Leçon 10





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11 Décembre 1968 Table des séances



Je note quelquefois, à part moi, des petites « adresses » à votre intention. Alors là, au moment de brasser ces papiers,

j’en retrouve une qui va me fournir mon entrée :
« Qu’il est regrettable…
écrivais-je, je ne sais plus quand

que Dieu serve à écarter par ce que nous appellerons la proscription de son Nom. »
Ça a pris forme d’un interdit précisément sans doute là où on pourrait savoir le mieux ce qu’il en est de la fonction

de ce terme « Dieu » à savoir chez les Juifs. Vous savez que chez eux il a un nom imprononçable. Eh bien :
« Cette proscription, justement, sert à écarter…
Commençais-je à dire
un certain nombre de références absolument essentielles au maintien du « je » dans une lumière suffisante, suffisante pour qu’on ne puisse pas le jeter…
il y a « je » là-dedans

le jeter aux chiens, c’est-à-dire aux professeurs. »
Ce dont je suis parti pour, en somme, la dernière fois, vous l’avez entendu, sinon vu, presque malgré moi, pousser d’abord et en avant cette référence « je ». Par l’intermédiaire du Dieu en question j’ai traduit ce qui fut proféré un jour sous la forme :

אֶהְיֶה אֲשֶׁר אֶהְיֶה [Eyè acher eyè] par « Je suis ce que je est ».
Je vous ai dit alors avoir été moi-même un peu débordé par l’avance de cette énonciation que j’ai justifiée comme traduction, ou crois avoir justifiée. Puis j’ai dit qu’après tout, là, le Sinaï m’avait émergé, malgré moi, du sol entre les jambes.
Cette fois-ci, je n’ai pas reçu de petit papier comme la dernière fois. Je l’attendais pourtant, que quelqu’un me fasse remarquer que ces paroles sont sorties du « buisson ardent ». Vous voyez ce que ça aurait fait si je vous avais dit que le « buisson ardent » m’était sorti entre les jambes ? C’est bien en cela que la phrase se donne des ordres à elle-même, rétroactivement. C’est bien parce que je voulais la définir entre les jambes que j’ai mis d’abord le Sinaï à la place du « buisson ardent ».

D’autant plus qu’après tout, sur le Sinaï, c’est des suites de la chose dont il s’agit.
C’est-à­-dire que, comme je l’ai déjà fait remarquer dans le séminaire sur L’Éthique [1959-60]:

celui qui s’est annoncé - à mon dire tout au moins - comme « Je suis ce que « je » est », celui-là…

sous la forme de ce qui depuis se transmet dans l’impératif de la liste des « Dix Commandements » dits de Dieu

…n’a fait - je l’ai expliqué il y a bien longtemps - qu’énoncer les lois du « je parle ».
S’il est vrai, comme je l’énonce, que la vérité parle « je » il paraît bien aller de soi que :


  • « Tu n’adoreras que celui qui a dit : Je suis ce que « je » est » et que tu n’adoreras que lui seul,




  • par la même conséquence : « Tu aimeras - comme il se dit aussi - ton prochain comme toi-même », « toi-même » n’étant rien d’autre que ce à quoi il est dit, dans ces commandements mêmes, ce à quoi on s’adresse comme à un « Tu » et même à un « Tu es », dont j’ai souligné depuis longtemps l’ambiguïté vraiment magique dans la langue française.


Ce commandement dont le prélude sous-jacent est ce « Tu es » qui vous institue comme « je », c’est aussi la même pente offerte à ce « tu-ant » qu’il y a dans toute invocation, et l’on sait qu’il n’y a pas loin de l’ordre à ce qu’on y réponde :

tout HEGEL est construit pour montrer ce qui s’édifie là-dessus.

On pourrait les prendre un par un, en passant, bien sûr par celui sur le mensonge, puis ensuite sur cet interdit de

« convoiter la femme, le bœuf ni l’âne de ton voisin » qui est toujours celui qui te tue. On voit mal ce qu’on pourrait convoiter d’autre !

La cause du désir étant précisément bien là.
Il est à remarquer qu’assurément, par une solidarité qui participe de l’évidence, il n’y a pas de parole, à proprement parler, que là où la clôture de tel commandement la préserve. Ce qui explique bien pourquoi ces commandements, depuis que

le monde est monde, personne très exactement ne les observe, et que c’est pour cela que la parole - au sens où la vérité parle « je » - reste profondément cachée et n’émerge qu’à montrer un petit bout de pointe de nez, de temps en temps, dans les interstices du discours.
Il convient donc…

il convient pour autant qu’il existe une technique qui fait confiance à ce discours pour y retrouver quelque chose, un chemin, une « voie » comme on dit qui se présume n’être pas sans rapport avec - comme on s’exprime mais méfions -nous toujours des envers du discours - « la vérité » et « la vie » [cf. Évangile Jean : 14, 6]

…il convient peut-être d’interroger de plus près ce qui dans ce discours se fonde comme pouvant amorcer,

nous donner un pont vers ce terme radical, inaccessible, qu’avec quelque audace le dernier des philosophes - HEGEL -

crut pouvoir réduire à sa dialectique.
Pour nous, dans un abord qui est celui que j’ai commencé de frayer, c’est devant l’Autre - comme permettant de cerner

une défaillance logique, comme lieu d’un défaut d’origine porté dans la parole en tant qu’elle pourrait répondre,

c’est là qu’apparaît le « je » comme premièrement assujetti, comme a-sujet ai-je écrit quelque part pour désigner ce sujet,

en tant que dans le discours il ne se produit jamais que divisé.
Que l’animal qui parle ne puisse s’étreindre au partenaire qu’à s’assujettir d’abord, c’est parce qu’il a été toujours déjà parlant, qu’en l’approche même de cette étreinte il n’y peut formuler le « Tu es » qu’à s’y tuer, qu’il autrifie le partenaire, qu’il en fait le lieu du signifiant.
Ici on me permettra de revenir un instant sur ce « «je» est » de la dernière fois, puisque aussi bien, et d’une tête pas mal faite,

j’ai vu revenir l’objection qu’à le traduire ainsi je rouvrais la porte, disons au moins à une référence d’être. Que ce « est » fut,

au moins par une oreille, entendu comme un appel à l’être, à l’être si selon la terminologie de la tradition il est suspendu à

ce que j’énoncerai comme - de par quelque ordre de nature, au sens le plus original - subsistant dans cette nature.

La tradition édifie cet être suprême pour y répondre de tous les « étant ». Tout change, tout tourne autour de celui qui prend

la place du pivot de l’univers, ce X grâce à quoi il y a un Univers.
Rien n’est plus éloigné de l’intention de cette traduction que ce que j’ai formulé, que pour le faire entendre je peux reprendre dans « je suis ce qu’est le Je ». Disons qu’ici le « est » se lit mieux et que nous revenons à proprement énoncer dans le « je »

ce qui donne le fond proprement de la vérité en tant qu’elle parle seulement.
Ces commandements qui la soutiennent - l’ai-je assez dit tout à l’heure - sont proprement l’anti-physique,

et pourtant, pas moyen - sans s’y référer - de ce qu’on appelle « dire la vérité ». Essayez donc ! En aucun cas !

C’est un point idéal, c’est bien le cas de le dire. Personne ne sait même ce que ça veut dire.
Dès qu’on tient un discours, ce qui surgit ce sont les lois de la logique, à savoir une cohérence fine, liée à la nature de ce qui s’appelle articulation signifiante. C’est ce qui fait qu’un discours est soutenable ou non, de par la structure de cette chose

qui s’appelle le signe, et qui a affaire avec ce qu’on appelle communément la lettre pour l’opposer à l’esprit.

Les lois de cette articulation, voilà ce qui d’abord domine le discours.
Ce que j’ai commencé d’énoncer dans mon exposé cette année c’est ce champ de l’Autre pour l’éprouver comme concevable au titre de champ d’inscription de ce qui s’articule ainsi dans le discours. Ce champ de l’Autre, ce n’est pas d’abord lui donner aucune incarnation, c’est à partir de sa structure que pourra se définir la possibilité du « Tu » qui va nous atteindre

et faire appel à quelque chose - troisième temps - qui aura à se dire « je ».
Il est clair que ce qui va se montrer c’est ce que nous attendons, c’est ce que nous savons bien, que ce « je » est imprononçable, toujours imprononçable en toute vérité. C’est bien pour cela que tout le monde sait à quel point il est encombrant et que, comme le rappellent les lois de la parole elle-même auxquelles je me référais tout à l’heure, il est préférable de ne jamais dire « je jure ».
Alors, avant de préjuger ce qu’il en est de l’Autre, laissons ouverte la question. Que ce soit simplement la page blanche,

même à cet état il nous fera assez de difficultés, puisque c’est ce que j’ai démontré au tableau la dernière fois, c’est qu’à supposer que vous ayez inscrit sur cette page blanche - à condition qu’elle soit page, c’est-à-dire finie - la totalité des signifiants

ce qui est, après tout, concevable puisque vous pouvez choisir un niveau où il se réduit aux phonèmes

…il est démontrable qu’à la seule condition de croire que vous pouvez y rassembler quoi que ce soit dont vous pourriez énoncer ce jugement - c’est le sujet, le terme nécessité par ce rassemblement - ce choix sera forcément à situer hors de cette totalité.

C’est hors de la page blanche que le S2, celui qui intervient quand j’énonce : le signifiant c’est ce qui représente un sujet pour un autre signifiant, cet autre signifiant, le S2, sera hors page.
Il faut partir de ce phénomène démontrable comme interne à toute énonciation comme telle, pour savoir tout ce que nous pourrons avoir à dire par la suite, de quoi que ce soit qui s’énonce, et c’est pourquoi il vaut encore de s’y attarder un instant.

Prenons l’énonciation la plus simple : dire que quelqu’un annonce qu’il pleut, ne se juge, ne peut se juger pleinement

qu’à s’attarder à ce qu’il y a d’émergence dans le fait qu’il soit dit qu’il y a du « pleut ».
C’est ça l’événement du discours par lequel celui même qui le dit, se pose comme secondaire. L’événement consiste en un dit, celui sans doute dont le « il » marque la place. Mais il faut se méfier. Le sujet grammatical

qui d’ailleurs, peut présenter selon les langues des morphologies distinctes, qui n’est pas nécessairement isolé

le sujet grammatical ici a un rapport avec ce que j’ai appelé tout à l’heure « l’hors champ », plus ou moins individualisé

comme je viens de le rappeler, c’est-à-dire aussi bien, par exemple, réduit à une désinence, « pleut ». Le « t », ce petit « t »…

d’ailleurs, que vous retrouverez baladeur dans toutes sortes de coins du français

…lui-même, pourquoi nous revient-il se loger là où il n’a que faire ? Dans un « orne-t-il » par exemple ? C’est-à-dire là où il n’était pas du tout dans la conjugaison. Ce sujet grammatical donc, si difficile à bien cerner, n’est que la place où quelque chose vient à se représenter.
Revenons sur ce S1 en tant que c’est lui qui représente ce quelque chose, et rappelons que quand la dernière fois nous avons voulu extraire du champ de l’Autre comme il s’imposait, ce S2, puisqu’il n’y pouvait tenir, pour rassembler les Sα, Sβ, Sγ

où nous prétendions saisir le sujet, c’est en tant, justement, que dans le champ de l’Autre nous avions défini ces trois S

par une certaine fonction, appelons-là « R » définie par ailleurs, à savoir que X n’était pas élément de X et que ce R(X) c’est ce qui transformait tous ces éléments - signifiants dans l’occasion - en quelque chose qui restait - puisque ouvert - indéterminé, qui prenait pour tout dire, fonction de variable.
C’est en tant que nous avons spécifié ce à quoi doit répondre cette variable, à savoir une proposition qui n’est pas n’importe laquelle,

qui n’est pas par exemple : que la variable doit être bonne, ou n’importe quoi d’autre, ou rouge, ou bleue , mais qu’elle doit être sujet,

que surgit la nécessité de ce signifiant comme Autre, qu’il ne saurait d’aucune façon s’inscrire dans le champ de l’Autre.

Ce signifiant est proprement - sous sa forme la plus originelle - ce qui définit la fonction dite du savoir.
J’aurai bien sûr à y revenir, car cette place est…

même par rapport à ce qui a été jusqu’ici énoncé quant aux fonctions logiques

…peut-être encore pas assez accentuée, qu’essayer de qualifier le sujet comme tel nous met hors-l’Autre.

Ce « nous met » est peut-être une forme de « noumen » qui « nous mènera » plus loin que nous ne pensons.
Qu’il me suffise ici d’interroger s’il n’est pas vrai que les difficultés que nous apportent, dans une réduction logique,

les énoncés classiques - je veux dire aristotéliciens - de l’universelle et de la particulière propositions, ne tiennent pas,

c’est qu’on ne s’aperçoit pas que c’est là, hors du champ, du champ de l’Autre, que doivent être placés le « tous » et le « quelque »,

et que nous aurions moins d’embarras à nous apercevoir que les difficultés qu’engendre la réduction de ces propositions classiques au champ des quantificateurs tiennent à ceci : c’est que plutôt que dire que tous les hommes sont bons

- ou mauvais, peu importe - la juste formule serait d’énoncer : 
« les hommes - ou quoi que ce soit d’autre, quoi que ce soit que vous pouvez habiller d’une lettre, en logique - sont tous bons, ou sont quelques bons ».
Bref, qu’à mettre hors du champ la fonction syntaxique de l’universel et du particulier, vous verriez moins de difficultés

à les réduire ensuite au champ mathématique. Car le champ mathématique consiste justement à opérer désespérément

pour que le champ de l’Autre tienne comme tel. C’est la meilleure façon d’éprouver qu’il ne tient pas.

Mais de l’éprouver en envoyant s’articuler tous les étages, car c’est à des niveaux bien divers qu’il ne tient pas.
L’important est de voir ceci, c’est que : c’est en tant que ce champ de l’Autre n’est - comme on dit techniquement - « pas consistant », que l’énonciation prend la tournure de la demande, ceci avant que quoi que ce soit, qui charnellement puisse répondre, soit même venu s’y loger.

L’intérêt d’aller aussi loin qu’il est possible dans l’interrogation de ce champ de l’Autre comme tel, c’est d’y noter que c’est

à une série de niveaux différents que sa faille se perçoit.
Ce n’est pas la même chose, et pour en faire l’épreuve c’est là que les mathématiques nous apportent un champ d’expérience exemplaire, c’est qu’elles peuvent se permettre de limiter ce champ à des fonctions bien définies, l’arithmétique par exemple.

Peu importe encore, pour l’instant, ce qu’en fait elle manifeste, cette recherche arithmétique.
Vous en avez entendu assez pour savoir que dans ces champs,et choisis parmi les plus simples, la surprise est grande

quand nous découvrons qu’il manque, par exemple : la complétude 18, à savoir que l’on ne puisse dire que quoi que ce soit qui s’y énonce doive être ou bien démontré ou bien démontré que non.

Mais plus encore : que dans tel champ - et parmi les plus simples - il peut être mis en question que :

  • quelque chose, quelque énoncé y soit démontrable,

  • qu’un autre niveau se dessine d’une démonstration possible qu’un énoncé n’y soit pas démontrable.


Mais qu’il devient très singulier et très étrange qu’en certains cas ce « pas démontrable « lui-même échappe pour quelque chose qui s’énonce dans le même champ. C’est-à-dire que, ne pouvant même pas être affirmé qu’il n’est pas démontrable,

une dimension distincte s’ouvre, qui s’appelle le « non décidable ».
Ces échelles - non pas d’incertitude mais de défaut dans la texture logique - sont-ce elles-mêmes qui peuvent nous permettre d’appréhender que le sujet comme tel pourrait en quelque sorte y trouver son appui, son statut, la référence pour tout dire, qui au niveau de l’énonciation, se satisfasse comme adhésion à cette faille même ?
Est-ce qu’il ne vous semble pas que, comme peut-être…

à condition qu’un auditoire aussi nombreux y mette quelque complaisance

…comme peut-être nous pourrons le faire sentir dans quelque construction, quitte…

comme je l’ai fait déjà à propos de ce champ de l’Autre

…à l’abréger, il puisse être en quelque sorte rendu nécessaire dans un énoncé de discours, qu’il ne saurait même y avoir de signifiant, comme semble-t-il on peut le faire, car à aborder ce champ de l’extérieur de la logique, rien ne nous empêche semble-t-il,

de forger le signifiant dont se connote ce qui, dans l’articulation signifiante même, fait défaut.
S’il pouvait…

ce qu’ici je laisse encore en marge

…s’articuler ce quelque chose - et c’est ce qui a été fait - qui démontre que ne peut pas se situer ce signifiant dont un sujet, au dernier terme, se satisfasse pour s’y identifier comme identique au défaut même du discours, si vous me permettez ici cette formule abrégée.
Est-ce que tous ceux qui sont ici et qui sont analystes ne se rendent pas compte que c’est faute de toute exploration de cet ordre que la notion de la castration

qui est bien ce que j’espère vous avez senti au passage être l’analogue de ce que j’énonce

…que la notion de la castration reste si floue, si incertaine et se trouve maniée avec l’épaisseur et la brutalité que l’on sait ?
À vrai dire, dans la pratique, elle n’est pas maniée du tout, on lui substitue tout simplement ce que l’autre ne peut pas donner :

on parle de « frustration » là où il s’agit de bien autre chose. À l’occasion, c’est par la voie de la « privation » qu’on en approche,

mais vous le voyez, cette « privation » est justement ce qui participe de ce défaut inhérent au sujet qu’il s’agit d’approcher.
Bref, je ne ferai, pour quitter ce dont aujourd’hui je ne fais que tracer le pourtour…

sans pouvoir même prévoir ce que d’ici la fin de l’année j’arriverai à vous faire supporter

…que simplement en passant j’indique que si quelque chose a pu être énoncé dans le champ logique, vous pouvez,

tous ceux tout au moins qui ici ont quelque notion des derniers théorèmes avancés dans le développement de la logique, ceux-là savent que c’est très précisément :


  • en tant que ce S - à propos de tel système, système arithmétique par exemple - joue proprement sa fonction,




  • en tant que c’est du dehors qu’il compte tout ce qui peut se théorématiser à l’intérieur d’un grand A bien défini,




  • que c’est en tant, en d’autres termes, que cet « il compte », un homme de génie qui s’appelle GÖDEL a eu l’idée de s’apercevoir que c’était à prendre à la lettre, qu’à condition de donner à chacun des énoncés des théorèmes - comme situables dans un certain champ - leur nombre dit nombre de Gödel, que quelque chose pouvait être approché de plus sûr qui n’avait jamais été formulé concernant ces fonctions auxquelles je n’ai pu faire qu’allusion dans ce que je viens préalablement d’énoncer, quand elles s’appellent « la complétude » ou « la décidabilité ».


Il est clair que tout diffère d’un temps passé où pouvait s’énoncer :

  • qu’après tout les mathématiques n’étaient que tautologies,

  • que le discours humain peut rester, car c’est un champ qui - dans ce dire - aurait tenu celui de la tautologie,

  • qu’il y a quelque part un A qui reste un grand A identique à lui-même.


Que tout diffère à partir du temps où ceci est réfuté, réfuté de la façon la plus sûre.
Que c’est un pas, que c’est un acquis et qu’à quiconque se trouve confronté dans l’expérience, dans une expérience…

qui nous paraît comme une aporie transcendante au regard d’une histoire naturelle

…comme est l’expérience analytique, nous ne voyons pas l’intérêt à aller prendre appui dans le champ de ces structures.
De ces structures, comme je l’ai dit, en tant qu’elles sont structures logiques pour situer, pour mettre à leur place ce X à quoi nous avons affaire dans le champ d’une tout autre énonciation, celle que l’expérience freudienne permet et qu’aussi bien elle dirige.
C’est donc d’abord en tant que l’Autre n’est pas consistant que l’énonciation prend la tournure de la demande

et c’est ce qui donne sa portée à ce qui, dans le grand graphe complet, celui que j’ai dessiné ici :

Ici s’inscrit sous la forme S D, S poinçon de D. Il ne s’agit que de ceci - qui s’énonce d’une façon qui n’est pas énoncée -

en ceci qui distingue tout énoncé : c’est qu’il y est soustrait ce « je dis que » qui est la forme où le « je » est limité.
Le « je » de la grammaire peut s’isoler hors de tout risque essentiel, peut se soustraire de l’énonciation

et de ce fait : la réduit à l’énoncé, si ce « je dis que » de n’être pas soustrait, laisse intégral que du seul fait de la structure de l’Autre, toute énonciation - quelle qu’elle soit - se fait demande, demande de ce qui lui manque à cet Autre.
Au niveau de ce S D, la question double c’est :

  • « je me demande ce que tu désires »,

  • et son double qui est précisément la question que nous pointons aujourd’hui, à savoir : « je te demande - non qui je suis, mais plus loin encore - ce qu’est «Je» ».


Ici s’installe le nœud même, qui est celui que j’ai formulé en proférant que le désir de l’homme c’est le désir de l’Autre,

c’est-à-dire que, si je puis dire, si vous prenez les vecteurs tels qu’ils se définissent sur ce graphe, à savoir venant ici du départ de la chaîne signi­fiante pure, pour ici - du carrefour désigné par S D - avoir ce retour qui complète la rétroaction ici marquée, c’est bel et bien en ce point dit d(A), désir de l’Autre, que convergent ces deux éléments que j’ai articulés sous la forme

« je me demande ce que tu désires ».
C’est la question qui se branche au niveau même de l’institution du A : «  ce que tu désires », c’est-à-dire ce qui te manque

lié à ce que je te suis assujetti. Et d’autre part « je te demande ce qu’est «Je» », le statut du « Je » comme tel,

en tant que c’est ici qu’il s’instaure, je le marque en rouge.
Ce statut du « tu » est constitué d’une convergence, une convergence qui se fait, que toute énonciation en tant que telle, l’énonciation indifférente de l’analyse, puisque c’est ainsi que la règle la pose en principe, si elle tourne à la demande,

c’est qu’il est radicalement de sa fonction même d’énonciation d’être demande, concernant le « tu » et le « je ».
Quant au « tu », c’est demande convergente, interrogation suscitée par le manque lui-même en tant qu’il est au cœur

du champ de l’Autre, structuré de pure logique. C’est précisément ce qui va donner valeur et portée à ce qui se dessine,

tout autant vectorisé de l’autre côté du graphe, c’est à savoir que la division du sujet y est rendue sensible comme essentielle

à ce qui se pose comme « je ».
À la demande de « qui est je », la structure même répond par ce refus signifiant de A, tel que je l’ai inscrit dans le fonctionnement de ce graphe, de même ce qui est ici le « tu », l’institue d’une convergence entre la demande la plus radicale, celle qui nous est faite à nous analystes, la seule qui soutienne au dernier terme le discours du sujet.
« Je viens ici pour te demander... » :

au premier temps c’est bien de « qui je suis » qu’il s’agit, si c’est au niveau du « qui est je » qu’il est répondu,

c’est bien sûr que c’est la nécessité logique qui donne là ce recul. Convergence donc, de cette demande et ici quelque chose d’une promesse, ce quelque chose qui en S2 est l’espoir du rassemblement de ce « je ».
C’est bien ce que, dans le transfert j’ai appelé du terme « le sujet supposé savoir », c’est-à-dire cette prime conjonction,

S1 lié à S2, en tant que - comme je l’ai rappelé la dernière fois - dans la paire ordonnée, c’est lui, c’est cette conjonction,

c’est ce nœud, qui fonde ce qui est savoir.
Qu’est-ce donc à dire ? Si le « je » n’est sensible que dans ces deux pôles, eux divergents :


  • qui l’un s’appelle ce que ici j’articule comme le « non », le refus, qui donne forme au manque de la réponse,




  • et ce quelque chose d’autre qui est là articulé comme petit s de grand A. [s(A)]


Cette signification quelle est-elle ? Car n’est-il pas sensible que tout ce discours…

que je file pour donner l’armature au « je » de l’interrogation dont s’institue cette expérience

…n’est-il pas sensible que je le poursuis en ne laissant en-dehors - au moins jusqu’à ce point où nous arrivons ici - aucune signification ?
Qu’est-ce à dire ? Qu’après vous avoir, de longues années, formés à fonder sur la différenciation d’origine linguistique :

  • du signifiant comme matériel,

  • du signifié comme son effet,

…je laisse ici soupçonner, apparaître, que quelque mirage repose au principe de ce champ défini comme linguistique ?

La sorte d’étonnante passion avec laquelle le linguiste articule que ce qu’il tend à saisir dans la langue c’est « pure forme »,

non « contenu » ?
Je vais ici vous ramener à ce point, qu’en ma première conférence, disons j’ai d’abord produit devant vous,

et non sans intention, sous la forme du « pot ». Rien…

que ceux qui prennent des notes le sachent

…n’est sans préméditation dans ce qu’on pourrait, d’un premier champ, appeler mes digressions.
Si je suis revenu digressivement - apparemment - sur le « pot de moutarde », ce n’est certes pas sans raison.

Et vous pouvez vous souvenir que j’ai fait place à ce qui, dans les formes premières de son apparition à ce pot,

est hautement à signaler, c’est qu’il n’y manque jamais à sa surface, les marques du signifiant lui-même.
Est-ce qu’ici ne s’introduit pas ceci où le « je » se formule ?
C’est que ce qui soutient toute création humaine, celle dont nulle image n’a jamais paru meilleure que l’opération du potier, c’est très précisément de faire ce quelque chose, ustensile, qui nous figure par ses propriétés, qui nous figure cette image

que le langage dont il est fait - car où il n’y a pas de langage il n’y a pas non plus d’ouvrier - que ce langage est un « contenu ».

Il suffit un instant de penser que la référence même de cette opposition philosophiquement traditionnelle de « forme »

et « contenu », c’est cette fabrication même qui est là pour l’introduire.
Ce n’est pas pour rien que j’ai, dans ma première introduction de ce pot, signalé que là où on le livre à l’accompagnement du mort dans la sépulture on y met cette addition qui proprement le troue. C’est bien en effet, que ce qui est son principe spirituel,

son origine de langage, c’est qu’il y a quelque part un trou par où tout s’enfuit. Quand il rejoint à leur place ceux qui sont passés au-delà, le pot lui aussi retrouve sa véritable origine, à savoir le trou qu’il était fait pour masquer dans le langage.
Aucune signification qui ne fuit au regard de ce que contient une coupe, et il est bien singulier que j’ai fait cette trouvaille…

qui n’était certes pas faite au moment où je vous ai énoncé cette fonction du pot

…allant chercher - mon Dieu - là où je me réfère d’habitude, à savoir dans le BLOCH et VON WARTBURG,

ce qu’il peut en être du pot, j’ai eu, si je puis dire, la bonne surprise de voir que ce terme…

comme en témoignent, paraît-il, le bas-allemand et le néerlandais avec lesquels nous l’avons en commun

…est un terme pré-celtique. C’est donc qu’il nous vient de loin : du néolithique, pas moins.
Mais il y a mieux. C’est que pour avoir cette idée - au moins lui donner une petite base - nous nous fondons sur ces pots qu’on trouve d’avant l’invasion romaine, ou plus exactement comme représentant ce qui était institué avant elle,

à savoir les pots qu’on déterre, paraît-il, dans la région de Trèves. BLOCH et Von WARTBURG s’expriment ainsi :
« Nous y voyons inscrit le mot Potus. »
C’en est assez, pour eux, pour désigner l’origine très antique, puisqu’il s’agit d’un usage, qu’ils indiquent que « Potus »,

à titre hypochoristique - comme on s’exprime - peut désigner les fabricants. Qu’importe ! La seule chose qui pour moi importe, c’est que quand le pot apparaît, il est toujours marqué sur sa surface, d’un signifiant qu’il supporte.

Le pot ici nous donne cette fonction distincte de celle du sujet, pour autant que dans la relation au signifiant

le sujet n’est pas un préalable mais une anticipation : il est supposé [sub-posé : sub jectum], ὑποχείμενον [upokeimenon].
C’est son essence, c’est sa définition logique : supposé, presque induit - certainement même… Il n’est pas le support.

Par contre, c’est légitimement que nous pouvons au signifiant donner un support fabriqué et même, dirai-je, ustensile.

L’origine de l’« ustensile » en tant qu’il distingue le champ de la fabrication humaine est même proprement là.

La signification comme produite, voilà ce qui sert - et comme leurre - à nous voiler ce qu’il en est de l’essence du langage,

en tant que par son essence, proprement il ne signifie rien.
Ce qui le prouve c’est que « le dire » dans sa fonction essentielle n’est pas opération de signification et c’est bien ainsi que nous-mêmes analystes l’entendons. Ce que nous cherchons c’est ce qui - non pas d’Autre mais hors de l’Autre comme tel - suspend ce qui de l’Autre s’articule : le S2 comme hors du champ.


Là est la question de savoir quel en est le sujet, et si ce sujet ne peut d’aucune façon être saisi par le discours,

là aussi est la juste articulation de ce qui peut s’y substituer.
Le sens de ce qu’il en est de la castration s’équilibre avec celui de la jouissance. Mais il ne suffit pas d’apercevoir cette relation comme assurément dans ce qui s’est manifesté dans un temps qui nous est proche, de quelque chose où en même temps ce cri, besoin de vérité, est appel à la jouissance.
Il ne suffit assurément pas d’aspirer à la jouissance sans entraves, s’il est patent que la jouissance ne peut s’articuler pour tout être…

lui-même inclus dans le langage et l’ustensile

…ne peut s’articuler que dans ce registre de reste inhérent à l’1 et à l’Autre que j’ai défini comme le plus de jouir.
C’est ici que le 8 Janvier nous reprendrons notre discours.
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