Leçon 1 06 Novembre 1957





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ce qu’est véritablement la poésie, c’est-à-dire qu’on balance entre je ne sais quelle théorie vague et vaseuse sur la comparaison, ou au contraire la référence à je ne sais quels termes musicaux, c’est là que l’on veut expliquer l’absence prétendue de sens dans MALLARMÉ, sans s’apercevoir du tout :

  • qu’il doit y avoir une façon de définir la poésie en fonction des rapports au signifiant,

  • qu’il y a une formule peut-être un peu plus rigoureuse, et qu’à partir du moment où l’on donne cette formule, il est beaucoup moins surprenant que dans ses sonnets les plus obscurs, MALLARMÉ soit mis en cause.

Ceci dit, je pense que personne ne fera un jour la découverte que je prenais aussi toutes mes idées

dans le dictionnaire LITTRÉ !
Ce n’est pas parce que je l’ouvre que c’est là la question. Je l’ouvre donc et je peux vous informer de ceci,

que je suppose que certains d’entre vous peuvent connaître, mais qui a tout de même son intérêt,

c’est que le terme « familial » en 1881 est un néologisme.
Une consultation attentive de quelques bons auteurs, qui se sont penchés sur ce problème depuis, m’a permis

de dater en 1865 l’apparition du mot « familial ». Cela veut dire qu’on n’avait pas l’adjectif « familial » avant cette année-là. Pourquoi ne l’avait-on pas ? Voilà une chose fort intéressante. En fin de compte la définition qu’en donne LITTRÉ est quelque chose qui se rapporte à la famille, au niveau dit-il, de la science politique. Pour tout dire le mot « familial » est beaucoup plus lié à un contexte comme celui par exemple d’« allocations familiales » qu’à n’importe quoi.
C’est pour autant que la famille a été, à un moment donné, prise, qu’on a pu l’aborder comme objet au niveau d’une réalité politique intéressante, c’est-à-dire pour autant précisément qu’elle n’était plus tout à fait dans le même rapport, dans la même fonction structurante avec le sujet…

elle avait été toujours jusqu’à une certaine époque, c’est-à-dire en quelque sorte incluse, prise dans les bases et les fondements mêmes du discours du sujet, sans même qu’on songe à l’isoler pour autant

…qu’elle a été tirée du niveau d’objet résistant, d’objet devenu propos d’un maniement technique particulier,

qu’une chose aussi simple que l’adjectif corrélatif au terme famille, vient au jour.
Ce en quoi vous ne pouvez pas manquer de vous apercevoir que ce n’est peut-être pas non plus quelque chose d’indifférent au niveau de l’usage même du signifiant « famille ». Quoi qu’il en soit, une telle remarque est faite

aussi pour nous faire considérer que nous ne devons pas considérer ce que je viens de vous dire de la mise dans

le circuit du refoulé et du terme « famille » au niveau du temps d’Henri HEINE, comme ayant absolument une valeur identique à celle qu’il peut avoir dans notre temps, puisque le seul fait que le terme « familial » non seulement

n’est pas utilisable dans le même contexte, mais même n’existe pas au temps de HEINE, suffit à changer, si l’on peut dire, l’axe de la fonction signifiante lié au terme « famille ».
C’est une nuance que l’on peut considérer à cette occasion comme non négligeable. C’est grâce d’ailleurs à une série de négligences de cette espèce que nous pouvons nous imaginer que nous comprenons les textes antiques

comme les comprenaient les contemporains. Néanmoins tout nous annonce qu’il y a toutes les chances pour

qu’une lecture naïve d’HOMÈRE ne corresponde absolument en rien au sens véritable d’HOMÈRE, et que ce n’est certainement pas pour rien que des gens se consacrent à une exhaustion attentive du vocabulaire homérique comme tel, dans l’espoir de remettre approximativement en place la dimension de signification dont il s’agit dans ces poèmes.
Mais le fait qu’ils conservent leur sens, malgré que selon toute probabilité une bonne partie de ce qu’on appelle improprement « le monde mental », le monde des significations des héros homériques, nous échappe complètement,

et très probablement doive nous échapper d’une façon plus ou moins définitive, c’est tout de même, sur ce plan,

la distance du signifiant au signifié qui nous permet de comprendre qu’une concaténation particulièrement bien faite, c’est cela qui caractérise précisément la poésie : des signifiants auxquels nous puissions encore et probablement indéfiniment jusqu’à la fin des siècles donner des sens plausibles. [Cf. Sém. 1975-76, la remarque de Joyce sur son œuvre]
Nous voici donc à notre « famillionnaire », et je crois avoir fait à peu près le tour de ce qu’on peut dire du phénomène de la création du trait d’esprit dans son registre et dans son ordre propre. Ceci, peut-être va nous permettre de serrer de plus près la formule que nous pouvons donner de l’oubli du nom dont je vous ai parlé la semaine dernière.
Qu’est-ce que l’oubli du nom ? Dans cette occasion c’est que le sujet a posé devant l’Autre, et à l’Autre lui-même

en tant qu’Autre, la question « Qui a peint la fresque d’Orvieto ? ». Et il ne trouve rien.
Je veux vous faire remarquer à cette occasion l’importance qu’a le souci que j’ai de vous donner une formulation correcte, sous prétexte que l’analyse découvre que s’il n’évoque pas le nom du peintre d’Orvieto, c’est parce que « SIGNOR » manque que vous pouvez penser que c’est « SIGNOR » qui est oublié. Ce n’est pas vrai.

D’abord parce que ce n’est pas « SIGNOR » qu’il cherche, c’est SIGNORELLI qui est oublié, et « SIGNOR »

est le déchet signifiant refoulé de quelque chose qui se passe à la place où l’on ne retrouve pas SIGNORELLI.
Entendez bien le caractère tout à fait rigoureux de ce que je vous dis. Ce n’est absolument pas la même chose de

se rappeler SIGNORELLI ou « SIGNOR ». Quant vous avez fait avec SIGNORELLI l’unité que cela comporte,

c’est-à-dire que vous en avez fait le nom propre d’un auteur, la désignation d’un nom particulier,

vous n’y pensez plus au « SIGNOR ».
Si le « SIGNOR » a été dégagé du SIGNORELLI, isolé dans le SIGNORELLI, c’est par rapport à l’action

de décomposition propre à la métaphore, et pour autant que SIGNORELLI a été pris dans le jeu métaphorique

qui a abouti à l’oubli du nom, celui que nous permet de reconstituer l’analyse.
Ce que nous permet de reconstituer l’analyse, c’est la correspondance de « SIGNOR » avec « Herr »

dans une création métaphorique qui vise le sens qu’il y a au-delà de « HERR », le sens qu’a pris « HERR »

dans la conversation avec le personnage qui accompagne à ce moment-là FREUD dans son petit voyage

vers les bouches de Cattaro, et qui fait que « HERR » est devenu le symbole de ce devant quoi échoue sa maîtrise

de médecin, du maître absolu, c’est-à-dire le mal qu’il ne guérit pas, le personnage qui se suicide malgré ses soins,

et pour tout dire la mort et l’impuissance qui le menacent lui personnellement, FREUD.
C’est dans la création métaphorique que s’est produit ce brisement de SIGNORELLI, qui a permis au « SIGNOR », qu’on retrouve en effet comme élément, de passer quelque part. Il ne faut pas dire que c’est « SIGNOR »

qui est oublié, c’est SIGNORELLI qui est oublié, et « SIGNOR » est quelque chose que nous trouvons au niveau

du déchet métaphorique en tant que le refoulé est ce déchet signifiant. « SIGNOR » est refoulé mais il n’est pas oublié,

il n’a pas à être oublié puisqu’il n’existait pas avant.
S’il a pu si facilement se fragmenter d’ailleurs, et se détacher de SIGNORELLI, c’est parce que SIGNORELLI

est justement un mot d’un langage étranger à FREUD, et qu’il est tout à fait frappant, remarquable…

et d’expérience que vous pouvez facilement faire pour peu que vous ayez l’expérience d’une langue étrangère

…que vous discernez beaucoup plus facilement les éléments composants du signifiant dans une langue étrangère

que dans la vôtre propre.
Si vous commencez à apprendre une langue, vous vous apercevez, entre les mots, d’éléments de composition,

de relations de composition que vous omettez tout à fait dans votre langue. Dans votre langue vous ne pensez pas

les mots en les décomposant en radical et suffixe, alors que vous le faites de la façon la plus spontanée quand vous apprenez une langue étrangère. C’est pour cela qu’un mot étranger est plus facilement fragmentable et usable [utilisable ?]

dans ses éléments et ses décompositions signifiantes que ne l’est n’importe quel mot de votre propre langue.
Ce n’est là qu’un élément adjuvant du processus qui peut aussi se produire avec les mots de votre propre langue, mais si FREUD a commencé par cet examen de l’oubli d’un nom étranger, c’est parce qu’il est particulièrement accessible et démonstratif.Alors qu’y a-t-il au niveau de la place où vous ne trouvez pas le nom de SIGNORELLI ?

Cela veut dire précisément qu’il y a eu tentative à cette place d’une création métaphorique.

L’oubli du nom, ce qui se présente comme oubli du nom, c’est ce qui s’apprécie à la place de « famillionnaire ».

Il n’y aurait rien eu du tout si Henri HEINE avait dit : il m’a reçu tout à fait comme un égal, tout à fait ...ts ...ts ...ts...
C’est exactement ce qui se passe au niveau où FREUD cherche son nom de SIGNORELLI. C’est quelque chose

qui ne sort pas, qui n’est pas créé, c’est là qu’il cherche SIGNORELLI, il le cherche là indûment. Pourquoi ?

Parce qu’au niveau où il doit chercher SIGNORELLI, du fait de la conversation antécédente, est attendue et appelée

une métaphore qui concerne ce quelque chose qui est destiné à faire médiation entre ce dont il s’agit dans le cours

de la conversation que FREUD a à ce moment-là et ce qu’il en refuse, à savoir la mort.
C’est justement ce dont il s’agit quand il tourne sa pensée vers la fresque d’Orvieto, à savoir ce que lui-même appelle « les choses dernières », l’élaboration si l’on peut dire eschatologique qui est la seule façon dont il peut aborder cette sorte de terme abhorrique, de terme impensable si l’on peut dire, de ses pensées, ce quelque chose en quoi il doit tout de même bien s’arrêter.

La mort existe qui limite son être d’homme, qui limite aussi son action de médecin, et qui donne aussi une borne absolument irréfutable à toutes ses pensées.
C’est pour autant qu’aucune métaphore ne lui vient dans la voie de l’élaboration de ces choses comme étant

« les choses dernières », que FREUD se refuse à toute eschatologie, si ce n’est sous la forme d’une admiration

pour la fresque peinte d’Orvieto, que rien ne vient et qu’à la place où il en cherche l’auteur - car en fin de compte

c’est de l’auteur qu’il s’agit, de nommer l’auteur - il ne se produit rien parce qu’aucune métaphore ne réussit,

aucun équivalent n’est donnable à ce moment-là au SIGNORELLI, parce que le SIGNORELLI a pris une nécessité, est appelé à ce moment-là dans une bien autre forme signifiante que celle de son simple nom qui à ce moment-là

est tout de même sollicité d’entrer en jeu à la façon dont dans « atterré », joue sa fonction de radical « ter »,

c’est-à-dire qu’il se brise et qu’il s’élide.
L’existence quelque part du terme « SIGNOR » est la conséquence de la métaphore non réussie que FREUD appelle,

à ce moment-là, à son aide. C’est pour cela que vous voyez les mêmes effets que je vous ai marqués comme devant exister au niveau de l’objet métonymique, à savoir à ce moment- là de l’objet dont il s’agit, de l’objet représenté,

peint sur « les choses dernières ». FREUD le dit :
« Non seulement je ne retrouvais pas le nom de SIGNORELLI, mais je ne me suis jamais si bien souvenu, je n’ai jamais

à ce moment-là si bien visualisé la fresque d’Orvieto, moi - dit-il - qui ne suis pas - et on le sait par toutes sortes d’autres traits, par la forme de ses rêves en particulier - moi qui ne suis pas tellement imaginatif. »
Si FREUD a pu faire toutes ces trouvailles, c’est très probablement dans le sens où il était beaucoup plus ouvert, beaucoup plus perméable au jeu symbolique qu’au jeu imaginaire. Et il note lui-même cette intensification de l’image

au niveau du souvenir, cette réminiscence plus intense de l’objet dont il s’agit, à savoir de la peinture,

et jusqu’au visage de SIGNORELLI lui-même qui est là dans la posture où apparaissent dans les tableaux

de cette époque, les donateurs, quelquefois l’auteur.
Il y a SIGNORELLI dans le tableau, et FREUD le visualise. Il n’y a donc pas une sorte d’oubli pur et simple, massif

si l’on peut dire, de l’objet. Au contraire il y a une relation entre la reviviscence, l’intensification de certains de ces éléments,

et la perte d’autres éléments, d’éléments signifiants au niveau symbolique, et nous trouvons à ce moment-là le signe

de ce qui se passe au niveau de l’objet métonymique, en même temps que nous pouvons donc formuler ce qui se passe dans cette formule de l’oubli du nom, à peu près comme ceci :
7.jpg
Nous retrouvons là la formule de la métaphore en tant qu’elle s’exerce par un mécanisme de substitution

d’un signifiant S à un autre signifiant S’ :

8.jpg
Que se passe-t-il comme conséquence de cette substitution du signifiant S à un autre signifiant S’ ?

Il se produit ceci qu’au niveau de S’ il se produit un changement de sens, à savoir que le sens de S’, disons : s’

devient le nouveau sens que nous appellerons s petit s : ss, pour autant qu’il corresponde à ce grand S.
Mais à la vérité, pour ne pas laisser subsister d’ambiguïté dans votre esprit, à savoir vous pouvez croire qu’il s’agit là de cette topologie, que petit s est le sens de grand S et qu’il faut que le S soit entré en relation avec S’

pour que le petit s puisse produire à ce titre seulement, ce que j’appelle s". C’est la création de ce sens qui est la fin,

le fonctionnement de la métaphore. La métaphore est toujours réussie pour autant :

  • que ceci étant exécuté,

  • que le sens étant réalisé,

  • que le sens étant entré en fonction dans le sujet,

…S et S’, exactement comme dans une formule de multiplication de fraction, se simplifient et s’annulent.
C’est pour autant que « atterré » finit par signifier ce qu’il est vraiment pour nous dans la pratique, à savoir plus ou moins touché de terreur, que le « ter » qui a servi d’intermédiaire entre « atterré » et « abattu » d’une part - ce qui à proprement parler est la distinction la plus absolue, il n’y a aucune raison pour qu’« atterré » remplace « abattu » - mais que le « ter » qui est ici pour avoir servi à titre homonymique a apporté cette terreur, que le « ter » dans les deux cas

peut se simplifier. C’est un phénomène du même ordre qui se produit au niveau de
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