Leçon 1 06 Novembre 1957





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signifiant S,

en tant que ce signifiant est substitué à un autre dans une chaîne signifiante.
La métonymie est ceci : fonction que prend un signifiant - également S - en tant que ce signifiant est - dans la contiguïté

de la chaîne signifiante - en rapport avec un autre signifiant :
f(S…S1) S2 = S (–) s
la fonction donnée à cette « voile » en tant que dans une chaîne signifiante, et non pas dans une substitution signifiante,

est en rapport avec le navire. J’ai donc transféré le sens de la façon la plus claire.
Et c’est pour ceci que les représentations d’apparence formelle, pour autant que ces formules peuvent naturellement prêter à exigence supplémentaire de votre part. Quelqu’un me rappelait récemment que j’avais dit un jour que ce que

je cherchais à faire à votre usage ici, pour cerner les choses dont il s’agit dans notre propos, c’était de forger

« une logique en caoutchouc ». C’est moi qui l’ai dit. C’est bien en effet de quelque chose comme cela qu’il s’agit, c’est d’une structuration topique qui quelquefois forcément laisse des béances parce qu’elle est constituée par des ambiguïtés.

Mais laissez-moi vous dire en passant que nous n’y échapperons pas, si toutefois nous parvenons à pousser assez loin cette structuration topique, nous n’échapperons pas à un reste d’exigence supplémentaire, si tant est que votre idéal soit dans cette occasion celui d’une certaine formalisation univoque, car certaines ambiguïtés sont irréductibles au niveau

de la structure du langage, telle que nous essayons de la définir.
Laissez-moi également vous dire en passant que la notion de « métalangage » est très souvent employée de la façon

la plus inadéquate, pour autant qu’elle méconnaît ceci, que :

  • ou le métalangage a des exigences formelles qui sont telles qu’elles déplacent tout le phénomène de structuration où il doit se situer,

  • ou bien le métalangage lui-même doit conserver les ambiguïtés du langage, autrement dit « qu’il n’y a pas de métalangage », il y a des formalisations, soit au niveau de la logique,

soit au niveau de cette structure signifiante dont j’essaye de vous dégager le niveau autonome.
« Il n’y a pas de métalangage » au sens où il voudrait dire par exemple mathématisation complète du phénomène du langage,

et ceci précisément parce qu’il n’y a pas moyen ici de formaliser au-delà de ce qui est donné comme structure primitive du langage. Néanmoins cette formalisation est non seulement exigible, mais elle est nécessaire. Elle est nécessaire par exemple ici, parce qu’après tout vous devez voir que cette notion de substitution d’un signifiant à un autre :

  • c’est une substitution dans quelque chose dont la place doit déjà être définie,

  • c’est une substitution positionnelle.


Et la position elle-même exige la chaîne signifiante, à savoir une succession combinatoire. Je ne dis pas qu’elle en exige

tous les traits, je veux dire que cette succession combinatoire est caractérisée par des éléments par exemple

que j’appellerais intransitivité, alternance, répétition. Si nous nous portons à ce niveau originel minimal

de la constitution d’une chaîne signifiante, nous serons portés loin de notre sujet d’aujourd’hui.
Il y a des exigences minimales, et je ne vous dis pas que je prétends en avoir fait jusqu’ici tout à fait le tour.

Je vous en ai tout de même déjà donné assez pour vous proposer quelque chose qui permet de supposer, si l’on peut dire, une certaine réflexion, et de partir à ce propos de cette particularité de l’exemple qui, dans ce domaine, est quelque chose dont nous devons tirer, pour des raisons sans doute absolument essentielles, tous nos enseignements.
C’est bien ainsi que nous allons une fois de plus procéder et remarquer à propos de cet exemple, que même si ceci

a l’air d’un jeu de mots, ces « voiles » - étant donné la fonction qu’elles jouent à cette occasion

  • nous voilent tout autant qu’elles nous désignent,

  • que ces « voiles » sont là quelque chose qui n’entre pas, avec leur plein droit de voiles, qui n’entre pas à toutes voiles dans l’usage que nous en faisons.


Ces « voiles » ne mollissent guère. Ces « voiles » sont quelque chose de réduit dans leur portée et dans leur signe,

ce quelque chose qu’on peut retrouver, non pas seulement dans les « trente voiles », mais dans le « village de trente âmes »

où il vous apparaît très vite que :

  • ces âmes sont là pour des ombres de ce qu’elles représentent,

  • qu’elles sont plus légères même que le terme suggérant une trop grande présence d’habitants,

  • que ces âmes, selon un titre de roman célèbre, peuvent être aussi bien des âmes mortes, bien plus encore que des êtres : des âmes qui ne sont pas là.


De même que « trente feux » est aussi un usage du terme et assurément représente une certaine dégradation

ou minimisation du sens. Je veux dire que ces « feux » sont aussi bien des feux éteints, que ce sont des feux à propos desquels vous direz certainement qu’il n’y a pas de fumée sans feu et que ce n’est pas pour rien que ces feux

sont dans un usage qui dit métonymiquement ce à quoi ils viennent suppléer. Sans aucun doute vous direz que là,

c’est à une référence de sens qu’en fin de compte je m’en remets pour faire la différence.
Je ne le crois pas et je vous ferai remarquer :


  • que ce dont je suis parti c’est que la métonymie est la structure fondamentale dans laquelle peut se produire ce quelque chose de nouveau et de créatif qui est la métaphore,




  • que même si quelque chose d’origine métonymique est placé en position de substitution, comme c’est le cas dans les trente voiles, c’est quelque chose d’autre dans sa nature que la métaphore, que pour tout dire il n’y aurait pas de métaphore s’il n’y avait pas de métonymie.


Je veux dire que la chaîne par rapport à laquelle, et dans laquelle, sont définies les places, les positions où se produit le phénomène de la métaphore, est à ce propos dans une sorte de glissement ou d’équivoque.
« Il n’y aurait pas de métaphore s’il n’y avait pas de métonymie », me venait en écho et non pas du tout par hasard parce que

cela a le plus grand rapport avec l’exclamation, l’invocation comique que j’arrive à mettre dans la bouche du PÈRE UBU :
« Il n’y aurait pas de métaphore s’il n’y avait pas de métonymie. »

De même :

« Vive la Pologne, parce que sans la Pologne - disait aussi le père Ubu - il n’y aurait pas de Polonais ! »
Pourquoi ceci est-il un trait d’esprit ? C’est précisément au vif de notre sujet. C’est un trait d’esprit, et c’est drôle précisément en tant que cela est la référence comme telle à la fonction métonymique, car on ferait fausse route

si on croyait qu’il y avait là une drôlerie concernant par exemple le rôle que les Polonais ont pu jouer

dans les malheurs de la Pologne qui ne sont que trop connus. La chose est aussi drôle si je dis :
« Vive la France, Monsieur, car sans la France il n’y aurait pas de Français ! »

De même si je dis :

« Vive le christianisme, parce que sans le christianisme il n’y aurait pas de chrétiens ! Et même vive le Christ ! »
C’est toujours aussi drôle, et on peut légitimement se demander pourquoi. Je vous souligne

  • qu’ici la dimension métonymique n’est absolument pas méconnaissable,

  • que toute espèce de rapport de dérivation d’usage du suffixe, ou affixe, ou désinence dans les langues flexionnelles, est proprement l’utilisation à des fins significatives de la dimension de la chaîne.


Ici il n’y a aucune espèce de mot... et je dirai même que toutes les références le recoupent : l’expérience de l’aphasique par exemple, nous montre précisément qu’il y a deux cas d’aphasie, et que très précisément quand nous sommes

au niveau des troubles qu’on peut appeler troubles de la contiguïté, c’est-à-dire de la chaîne, c’est bien précisément ceux que le sujet a le plus grand mal à distinguer : c’est le rapport du mot à l’adjectif, de « bienfait » avec « bienfaisant », ou avec « bien faire » et avec « bienfaisance », c’est dans l’autre dimension métonymique que se produit quelque chose.

C’est précisément cet éclair qui, à cette occasion, nous fait considérer comme quelque chose non seulement de comique mais même d’assez bouffon, cette référence.
Je vous fais remarquer qu’il est important ici, en effet, de s’appliquer à ce qu’on peut appeler « propriété de la chaîne signifiante », et de saisir - j’ai essayé de trouver quelques termes de référence qui vous permettent de la saisir au point où nous allons le pouvoir - ce que je veux désigner par cet « effet de la chaîne signifiante », effet essentiel inhérent à sa nature de chaîne signifiante concernant ce qu’on peut appeler le sens.
N’oubliez pas que l’année dernière, c’est dans une référence analogique...

qui pouvait vous paraître métaphorique mais dont j’ai bien souligné qu’elle ne l’était pas, qu’elle prétendait devoir être prise au pied de la lettre de la chaîne métonymique

...que j’ai placé, indiqué, situé, ce qui est l’essence de toute espèce de déplacement fétichiste du désir,

  • autrement dit de fixation du désir quelque part avant, après ou à côté, de toutes façons à la porte de son objet naturel,

  • autrement dit de l’institution de ce phénomène absolument fondamental qu’on peut appeler la radicale perversion des désirs humains.


Ici je voudrais indiquer une autre dimension, celle que j’appellerais dans la chaîne métonymique « le glissement du sens ».

Et déjà je vous ai indiqué le rapport de ceci avec sa technique, l’usage, le procédé littéraire que l’on a coutume

de désigner sous le terme de « réalisme ».
Il n’est pas conçu dans ce domaine que l’on puisse aller à toutes sortes d’expériences : je me suis soumis à celle de prendre un roman de l’époque réaliste, de le relire pour en quelque sorte voir les traits qui pourraient vous faire saisir

ce quelque chose d’original dont la référence à la dimension du sens peut être reliée à l’usage métonymique comme tel

de la chaîne signifiante, et aussi bien me suis-je référé à un roman au hasard parmi les romans de l’époque réaliste,

à savoir un roman de MAUPASSANT, Bel Ami. D’abord c’est une lecture très agréable. Faites-la une fois.

Et y étant entré, j’ai été bien surpris dans cette espèce [dans ce genre] d’y trouver ce quelque chose, exactement, que je cherche ici à désigner de « glissement ».
« Quand la caissière lui eut rendu la monnaie de sa pièce de cent sous, Georges Duroy sortit du restaurant.

Comme il portait beau, par nature et par pose d’ancien sous-officier, il cambra sa taille, frisa sa moustache

d’un geste militaire et familier, et jeta sur les dîneurs attardés un regard rapide et circulaire,

un de ces regards de joli garçon, qui s’étendent comme des coups d’épervier. »
Le roman commence ainsi. Ça n’a l’air de rien, mais ensuite ça s’en va de moment en moment, de rencontre en rencontre,

et vous assistez de la façon la plus claire, la plus évidente à cette sorte de glissement.
Si nous survolons toute la marche du roman, nous voyons ce quelque chose qui fait qu’un être assez élémentaire

je dirai, au point où il en est réduit au début du roman, car cette pièce de cent sous est la dernière qu’il a sur lui,

réduit à des besoins tout à fait directs : la préoccupation immédiate de l’amour et de la faim, est progressivement pris par la suite des hasards, bons ou mauvais, mais bons en général - car il est non seulement joli garçon, mais encore

il a de la chance - est pris dans un cercle de systèmes, de manifestations de l’échange, de la subversion métonymique de ces données primitives qui, dès qu’elles sont satisfaites, sont aliénées pour lui dans une série de situations.
Or jamais il ne s’agit de quoi que ce soit où il puisse ni s’y retrouver, ni se reposer, et qui le porte de succès en succès, à une - à peu près - totale aliénation de ce qui est sa propre personne. Ceci n’est rien dans le détail, je veux dire

dans la façon dont on vise à ne jamais aller au-delà de ce qui se passe dans la suite des événements

et de leur notation en termes aussi concrets qu’il est possible.
Le romancier à tout instant nous montre une sorte de diplopie qui constamment nous met, non seulement le sujet

du roman, mais tout ce qui l’entoure, dans une position toujours double à l’endroit de ce qui peut être l’objet

fût-ce le plus immédiat. Je prends l’exemple de ce repas au restaurant, qui commence d’être un des moments premiers de l’élévation à la fortune de ce personnage :
« Les huîtres d’Ostende furent apportées, mignonnes et grasses, semblables à de petites oreilles enfermées

en des coquilles, et fondant entre le palais et la langue ainsi que des bonbons salés. Puis, après le potage, on servit une truite rose comme de la chair de jeune fille... Et les convives commencèrent à causer.

Ce fut le moment des sous-entendus adroits, des voiles levés par des mots, comme on lève des jupes, le moment

des ruses de langage, des audaces habiles et déguisées, de toutes les hypocrisies impudiques, de la phrase qui montre des images dévêtues avec des expressions couvertes, qui fait passer dans l’œil et dans l’esprit la vision rapide de tout

ce qu’on ne peut pas dire, et permet aux gens du monde une sorte d’amour subtil et mystérieux, une sorte de contact impur des pensées par l’évocation simultanée, troublante et sensuelle comme une étreinte, de toutes les choses secrètes, honteuses et désirées de l’enlacement. On avait apporté le rôti, des perdreaux... »


Je peux vous faire remarquer que ce rôti, les perdreaux, la terrine de volaille, et tout le reste :
« Ils avaient mangé de tout cela sans y goûter, sans s’en douter, uniquement préoccupés de ce qu’ils disaient,

plongés dans un bain d’amour. »
Cet alibi perpétuel qui fait que vous ne savez pas après tout si c’est la chair de la jeune fille ou la truite qui est sur la table - et ceci dans une perspective qui est celle de la description réaliste comme on dit, dont il s’agit - est une chose

qui se dispense, non seulement de toute référence abyssale à quelque sens qu’il soit - « trans-sens » de quelque façon que ce soit, ni poétique, ni moral, ni autre - est quelque chose qui suffisamment, me semble-t-il, éclaire ce que j’indique quand je dis que c’est dans une perspective de perpétuel glissement du sens que tout discours qui vise

à apporter la réalité est forcé de se tenir et que ce qui fait son mérite, ce qui fait qu’il n’y a pas de réalisme littéraire, c’est précisément que dans cet effort de serrer de près la réalité en l’énonçant dans le discours, le discours ne réussit

à rien d’autre qu’à montrer ce que l’introduction du discours ajoute de désorganisant, de pervers à cette réalité.
Si quelque chose ici vous paraît encore rester dans un mode trop impressionniste, je voudrais essayer de faire

tout de même l’expérience auprès de vous de quelque chose d’autre. Vous le voyez, nous essayons de nous tenir,

non pas au niveau où
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«schémas optiques» [Wikipédia], expérience de bouasse du «bouquet renversé», ici repris et modifiés





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