Leçon 1 06 Novembre 1957





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trait d’esprit « famillionnaire » il nous montre que, à le traduire dans ce qu’on peut appeler son sens développé, tout ce qui est du trait d’esprit s’évanouit, montrant ainsi en quelque sorte

que c’est dans le rapport d’ambiguïté fondamentale propre à la métaphore :

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C’est-à-dire que c’est dans le fait qu’un signifiant, c’est-à-dire la fonction que prend un signifiant en tant qu’il est substitué à un autre, latent dans la chaîne, que c’est dans ce rapport d’ambiguïté sur une sorte de similarité

ou de simultanéité positionnelle que gît ce dont il s’agit. Si nous décomposons ce dont il s’agit et si nous le lisons

à la suite, c’est-à-dire si nous disons : « familier autant qu’on peut l’être avec un millionnaire » tout ce qui est du trait d’esprit disparaît. Ainsi FREUD a-t-il abordé le trait d’esprit au niveau d’une de ces manifestations métaphoriques.
Ici il se trouve devant quelque chose dont on peut pressentir la différence, mais un instant…

car FREUD n’est pas quelqu’un à nous ménager les détours de son approche par rapport au phénomène

…il hésite à qualifier cette nouvelle variété d’esprit de la pensée [Gedanken Witz] comme opposée à l’esprit des mots [Wort Witz].
Mais bien vite il s’aperçoit que cette distinction est tout à fait insuffisante, qu’assurément ici c’est à ce qu’on appellerait « la forme », nommément à l’articulation signifiante, qu’il convient de se fier et c’est de nouveau à la réduction technique qu’il va essayer de soumettre l’exemple en question, pour lui faire répondre de ce qui y est sous-jacent,

à cette forme contestable donnée par le consentement subjectif, que c’est là le trait d’esprit.
Et nous allons voir que là, il rencontre quelque chose qui est différent. D’abord, lui semble-t-il, il doit bien y avoir quelque chose qui est de l’ordre métaphorique. Je vous le répète : il nous fait suivre toutes les approches de sa pensée. C’est pour cela qu’il s’arrête un instant à la protase, c’est-à-dire à ce qu’a apporté le personnage qui parle

à Henri HEINE, nommément Frédéric SOULIÉ. D’ailleurs il ne fait là que suivre Kuno FISCHER

qui en effet reste à ce niveau.
Il y a dans ce « veau d’or » quelque chose de métaphorique, assurément le « veau d’or » a une sorte de double valeur :

  • il est d’une part le symbole de l’intrigue,

  • et d’autre part le symbole du règne du pouvoir de l’argent.

Est-ce à dire que ce Monsieur reçoit tous les hommages, sans doute parce qu’il est riche ? Ne trouvons-nous pas là quelque chose qui en quelque sorte réduit et fait disparaître ce qui est le ressort de ce dont il s’agit ?

Mais FREUD s’avise rapidement qu’après tout ce n’est là que quelque chose de tout à fait fallacieux.

Ceci dans le détail d’ailleurs mérite bien plus qu’on regarde de près pour trouver la richesse de cet exemple.
Il est bien certain qu’il y a déjà impliqué, dans ces données premières de la mise en jeu du « veau d’or »,

quelque chose qui est la matière. Sans approfondir de toutes les façons comment s’institue l’usage verbal d’un terme incontestablement métaphorique, il faut voir que si déjà le « veau d’or » est quelque chose qui en lui-même a le plus grand rapport avec cette relation du signifiant à l’image, qui est le versant effectivement sur lequel s’installe l’idolâtre,

en fin de compte c’est bien par rapport à une perspective qui exige, si l’on peut dire...

dans la reconnaissance de celui qui s’annonce comme « Je suis ce que je suis » : nommément le Dieu des Juifs

...que quelque chose de particulièrement exigeant se refuse à tout ce qui se pose comme l’origine même du signifiant,

la nomination par excellence de toute hypostasie imagée, car bien entendu nous en sommes plus loin que l’idolâtrie qui est purement et simplement l’adoration d’une statue.
C’est bien aussi quelque chose qui cherche son au-delà, et c’est précisément pour autant que ce mode de chercher

cet au-delà essentiel est refusé dans une certaine perspective, que ce « veau d’or » prend sa valeur, et ce n’est que

par quelque chose qui est déjà un glissement que ce « veau d’or » prend usage métaphorique.
Que ce qu’il y a dans la perspective religieuse de ce qu’on peut appeler dans l’idolâtrie une « régression topique »,

une substitution de l’imaginaire au symbolique, prend ici secondairement valeur métaphorique pour exprimer quelque chose d’autre, quelque chose qui peut aussi se référer au niveau du signifiant, à savoir ce que d’autres avant moi ont appelé

« la valeur fétiche de l’or », à savoir quelque chose aussi qui nous fait toucher à une certaine concaténation signifiante.
Ce n’est pas pour rien que je l’évoque ici, puisque c’est précisément cette fonction fétiche que nous allons tout de suite être amenés à toucher. Ce n’est concevable, ce n’est référable que dans la dimension justement de la métonymie.

Nous voilà donc sur quelque chose déjà chargé de toutes les intrications, de tous les emmêlements,

de la fonction symbolique-imaginaire à propos du « veau d’or ».
Et est-ce là que gît ou non - car ici FREUD le remarque, ce n’est pas du tout le lieu où il se situe - le mot d’esprit ?

Le mot d’esprit, comme il s’en avise, est dans la riposte d’Henri HEINE. Et la riposte d’Henri HEINE

consiste précisément à annuler, si l’on peut dire, à subvertir toutes les références où ce « veau d’or » est son expression métaphorique, se soutient, pour en faire quelque chose d’autre qui est purement et simplement là pour désigner

celui qui est ramené tout d’un coup à sa qualité, et ce n’est pas par hasard, où sans doute à partir d’un certain moment il mérite d’être le veau qui vaut tant la livre, si je puis m’exprimer ainsi.
Ce veau est pris pour ce qu’il est tout d’un coup, un être vivant, et pour tout dire quelqu’un qu’il réduit,

ici sur le marché institué par ce règne de l’or, à n’être que lui-même, que vendu comme bétail, une tête de veau,

et à propos de celle-ci de dire : assurément il n’est plus dans les limites de la définition que donnait LITTRÉ,

à savoir - ce veau - dans sa première année, que je crois même un puriste de boucherie définirait comme celui

qui n’a pas encore cessé de téter sa mère, purisme dont je me suis laissé dire qu’il n’était respecté qu’en France.
« Pour un veau, il a passé l’âge ! »
Que ce veau ne soit pas ici un veau, c’est un veau un peu âgé, il n’y a aucune espèce de façon de le réduire

- ceci reste un trait d’esprit - avec l’arrière-plan du « veau d’or » ou pas. Donc FREUD ici saisit une différence

de l’inanalysable à l’analysable, et pourtant tous les deux sont des traits d’esprit. Qu’est-ce donc à dire, sinon que

sans doute c’est à deux dimensions différentes de quelque chose qui est ce que nous essayons de serrer de près

que l’expérience du trait d’esprit se réfère.
Et que ce qui se présente comme étant en quelque sorte, comme FREUD nous le dit lui-même, quelque chose

qui paraît escamotage, tour de passe-passe, faute de pensée, c’est le trait commun de toute une autre catégorie de l’esprit, en somme comme on dirait vulgairement, prendre un mot dans un autre sens que celui dans lequel il nous est apporté. C’est le même trait qui est donné aussi dans une autre histoire, celle qui se rapporte à ce « premier vol de l’aigle » dont

on a fait un mot à propos d’une opération assez large qui fut celle de la confiscation des biens des D’ORLÉANS

par NAPOLÉON III quand il monta sur le trône : « C’est le premier vol de l’aigle » dit-il. Chacun de se ravir

sur cette ambiguïté. Nul besoin d’insister : voilà encore quelque chose dont, à vrai dire, nulle question ici de parler d’esprit de la pensée, c’est bien en effet un esprit des mots, mais tout à fait de la même catégorie que celui qui nous est ici présenté, d’un mot pris, en apparence, dans un autre sens.
Il est amusant d’ailleurs à l’occasion de sonder les sous-jacences de tels mots, et si FREUD prend soin, puisque le mot nous est rapporté en français, de souligner pour ceux qui ne connaissent pas la langue française, l’ambiguïté :

  • du « vol » comme action, mode moteur des oiseaux,

  • avec le « vol » au sens de soustraction, de rapt, de viol de la propriété,

…il serait bon de rappeler à ce propos que ce qu’ici FREUD élide, je ne dis pas ignore, c’est que l’un des sens a été historiquement emprunté à l’autre, et que c’est d’un usage de vol que le terme de volerie, vers le XIIIème siècle

ou le XIVème siècle, est passé du fait que le faucon vole la caille, à l’usage de cette faute contre l’une des lois essentielles de la propriété, qui s’appelle le vol.
Ce n’est pas un accident en français, je ne dis pas que cela se produise dans toutes les langues, mais cela s’était déjà produit en latin où volare avait pris le même sens à partir de la même origine, montrant d’ailleurs ici à cette occasion quelque chose qui n’est pas non plus sans rapport avec ce dans quoi nous nous déplaçons, à savoir ce que j’appellerais « les modes d’expression euphémiques » de ce qui, dans la parole, doit finalement représenter le viol de la parole précisément, ou le viol du contrat. Dans l’occasion ce n’est pas pour rien que le mot vol est ici emprunté

à un tout autre registre, à savoir au registre d’un rapt qui n’a rien à faire avec ce que nous appelons proprement

et juridiquement le vol.
Mais restons-en là et reprenons ce pour quoi ici j’introduis le terme de « métonymique », et je crois justement devoir,

au-delà de ces ambiguïtés elles-mêmes, si fuyantes, du sens, chercher comme référence autre chose pour définir

  • ce second registre dans lequel se situe le trait d’esprit,

  • cette autre chose qui va nous permettre d’en unifier le ressort, le mécanisme, avec sa première espèce, de trouver le facteur commun, le ressort commun dont tout dans FREUD nous indique la voie, sans tout à fait bien entendu en achever la formule.


À quoi cela servirait-il que je vous parle de FREUD, si précisément nous n’essayons pas de tirer le maximum

de profit de ce qu’il nous apporte ? À nous de pousser un peu plus loin, je veux dire de donner cette formalisation nécessaire dont l’expérience nous dira :

  • si c’est une formalisation qui convient,

  • si c’est une formalisation conforme,

  • si c’est bien dans cette direction-là que s’organisent les phénomènes.


Question de toutes façons riche de conséquences, car assurément pour toute notre façon de traiter, au sens le plus large, c’est-à-dire non pas simplement de traiter la thérapeutique, mais de concevoir les modes de l’inconscient,

le fait qu’il y ait une certaine structure, et que cette structure soit la structure signifiante en tant qu’elle reprend,

qu’elle tranche, qu’elle impose sa grille à tout ce qui est le besoin humain, est tout de même quelque chose d’absolument décisif et essentiel que nous voyons là donc au pied de la métonymie. Cette métonymie, je l’ai déjà plusieurs fois introduite, et nommément dans cet article qui s’appelle L’instance de la lettre dans l’inconscient.
Je vous en ai donné un exemple exprès pris au niveau vulgaire de cette expérience qui peut vous ressortir

de vos souvenirs de vos études secondaires, à savoir de votre grammaire...

la métonymie est ce qu’on appelait à ce moment-là, dans cette espèce de perspective d’une sorte

de QUINTILIEN sous-estimé, car il est bien clair que ce n’est pas l’étude des figures de rhétorique

qui a pu vous étouffer, on n’en a jamais jusqu’ici fait grand état

...au point où nous en sommes de notre conception des formes du discours, cette métonymie, j’en ai pris cet exemple : « trente voiles » au lieu de « trente navires », marquant à ce propos que ces « trente voiles » ne sont pas purement

et simplement ce qu’on vous dit à ce propos, à savoir « prise de la partie pour le tout », à savoir référence au réel,

car assurément il y a bien plus de trente voiles. Il est rare que les navires n’aient qu’une seule voile, mais puisqu’il y a là un arrière-plan littéraire, vous savez qu’on trouve ces « trente voiles » dans un certain monologue du Cid.

C’est simplement un point de référence ou d’annonce pour l’avenir.
Nous voici avec ces « trente voiles », et nous ne savons qu’en faire, parce qu’après tout  ou bien elles sont 30 et il n’y a pas 30 navires, ou bien il y a 30 navires et elles sont plus de 30. Or cela veut dire 30 navires, et il est bien certain que,

en indiquant que c’est dans la correspondance mot pour mot de ce dont il s’agit qu’il faut chercher la direction

de ce qu’on appelle ici la fonction métonymique, je ne fais là simplement que proposer devant vous une sorte d’aspect problématique de la chose.
Mais il convient que nous entrions plus dans le vif de la différence qu’il y a avec la métaphore, car après tout vous pourriez me dire que c’est une métaphore. Pourquoi ça n’en est pas une ? C’est bien là la question.
D’ailleurs il y a déjà un certain temps que j’apprends périodiquement qu’un certain nombre d’entre vous, aux détours

de leur vie quotidienne, sont tout d’un coup frappés par la rencontre de quelque chose dont ils ne savent plus du tout comment le classer, dans la métaphore ou dans la métonymie. Cela entraîne des désordres quelquefois démesurés

dans leur organisme, et une sorte de tangage quelquefois un peu trop fort, avec en somme cette métaphore de bâbord

et cette métonymie de tribord dont certains ont éprouvé quelques vertiges.
Essayons donc de serrer de plus près ce dont il s’agit, car après tout on m’a aussi dit, à propos de BOOZ,

que « sa gerbe n’était pas avare ni haineuse » pourrait bien être une métonymie. Je crois avoir bien montré dans mon article

ce qu’était cette « gerbe », et combien cette « gerbe » est bien autre chose qu’un élément de sa possession :

c’est quelque chose qui, en tant que cela se substitue au père précisément, fait surgir toute la dimension de fécondité biologique qui était ici sous-jacente à l’esprit du poème, et que ce n’est pas pour rien qu’à l’horizon, et même plus

qu’à l’horizon : au firmament, va surgir aussi le fil aigu de la faucille céleste qui évoque les arrière-plans de la castration.
Revenons donc à nos « 30 voiles », et demandons-nous en fin de compte, pour qu’une bonne fois ce soit ici affirmé,

ce que signifie ce que j’appelle fonction ou référence métonymique.
Je crois avoir suffisamment dit - ce qui n’est pas sans laisser quelques énigmes - que c’était essentiellement

dans la substitution le ressort structural de la métaphore, dans cette fonction apportée à un
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