Leçon 1 06 Novembre 1957





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le discours répond du réel, où simplement il prétend le connoter, le suivre par rapport à ce réel,

mais à une fonction d’annalyste avec deux « n ».
Voyez ce que cela donne. J’ai pris un auteur sans doute méritoire, qui s’appelait Félix FÉNÉON, et dont je n’ai pas

le temps de vous faire ici la présentation, et sa série de Nouvelles en trois lignes qu’il donnait au Matin. Sans aucun doute ce n’est pas pour rien qu’elles ont été recueillies, sans doute s’y manifeste-t-il un particulier talent. Tâchons de voir lequel. Ce sont des nouvelles en trois lignes que l’on peut prendre au hasard d’abord, après nous en prendrons peut-être

de plus significatives :


  • « Pour avoir un peu lapidé les gendarmes, trois dames pieuses... sont mises à l’amende par les juges de Toulens-Comblebourg. »




  • « Paul, instituteur à l’île Saint-Denis, sonnait, pour la rentrée des écoliers, la cloche... »




  • « À Clichy un élégant jeune homme s’est jeté sous un fiacre caoutchouté, puis indemne, sous un camion qui le broya. »




  • « Une jeune femme était assise par terre à Choisy-le-Roi. Seul mot d’identité que son amnésie lui permit de dire : modèle. »




  • « Le cadavre du sexagénaire... se balançait à un arbre à Arcueil avec cette pancarte : trop vieux pour travailler. »




  • « Au sujet du mystère de Luzarches, le juge d’instruction du Puy a interrogé la détenue... mais elle est folle. »




  • « Derrière un cercueil, Mangin de Verdun-Chevigny. Il n’atteignit pas ce jour-là le cimetière, la mort le surprit en route. »




  • « Le valet... installa à Neuilly, chez son maître absent, une femme amusante, puis disparut emportant tout, sauf elle. »




  • « Feignant de chercher dans ce magot des pièces rares, deux escroqueuses en ont pris pour mille francs de vulgaire.

Mademoiselle... Ivry. »


  • « Plage... Finistère, deux baigneuses se noyaient. Un baigneur s’élança, de sorte que Monsieur Etienné dut sauver trois personnes. »


Qu’est-ce qui fait rire ? Voilà vraiment des faits connotés avec une rigueur impersonnelle dont je dirai que tout l’art consiste simplement à leur extrême réduction : ceci est dit avec le moins de mots possible. S’il y a quelque chose

de comique, par exemple pour prendre celui qui est au haut de la page, ce qui se passe quand nous entendons :


  • « Derrière un cercueil, Mangin de Verdun-Chevigny. Il n’atteignit pas ce jour-là le cimetière, la mort le surprit en route. »


C’est quelque chose qui ne touche absolument en rien ce cheminement qui est le nôtre à tous vers le cimetière,

quelle que soit la méthode diverse dont on puisse effectuer ce cheminement. Il n’y a absolument rien de semblable,

et je dirai jusqu’à un certain point que ceci n’apparaîtrait pas si les choses étaient dites plus longuement, je veux dire

si tout cela était noyé dans un flot de paroles.
Ce que j’ai appelé ici « glissement du sens », à savoir ce quelque chose qui fait que nous ne savons littéralement pas

où nous arrêter à aucun moment de cette phrase telle que nous la recevons dans sa rigueur, pour lui donner son centre de gravité, son point d’équilibre, c’est tout l’art de cette rédaction de ces nouvelles en trois lignes.

C’est précisément ce que j’appellerais ici leur décentrement. Il n’y a là aucune moralité : un soigneux effacement de tout ce qui peut avoir un caractère exemplaire, ce qu’on appellera dans cette occasion « l’art de détachement » de ce style.
Néanmoins ce qui est raconté est tout de même bien quelque chose, une suite d’événements, et je dirai même plus, c’est l’autre mérite dont il s’agit, c’est de nous en donner des coordonnées tout à fait rigoureuses. C’est donc bien là ce quelque chose que je vise, que j’essaye de vous faire sentir en vous montrant dans quelle mesure le discours

dans sa dimension horizontale, dans sa dimension de chaîne, est proprement le lieu « patinoire », qui est tout autant utile

à étudier que les « figures du patinage » sur lequel se passe ce glissement de sens, à la bande, légère sans doute, infime, qui peut peut-être, tellement elle est réduite, nous paraître nulle, mais qui de toute façon se présente et s’annonce dans l’ordre du trait d’esprit comme ce que nous pourrions appeler une dimension dérisoire, dégradante, désorganisante.
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C’est dans cette dimension que le style du trait d’esprit, qui est celui du « vol de l’aigle » se situe et se place, à la rencontre du discours avec la chaîne signifiante qui ici se trouve être au niveau du « famillionnaire » au rendez-vous en γ,

et qui se produit ici simplement un peu plus loin.
Ici Frédéric SOULIÉ a apporté quelque chose qui évidemment va vers le « Je », puisque la perspective c’est Henri HEINE, c’est le mot d’esprit, et il l’appelle en témoignage. Il y a toujours au début du trait d’esprit cette perspective,

cet appel à l’Autre comme lieu de la vérification :
« Aussi vrai - commençait Hirsch HYACINTHE - Aussi vrai que Dieu me doit tous les bonheurs. »
Et Dieu ici, dans sa référence, peut aussi être ironique. Elle est fondamentale ici.
SOULIÉ invoque Henri HEINE beaucoup plus prestigieux que lui - sans vous faire l’histoire de Frédéric SOULIÉ, pourtant l’article que lui consacre le Larousse est bien joli - SOULIÉ lui dit :
« Ne voyez-vous pas, mon cher maître - quelque chose comme cela - n’est-ce pas bien amusant de voir ce XIXème siècle...
Ici c’est l’appel, l’invocation, le tirage du côté du « Je » de Henri HEINE, de celui qui est le point pivot présent dans cette affaire
...de voir ce XIXème siècle adorer encore le Veau d’or ? »
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Nous sommes donc passés par ici [2 1], puis nous sommes revenus ici [1 2] à propos du Veau d’or, au lieu des emplois et de la métonymie, car en fin de compte ce « Veau d’or » est une métaphore, mais usée, passée dans le langage.

Nous en avons montré tout à l’heure incidemment les sources, les origines, le mode de production, mais en fin de compte c’est un lieu commun. Et il envoie son lieu commun ici [2 3], au lieu du message, par le chemin α γ classique.

Ici [3] nous avons deux personnages, et vous savez bien que ces deux personnages peuvent aussi bien n’en être

qu’un seul, puisque l’Autre, du seul fait qu’il existe la dimension de la parole, est chez chacun.
Et aussi bien, comme FREUD le remarque, s’il n’y avait déjà pas eu présent dans l’esprit de SOULIÉ ce quelque chose qui en somme lui fait qualifier de « Veau d’or » le personnage, c’est bien que ce n’est plus un usage qui pour nous, nous paraît admis, mais je l’ai trouvé dans LITTRÉ : LITTRÉ donc nous dit qu’on appelle un « Veau d’or »

un Monsieur qui est cousu d’or et qui, à cause de cela, est l’objet de l’admiration universelle, il n’y a pas d’ambiguïté, et en allemand non plus.
À ce moment-là, c’est-à-dire ici [3 2] entre γ et α : renvoi du message au code, c’est-à-dire sur la ligne de la chaîne signifiante, et en quelque sorte métonymiquement, le terme [veau] est repris [par Heine] dans quelque chose qui n’est pas le plan dans lequel

il a été envoyé, est repris d’une façon qui assurément laisse ici apercevoir pleinement le sens :

  • de chute du sens,

  • de réduction du sens,

  • de dévalorisation du sens.


Et pour tout dire, c’est ceci dont il s’agit, et ceci qu’à la fin de cette leçon d’aujourd’hui je veux introduire,

c’est que la métonymie est à proprement parler le lieu où nous devons situer ce quelque chose de primordial,

ce quelque chose de primordial et d’essentiel dans le langage humain en tant que nous allons en prendre ici,

à l’opposé, la dimension du sens, c’est-à-dire - dans la diversité de ces objets déjà constitués par le langage

où s’introduit le champ magnétique du besoin de chacun avec ses contradictions - la réponse que j’ai tout à l’heure introduite,

ce quelque chose d’autre qui est ceci - qui va peut-être pouvoir paraître paradoxal - qui est la dimension de la valeur.
Et cette dimension de la valeur est proprement quelque chose qui a sa dimension du sens par rapport à elle.

Elle se repose et s’impose :

  • comme étant en contraste,

  • comme étant un autre versant,

  • comme étant un autre registre.


Si certains d’entre vous sont assez familiers, je ne dis pas du Capital tout entier - qui a lu Le Capital ! -

mais du 1er livre du Capital que tout le monde, en général a lu, je vous prie de vous reporter à la page où MARX...

au niveau de la formulation de ce qu’on appelle la théorie de « la forme particulière de la valeur de la marchandise »

…dans une note, se révèle être un précurseur du stade du miroir.
À cette page, MARX fait cette remarque, surabondante dans ce prodigieux Premier livre qui montre, lui - chose rare - quelqu’un qui tient un discours philosophique articulé, et il fait cette proposition : qu’avant toute espèce d’étude

des rapports quantitatifs de la valeur, il convient de poser :


  • que rien ne peut s’instaurer sinon sous la forme d’abord de l’institution de cette sorte d’équivalence fondamentale qui n’est pas simplement dans tant d’autres de toiles égales mais dans la moitié du nombre de vêtements,




  • qu’il y a déjà quelque chose qui doit se structurer dans l’équivalence toile-vêtement, à savoir que des vêtements peuvent représenter la valeur de la toile, c’est-à-dire que ce n’est donc pas en tant que vêtement qu’il est quelque chose que vous pouvez porter,




  • qu’il y a quelque chose de nécessaire au départ même de l’analyse dans le fait que le vêtement peut devenir le signifiant de la valeur de la toile,




  • qu’en d’autres termes, l’équivalence qui s’appelle valeur tient proprement à l’abandon, de la part d’un ou de deux des deux termes, d’une partie également très importante de leur sens.


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C’est dans cette dimension que se situe l’effet de sens de la ligne métonymique [3 2], ce qui nous permettra

dans la suite de trouver :

  • à quoi sert cette mise en jeu de l’effet de sens dans les deux registres de la métaphore et de la métonymie,

  • en quoi ils se rapportent, du fait de cette commune mise en jeu, à une dimension, à une perspective qui est celle essentielle qui nous permet de rejoindre le plan de l’inconscient.


C’est ce qui rend nécessaire que nous fassions appel précisément, et d’une façon centrée autour de cela,

à la dimension de l’Autre en tant qu’il est le lieu, le récepteur, le point pivot nécessaire de cet exercice.
C’est ce que nous ferons la prochaine fois.


04 Décembre 1957 Table des séances

Arrivé à la partie synthétique de son ouvrage sur le mot d’esprit - la 2ème partie - FREUD se pose la question

de l’origine du plaisir, du plaisir que provoque le mot d’esprit.
Bien entendu, il est de plus en plus nécessaire, je le rappelle à ceux d’entre vous qui s’en croiraient dispensés,

que vous ayez au moins fait une lecture du texte du « Mot d’esprit ». C’est la seule façon que vous ayez de connaître

cet ouvrage, en dehors du cas, qui ne serait pas de votre gré je crois, que je vous lise ce texte moi-même.
Ici je vais en extraire des morceaux, mais cela fait sensiblement baisser le niveau de l’attention.

C’est le seul moyen de vous rendre compte que les formules que je vous apporte, que je vais essayer de vous apporter,

suivent fréquemment la ligne, je veux dire au plus près, des questions que se pose FREUD.
Les questions que se pose FREUD, il se les pose par une démarche souvent sinueuse, il se réfère à des thèmes diversement reçus, psychologiques et autres. Ceux auxquels il se réfère implicitement par la façon dont il se sert

des thèmes reçus, sont aussi importants, plus importants encore, que ceux qui lui servent de référence.
Ceux qui lui servent de référence sont ceux qu’il a en commun avec ses lecteurs. La façon dont il s’en sert

fait apparaître - il faut vraiment n’avoir pas ouvert le texte pour ne pas s’en rendre compte -

une dimension qui n’a jamais été, jusqu’à lui-même, suggérée.
Cette dimension est précisément celle du rôle du signifiant. Je voudrais aller droit au sujet de ce qui nous occupe aujourd’hui,

à savoir quelle est, se demande FREUD, la source du plaisir. « Quel est la source du plaisir ? » nous dit-il.

Elle est essentiellement ce que, dans un langage trop répandu de nos jours et dont se serviraient certains

quand ils la décriraient, la source du plaisir est à chercher essentiellement dans son côté formel.
Ce n’est heureusement pas comme cela que FREUD s’exprime, il s’exprime d’une façon encore plus précise :
« La source du plaisir dans le mot d’esprit - va-t-il jusqu’à dire - c’est simplement la plaisanterie. »
C’est cela la véritable source du plaisir. Néanmoins bien entendu, le plaisir que nous prenons au cours de l’exercice du mot d’esprit est centré ailleurs. Ne nous apercevons-nous pas de la direction de cette source, et tout au long

de son analyse, de cette sorte d’ambiguïté qui est inhérente à l’exercice même du mot d’esprit qui fait que nous ne

nous apercevons pas d’où nous vient le plaisir et qu’il faut tout l’effort de son analyse pour nous l’avoir montré ?

C’est un élément, une démarche absolument essentielle.
Conformément à un système de référence qui va apparaître de plus en plus marqué jusqu’à la fin de l’ouvrage,

cette source du plaisir, il l’a rapportée à une période ludique de l’activité infantile, à savoir que c’est quelque chose

qui se rapporte à ces premiers jeux avec les mots qui en somme nous reporte directement à l’acquisition du langage

en tant que pur
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