Leçon 1





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Les Psychoses


Version AFI

Jacques Lacan

Les structures freudiennes des psychoses
SÉMINAIRE 1955-1956

Publication interne de l'Association freudienne internationale

Début p. 9.

Avis au lecteur, p. 2

Tables des matières, p. 3 et p. 595
La pagination respecte la pagination du document source
NOTE IMPORTANTE : les différences par rapport à la version Miller se présentent ainsi, les passage discordants sont marqués en italiques dans le texte AFI, et la version Miller correspondante se trouve, dans l’ordre, en bas de chaque page. (jusqu’à la page 30, manque la référence précise du renvoi aux pages correspondantes de la version Miller)
Avis au lecteur
Il existe une édition officielle de ce séminaire. Un article de Elle Hirsch paru dans le numéro 7 juin 1983) de notre revue Le Discours Psychanalytique exprime ce qu'il y a lieu de penser de cette transcription à notre avis. Déjà repris dans le livre de Marcel Czermak, Passions de l'objet, nous le reproduisons ici en annexe.

Le texte que nous proposons est établi à partir de la transcription d'origine qui circulait déjà à l'Ecole Freudienne de Paris du temps de Lacan et avec son accord.

Afin de permettre au lecteur de se faire sa propre opinion au sujet des distor­sions, réductions, altérations diverses introduites dans l'édition officielle, nous donnons en marge la référence précise au texte de cette édition avec le numéro de la page où elle se trouve. Cela correspond à ce qui est en italique dans le corps même de notre version.

Il reste que ce travail ne saurait prétendre à l'exhaustivité.

L'éditeur

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TABLES DES MATIERES


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Leçon 1, 16 novembre 1955
Comme vous l'avez appris, cette année commence la question des psychoses. Loin qu'on puisse parler d'emblée du traitement des psychoses, et encore moins du traitement de la psychose chez Freud, ce qui littéralement se traduit à néant, car jamais Freud n'en a parlé, sauf de façon tout à fait allusive.

Nous allons d'abord essayer de partir de la doctrine freu­dienne pour voir, en cette matière, ce qu'il apporte, puis nous ne pourrons pas manquer, à l'intérieur même de ces commentaires, d'y introduire, dans les notions que nous avons déjà élaborées au cours des années précédentes, tous les problèmes actuels que posent pour nous les psychoses. Problèmes de nature clinique et nosographique d'abord, dans lesquels il m'a semblé que peut-être tout le bénéfice que peut apporter l'analyse, n'avait pas été complètement dégagé: problème de traitement aussi; assurément, c'est là que devra débaucher notre travail cette année.

Puisque aussi bien ce point de mire, et assurément ce n'est pas un hasard, mettons que ce soit un lapsus, c'est un lapsus significatif, ce point de mire déjà nous pose une question qui est une sorte d'évidence première, comme toujours le moins remarqué est dans ce qui a été fait, dans ce qui se fait, dans ce qui est en train de se faire. Quant au traitement des

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Cette année commence la question des psychoses. Je dis la question, parce qu'on ne peut d'emblée parler du traitement des psychoses.
Nous ne manquerons pas d'introduire les notions que nous avons élaborées au cours des années pré­cédentes et de traiter de tous les problèmes que les psychoses nous posent aujourd'hui.

LES PSYCHOSES

psychoses, il est frappant de voir qu'il semble qu'on aborde beaucoup plus volontiers, qu'on s'intéresse d'une façon beaucoup plus vive, qu'on attende beaucoup de résultats, de l'abord des schizophrénies, beaucoup plus que de l'abord des paranoïas. Je vous propose en manière de point d'interroga­tion cette remarque dès maintenant; nous resterons peut-être un long moment à y apporter la réponse: mais assurément elle restera sous-jacente à une bonne part de notre démarche, et ceci dès le départ.

En d'autres termes la situation un peu privilégiée, un peu nodale, au sens où il s'agit d'un nœud, mais aussi d'un noyau résistant, la situation des paranoïas est quelque chose. Ce n'est certainement pas sans raison que nous en avons fait le choix pour aborder, pour commencer d'aborder le problème des psychoses dans ses relations avec la doctrine freudienne. En effet, ce qui est frappant d'un autre côté, c'est que Freud s'est intéressé d'abord à la paranoïa, il n'ignorait pas bien entendu la schizophrénie, ni ce mouvement, lui, qui était contemporain de l'élaboration de la schizophrénie.

Il est très frappant et très singulier que, s'il a certainement reconnu, admiré, voire encouragé les travaux autour de l'école de Zurich, et mis en relation les concepts et la théo­rie analytique avec ce qui s'élaborait autour de Bleuler, Freud en soit resté assez loin: et pour vous indiquer tout de suite un point de texte auquel vous pourrez vous reporter - vous pourrez vous reporter. nous y reviendrons d'ailleurs mais il n'est pas inutile que vous en preniez connaissance dès maintenant - je vous rap­pelle qu'à la fin de l'observation du cas Schreber, qui est le texte fondamental de tout ce que Freud a apporté concer­nant les psychoses, texte majeur, vous y verrez de la part de Freud la notion d'une ligne de partage des eaux, si je puis m'exprimer ainsi, entre paranoïa d'un côté, et d'un autre tout ce qu'il aimerait, dit-il, côté tout ce qu'il aimerait, dit-il, qu'on appelât paraphrénie, et qui correspond très exactement au terme qu'il voudrait bien, lui Freud, qu'on donne au champ à proprement parler des schizophrénies, ou

encore ce qu'il propose qu'on appelle champ des schizophrénies dans la nosologie analytique, paraphrénie qui recouvre
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On aborde beaucoup plus volontiers les schizophré­nies que les paranoïas.
celle d'un nœud, mais aussi d'un noyau résistant
... bien entendu Freud n'ignorait pas la schizo­phrénie.

Freud n'ignorait pas la schi­zophrénie. Le mouvement d'élaboration de ce concept lui était contemporain.
un point de repère auquel vous pourrez vous reporter
tout ce qu’il aimerait, dit-il, qu’on appelât paraphrénies et qui correspond très exactement au champ des schizophrénies.
champ des schizophrénies

Leçon du 16 novembre 1955
exactement toute la démence. Je vous indique les points de repère qui sont nécessaires à l'intelligence de ce que nous dirons dans la suite.

Donc, pour Freud, le champ des psychoses se divise en deux: psychoses à proprement parler pour savoir ce que cela recouvre à peu près dans l'ensemble du domaine psychia­trique, psychose cela n'est pas démence; les psychoses si vous voulez - ça correspond à ce que l'on a appelé toujours, et qui continue d'être appelé légitimement les folies.

Dans le domaine de la folie. Freud fait deux parts très nettes, il ne s'est pas beaucoup mêlé de nosologie en matière de psychoses que cela, mais là il est très net et nous ne pou­vons pas tenir cette distinction, étant donné la qualité de son auteur, pour tout à fait négligeable. Je vous fais remarquer au passage, qu'en ceci comme il arrive, nous ne pouvons que remarquer qu'il n'est pas absolument en accord avec son temps, et que c'est là l'ambiguïté, soit parce qu'il est très en retard, soit au contraire parce qu'il est très en avance. Mais à un premier aspect il est très en retard. En d'autres termes, l'expansion qu'il donne au terme de paranoïa, il est tout à fait clair qu'on va beaucoup plus loin qu'à son époque on ne don­nait à ce terme. Je donne quelques points de repère pour ceux qui ne sont peut-être pas familiers avec ces choses.

Je ne veux pas vous faire ce qu'on appelle l'historique de la paranoïa depuis qu'elle a fait son apparition avec un psy­chiatre disciple de Kant au début du XIXe siècle. C'est tout à fait une incidence épisodique. Le maximum d'extension de la paranoïa, c'est justement le moment où la paranoïa se confond à peu près avec ce qu'on appelle les folies, qui est le moment qui correspond à peu près à l'exemple des 70 % des malades qui étaient dans les asiles et qui partaient l'étiquette « paranoïa » ; ça voulait dire que tout ce que nous appelons psychoses ou folies étaient paranoïas. Mais nous avons d'autres tendances en France à voir le mot paranoïa pris, à peu près identifié avec le moment où il a fait son apparition dans la nosologie française, moment extrêmement tardif, ça joue sur une cinquantaine d'années, et où il fut identifié à

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À première vue, il est très en retard.
le mot paranoïa... a été identifié à quelque chose de fondamentalement dif­férent
quelque chose de fondamentalement différent comme conception, de tout ce qu'il a représenté dans la psychiatrie allemande. En France. ce que nous appelons un paranoïaque avant que la thèse d'un certain Jacques Lacan sur « les psy­choses paranoïaques dans leurs rapports avec la personna­lité », ait tenté de jeter un grand trouble dans les esprits, qui s'est limité à un petit cercle, au petit cercle qui convient, on ne parle plus des paranoïaques comme on en parlait aupara­vant, à ce moment-là c'était la constitution paranoïaque, c'est-à-dire que c'était des méchants, des intolérants, des gens de mauvaise humeur: orgueil, méfiance, susceptibilité, surestimation de soi-même, telle était la caractéristique qui faisait pour tout un chacun le fondement de la paranoïa: à partir de quoi on était plus simple, tout s'expliquait: quand il était par trop paranoïaque, il arrivait à délirer.

Voilà à peu près, je ne force en rien, où nous en étions en France, je ne dis pas à la suite des conceptions de Sérieux et Capgras, parce que si vous lisez, vous verrez qu'au contraire il s'agit là d'une clinique très fine qui permet précisément de reconstituer les bases et les fondements telle qu'elle est effec­tivement structurée, mais plutôt à la suite de la diffusion de l'ouvrage dans lequel, sous le titre la « Constitution paranoïaque », Monsieur Génil-Perrin* avait fait prévaloir cette notion caractérologique de l'anomalie de la personnalité constituée essentiellement dans une structure qu'on peut bien qualifier, aussi bien le livre porte la marque et le style de cette inspiration, structure perverse du caractère et comme toute perversion, il arrivait qu'il sorte des limites et qu'il tombe dans cette affreuse folie qui consistait simple­ment dans l'exagération démesurée de tous les traits de ce fâcheux caractère.

Cette conception, vous le remarquerez, peut bien s'appe­ler une conception psychologique, ou psychologisante, ou même psychogénétique de la chose. Toutes les références

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*- Le rédacteur impute à Génil-Perrin le clinique très fine de Sérieux et Cap­gras.

que la thèse d'un certain Jacques Lacan ait tenté de jeter un grand trouble dans les esprits.
on ne parle plus aujour­d'hui des paranoïaques comme avant.
Voilà à peu près, je ne force en rien, où nous en étions en France à la suite de la diffusion de l'ouvrage de M. Génil-Perrin, sur la constitution paranoïaque
Structures perverses du caractère. Comme tout per­vers il arrivait que le para­noïaque sorte des limites.

Leçon du 16 novembre 1955

formelles à une base organique de la chose, au tempérament par exemple, ne changent en rien ce que nous pouvons appe­ler genèse psychologique: c'est précisément cela, c'est quelque chose qui s'apprécie, se définit sur un certain plan, et ensuite les relations, les liens de développement se conçoivent d'une façon parfaitement continue, dans une cohérence qui est autonome, propre, qui se suffit dans son propre champ, et c'est bien en somme de science psycholo­gique qu'il s'agit quelle que puisse être d'un autre côté la répudiation d'un certain point de vue que l'on trouvait sous la plume de son auteur, ça n'y changerait rien. J'ai donc essayé dans ma thèse, d'y introduire une autre vue: à ce moment-là j'étais encore assurément un jeune psychiatre, et j'y fus introduis pour beaucoup par les travaux, l'enseigne­ment direct et, j'oserais même dire la familiarité de quelqu'un qui a joué un rôle très important dans la psychia­trie française à cette époque, et qui est Monsieur de Clérambault.

M. de Clérambault - j'évoque sa personne, son action, son influence et son nom dans une causerie introductive de notre champ pour ceux d'entre vous qui n'ont de son oeuvre qu'une connaissance moyenne ou approximative, ou par ouïe dire, et je pense qu'il doit y en avoir un certain nombre - passe pour avoir été le farouche défenseur d'une concep­tion organiciste extrême, et assurément c'était là en effet le dessein explicite de beaucoup de ses exposés théoriques. Néanmoins, je crois que c'est là que peut tenir la perspective sur l'influence qu'a pu avoir effectivement, non seulement sa personne et son enseignement, mais aussi la véritable portée de cette découverte, puisque aussi bien c'est une ouvre qui, indépendamment de ses visées théoriques, a une valeur cli­nique concrète d'une nature considérable: le nombre de syndromes, pour donner à ce terme le sens le plus vague, cli­niques descriptifs qui ont été repérés par Clérambault, et d'une façon complètement originale et nouvelle, qui sont dès lors intégrés au patrimoine psychiatrique de l'expé­rience psychiatrique, est considérable. Et dans l'ordre des

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M. de Clérambault, dont j'évoquerai la personne, l'action et l'influence.
Néanmoins je ne crois pas que ce soit de là que peut se prendre une pers­pective juste.

psychoses, Clérambault reste absolument indispensable, il a apporté des choses extrêmement précieuses qui n'avaient jamais été vues avant lui, qui n'ont même pas été reprises depuis: je parle des psychoses toxiques, déterminées par des toxiques: éthéromanie, etc.

La notion de l'automatisme mental est apparemment polarisée dans l'œuvre de Clérambault, dans son enseigne­ment, par le souci de démontrer le caractère fondamentale­ment anidéïque comme il s'exprimait, c'est-à-dire non conforme à une suite d'idées - ça n'a pas beaucoup plus de sens dans le discours de ce maître* - de la suite des phéno­mènes dans le développement ou l'évolution de la psychose.

On peut déjà remarquer que rien que ce repérage du phé­nomène en fonction d'une espèce de compréhensibilité sup­posée, c'est à savoir qu'il pourrait y avoir une continuité qu'on appellerait l'idée, c'est à savoir que la suite des phéno­mènes, de la façon dont je vous ai indiqué le paranoïaque avec son développement délirant, ce serait quelque chose qui irait de soi, de sorte qu'il y a déjà une espèce de référence à la compréhensibilité, et presque pour déterminer ce qui jus­tement se manifeste, pour faire une rupture dans la chaîne, et se présentait justement comme un cas béant, comme quelque chose d'incompréhensible et quelque chose qui ne joint pas maintenant avec ce qui se passe après. C'est là une assomption dont il serait exagéré de dire qu'elle est assez naïve puisqu'il n'y a pas de doute, il n'y en a pas de plus commune, et tout de même pour beaucoup de gens, et je le crains, encore pour vous, tout au moins pour beaucoup d'entre vous, la notion qui a constitué le progrès majeur de la psychiatrie depuis qu'a été introduit ce mouvement d'investigation qui s'appelle l'analyse, consisterait en la res­titution du sens à l'intérieur de la chaîne des phénomènes. Ceci n'est pas faux en soi, mais ce qui est faux c'est de s'ima­giner, comme il reste d'une façon ambiante dans l'esprit, du

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*Il s'agit là bien sûr d'une anticipation, comme s'il s'agissait d'une structure de discours alors que Lacan fait allusion à son Maître: de Clérambault.
En un mot, dans l'ordre des psychoses, Clérambault reste absolument indispen­sable.
... ce qui veut dire non conforme à une suite des idées - ça n'a pas beaucoup plus de sens, hélas, que le discours du maître.
Ce repérage se fait donc en fonction d'une compréhen­sibilité supposée.

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