Leçon 1 06 Novembre 1957





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pas de sens », et le plaisir s’achève pour le sujet.

C’est pour autant qu’il est arrivé à surprendre l’Autre avec son trait d’esprit, que lui récolte le plaisir qui est bien

le même plaisir primitif que le sujet mythique, archaïque, infantile, primordial, que je vous évoquais tout à l’heure,

avait recueilli du premier usage du signifiant. Je vous laisserai sur cette démarche. J’espère qu’elle ne vous a pas paru trop artificielle, ni trop pédante. Je m’excuse auprès de ceux à qui cette sorte de petit exercice de trapèze

donne mal à la tête : je crois quand même qu’il est nécessaire.
Non pas que je ne vous crois pas en esprit capables de saisir ces choses, mais je ne pense pas que ce que j’appelle

votre bon sens soit quelque chose de tellement adultéré par les études médicales, psychologiques, analytiques et autres, auxquelles vous vous êtes livrés, que vous ne puissiez me suivre dans ces chemins par de simples allusions.
Néanmoins les lois de mon enseignement ne rendent pas non plus hors de saison que nous disjoignons

d’une façon quelconque ces étapes, ces temps essentiels du progrès de la subjectivité, dans le trait d’esprit.
Subjectivité, c’est là le mot auquel je viens maintenant, car jusqu’à présent, et aujourd’hui encore,

en maniant avec vous les cheminements du signifiant, quelque chose au milieu de tout cela manque - manque non pas sans raison, vous le verrez - ce n’est pas pour rien qu’au milieu de tout cela nous ne voyons aujourd’hui apparaître que des sujets quasiment absents, des sortes de supports pour renvoyer la balle du signifiant.
Et pourtant quoi de plus essentiel à la dimension du trait d’esprit, que la subjectivité ? Quand je dis subjectivité,

je dis que nulle part n’est saisissable l’objet du trait d’esprit, puisque même ce qu’il désigne au-delà de ce qu’il formule,

son caractère d’allusion essentielle, d’allusion interne, est quelque chose qui ici ne fait allusion à rien,

si ce n’est à la nécessité du « pas de sens ».
Et pourtant dans cette absence totale d’objet, en fin de compte quelque chose soutient le trait d’esprit qui est le plus vécu du vécu, le plus assumé de l’assumé, ce quelque chose qui en fait à proprement parler une chose tellement subjective,

comme le dit quelque part FREUD, cette conditionnalité subjective essentielle, le mot souverain est là qui surgit entre les lignes.
« N’est trait d’esprit...
Dit-il avec ce caractère acéré des formules qu’on ne trouve presque dans aucun auteur littéraire, je n’ai jamais vu cela sous la plume de personne
« N’est trait d’esprit que ce que je reconnais moi-même comme trait d’esprit. »
Et pourtant j’ai besoin de l’Autre, car tout son chapitre qui suit...

celui dont je viens de vous parler aujourd’hui, à savoir du mécanisme du plaisir, et qu’il appelle

« les motifs de l’esprit, les tendances sociales mises en valeur par l’esprit ». On l’a traduit en français par « les mobiles »,

je n’ai jamais compris pourquoi on traduisait « motif » par « mobile » en français

...a pour référence essentielle cet Autre.
Il n’y a pas de plaisir du trait d’esprit sans cet Autre, cet Autre aussi en tant que sujet, sans ces rapports des deux sujets, de celui qu’il appelle la première personne du trait d’esprit, celui qui l’a fait, et celui auquel dit-il, il est absolument nécessaire qu’on le communique, l’ordre de l’Autre que ceci suggère, et pour tout dire dès maintenant,

le fait que cet Autre est à proprement parler...

et ceci avec des traits caractéristiques qui ne sont saisissables nulle part ailleurs avec un tel relief

...que, à ce niveau-là, cet Autre est ici ce que j’appelle l’Autre avec un grand A.
C’est ce que j’espère vous montrer la prochaine fois.
11 Décembre 1957 Table des séances

J’ai à vous dire aujourd’hui des choses très importantes. Nous avons laissé les choses la dernière fois

sur la fonction du sujet dans le trait d’esprit.
Je pense que le poids de mon « sujet », sous prétexte qu’ici nous nous en servons, n’est pas pour autant devenu

pour vous quelque chose avec lequel on s’essuie les pieds. Quand on se sert du mot « sujet », cela comporte en général de vives réactions très personnelles, quelquefois émotives, chez ceux qui tiennent avant tout à l’objectivité.
D’autre part nous étions arrivés à cette sorte de point de concours qui est situé ici et que nous appelons A…

autrement dit l’Autre en tant que lieu du code, lieu où parvient le message constitué par le mot d’esprit

…par cette voie qui dans notre schéma peut être franchie à ce niveau-là, du message à l’Autre,

et qui est la voie de la simple succession de la chaîne signifiante en tant que fondement de ce qui se produit au niveau du discours, c’est-à-dire par cette voie où, dans le texte de la phrase, se manifeste ce quelque chose d’essentiel

qui émane, qui est ce que nous avons appelé le « peu de sens ».
Cette homologation du « peu de sens » de la phrase - toujours plus ou moins manifeste dans le trait d’esprit - par l’Autre, c’est ce que nous avons indiqué la dernière fois, et sans nous y arrêter, nous contentant de dire que de l’Autre,

ce qui est ici transmis, est relancé dans un double agissement qui retourne au niveau du message, ce qui homologue

le message, ce qui constitue le trait d’esprit, ceci pour autant que l’Autre a reçu ce qui se présente comme un « peu de sens », il le transforme en ce que nous avons appelé nous-mêmes d’une façon équivoque, ambiguë, le « pas de sens ».
Ce que nous avons souligné par là, ce n’est pas l’absence de sens, ni le non-sens, mais quelque chose qui est un pas

dans l’aperçu de ce que le sens montre de son procédé, de ce qu’il a toujours de métaphorique, d’allusif, de ce en quoi

le besoin à partir du moment où il est passé par la dialectique de la demande introduite par l’existence du signifiant,

ce besoin n’est en quelque sorte jamais rejoint.
C’est par une série de pas semblables à ceux par lesquels ACHILLE ne rejoint jamais la tortue,

que tout ce qui est du langage procède et tend à recréer ce sens plein, ce sens ailleurs, ce sens pourtant jamais atteint.
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Voilà le schéma auquel nous sommes arrivés dans le dernier quart d’heure de notre discours de la dernière fois,

qui paraît-il était un peu « fatigué », comme certains me l’ont dit. Mes phrases n’étaient pas terminées, aux dires de quelqu’un. Pourtant à la lecture de mon texte je n’ai pas trouvé qu’elles manquaient de queue. C’est parce que j’essaye de me propulser pas à pas dans quelque chose de difficilement communicable, qu’il faut bien que ces trébuchements se produisent. Je m’excuse s’ils se renouvellent aujourd’hui.
Nous sommes au point où il nous faut nous interroger sur la fonction de cet Autre, pour tout dire sur l’essence de cet Autre dans ce franchissement que nous appelons - nous l’avons suffisamment indiqué - sous le titre du « pas de sens »,

ce « pas de sens » en tant qu’il est en quelque sorte le partiel regain de cette plénitude idéale de la demande

purement et simplement réalisée d’où nous sommes partis, comme du point de départ de notre dialectique.
Ce «  pas de sens  », par quelle transmutation, transsubstantiation, opération subtile de communion si l’on peut dire,

Peut-il être assumé par l’Autre ? Quel est cet Autre ?

Pour tout dire voilà quelque chose qui nous est suffisamment indiqué par la problématique que FREUD lui-même souligne quand il nous parle du mot d’esprit, avec ce pouvoir de suspension de la question qui fait qu’incontestablement

plus je lis - et je ne m’en prive pas - les diverses tentatives qui ont été faites au cours des âges pour serrer de près cette question mystère du mot d’esprit, je ne vois véritablement, à quelque auteur que je m’adresse, et même à remonter à la période féconde, à la période romantique, aucun auteur qui ait seulement rassemblé les éléments premiers, matériels, de la question.
Une chose comme celle-ci par exemple, à laquelle FREUD s’arrête ici, on peut dire doublement :


  • que d’une part, dit-il avec ce ton souverain qui est le sien et qui tranche tellement sur l’ordinaire timidité rougissante des discours scientifiques : « N’est de l’esprit que ce que je reconnais comme tel ». C’est ce qu’il appelle cette « irréductible conditionnalité subjective de l’esprit », et le sujet est bien là celui qui parle, dit FREUD lui-même.




  • Et d’autre part, mettant en valeur qu’en possession de quelque chose qui est à proprement parler de l’ordre de l’esprit, je n’ai qu’une hâte, je ne puis même recueillir pleinement le plaisir du mot d’esprit, de l’histoire, que si j’en ai fait, si l’on peut dire, l’épreuve sur l’Autre, bien plus : que si j’en ai en quelque sorte transmis le contexte.


Il ne me serait pas difficile de faire apparaître cette perspective, cette sorte de jeu de glaces par lequel, quand

je raconte une histoire, si j’y cherche vraiment l’achèvement, le repos, l’accord de mon plaisir dans le consentement de l’Autre, il reste à l’horizon que cet Autre racontera à son tour cette histoire, et la transmettra à d’autres, et ainsi de suite.
Ces espèces de deux bouts de la chaîne :
« N’a d’esprit que ce que moi-même je ressens comme tel. »

mais d’autre part :

« Il n’y a rien de suffisant dans mon propre consentement à cet endroit,

que le plaisir du trait d’esprit ne s’achève dans l’Autre et par l’Autre. »
Disons - si nous faisons très attention à ce que nous disons, je veux dire si nous ne voyons là nulle espèce

de simplification qui pourrait être impliquée dans ce terme - que « l’esprit doit être communiqué » à condition

que nous laissions à ce terme de « communication » une ouverture dont nous ne savons pas ce qui viendra la remplir.
Nous nous trouvons donc dans l’observation de FREUD, devant ce quelque chose d’essentiel que nous connaissons déjà, à savoir la question de « ce qu’est cet Autre » qui est en quelque sorte le corrélatif du sujet.

Ici nous trouvons cette corrélation affirmée dans une exigence, dans un véritable besoin inscrit dans le phénomène.

Mais la forme de ce rapport du sujet à l’Autre, nous la connaissons déjà. Nous la connaissons déjà depuis qu’ici

nous avons insisté sur le mode nécessaire sous lequel notre réflexion nous propose le terme de subjectivité.
J’ai fait allusion à cette sorte d’objection qui pourrait venir à des esprits formés à une certaine discipline, et essayant, sous prétexte que la psychanalyse se présente comme science, d’introduire l’exigence que nous ne parlions jamais

que de choses objectivables, à savoir sur lesquelles puisse se faire l’accord de l’expérience, et qui par le seul fait de parler du sujet, devient une chose subjective et qui n’est pas scientifique, impliquant par là dans la notion du sujet,

cette chose, qui à un certain niveau y est, à savoir :


  • cet en-deça de l’objet qui permet en quelque sorte de lui mettre son support,




  • cet au-delà aussi bien, derrière l’objet, qui nous présente cette sorte d’inconnaissable substance,




  • bref ce quelque chose de réfractaire à l’objectivation dont en quelque sorte votre éducation, votre formation psychologique, vous apportent tout l’armement.


Naturellement ceci débouche sur des modes d’objections encore beaucoup plus vulgaires, je veux dire l’identification

du terme du subjectif avec les effets déformants du sentiment sur l’expérience d’un autre, n’y introduisant d’ailleurs pas moins je ne sais quel mirage transparent qui le fonde dans cette sorte d’immanence de la conscience à soi,

où l’on se fie un peu trop vite pour y résumer le thème du cogito cartésien.
Bref, toute une série de broussailles qui ne sont là que pour s’interposer entre nous et ce que nous désignons

quand nous mettons en jeu la subjectivité dans notre expérience. De notre expérience d’analystes, elle est inéliminable, et d’une façon, par une voie qui passe tout à fait ailleurs que par la voie où l’on pourrait lui dresser des obstacles.

La subjectivité, c’est pour l’analyste, pour celui qui procède par la voie d’un certain « dialogue », ce qu’il doit faire entrer en ligne de compte dans ses calculs quand il a affaire à cet Autre qui peut faire entrer dans les siens sa propre erreur,

et non chercher à la provoquer comme telle. Voilà une formule que je vous propose, et qui est assurément quelque chose de sensible. La moindre référence à la partie d’échecs, ou même au jeu de pair et impair, suffit à l’assurer.
Disons qu’à en poser ainsi les termes, la subjectivité émerge ou semble émerger - j’ai déjà souligné tout cela ailleurs,

il n’est pas utile que je le reprenne ici - à l’état duel, c’est-à-dire dès qu’il y a lutte, ou camouflage dans la lutte

ou la parade. Néanmoins, assurément encore nous semblions en voir ici jouer en quelque sorte le reflet.

J’ai illustré ceci par des termes, que je n’ai pas besoin de reprendre, je pense, de l’approche et des phénomènes d’érection fascinatoire dans la lutte inter-animale, voire de la parade inter-sexuelle.
Nous y voyons assurément une sorte de coaptation naturelle, dont précisément, ce caractère de réciproque approche, d’une conduite qui doit converger dans l’étreinte, donc au niveau moteur, au niveau qu’on appelle « behaviouriste », dans cet aspect tout à fait frappant de cet animal qui semble exécuter une danse.
C’est bien ce qui laisse aussi quelque chose d’ambigu à la notion d’intersubjectivité dans ce cas. La fascination réciproque peut être conçue comme simplement soumise à la régulation d’un cycle isolable dans le processus instinctuel, ce qui après le stade appétitif permet d’achever la consommation de la fin instinctuelle qui est

à proprement parler recherchée. Nous pouvons le réduire à un mécanisme inné, à un mécanisme de relais inné

qui, sans le problème de la fonction de cette captation imaginaire, finit par se réduire dans l’obscurité générale

de toute la téléologie vivante, et qui - après être un instant surgi de l’opposition si l’on peut dire des deux sujets -

peut, à un effort d’objectivation, de nouveau s’évanouir, s’effacer.
Il en est tout autrement dès que nous introduisons dans le problème les résistances quelconques, sous une forme quelconque, d’une chaîne signifiante. La chaîne signifiante comme telle introduit en ceci une hétérogénéité essentielle, entendez ἑτερογενής, avec l’accent mis sur le ἕτερος [hétéros]
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