n’a aucune importance car quoiqu’il advienne, il advient forcément quelque chose, et quelque chose c’est toujours mieux que le rien d’avant.

Il est évident que les personnes qui parlent le plus de suicide font partie de la deuxième catégorie. En parler, c’est déjà un petit coup de pied dans le non-événement.
J’ai quelques passages assez difficiles à franchir en ce moment mais, en même temps, un véritable sentiment de changement par la confirmation.

Ou le contraire…
Cette année (9/96 - 9/97) fut exceptionnellement bénéfique, ce qui n’est pas très compliqué après quinze ans d’esclavage, mais tout de même.
Allez, petit bilan annuel :

Musique : 3 cassettes, Deux concerts, deux tremplins, arrivée d’un batteur, d’un bassiste, départ du guitariste, du bassiste, arrivée d’un autre bassiste. Et une bonne quinzaine de musiques de fort bonne facture, ma foi.

Ariane : Superbe relation qui, tout en se clarifiant sur le plan amoureux (fin), s’épanouit dans une inébranlable amitié. Bel exploit.

Argent (c’est important) : La combinaison loyer + Assedic fonctionne, pour l’instant, parfaitement. Investis dans les 20 000 francs de matériel de musique, dont dix à rembourser à ma mère.

Mouvements : Paris — St Trou-Sur-Aveyron — Courson — Beauvais…
La solitude, le doute, la réflexion, la peur, la fierté, la honte, la tristesse, le froid, la mort de Toto… Et puis mon père ensuite, Courson, la méfiance, la crainte l’anxiété, la lâcheté et puis la fuite, la rébellion, l’affirmation, la réflexion, les découvertes, l’ennui, la paranoïa…


Relations : Là, je dois avouer que cela s’est plutôt gâté…

Ceux que j’ai vu (hormis Ariane et les membres du groupe) : J.R. (une fois), mes parents, Sylvain, Antoine (deux fois), et les tombés pour la France : la Blaise’s family (une fois) et la John’s family (une fois).

Ceux que je risque fort de ne jamais revoir : Igor, les autres musiciens partis, Garance (une fois au téléphone) et les autres tombés…

Amour : néant.


Jeudi 9/10/97.

Encore raté mon train. Je devais répéter à 13 heures. Je n’y serais pas avant 14h30. Je crois que j’aurais encore préféré annuler plutôt que d’arriver en retard…
Je rêve d’une société basée sur la seule règle qu’il est interdit d’imposer sa façon de voir ou de faire preuve d’une quelconque autorité. Car le fascisme est là, nulle part ailleurs, dans la politique comme dans l’amour, un fascisme pratiqué par chacun, à droite comme à gauche. Les maîtres, les parents, les costauds, les adultes, les friqués, le patron qui punit l’employé qui punit sa femme qui punit son fils qui punit le chien…

Tous, tous fascistes! Sauf le chien.

Et puis il y a le fascisme réclamé, l’autorité demandée, la loi du plus fort, du plus grand nombre qui préfère obéir à réfléchir (et là j’inclus les chiens). Ce fascisme-là, à qui l’on donne consciemment les pleins pouvoirs (élections), son argent (consommation) et sa vie (travail, famille, patrie), s’appelle Démocratie (la “MacDem” pour les intimes).


Lundi 13/10/97.

« L’artiste veut l’oisiveté, le célibat et la désertion ». M. Onfray, La sculpture de soi.
L’homme produirait moitié moins de sperme qu’il y a 50 ans, et tendrait donc à disparaître au profit de la femme qui, elle, on le sait maintenant, est tout à fait capable de se reproduire seule, par clonage. Je trouve que c’est une bonne nouvelle. Si, à court terme, cela pouvait écraser l’arrogance des hommes, solliciter l’affirmation des femmes…

J’aurais voulu être une femme, je crois, pour faire plaisir à maman.


Mardi 14/10/97.

Réveil limite comme à chaque fois que je dois me lever.

Train, direction Paris pour répéter. Le nouveau bassiste est nul. Je ne sais pas si je dois le virer tout de suite ou non.
Un peu moins envie de voir Ariane en ce moment, besoin de recul…

Une des nombreuses difficultés qui jalonne cette aventure est qu’il faut atteindre l’indépendance sans passer par l’égoïsme (sinon tu es obligé de tout recommencer depuis le début…).
Première séance d’entraînement : Laetitia, laide, la trentaine, cheveux blancs par-ci par-là, grandes cernes couperosées mais, petit un : c’est elle qui m’a adressé la parole et, petit deux : elle lisait le Monde Diplomatique.

Vu que le sexe me fait peur et que je crains d’être devenu impuissant, je pense qu’il est préférable, dans un premier temps, de m’entraîner avec des femmes laides, beaucoup moins traumatisantes et pas forcément connes.

Laetitia donc, hier, dans le train. Dès qu’elle est montée, quelque chose, un regard et puis, sans hésitation, son sac, par terre, à côté de moi. Un siège nous sépare, se sont des banquettes pour trois, l’idéal car je ne pense pas qu’elle aurait osé m’approcher de plus près, d’autant qu’il y a de la place partout…

Je la regarde un peu, fille à problèmes, cicatrices aux poignets, anorexique, fragile… Je me persuade de l’aborder si elle descend à Beauvais mais c’est elle, à je ne sais plus quel arrêt, qui me demande s’il faut changer je ne sais où pour se rendre à Beauvais. Je soupçonne la question prétexte.

Mais non, connasse, lui rétorqué-je illico!

Non. C’aurait été sûrement plus drôle mais non, j’ai préféré rester dans le classique pour une première approche, le genre « Vous habitez Beauvais ?… Ah… ! Des amis…! Oh, très jolie, charmante, superbe cathédrale !… Je n’y suis que depuis deux mois mais… » Etc, comme ça venait les poncifs.

Et quand je n’en pouvais plus, c’est elle qui relançait. Rien de plus, un petit café vite-fait et salut.

Je trouve que j’ai parfaitement assuré sur ce coup.
Casser la voix” de Bruel, à la radio, et c’est la rue Myrha et mon plus bel amour qui me monte à la gorge…


Mercredi 15/10/97.

Annulé la Dame et la répétition d’aujourd’hui.

Aucune envie d’aller à Paris. Je prétexte une migraine.

Il y a des jours comme ça. Des jours de froid où, à peine éveillé, Torchon vient se glisser dans mes bras, sous la couette, en ronronnant… Des jours où, du coup, je n’ai plus très envie de bouger…
Je ne sais absolument pas quelle heure il peut être… Je pensais m’être levé aux alentours de 14h/14h30 or, à la poste, l’horloge indiquait 14 heures et, actuellement, c’est à dire une bonne heure plus tard, le flipper installé face à moi indique 13h29…

Il y a peut-être eu un changement d’horaire…

J’aurais, en fait, largement eu le temps de me rendre à Paris, chez la Dame, en répétition, mais il est tellement agréable de sécher parfois, de désobéir, ne serait-ce qu’à soi-même…
Ariane (hier soir, au téléphone) rêve de tomber amoureuse…
Relu mes carnet 86/87. Il est étonnant de constater à quel point je ne change pas, à quel point la direction était déjà la même, à quel point j’étais, déjà, sans le savoir.


Jeudi 16/10/97.

Hier soir, Paul est venu me chercher pour aller prendre un verre.

Il n’était pas seul. Deux de ses amis l’accompagnaient, du genre costauds. Je ne me suis pas senti la force de refuser.

Café de la Gare. Un type, la cinquantaine, petit clavier, boite à rythmes, nous fait un karaoké de grande conviction, touchant d’émotion, d’investissement… Une sorte d’homme, un vrai…

Bande de filles attendant la sortie des serveurs. Les filles seules, dans les bars, sont avant tout des amies des barmen…

Billard ensuite. Aussi mort, aussi vide, assez chiant.


Vendredi 17/10/97.

Deux choses.

La première est que je ressens, pour les enfants, la même compassion que celle que j’ai pour les bêtes domestiques : ni les uns ni les autres n’ont demandés à subir l’homme. Ils ne sont là pourtant que pour son plaisir…

La deuxième est que, lorsque j’essaie de dénombrer les inconvénients du célibat, je n’en vois qu’un : le cul. Et encore, le même cul sous la main durant plusieurs années peut aussi devenir un sérieux inconvénient… Les avantages, par contre, me sautent aux yeux : liberté de temps, d’espace, indépendance totale, possibilités intactes et, en plus, ça fait beaucoup moins de vaisselle…

99 lits où mon sommeil eut lieux

Samedi 18 octobre 1997

Il semble acquis que Læticia ne rappellera pas. Ce n’est pas bien grave. Il était important d’oser, pas de prolonger.
Dans mon journal d’il y a dix ans, tout est là, déjà. Je connais ma voie et tente de la suivre envers et contre tous ceux dont je subis la constante pression; tous ceux qui tombent et rêvent de m’entraîner dans leur chute…
Douce matinée (je m’entends; il est 14h30) ensoleillée.


Dimanche 19/10/97

Le temps est quasiment identique à celui d’Amorgos, au mois d’Août, vers les 5 heures du matin, quand on attend le bateau… Sauf qu’il est midi, et que je suis à Beauvais en plein mois d’octobre…

Mauvaise humeur ce matin.
Ne puis-je pas trouver cette candeur, cette naïveté, cette simplicité, cette fraîcheur d’âme sinon de corps, chez les babas, tout simplement?…
Train : une petite Aurore (c’est écrit sur le dauphin qu’elle porte au cou), flanquée de ses sœurs, frères et mère, m’envoie quelques œillades-baume au cœur…


Lundi 20/10/97

Parler un peu de quotidien, peut-être… Je n’ai plus d’eau chaude depuis deux jours, plus de bouffe à chat, 5000 francs de facture à régler… et puis quoi?…
« 2 meilleures amies (c’est fait) et 2 amantes sûres, m’avait conseillé J.R.… »

Nausée…


Mardi 21/10/97

Envie d’écrire sans trop savoir quoi… Il fait froid. L’hiver arrive. Il va me falloir un peu de temps avant de pouvoir m’habituer à ce nouveau rythme.

Plus de soleil.

Les journées de soleil sont assez simples à gérer dans la solitude : coucher tard, lever midi, lecture dans la cour, “Friends” à 18h15… et puis lecture encore, ou télé…

L’hiver est différent (c’est aussi pour ça qu’il ne porte pas le même nom). Intérieur obligatoire. Il me faut progressivement revenir à des occupations plus domestiques (musique, ménage, papiers en retard…).

Il m’est difficile de passer de la douceur du farniente au travail… Surtout en début de journée… même si les résultats d’hiver sont beaucoup plus réconfortants, motivants, satisfaisants (je ne trouve pas le mot exact)…

Je mourrai sûrement en hiver.
Hier soir, après avoir visionné un film de Deville tournant vaguement autour d’un groupe de femmes de la quarantaine (j’ai oublié le titre), et relu quelques pages de mes carnets de 88, la pensée troublante que je ne semble strictement rien connaître aux femmes… Du moins pour ce qui est de leurs attentes amoureuses… Or, j’étais persuadé non seulement de les comprendre mais de me sentir plus proche d’elles que des hommes… Tout faux. Je m’étais même cru femme. Je n’avais rien compris. Ni des hommes, bien sûr…

Mon rêve lesbien vient peut-être de cette jalousie que j’éprouve vis-à-vis de ces désirs masculins/féminins qui m’échappent…

Pour moi, par exemple, draguer dans la rue m’a toujours semblé être un acte du même ordre que celui d’aller aux putes.

En fait, j’ai parfaitement adopté l’aigreur féministe en vogue dans mon enfance…

C’est la morale de cette morale (que les femmes aiment les cochons) qui commence à m’apparaître… 

Il semblerait, par exemple, que contrairement à ce qu’on m’a appris, les femmes aiment être draguées. Même dans la rue. Que le dragueur, pour elles, n’est en rien comparable à l’exhibitionniste ou au violeur, et qu’elles n’iront pas forcément courir à la police si on leur adresse la parole…

Tout à revoir… Elevé en vieux con… Qu’une femme draguée ne se déconsidère pas… Qu’elle puisse accepter un verre autrement que par dépit…

D’ailleurs mon attirance pour les névrosées, les mal-dans-leur-peau, les suicidaires (Læticia avait une longue cicatrice au ras du cou) vient de cette idée que leur désespoir seul peut les pousser à répondre à un inconnu (au point où elles en sont)…

Il me faut désormais assimiler l’idée qu’une femme, quelle qu’elle soit, sera toujours flattée d’être draguée. Surtout par moi.
Profiter de l’hiver pour écrire. Je m’aperçois que, dix ans plus tard, même le remplissage de contenance revêt un intérêt capital… 

Ecrire et laisser le temps faire son travail.
Je ne rêve plus. Je dois me lever trop tard pour ça, prendre trop de médicaments aussi…
Qu’est-ce que j’ai pu aimer, quel nombre incroyable d’aventures potentielles j’ai pu avoir début 88 !…
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