Leçon 1 06 Novembre 1957





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mot de Sacha GUITRY :
« Faire une visite fait toujours plaisir. Si ce n’est pas quand on arrive, c’est au moins quand on s’en va ! »
Le rapport de thématique de la demande est au cœur de ce qui fait aujourd’hui notre propos.

Essayons donc de schématiser ce qui se passe dans ce temps d’arrêt qui en quelque sorte décale, par une sorte de voie singulière, « en baïonnette », si on peut s’exprimer ainsi, la communication de la demande à son accès.
Ce n’est donc pas à quelque chose d’autre que mythique, mais quelque chose de profondément vrai, que je vous prie de vous reporter pour faire usage de ce petit schéma, et de la façon suivante : supposons la chose tout de même qui doit bien exister quelque part, ne serait-ce que dans notre schéma, une demande qui passe, car en fin de compte tout est là.
Si FREUD a introduit une nouvelle dimension dans notre considération de l’Homme, c’est que, je ne dirai pas

que quelque chose passe quand même, mais que ce quelque chose qui est destiné à passer, le désir qui devrait passer, laisse quelque part, non seulement des traces, mais un circuit insistant.
Partons donc sur le schéma de quelque chose qui représenterait la demande qui passe.

Mettons, puisqu’enfance il y a : nous pouvons très bien y faire se réfugier la demande qui passe.

Cet enfant, qui articule quelque chose dont il n’est encore pour lui qu’articulation incertaine, mais articulation à laquelle il prend plaisir, à laquelle se réfère FREUD.
Il dirige sa demande : disons qu’elle part - heureusement elle n’est pas encore entrée en jeu - quelque chose se dessine qui part de ce point que nous appellerons Δ ou grand D : demande. Et ceci, qu’est-ce que cela nous décrit ?

Cela nous décrit la fonction du besoin : quelque chose s’exprime qui part du sujet et qui termine la ligne de son besoin .
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C’est précisément ce qui détermine la courbe de ce que nous avons isolé ici comme « le discours » et ceci est fait à l’aide de la mobilisation de quelque chose qui est préexistant. Je n’ai pas inventé la ligne du « discours », la mise en jeu du stock,

très réduit à ce moment, du stock du signifiant, pour autant que corrélativement il articule quelque chose.
Voyez les choses : si vous voulez monter ensemble sur les deux plans :


  • de l’intention [1 2 3], si confuse que vous la supposiez, du jeune sujet en tant qu’il dirige l’appel,




  • le signifiant [I II III], si désordonné aussi que vous puissiez en supposer l’usage, pour autant qu’il est mobilisé dans cet effort, dans cet appel, progresse en même temps, et ce quelque chose a un sens d’accroissement que je vous ai déjà marqué : l’utilité pour comprendre l’effet rétroactif de la phrase qui se boucle juste à la fin du deuxième temps.


Remarquez que ces deux lignes ne sont pas encore entrecroisées, en d’autres termes que celui qui dit quelque chose, dit à la fois plus et moins que ce qu’il croit dire. La référence ici au caractère tâtonnant du premier usage de la langue de l’enfant trouve son plein emploi. Si en d’autres termes progresse parallèlement sur les deux lignes l’achèvement de ce quelque chose qui là s’appellera la demande, c’est quand même à la fin du second temps que le signifiant se bouclera sur quelque chose qui ici achève, d’une façon aussi approximative que vous le voudrez, le sens de la demande, ce qui constitue

le message, le quelque chose que l’Autre, disons « la mère » pour de temps en temps admettre l’existence de bonnes mères, évoque à proprement parler, qui coexiste avec l’achèvement du message. L’un et l’autre se déterminent en même temps :

  • l’un comme message,

  • l’autre comme Autre.


Et dans un troisième temps de cette double courbe, nous verrons quelque chose qui ici s’achève, et aussi ici quelque chose dont nous allons au moins à titre hypothétique indiquer comment nous pouvons les nommer, les situer

dans cette structuration de la demande qui est celle que nous essayons de mettre tout à fait à la base,

au fondement de l’exercice premier du signifiant dans l’expression du désir.
Je vous demanderai, au moins provisoirement, d’admettre comme la référence la plus utile pour ce que nous allons essayer de développer ultérieurement, d’admettre dans le troisième temps ce cas idéal où la demande en quelque sorte rencontre exactement ce qui la prolonge, à savoir l’Autre qui la reprend à propos de son message.
Je crois que ce que nous devons ici considérer c’est quelque chose qui ne peut pas exactement se confondre ici

avec la satisfaction, car il y a dans l’intervention, dans l’exercice même de tout signifiant à propos de la manifestation du besoin, ce quelque chose qui le transforme et qui déjà lui apporte, de par l’appoint du signifiant, ce minimum de transformations, de métaphores pour tout dire, qui fait que ce qui est signifié est quelque chose d’au-delà du besoin brut, de remodelé par l’usage du signifiant. C’est ici pour tout dire que commence à s’exercer, à intervenir, à entrer dans

la création du signifié, quelque chose qui n’est pas pure et simple traduction du besoin, mais reprise, ré-assomption, remodelage du besoin, de création d’un désir qui est autre que le besoin, qui est un besoin plus un signifiant.
Comme le disait LÉNINE :
« Le socialisme est quelque chose qui probablement est très sympathique, mais la communauté parfaite a en plus l’électrisation. »
Ici il y a « en plus » le signifiant dans l’expression du besoin. Et de l’autre côté ici, dans le troisième temps,

il y a assurément quelque chose qui correspond à cette apparition miraculeuse. Nous l’avons supposée miraculeuse, pleinement satisfaisante, de la satisfaction par l’Autre de quelque chose, ce quelque chose qui est là créé.
C’est ce quelque chose qui ici normalement aboutit à ce que FREUD nous présente comme le plaisir de l’exercice

du signifiant, pour tout dire de l’exercice de la chaîne signifiante comme telle, dans ce cas idéal de réussite,

dans le cas où l’Autre vient ici dans le prolongement même de l’exercice du signifiant.
Ce qui prolonge l’effort du signifiant comme tel, c’est cette résolution ici en un plaisir propre, authentique,

le plaisir de cet usage du signifiant. Vous le voyez sur ces quelques lignes limites. Je vous prie un instant d’admettre

à titre d’hypothèse à proprement parler, l’hypothèse qui restera sous-jacente à tout ce que nous allons essayer

de concevoir comme ce qui se produit dans les cas communs, dans les cas d’exercice réel du signifiant.
Pour l’usage de la demande c’est quelque chose qui sera sous-tendu par cette référence primitive à ce que nous pourrions appeler le plein succès, ou le premier succès, ou le succès mythique, ou la forme archaïque primordiale

de l’exercice du signifiant. Ce passage plein, ce passage avec succès de la demande comme telle dans le réel,

pour autant qu’il crée en même temps le message et l’Autre, aboutit à :



  • ce remaniement du signifié d’une part, qui est introduit par l’usage du signifiant comme tel,




  • et d’autre part prolonge directement l’exercice du signifiant dans un plaisir authentique.


L’un et l’autre se balancent :


  • il y a d’une part cet exercice que nous retrouvons en effet, avec FREUD, tout à fait à l’origine du jeu verbal comme tel, qui est un plaisir toujours prêt à surgir.




  • Et bien entendu, combien toujours - par tout ce que nous allons voir maintenant de ce qui se passe pour s’y opposer - combien masquée est d’autre part cette nouveauté qui apparait, non pas simplement dans la réponse à la demande mais dans la demande verbale elle-même, apparaît ce quelque chose qui complexifie, qui transforme le besoin, qui le met sur le plan de ce que nous appellerons à partir de là, le désir.


Le désir étant ce quelque chose qui est défini par un décalage essentiel par rapport à tout ce qui est purement et simplement de la direction imaginaire du besoin, qui est ce quelque chose qui l’introduit par soi-même dans un ordre autre, l’ordre symbolique, avec tout ce qu’il peut apporter ici de perturbation.
Pour tout dire nous voyons ici surgir à propos de ce mythe premier auquel je vous prie de vous référer,

parce qu’il faut que nous y appuyions là-dessus dans toute la suite, faute de rendre incompréhensible,

tout ce qui nous sera par FREUD articulé à propos du mécanisme propre du plaisir du mot d’esprit.
Je souligne que cette nouveauté qui apparaît dans le signifié par l’introduction du signifiant c’est ce quelque chose

que nous retrouvons partout, comme une dimension essentielle accentuée par FREUD à tous les détours,

dans ce qui est manifestation de l’inconscient.
FREUD nous dit parfois que quelque chose nous apparaît au niveau des formations de l’inconscient qui s’appelle surprise.

C’est quelque chose qu’il convient de prendre, non pas comme un accident de cette découverte mais comme une dimension essentielle de son essence. Il y a quelque chose d’originaire dans le phénomène de la surprise :

  • qu’il se produise à l’intérieur d’une formation de l’inconscient pour autant qu’en elle-même elle choque le sujet par son caractère surprenant,

  • mais aussi bien si au moment où pour le sujet vous en faites le dévoilement, vous provoquez chez lui ce sentiment de la surprise.


FREUD l’indique dans toutes sortes de points :

  • soit dans « La science des rêves »,

  • soit dans la « Psychopathologie de la vie quotidienne »,

  • soit encore et à tout instant dans le texte du « Mot d’esprit... ».

Cette dimension de la surprise est elle-même consubstantielle à ce qu’il en est du désir pour autant qu’il est passé

au niveau de l’inconscient. Cette dimension, c’est ce que le désir emporte avec lui d’une condition d’émergence

qui lui est propre en tant que désir, c’est proprement celle par laquelle il est même susceptible d’entrer

dans l’inconscient, car tout désir n’est pas susceptible d’entrer dans l’inconscient.
Seuls entrent dans l’inconscient ces désirs qui, pour avoir été symbolisés, peuvent, en entrant dans l’inconscient, conserver sous leur forme symbolique, sous la forme de cette trace indestructible dont FREUD reprend encore l’exemple dans le Witz, des désirs qui ne s’usent pas, qui n’ont pas le caractère d’impermanence propre à toute insatisfaction, mais qui, au contraire, sont supportés par cette structure symbolique qui les maintient à un certain niveau de circulation du signifiant, celui que je vous ai désigné comme devant être, dans ce schéma, situé dans ce circuit entre le message et l’Autre :

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C’est-à-dire occupant une fonction, une place qui, selon les cas, selon les incidences où il se produit, fait que ce sont

par les mêmes voies que nous devons concevoir le circuit tournant de l’inconscient en tant qu’il est là toujours prêt

à reparaître. C’est dans l’action de la métaphore :

  • en tant que c’est pour autant qu’à certains circuits originaux quelque chose vient frapper dans le circuit courant, banal, reçu, de la métonymie, que se produit le surgissement du sens nouveau,

  • en tant enfin que dans le trait d’esprit c’est à ciel ouvert que se produit cette balle renvoyée entre message et Autre, qui va produire l’effet original du trait d’esprit.


Rentrons maintenant dans plus de détails pour essayer de le saisir et de le concevoir.
Si nous ne sommes plus à ce niveau primordial, à ce niveau mythique de première instauration dans sa forme propre

de la demande, comment les choses se font-elles ? Reportons-nous à ce thème absolument fondamental, tout au long

des histoires de trait d’esprit on ne voit que cela, on ne voit que des quémandeurs à qui on accorde des choses :

  • soit qu’on leur accorde ce qu’ils ne demandent pas,

  • soit que, leur ayant accordé ce qu’ils demandent, ils en fassent un autre usage,

  • soit qu’ils se comportent vis-à-vis de celui qui le leur a accordé avec une toute spéciale insolence, reproduisant, si l’on peut dire, dans le rapport du demandeur au sollicité, cette dimension bénie de l’ingratitude.


Sinon il serait vraiment insupportable d’accéder à aucune demande, car observez, comme nous l’a fait remarquer avec beaucoup de pertinence notre ami MANNONI dans un excellent ouvrage, que le mécanisme normal de la demande à laquelle on accède est de provoquer des demandes toujours renouvelées, car en fin de compte qu’est-ce que c’est que cette demande, pour autant qu’elle rencontre son auditeur, l’oreille à laquelle elle est destinée ?
Ici faisons un petit peu d’étymologie. Quoique ce ne soit pas dans l’usage du signifiant que réside forcément

la dimension essentielle à laquelle on doive se référer, un peu d’étymologie est pourtant bien là pour nous éclairer.

Cette demande si marquée des thèmes de l’exigence dans la pratique concrète, dans l’usage, dans l’emploi du terme…

et plus encore en anglo-saxon qu’en d’autres langues, mais aussi bien dans d’autres langues

…originairement c’est demandare, c’est se confier, c’est - sur le plan d’une communauté de registre et de langage -

d’une remise de tout soi, de tous ses besoins à un autre.
Le matériel signifiant de la demande est emprunté sans doute pour prendre un autre accent qui lui est tout spécialement imposé par l’exercice effectif de la demande.
Mais ici le fait de l’origine des matériaux employés métaphoriquement, vous le voyez par le progrès de la langue,

est bien pour nous instruire de ce dont il s’agit dans ce fameux complexe de dépendance que j’évoquai tout à l’heure avec, selon les termes de MANNONI, un effet que celui qui demande peut penser qu’effectivement l’autre a vraiment accédé à une de ses demandes, il n’y a en effet plus de limite : il peut, il doit, il est normal qu’il lui confie tous ses besoins.
Tout ce que j’évoquais à l’instant des bienfaits de l’ingratitude met un terme aux choses, met un terme à ce qui ne saurait s’arrêter. Mais aussi bien le quémandeur n’a pas l’habitude de par l’expérience de présenter ainsi sa demande toute nue.

La demande n’a rien de confiant, il sait trop bien à quoi il a affaire dans l’esprit de l’autre, et c’est en cela qu’il déguise sa demande. C’est-à-dire qu’il demande quelque chose dont il a besoin au nom
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