Fiche de lecture critique





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Fiche de lecture critique
Auteur : Georges Lukacs

Titre : La Théorie du roman

Edition : Paris, Gonthier, 1971. l’ouvrage a été publié pour la 1ère fois en 1920 (en allemand, à Berlin). Puis l’auteur l’a renié et a refusé toute réimpression jusqu’en 1962, date de sa « redécouverte », en Allemagne, puis en France.
Courant critique, idéologie, méthode : marxiste (ou “pré-marxiste”, hégélien). Reprend à Hegel, relu par Marx, le concept de “structure dynamique significative”, qu’il appelle simplement “forme”. Mais La Théorie du roman se situe juste avant (en 1920, Lukacs a des positions marxistes qu’il n’a pas encore lors de la rédaction de l’ouvrage, vers 1917, d’où son reniement ultérieur). Une “forme” (structure significative) est un fait humain / une expression littéraire qui rend compte d’un mode de relation entre l’individu et la société : par exemple, les formes de refus ou d’évasion (sujet d’un autre ouvrage de Lukacs, en 1910, L’Ame et les Formes).
Sujet de l’ouvrage : les formes épiques (épopée, tragédie, roman), philosophie historique des formes.
Thèse : les différentes “formes” épiques sont l’expression des relations complexes qu’entretient l’individu avec le monde. L’épopée est l’expression d’un monde clos et parfait, intelligible ou l’homme et le monde ne sont pas séparés ; la tragédie est la forme de la conscience et de la mort ; le roman, celle de la maturité, celle de la quête de l’homme dans le monde, d’un monde problématique, dont la signification n’est plus donné mais à construire.
Structure : 2 parties

  1. Les formes de la grande littérature épique dans ses relations avec la civilisation, selon qu’elle constitue un tout achevé et clos ou qu’elle est problématique [théorie].

  2. Essai de typologie de la forme romanesque [exemples, applications].


Synthèse de la 1ère partie :

      • L’âge de l’épopée (grecque, modèle inégalable : Homère) est un monde clos, homogène, dont la signification est comprise d’un seul regard, l’individu et le monde sont confondus : Lukacs dit « le Grec a répondu avant de s’être interrogé » (p.23). Avec le Christianisme, l’harmonie est brisée : le péché est une faille qui brise l’union de l’homme et du monde, il n’y a plus de « totalité spontanée de l’être », le monde doit être racheté, l’identité est à conquérir.

      • Ces deux visions du monde s’expriment à travers des « formes » littéraires qui évoluent selon une dialectique « historico-philosophique ». il y a une corrélation étroite entre une forme d’art et une vision historique ou philosophique du monde : entre la littérature et l’histoire. Par exemple : entre le romantisme (allemand) et le concept de roman, car « la forme romanesque traduit plus que toute autre ce qui n’a que transcendantalement ni feu ni lieu » (p.32).

      • L’évolution se voit déjà à travers les 3 formes de la tragédie grecque, de la « tragédie moderne » (depuis Shakespeare) et du « drame » (néo-classique, romantique) : la tragédie grecque est une forme de plénitude où la tension avec la « vie » n’existe pas, la tragédie « moderne » « consume la vie » (p.35), le héros doit s’élever au dessus de tout ce qui est humain, le héros tragique duit sa déception devant la vie et clame sa désolation (d’où la portée élégiaque, le lyrisme du héros). Le drame lui, reconnaît la puissance de la vie mais ne l’affronte ni ne la nie, il s’en tient à l’écart.

      • Cependant, les deux grandes « objectivations » de la littérature épique sont l’épopée et le roman : « la différence [entre les deux] ne tient pas aux dispositions intérieures de l’écrivain, mais aux données historico-philosophiques qui s’imposent à sa création. » (p. 49). Le « roman est l’épopée d’un monde sans dieux » (p. 84). Le héros de roman naît d’une altérité avec le monde extérieur, le monde n’est plus une totalité mais est problématique. Le héros de roman est ainsi un « individu », solitaire, alors que celui de l’épopée « n’est jamais un individu », car l’univers épique est un tout organique dont il fait partie.

      • Cette coupure est aussi celle qui oppose l’univers du « vers » et celui de la prose : le vers est densité, il isole, crée des distances entre les personnages : il a donc une fonction inverse entre la tragédie (ou le vers est l’expression d’un lyrisme désespéré du héros) et l’épopée (ou le vers exprime le cheminement, elle est la forme du « vivant », du mélange entre trivial et idéal.

      • D’où une théorie (et éloge) de la forme romanesque : à la différence de tous les autres « genres littéraires », le roman ne repose pas dans une forme achevée mais apparaît comme « quelque chose qui devient, comme un processus » (p. 67). Sa forme extérieure est essentiellement biographique : il est la forme de l’affrontement entre l’individu et le monde, une forme du devenir humain. Il est « la forme de l’aventure » : tout roman peut ainsi se résumer comme « l’histoire de cette âme qui va dans le monde pour apprendre à se connaître, cherche des aventures pour s’éprouver en elles, et par cette preuve, donne sa mesure et découvre sa propre essence » (p. 85). Il est donc aussi une forme de l’ironie (« cette liberté de l’écrivain à l’égard de Dieu », p. 89) – du questionnement, du doute, ce que refuse la « sécurité » du monde épique.


Synthèse de la 2ème partie :

      • Il s’agit des « exemples » d’œuvres qui viennent illustrer la théorisation précédente.

      • Chap. 1 : l’idéalisme abstrait. Le roman de l’idéalisme abstrait (roman des héros idéaux) est mis en scène par Cervantès. Don Quichotte constitue la « transition » parfaite entre l’univers épique et l’univers du roman « moderne » : « ce n’est pas un hasard historique si Don Quichotte fut conçu comme parodie des romans de chevalerie, et la relation qui l’unit à eux dépasse le plan de l’accident. » (p. 96). Il s’agit d’un moment où les romand de chevalerie ont perdu leur fonction, leur raison d’être historique (des formes d’un monde parfait, où le modèle chrétien a recréé une transcendance).

      • Chap. 2 : Le romantisme de la désillusion. Le roman du XIXème siècle est l’expression d’une discordance maximale entre l’individu et la société, ce qui se traduit notamment par l’importance du traitement du temps, représenté comme durée : le temps est la forme de l’errance et de la dépravation (dans le romantisme). Le drame « ignore » la notion de temps (règle de l’unité de temps), l’épopée se déroule sur un long temps (les 10 ans de l’Iliade ou de l’Odyssée), mais ce temps n’a pas plus de réalité que dans le drame. « Dans le drame et dans l’épopée, le passé n’existe pas ou est entièrement actuel » (p.125). Ainsi, « c’est seulement dans le roman, dont tout le contenu consiste en une quête nécessaire de l’essence et dans une impuissance à la trouver, que le temps se trouve lié à la forme », « toute l’action du roman, n’est qu’un combat contre les puissances du temps ». (p. 121).

      • Chap. 3 : Goethe, Les Années d’apprentissage de Wilhelm Meister. Le modèle de Lukacs est alors celui du roman d’éducation (Bildung’s roman), le chef-d’œuvre de Goethe, conçu comme une synthèse, la représentation d’une « réconciliation » entre l’individu et le monde.

      • Chap. 4 : Tolstoï. Lecture « utopiste » de Tolstoï : conçu comme un sommet, le signe d’une « percée vers une nouvelle époque de l’histoire mondiale » (fin du capitalisme et mise en place d’une société nouvelle dégagée des impératifs sociaux-économiques).


Mots clés : théorie du roman, épopée, tragédie, drame, romantisme, idéalisme, temporalité, vers/prose, littérature et société.

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