Leçon 1 06 Novembre 1957





télécharger 6.91 Mb.
titreLeçon 1 06 Novembre 1957
page14/109
date de publication22.09.2017
taille6.91 Mb.
typeLeçon
m.20-bal.com > documents > Leçon
1   ...   10   11   12   13   14   15   16   17   ...   109
signifiant, car c’est à proprement parler au jeu verbal, à l’exercice que nous dirions presque purement,

pour ne pas dire émetteur, purement émetteur de la forme verbale qui va apporter - primitif et essentiel - le plaisir.
Est-ce donc purement et simplement d’une sorte de retour à un exercice du signifiant comme tel, à une période d’avant le contrôle, que la critique, que la raison va obliger, progressivement par le fait de l’éducation de tous les apprentissages de la réalité, …va forcer le sujet à apporter ce contrôle et cette critique à cet usage du signifiant ?

Est-ce donc dans cette différence que va consister le principal ressort de l’exercice du plaisir dans le mot d’esprit ?
Assurément la chose parait très simple, si c’est à tout ceci que se résumait ce que nous apporte FREUD.

Bien entendu ceci est loin d’être ce à quoi il se limite. Il nous dit que là est la source du plaisir, mais il nous montre aussi dans quelle voie ce plaisir est utilisé : ce plaisir sert en quelque sorte à une opération de libération de ces voies anciennes...

en tant qu’elles sont encore là en puissance virtuelle, existant, soutenant en quelque sorte encore quelque chose

...et par le fait de passer par ces voies, leur donnait un privilège par rapport à celles qui ont été amenées au premier plan du contrôle de la pensée du sujet par son progrès vers l’état adulte.
Faire retrouver ce privilège à ces voies, c’est quelque chose qui nous fait rentrer d’emblée...

et c’est en ceci qu’intervient toute l’analyse antérieure qu’il a faite du ressort et du mécanisme du mot d’esprit ...dans des voies structurantes qui sont celles même de l’inconscient.
En d’autres termes, les deux faces du mot d’esprit - c’est lui-même qui s’exprime ainsi - sont d’une part :

  • cette face d’exercice du signifiant avec cette liberté qui porte au maximum toute sa possibilité d’ambiguïté fondamentale et même pour tout dire, son caractère primitif par rapport au sens, l’essentielle polyvalence qu’il a par rapport au sens, la fonction créatrice qu’il a par rapport au sens, l’accent d’arbitraire qu’il apporte dans le sens. C’est l’une de ses faces.

  • L’autre, c’est le fait que cet exercice par lui-même nous introduit, nous dirige, évoque tout ce qui est de l’ordre de l’inconscient.


Et ceci est suffisamment indiqué au regard de FREUD par le fait que les structures que révèle le mot d’esprit, la façon dont fonctionne sa constitution, sa cristallisation, ne sont autres que les mêmes qu’il a découvertes lui-même,

dans ses premières appréhensions de l’inconscient, à savoir :

  • au niveau du rêve,

  • au niveau des actes manqués, ou réussis, comme vous voudrez l’entendre,

  • au niveau des symptômes mêmes.


C’est à ceci que nous avons essayé de donner une formule plus serrée, plus précise, du moment que sous la forme,

sous la rubrique de métaphore et de métonymie, nous retrouvons dans leurs formes les plus générales…

dans les formes qui sont équivalentes pour tout exercice du langage,

et aussi pour ce que nous en retrouverons de structurant dans l’inconscient

…ces formes sont les formes les plus générales dans lesquelles donc la condensation, le déplacement, les autres mécanismes

que FREUD met en valeur dans les structures de l’inconscient, ne sont en quelque sorte que ses applications.
Cette commune mesure de l’inconscient avec ce que nous lui conférons...

non pas simplement par les voies des habitudes mentales,

mais par ce qu’il y a effectivement de dynamique dans le rapport avec le désir

cette commune mesure de l’inconscient et de la structure de la parole en tant qu’elle est commandée par les lois du signifiant, c’est ceci que nous essayons d’approcher de plus en plus près, d’exemplarifier, de rendre exemplaire par notre recours

à l’ouvrage de FREUD sur le mot d’esprit. C’est ce que nous allons essayer de regarder de plus près aujourd’hui.
Si nous mettons l’accent sur ce qu’on pourrait appeler « l’autonomie des lois du signifiant », si nous disons - par rapport au mécanisme de la création du sens - qu’elles sont premières, ceci ne nous dispense pas, bien entendu, de nous poser la question de comment nous devons concevoir, non seulement l’apparition du sens, mais pour parodier une formule qui a été assez maladroitement produite dans l’école logico-positiviste, nous dirions « le sens du sens », non pas que ceci ait un sens.
Mais que voulons-nous dire quand il s’agit de sens ? Et aussi bien FREUD, dans ce chapitre sur le mécanisme du plaisir, l’évoque, s’y réfère sans cesse, et n’est pas sans faire état de cette formule si souvent répandue à propos de l’exercice du mot d’esprit : « sens dans le non-sens », comme l’ont dit depuis longtemps les auteurs par une sorte de formule

qui fait en quelque sorte état des deux faces apparentes du plaisir, la façon dont il frappe d’abord par le non-sens,

dont d’autre part il nous attache et nous récompense par l’apparition de je ne sais quel sens secret - d’ailleurs toujours tellement difficile à définir si nous partons de cette perspective - dans ce non-sens même, ou bien dans le passage frayé par un non-sens qui a cet instant nous étourdit, nous sidère.
Ceci est plus près peut-être du mécanisme, et FREUD assurément est aussi beaucoup plus près de lui concéder

plus de propriétés, c’est à savoir que le non-sens a le rôle, là un instant, de nous leurrer assez longtemps pour qu’un sens...

inaperçu jusque là, ou d’ailleurs très vite aussi passé, fugitif, un sens en éclair,

de la même nature que la sidération qui nous a un instant retenu sur le non-sens

...nous frappe à travers cette saisie du mot d’esprit.
En fait si on regarde les choses de plus près, on voit que FREUD va jusqu’à répudier ce terme de non-sens.

Et c’est là aussi que je voudrais que nous nous arrêtions aujourd’hui, car aussi bien c’est bien

le propre de ces approximations, qui permettent précisément d’éviter le dernier terme, le dernier ressort du mécanisme en jeu, que de s’arrêter à des formules qui sans aucun doute ont leur apparence, leur séduction psychologique, mais qui ne sont pas à proprement parler, celles qui conviennent.
Je vais vous proposer de partir de quelque chose qui ne sera pas un recours à l’enfant dont sans aucun doute

nous savons en effet qu’il peut prendre quelque plaisir à ces jeux verbaux, et qu’on peut se référer en effet

à quelque chose de cet ordre pour donner sens et poids à une sorte de psychogenèse du mécanisme de l’esprit,

mais dont après tout si vous y pensez autrement que par une espèce de satisfaction d’une routine qui est établie

par le fait que se référer à quelque chose comme cette activité ludique primitive, lointaine, à laquelle après tout

on peut accorder toutes les grâces, il n’est peut–être pas non plus quelque chose qui doive tellement nous satisfaire puisqu’aussi bien il n’est pas sûr que le plaisir de l’esprit auquel l’enfant ne participe que de très loin,

soit quelque chose qui doive être exhaustivement expliqué par un recours à la fantaisie.
Mais je voudrais arriver à quelque chose qui fasse le nœud entre cet usage du signifiant et ce que nous pouvons appeler une satisfaction ou un plaisir. C’est moi ici, qui reviendrai à cette référence qui semble élémentaire,

que si nous recourons à l’enfant il faut tout de même que nous n’oublions pas que le signifiant au début

est fait pour servir à quelque chose, il est fait pour exprimer une demande. Arrêtons-nous donc un instant

au ressort de la demande. C’est ce quelque chose d’un besoin qui passe au moyen d’un signifiant qui est adressé à l’Autre.

Déjà la dernière fois je vous ai fait remarquer que cette référence méritait que nous essayions d’en sonder les temps. Les temps en sont si peu sondés que j’y ai fait allusion quelque part dans l’un de mes articles.
Un personnage éminemment [Rudolph Lœwenstein ? ] représentatif de la hiérarchie psychanalytique a fait tout un article d’une douzaine de pages environ, pour s’émerveiller des vertus de ce qu’il appelle le « wording », mot qui en anglais correspond à ce que, plus maladroitement en français, nous appelons passage au verbal ou verbalisation.

Il est évidemment plus élégant en anglais qu’il ne l’est en français.
Il s’émerveille qu’une patiente singulièrement braquée par une intervention qu’il avait faite en lui disant quelque chose qui voulait dire à peu près « Vous avez de singulières, ou même de fortes demandes. »…

ce qui en anglais a en plus un accent plus insistant encore qu’en français

…en ait été littéralement bouleversée comme d’une accusation, comme d’une dénonciation, alors que quand il avait repris le même terme quelques moments plus tard en se servant de needs, c’est-à-dire besoins, il avait trouvé quelqu’un

de tout docile à accepter son interprétation. Le caractère de montage qui est donné par l’auteur en question

à cette découverte, nous montre bien à quel point l’art du wording est encore à l’intérieur de l’analyse

ou du moins d’un certain cercle de l’analyse, à l’état primitif.
Car à la vérité tout est là : la demande est quelque chose qui par soi-même est si relative à l’Autre, que le fait que ce soit l’Autre qui l’accuse, il se trouve tout de suite en posture d’accuser le sujet lui-même, de le repousser,

alors qu’en évoquant le besoin il authentifie ce besoin, il l’assume, il l’homologue, il l’amène à lui,

il commence déjà à le reconnaître, ce qui est une satisfaction essentielle.
Le mécanisme de la demande naturellement…

et le fait que l’Autre par nature s’y oppose, ou encore on pourrait dire,

que la demande par nature exige qu’on s’y oppose pour être soutenue comme demande

…est lié justement à l’introduction dans la communication du langage, et illustré à chaque instant par le mode sous lequel l’Autre accède à la demande.
Réfléchissons bien. C’est dans la mesure où la dimension du langage vient là pour être remodelée, mais aussi pour verser dans le complexe signifiant - à l’infini - le système des besoins, que la demande est essentiellement quelque chose de sa nature qui se pose comme pouvant être exorbitante. Ce n’est pas pour rien que les enfants « demandent la lune ». Ils « demandent la lune » parce qu’il est de la nature d’un besoin qui s’exprime par l’intermédiaire du système signifiant, de « demander la lune ».
Aussi bien d’ailleurs nous n’hésitons pas à la leur promettre. Aussi bien d’ailleurs sommes-nous tout près de l’avoir !

En fin de compte nous ne l’avons pas encore, la lune, et ce qui est essentiel c’est tout de même de s’apercevoir

de ceci, de le mettre en relief : après tout dans cette demande de satisfaction d’un besoin, qu’est-ce qui se passe purement et simplement ? Nous répondons à la demande. Nous donnons à notre prochain ce qu’il nous demande.

Par quel trou de souris faut-il qu’il passe ? Par quelle réduction de ses prétentions faut-il qu’il se réduise lui-même pour que la demande soit entérinée ?
C’est ce que met suffisamment en valeur le phénomène du besoin quand il apparaît nu. Je dirai même que

pour y accéder en tant que besoin, il faut que nous nous référions au–delà du sujet à je ne sais quel Autre :


  • qui s’appelle le CHRIST, qui s’identifie au pauvre pour ceux qui pratiquent la charité chrétienne,




  • mais même pour les autres, pour l’homme du désir, pour le Don JUAN de MOLIÈRE : il donne

bien entendu au mendiant ce qu’il lui demande, et ce n’est pas pour rien qu’il ajoute « pour l’amour de l’humanité ».
C’est à un Autre - au-delà de celui qui est en face de vous - en fin de compte, que la réponse à la demande,

l’accord de la demande, est déféré. Et l’histoire - qui est une des histoires sur lesquelles FREUD fait pivoter son analyse du mot d’esprit - l’histoire dite « du saumon mayonnaise », est la plus belle histoire qui en donne ici l’illustration.
Un personnage s’indigne, après avoir à un quémandeur donné quelque argent dont il a besoin pour faire face

à je ne sais quelles dettes, à ses échéances, de le voir donner à l’objet de la générosité, un emploi autre

que celui qui répond en quelque sorte déjà à quelque autre esprit limité.
C’est une véritable histoire drôle, quand le retrouvant le lendemain dans un restaurant en train de s’offrir

ce qui est considéré comme le signe de la dépense somptuaire : du « saumon à la mayonnaise »,

avec ce petit accent viennois que peut donner le ton de l’histoire, il lui dit :
« Comment ! Est-ce pour cela que je t’ai donné de l’argent ? Pour t’offrir du saumon mayonnaise ! »
À quoi l’autre entre dans le mot d’esprit et répond :
« Mais alors je ne comprends pas !

Quand je n’ai pas d’argent je ne peux pas avoir de saumon mayonnaise.

Quand j’en ai je ne peux pas non plus en prendre !

Quand donc mangerai-je du saumon mayonnaise ? »
Toute espèce d’exemple du mot d’esprit est encore plus significatif par le domaine même où il se déplace,

est encore plus significatif par sa particularité qui semble être le quelque chose de spécial dans l’histoire

qui ne peut être généralisé. C’est par cette particularité que nous arrivons au plus vif ressort du domaine auquel

nous nous plaçons, et la pertinence de cette histoire n’est pas moindre que celle de n’importe quelle autre histoire

qui toujours nous met au cœur même du problème, au rapport entre le signifiant et le désir, et au fait que le désir

est profondément changé d’accent, subverti, rendu ambigu lui-même par son passage par les voies du signifiant.
Entendons bien tout ce que cela veut dire. C’est toujours au nom d’un certain registre - qui fait intervenir l’Autre

de l’au-delà de celui qui demande - que toute satisfaction est accordée, et ceci précisément pervertit profondément

le système de la demande et de la réponse à la demande.

  • « Vêtir ceux qui sont nus. »

  • « Nourrir ceux qui ont faim. »

  • « Visiter les malades. »

…je n’ai pas besoin de vous rappeler des sept, huit ou neuf œuvres de miséricorde, il est assez frappant dans leurs termes même que « Vêtir ceux qui sont nus », on pourrait dire, si la demande était quelque chose qui devait être soutenu dans sa pointe directe, pourquoi pas « habiller » - je veux dire chez Christian DIOR - ceux ou celles qui sont nus ?

Cela arrive de temps en temps, mais en général c’est qu’on a commencé par les déshabiller soi-même.
De même « Nourrir ceux qui ont faim » : pourquoi pas « leur soûler la gueule » ?

Ça ne se fait pas, ça leur ferait mal, ils ont l’habitude de la sobriété, il ne faut pas les déranger.
Quant à « Visiter les malades », je rappellerai le
1   ...   10   11   12   13   14   15   16   17   ...   109

similaire:

Leçon 1 06 Novembre 1957 iconLeçon 1 06 Novembre 1957 Leçon 2 13 Novembre 1957
«l’algèbre lacanienne», IL faut installer la police de caractères dite «Lacan», disponible sur la page d’accueil du superbe site...

Leçon 1 06 Novembre 1957 iconLeçon 1 18 novembre 1959 Leçon 2 25 novembre 1959
«Éthique», vous verrez pourquoi, ce n’est pas par plaisir d’utiliser un terme plus rare, plus savant

Leçon 1 06 Novembre 1957 iconLeçon 1 12 Novembre 58

Leçon 1 06 Novembre 1957 iconLeçon 1 16 Novembre 55

Leçon 1 06 Novembre 1957 iconLeçon 1 16 Novembre l966

Leçon 1 06 Novembre 1957 iconLeçon 1 21 novembre 1956

Leçon 1 06 Novembre 1957 iconLeçon 1 17 novembre 1954

Leçon 1 06 Novembre 1957 iconLeçon 4 17 Février 1971 Leçon 5 10 Mars 1971 Leçon 6 17 Mars 1971...
«discours». Je rappelle le discours du Maître et ces 4 disons positions, les déplacements de ces termes

Leçon 1 06 Novembre 1957 iconLeçon 1 18 Novembre 1975
«quatre, cinq et six». Je me suis contenté du 4 et je m’en réjouis, car le «4, 5, 6»

Leçon 1 06 Novembre 1957 iconLeçon 1 18 novembre 1953
«schémas optiques» [Wikipédia], expérience de bouasse du «bouquet renversé», ici repris et modifiés





Tous droits réservés. Copyright © 2016
contacts
m.20-bal.com