Rôle du temps et de la pluridisciplinarité dans la néologie sémantique en





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Rôle du temps et de la pluridisciplinarité dans la néologie sémantique en

contexte scientifique. Études outillées en corpus

Anne Condamines

Nathalie Dehaut

Aurélie Picton

Introduction
Jusqu’à il y a une quinzaine d’années, la néologie sémantique a été assez peu étudiée dans les corpus spécialisés. En revanche, elle a fait l’objet de beaucoup de travaux dans les corpus non-spécialisés. Depuis quelques années, deux éléments majeurs ont modifié la situation. D’une part, la vision d’un fonctionnement terminologique stable et parfaitement circonscrit a été remise en question et les phénomènes de variation sémantique ont commencé à être étudiés. D’autre part, le développement d’outils d’analyse de corpus a permis de tester des hypothèses sur le fonctionnement lexico-sémantique de manière systématique et rapide. Ces deux éléments ont ouvert des perspectives nouvelles dans le traitement sémantique des corpus spécialisés ; ils sous-tendent les études présentées dans ce chapitre. Un autre paramètre, également important dans ce chapitre, tient au fait que les deux études qui sont évoquées concernent des domaines scientifiques. Les corpus étudiés sont donc bien spécialisés mais la nature de leur spécialisation implique une attention particulière à la notion de nouveauté qui, dans les sciences, rencontre inévitablement la dimension extra-linguistique avec la création de nouveaux concepts.

Le chapitre décrit deux types de travaux sur la néologie sémantique en mettant l’accent sur la façon dont les outils peuvent assister la mise au jour des phénomènes en corpus scientifique. Il insiste sur la manière dont ces indices sont interprétés selon l’objectif de l’étude (le repérage de la néologie sémantique donc) et le paramètre extérieur auquel on peut associer les phénomènes de néologie, soit l’évolution dans le temps (toujours présente dans la néologie mais sur lequel nous nous focalisons dans la première étude) ou la pluridisciplinarité (deuxième étude).


La partie 1 s’intéresse aux particularités de l’étude de la néologie sémantique en contexte scientifique. La partie 2 montre comment les indices fournis par les outils sont mis en œuvre et interprétés dans chaque type de néologie sémantique.
1. Étude de la néologie sémantique en contexte scientifique
Cette partie présente les enjeux des études sur la néologie sémantique en corpus scientifique et le cadre d’analyse des deux études.


1.1. Néologie et terminologie


Contrairement à la langue générale, ce n’est que récemment que la néologie sémantique a fait l’objet d’études poussées en terminologie (avec des thèses comme celles de (Assal, 1992) (Oliveira, 2009) ou (Ungureanu, 2003) notamment). En effet, la doctrine longtemps dominante en terminologie, appelée Théorie Générale de Terminologie (TGT) et édictée par le viennois E. Wüster dans les années 1930 préconisait une vision prescriptive de la terminologie. Si la néologie était considérée, c’était seulement via la création délibérée et « consciente »   de termes. Cette vision ne tenait compte ni de l’évolution dans le temps, ni de l’évolution des connaissances, ni de l’évolution liée au contact avec d’autres disciplines qui influencent souvent imperceptiblement le fonctionnement des mots. En d’autres termes, elle souhaitait protéger la terminologie de tout usage réel, associé à la « langue commune »   susceptible de « pervertir »   la terminologie : « En voulant effectuer le transfert inadmissible à la terminologie, des expériences accumulées dans le domaine de la langue commune, on a pendant des années opposé à la normalisation de cette dernière la devise suivante : la langue ne se laisse pas normaliser ». (Wüster, 1981 : 65).
Un tel point de vue, éminemment positiviste, s’est heurté d’une part aux besoins de traitements automatiques des documentations d’entreprises qui ont rencontré des usages de termes ou des sens non prévus et, d’autre part, aux études théoriques sur le fonctionnement du lexique qui ont montré qu’il n’était pas justifié de considérer que la terminologie aurait un fonctionnement complètement différent de celui du lexique « général ».

Dès lors, des études se sont mises en place, prenant en compte la réalité des usages dans les textes (voir ci-dessous) et la question de la néologie a commencé à être réexaminée, mais plus seulement dans une perspective de création consciente et délibérée des termes (Sablayrolles, 2008).


1.2. Spécificités des contextes scientifiques


La néologie en contexte scientifique pose inévitablement la question des liens entre langue et connaissances. Il est en effet difficile d’imaginer, dans ces contextes, une évolution sémantique qui ne serait pas accompagnée d’une évolution conceptuelle et une évolution conceptuelle qui ne serait pas manifestée par une évolution linguistique. Ce deuxième point a pu être discuté. Plusieurs scientifiques ou/et philosophes des sciences pensent en effet que la création scientifique est au-delà de la dimension langagière : 
« La véritable création commence où finit le langage. » (Koestler, 1965).
« Les mots et le langage, écrits ou parlés, ne semblent pas jouer le moindre rôle dans le mécanisme de ma pensée »   (Einstein, cité par Paty, 1999).


La plupart des épistémologues admettent toutefois des relations étroites entre création scientifique et évolution linguistique, ne serait-ce que parce que la manifestation linguistique permet d’intégrer la connaissance nouvelle dans un paradigme disciplinaire.
« l’invention est une séquence qui ne se limite pas aux épisodes privés de la conception et de l’élaboration, car elle n’entre dans le circuit intellectuel (et n’a une chance de jouer un rôle novateur dans la connaissance) qu’une fois communiquée » (Schlanger, 1991 : 93).

Il faut toutefois se garder de penser que ces deux types d’évolution seraient en miroir. Il existe probablement une création scientifique non verbalisable qui sous-tend la création verbalisable et il existe une création langagière qui ne concerne pas la création scientifique, même en contexte scientifique. Par ailleurs, la vision d’une néologie seulement lexicale : un concept/un terme est beaucoup trop restrictive. De la même façon qu’une langue n’est pas une suite de mots, une discipline scientifique n’est pas une suite de concepts. Comme le dit le lexicologue Guilbert : « Pour reconnaître l’emploi nouveau d’un même signe, il faut faire intervenir l’entourage du mot […]. La relation du mot avec les autres mots de la chaîne de l’énoncé doit donc être prise en considération pour définir une typologie des néologismes. » (Guilbert, 1975 : 56).
Malgré ces difficultés à caractériser les liens entre néologie sémantique et création scientifique, nous pensons que l’étude linguistique des discours scientifiques et, tout particulièrement, l’étude de leurs contextes d’apparition peut aider à repérer de fines évolutions linguistiques dont la mise au jour pourrait servir à éclairer des évolutions scientifiques et techniques. Cette étude est dorénavant facilitée par la linguistique outillée même si, nous allons le voir, l’aide fournie par les outils se manifeste surtout sous la forme d’indices dont la nature est en fait assez limitée et qu’il faut interpréter en fonction de l’objectif d’étude.


1.3. Linguistique de corpus pour l’étude de la néologie sémantique en domaine scientifique

Les premières mises en question de la terminologie wüstérienne, dans les années 1990, ont correspondu avec le déploiement de la linguistique de corpus, ce qui a contribué à la définition d’une terminologie textuelle (Slodzian, 2000). Contrairement à l’approche wüstérienne, la terminologie textuelle préconise la prise en compte des usages réels, tels qu’ils se présentent dans les textes (au sens large, y compris les transcriptions d’oral) pour l’étude de la terminologie. Les études n’ont d’ailleurs pas toujours pour but de construire une terminologie mais, souvent, le lexique est considéré comme un moyen d’entrer dans le texte pour l’étudier dans toutes ses dimensions. Cet accès lexical aux textes est facilité par les outils qui eux-mêmes ne traitent que des chaînes de caractères, qui, par elles mêmes, n’ont aucun sens. Tout en ayant cette limite à l’esprit, on peut trouver dans ces outils une assistance à la détection de phénomènes non visibles « à l’œil nu ». Les outils peuvent fournir trois types d’indices qui, selon les corpus sur lesquels ils sont mis en œuvre et en fonction de l’objectif de l’étude (lui-même jouant un rôle majeur dans la constitution du corpus), contribueront à des interprétations différentes. Dans la linguistique de corpus ces trois indices sont le plus souvent mis en œuvre pour comparer des corpus, cette comparaison contribuant elle-même à l’interprétation. Ces indices sont détaillés dans la partie 2 mais en voici un premier panorama :

- Indices quantitatifs : dénombrement de formes et étude de leur significativité ;

- Indices de variation de formes pour un terme donné : variation concernant les monotermes (un seul mot) ou les polytermes (plusieurs mots) ;

- Indices de variation de distribution : c’est-à-dire de variation de contextes (selon le distributionalisme, le sens d’un mot, c’est l’ensemble des contextes dans lequel ce mot apparaît).
Ces indices peuvent être mis en œuvre quel que soit le phénomène linguistique étudié. Ainsi que nous le verrons, la variation sémantique est directement concernée par la variation de distribution mais la fréquence joue aussi un rôle important. La prise en compte des contextes peut se faire soit par la recherche de contextes auxquels on a associé un sens a priori, soit par l’interprétation de contextes fournis par des outils. Afin de mieux comprendre cet aspect, ces deux types de démarche sont détaillés dans la suite de l’article.

1.4. Néologie sémantique et analyse distributionnelle


L’analyse distributionnelle, entendue au sens de prise en compte des co-textes dans lesquels apparaissent les mots, est à la base de toute analyse du sens en corpus, qu’elle soit manuelle ou automatique (Condamines, 2005). En effet, selon le distributionalisme des origines, toute modification du contexte est à associer à une modification de sens. Cette hypothèse est bien sûr particulièrement intéressante dans la perspective d’un traitement outillée des corpus. Dans une telle perspective, il faut toutefois tenir compte de différents éléments.
- Modifications de sens

Le changement de sens peut lui-même renvoyer à plusieurs types de phénomènes au premier rang desquels, on trouve la polysémie et la métaphore.

Dans le repérage en corpus, la polysémie est toujours associée à une variation co-textuelle, que ce soit dans une perspective manuelle (Bastuji, 1974), automatique (Bertels, 2006 ; Teubert, 2002) ou seulement outillée (Condamines et Rebeyrolle, 1996). Par ailleurs, de nombreux auteurs associent la polysémie à la néologie sémantique (Boussidan, ce numéro) : « la néologie sémantique est un cas particulier de la polysémie, avec un trait diachronique de nouveauté dans l’emploi, donc dans le sens ».   (Bastuji, 1974 : 6).

Quant à la métaphore, elle est la plupart du temps associée à une modification de sens (souvent considérée comme un écart par rapport au fonctionnement attendu) qui se traduit par des modifications sémiques elles-mêmes repérables dans les contextes d’apparition (Perlerin et al., 2005).

En outre, lorsqu’elles sont étudiées dans les domaines scientifiques, les métaphores sont souvent associées à une situation de vulgarisation ou tout au moins de didactique. L’hypothèse est alors que par le recours à la métaphore, et par analogie, on peut faire comprendre à des non-spécialistes le concept qui est en jeu (Oliveira, 2009). En tout cas, la métaphore n’est pas alors considérée comme un procédé rhétorique mais bien comme un procédé « didactique ».

D’un point de vue méthodologique, il semble difficile de caractériser, sur la seule base d’une variation distributionnelle, à quel phénomène sémantique précis se rapporte le changement de contexte : polysémie ? métaphore ? néologie sémantique voire « simple » homonymie ?  Dans un contexte strictement scientifique (variation temporelle ou inter-disciplinaire), il semble peu probable de repérer des fonctionnements métaphoriques si l’on entend par ce fonctionnement le recours à une analogie avec un référent plus accessible.
- Modification de co-texte

Dans les approches automatiques, le co-texte est entendu au sens large ; les outils utilisent de très gros volumes de données textuelles et recherchent des formes dans l’environnement immédiat des mots. Par exemple, la présence de formes similaires dans l’environnement de deux mots différents est considérée comme le signe d’une synonymie de ces mots (Bourigault et Galy, 2004). Pour les cas de métaphore, des ressources préexistantes sont utilisées (comme Wordnet dans (Mason, 2004)), qui permettent de comparer les formes «  normales » donc attendues et les formes «  anormales » donc potentiellement signes d’un trope. Ces approches, dont les résultats sont plus ou moins aléatoires, peuvent très difficilement être mises en œuvre avec des corpus spécialisés toujours beaucoup moins volumineux que les corpus de langue « générale ». L’étude peut être assistée mais c’est au linguiste d’interpréter les co-textes pour décider s’il perçoit une différence nette ou une similarité ou encore une simple variation. Il est évident que cette appréciation est en partie liée à l’analyse individuelle du linguiste et en partie à l’objectif de l’interprétation. C’est à la prise en compte de cet objectif et du rôle des experts que nous nous intéressons particulièrement.

- Rôle de la situation extra-cotextuelle

L’approche distributionnelle se limite au co-texte, c’est-à-dire, la plupart du temps, à la phrase dans laquelle apparaît un mot. Ce point de vue est restrictif car il ne tient pas compte de la cohérence globale du texte et encore moins de celle du corpus (ensemble de textes rassemblés dans le but d’une étude particulière). Or, ainsi que le pensent les tenants de la linguistique textuelle (Adam, 1999 ; Rastier, 2001), le texte constitue déjà un cadre interprétatif via les isotopies qu’il met en œuvre. Le sens d’un mot varie ainsi en fonction du co-texte immédiat mais aussi en fonction de la globalité sémantique qui sous-tend le texte. Dans cette perspective, la position d’un mot dans le texte, son mode de mise en valeur, sa récurrence dans certaines parties du texte sont des indices qui interviennent pour comprendre son fonctionnement sémantique. Ces éléments sont très peu pris en compte par les outils de traitement automatique.

- Rôle de l’objectif d’interprétation

L’objectif d’interprétation joue, dans notre approche, un rôle déterminant tant pour la constitution du corpus d’étude que pour l’interprétation des phénomènes langagiers ou le mode d’intervention des experts. Dans les deux études que nous présentons, la dimension scientifique est également présente mais dans un cas, ce qui est étudié, c’est le rôle du temps sur l’évolution du sens et dans le second cas, c’est le rôle de la pluridisciplinarité. De ce fait, les méthodes d’analyse sont similaires mais les résultats assez différents et la perspective dans laquelle nous interrogeons les experts déterminent fortement leur démarche de validation.
- Rôle du corpus

Le corpus constitue notre objet d’étude. Il est constitué avec beaucoup d’attention pour être autant que possible lié à la problématique qui nous occupe. Nous considérons donc qu’il a sa propre cohérence et que nous pouvons nous fier aux manifestations qui s’en dégagent pour pouvoir soumettre les résultats que nous en tirons aux experts, avec une certaine assurance.
Toutefois, les études que nous menons ne sont pas totalement « corpus-driven » (Tognini-Bonelli, 2001). D’une part, nous l’avons dit, elles sont orientées par l’objectif de l’étude et, d’autre part, les données sont travaillées avec nos compétences de locutrices et nos compétences de linguistes. Nous verrons dans la suite de l’article comment notre compétence a priori se combine avec les données du corpus pour construire des interprétations.
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