Leçon 1 06 Novembre 1957





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réel - c’est tellement de comprendre qu’il s’agit ?
Si c’est purement et simplement d’un rapport au réel qu’il s’agit, notre discours doit arriver sûrement à le restituer

dans son existence de réel, c’est-à-dire ne doit aboutir à proprement parler à rien. C’est ce que fait d’ailleurs en général le discours. Si nous aboutissons à autre chose, si on peut même parler d’une Histoire ayant une fin dans un certain savoir, c’est pour autant que le discours y a apporté une transformation essentielle [Cf. Hegel et « le savoir absolu »].
C’est bien de cela qu’il s’agit, et peut-être tout simplement de ces quatre petits termes liés d’une certaine façon

qui s’appellent rapports de proportion. Ces rapports de proportion, nous avons une fois de plus tendance à les entifier

c’est-à-dire à croire que nous les prenons dans les objets. Mais où sont, dans les objets, ces rapports de proportion,

si nous ne les introduisons pas à l’aide de nos petits signifiants ?
Il reste que, pour que tout jeu métaphorique soit possible, il faut qu’il se fonde sur quelque chose où il y ait quelque chose à substituer sur ce qui est la base, c’est-à-dire la chaîne signifiante :

  • la chaîne signifiante en tant que base,

  • en tant que principe de la combinaison,

  • en tant que lieu de la métonymie.


C’est ce que nous essayerons d’aborder la prochaine fois.


27 Novembre 1957 Table des séances


Nous avons laissé les choses la dernière fois au point où dans l’analyse du trait d’esprit, par un premier abord je vous avais montré un de ses aspects, une de ses formes dans ce que j’appelle ici la fonction métaphorique.

Nous allons en prendre un deuxième aspect qui est celui ici introduit sous le registre de la fonction métonymique.

En somme vous pourriez vous étonner de cette façon de procéder qui est de partir de l’exemple pour développer successivement des rapports fonctionnels qui semblent, de ce fait, ne pas être reliés à ce dont il s’agit - d’abord

tout au moins - par un rapport général.
Ceci tient à une nécessité propre de ce dont il s’agit, dont vous verrez que nous aurons l’occasion en outre de montrer l’élément sensible. Disons que concernant tout ce qui est de l’ordre de l’inconscient, en tant qu’il est structuré par

le langage, nous nous trouvons devant ce phénomène que ce n’est pas simplement le genre ou la classe particulière

mais aussi l’exemple particulier qui nous permet de saisir les propriétés les plus significatives.
Il y a là une sorte d’inversion de notre perspective analytique habituelle, j’entends « analytique » non pas au sens psychanalytique, mais au sens de l’analyse des fonctions mentales. Il y a là, si je puis dire, quelque chose qui pourrait s’appeler « échec du concept » au sens abstrait du terme, ou plus exactement nécessité de passer par une autre forme que celle de la saisie conceptuelle.
C’est à cela que je faisais allusion un jour en parlant du maniérisme, et je dirais que ce trait qui est bien tout à fait dirigé vers notre champ, le terrain sur lequel nous nous déplaçons, c’est - plutôt que par l’usage du concept - par l’usage

du concetto que nous sommes dans ce champ obligés de procéder. Ceci en raison précisément du domaine

où se déplacent les structurations dont il s’agit. Le terme « prélogique » est tout à fait de nature à engendrer une confusion, et je vous conseillerais de le rayer d’avance de vos catégories, étant donné ce qu’on en a fait, c’est-à-dire une propriété psychologique. Il s’agit plutôt de propriétés structurales du langage en tant qu’elles sont antécédentes à toute question

que nous pouvons poser au langage sur la légitimité de ce que lui - langage - nous propose comme visée.
Comme vous le savez, ce n’est rien d’autre que ce qui en soi a fait l’objet de l’interrogation anxieuse des philosophes,

grâce à quoi nous sommes arrivés à une sorte de compromis qui est à peu près ceci : que si le langage nous montre

que nous ne pouvons guère en dire trop, si ce n’est qu’il est « être de langage », assurément c’est pour autant,

dans cette visée, que va se réaliser pour nous un « pour nous » qui s’appellera objectivité.
C’est sans doute une façon rapide de résumer pour vous toute l’aventure qui va de la logique formelle

à la logique transcendantale 11. Mais c’est simplement pour situer, pour vous dire dès à présent, que c’est dans un autre champ que nous nous plaçons, et pour vous indiquer que FREUD ne nous dit pas, lorsqu’il nous parle de l’inconscient,

que cet inconscient est structuré d’une certaine façon. Il nous le dit d’une façon qui à la fois est discours et verbal,

pour autant que les lois qu’il avance, les lois de composition, d’articulation, de cet inconscient, reflètent, recoupent exactement certaines des lois de composition les plus fondamentales du discours.
Que d’autre part dans ce mode d’articulation de l’inconscient toutes sortes d’éléments nous manquent qui sont aussi ceux qui dans notre discours commun sont impliqués, le lien de causalité nous dira-t-il à propos du rêve, la négation,

et tout de suite après pour se reprendre et nous montrer qu’elle s’exprime de quelque façon que ce soit dans le rêve.
C’est cela, c’est ce champ déjà exploré, en tant qu’il est déjà cerné, défini, circonscrit, voire même labouré par FREUD,

c’est là que nous essayons de revenir pour essayer de formuler - allons plus loin : de formaliser, de plus près

ce que nous avons appelé à l’instant ces lois structurantes primordiales du langage, pour autant que s’il y a quelque chose que l’expérience freudienne nous apporte, c’est que nous sommes - par ces lois structurantes - déterminés

à ce qu’on appelle, à tort ou à raison, la condition de signifié de l’image la plus profonde de nous-mêmes,

disons simplement ce quelque chose en nous au-delà de nos prises auto-conceptuelles :

  • cette idée que nous pouvons nous faire de nous-mêmes,

  • sur laquelle nous nous appuyons,

  • à laquelle nous nous raccrochons tant bien que mal, et à laquelle nous nous pressons quelquefois un peu trop prématurément de faire un sort,

  • ce terme de synthèse, de totalité de la personne.

Tous termes, ne l’oublions pas, qui sont, précisément par l’expérience freudienne, objets de contestation.
En effet FREUD nous apprend - et je dois tout de même ici le remettre en frontispice signé - quelque chose que nous pouvons appeler la distance, voire la béance qui existe de la structuration du désir à la structuration de nos besoins.

Car si précisément l’expérience freudienne vient enfin se référer à une métapsychologie des besoins, assurément

il n’y a rien d’évident, ceci peut même être dit d’une façon tout à fait inattendue par rapport à une première évidence.
C’est bien en fonction de ce cheminement, de détours auxquels l’expérience, telle qu’elle a été instituée et définie

par FREUD, nous force, et qui nous montre :


  • à quel point la structure des désirs est déterminée par autre chose que les besoins,




  • combien les besoins ne nous parviennent en quelque sorte que réfractés, brisés, morcelés, structurés précisément par tous ces mécanismes qui s’appellent condensation, qui s’appellent déplacement, qui s’appellent selon les formes, les manifestations de la vie psychique où ils se reflètent, qui supposent différents autres intermédiaires et mécanismes, et où nous reconnaissons précisément un certain nombre de lois qui sont celles auxquelles nous allons aboutir après cette année de séminaire, et que nous appellerons les lois du signifiant.


Ces lois sont ici les lois dominantes, et dans le trait d’esprit nous apprenons un certain usage : « jeu de l’esprit ? »

avec le point d’interrogation que nécessite ici l’introduction du terme comme tel.


  • Qu’est-ce que l’esprit ?

  • Qu’est-ce que l’ingenium ?

  • Qu’est-ce qu’ingenio en espagnol, puisque j’ai fait la référence au concetto ?

  • Qu’est-ce que c’est que ce je ne sais quoi qui est autre chose que la fonction du jugement, et qui ici intervient ?


Nous ne pourrons le situer que quand nous aurons poursuivi les procédés à proprement parler et d’ailleurs élucidé

au niveau de ces procédés : de quoi s’agit-il, quels sont ces procédés, quelle est leur visée fondamentale ?
Déjà nous avons vu à propos de l’ambiguïté d’un trait d’esprit avec le lapsus, de ce qui sort d’ambiguïté fondamentale qui en est en quelque sorte constitutive, qui fait que ce qui se produit et qui peut, selon les cas, être tourné vers une sorte d’accident psychologique, de lapsus devant lequel nous resterions perplexes sans l’analyse freudienne, ou au contraire repris, ré-assumé, par une certaine audition de l’Autre, par une façon de l’homologuer, au niveau d’une valeur signifiante propre, celle précisément dans l’occasion qu’a pris le terme néologique, paradoxal, scandaleux : « famillionnaire »,

une fonction signifiante propre qui est de désigner quelque chose qui n’est pas seulement ceci ou cela, mais une sorte d’au-delà d’un certain rapport qui ici échoue, et cet au-delà n’est pas uniquement lié aux impasses du rapport du sujet avec le protecteur millionnaire mais avec ce quelque chose, qui est ici signifié de fondamental : comme quoi quelque chose dans les rapports humains, constament introduit ce mode d’impasse essentielle qui fait ou qui repose sur ceci que nul désir en somme ne peut, par l’Autre, être reçu, être admis, sinon par toutes sortes de truchements :

  • qui le réfractent,

  • qui en font autre chose que ce qu’il est,

  • qui en font un objet d’échange, et pour tout dire,

  • qui soumettent et d’ores et déjà, à l’origine, le processus de la demande à une sorte de nécessité du refus.


Je m’explique et en quelque sorte - puisque nous parlons du trait d’esprit - je me permettrai, pour introduire le niveau véritable où se pose cette question de la traduction de la demande en quelque chose qui porte effet,

de l’introduire par une histoire, elle-même sinon spirituelle, dont je dirai que la perspective, le registre est loin

de devoir se limiter au petit rire spasmodique.
C’est l’histoire que sans doute vous connaissez tous, l’histoire dite du masochiste et du sadique :


  • « Fais-moi mal ! »

dit le premier au second, lequel répond sévèrement :

  • « Non ! »


Je vois que cela ne vous fait pas rire. Peu importe. Quelques-uns rient tout de même. Cette histoire d’ailleurs

en fin de compte n’est pas pour vous faire rire. Je vous prie simplement de remarquer que dans cette histoire quelque chose nous est suggéré qui se développe à un niveau qui n’a plus rien de spirituel, qui est très exactement celui-ci :

qu’y a-t-il de mieux fait pour s’entendre que le masochiste et le sadique ? Oui, mais vous le voyez par cette histoire :

à condition qu’ils ne parlent pas. Ce n’est pas par méchanceté que le sadique répond non, c’est en fonction de sa vertu de sadique  : s’il répond, il est forcé de répondre, dès qu’on a parlé, au niveau de la parole.

C’est donc pour autant que nous sommes passés au niveau de la parole que ce quelque chose qui doit aboutir,

à condition de ne rien dire, à la plus profonde entente, arrive à précisément ce que j’ai appelé tout à l’heure

« la dialectique du refus », « la dialectique du refus » pour autant qu’elle est essentielle à soutenir, dans son essence

de demande, ce qui se manifeste par la voie de la parole.

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En d’autres termes, si vous le voyez, c’est ici que se manifeste, je ne dirai pas dans le cercle du discours,

mais en quelque sorte sur le point de branchement de l’aiguillage où, de la part du sujet, est lancé ce quelque chose qui se boucle sur soi et qui est une phrase articulée, un anneau du discours.
Si c’est ici que nous situons dans ce point δ’ le besoin, le besoin rencontre par une sorte de nécessité de l’Autre

cette sorte de réponse que nous appelons pour l’instant refus, c’est-à-dire trahit cette symétrie essentielle entre

ces deux éléments du circuit, la boucle fermée, la boucle ouverte qui fait que pour circuiter directement de son besoin vers l’objet de son désir, c’est-à-dire suivant ce trajet, ce qui se présente ici comme demande aboutit ici au « Non ! ».
Sans doute ceci mérite-t-il que nous entrions de plus près dans ce quelque chose qui ici ne se présente que comme une sorte de paradoxe que notre schéma simplement sert à situer. C’est bien ici que nous reprenons la chaîne

de nos propositions sur les différentes phases du trait d’esprit, et qu’aujourd’hui j’introduis ce que nous avons appelé une de ses manifestations métonymiques. J’en ai fixé tout de suite pour vous l’idée, l’exemple, sous cette forme

dont vous pouvez voir toute la différence par rapport à ce qui est l’histoire du « famillionnaire ».
C’est l’histoire du dialogue d’Henri HEINE avec le poète Frédéric SOULIÉ, à peu près son contemporain, dialogue rapporté dans le livre de Kuno FISCHER12 qui, je pense, est assez connu à l’époque :
« Regardez
dit Frédéric SOULIÉ à celui qui n’était que de peu son aîné et dont il était admirateur
« Regardez comme le XIXème siècle adore le Veau d’or ! »
Ceci à propos de l’attroupement qui se forme autour d’un vieux Monsieur chargé sans doute en effet

de tous les reflets de sa puissance financière. À quoi Henri HEINE, d’un œil dédaigneux regardant l’objet

sur lequel on attire son attention, répond :
« Oui, mais celui-là me semble en avoir passé l’âge. »
Que signifie ce mot d’esprit ? Où en est le sel et le ressort ?
Vous savez que FREUD nous a tout de suite mis d’emblée à propos du mot d’esprit sur ce plan : nous chercherons

le trait d’esprit là où il est, à savoir dans son texte. Rien n’est plus saisissant de la part de cet homme auquel on a attribué tous les au-delà, si l’on peut dire, de l’« hypothèse psychologique », que la façon dont au contraire c’est toujours

du point opposé de la matérialité du signifiant qu’il part, le traitant comme un donné existant pour lui-même,

et d’autre part nous n’en avons manifestement l’exemple que dans son analyse du trait d’esprit. Non seulement c’est

de la technique à chaque fois qu’il part, mais c’est à ces éléments techniques qu’il se confie pour en trouver le ressort. Que fait-il aussitôt ? Ce qu’il appelle « tentative de réduction ».
C’est ainsi qu’au niveau du
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