La course à pied rend-elle plus intelligent?





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Zatopek n°12
La course à pied rend-elle plus intelligent?

Par Gilles Goetghebuer

Pendant longtemps, on a opposé le corps et l'esprit. Comme si l'un devait forcément se développer au détriment de l'autre. Quelle erreur!
La réputation de bêtise que l'on colle facilement aux sportifs provient en grande partie d'interviews où, il faut bien le reconnaître, nos champions ne brillent pas toujours par leur vivacité d'esprit. En général, cela se résume à des déclarations du type "Je suis très content d'avoir gagné/très triste d'avoir perdu". On souligne la valeur de l'adversaire. On remercie les sponsors et les supporters. Puis on termine par le célèbre "J'espère faire mieux la prochaine fois". D'accord, ce n'est pas du Spinoza! Seulement, on oublie de dire que ces quelques platitudes ponctuent souvent des heures d'efforts intenses, qu'elles sont prononcées dans une ou des langues que l'on ne maîtrise pas forcément et parfois face à des journalistes qui eux-mêmes posent des questions extrêmement basiques -pour ne pas dire stupides- comme celle-ci (de Nelson Monfort): "Vous savez qu'on vous aime beaucoup en France?"
Le cerveau qui bande
Pour juger de la relation entre course à pied et intelligence, il nous faut donc trouver un autre moyen. L'épidémiologie, par exemple. Plusieurs études ont montré une relation inversement proportionnelle entre l'activité sportive et les maladies nerveuses dégénératives. L'une de ces enquêtes, menée en Suède sur 1450 personnes pendant plus de 30 ans, a révélé que celles qui pratiquaient la course à pied au moins deux fois vingt minutes par semaine diminuaient de 60% le risque de développer un Alzheimer. Pour les auteurs de l'enquête, ce recul de la démence sénile s'expliquait par une meilleure circulation sanguine dans le cerveau. En 2008, les travaux de l'Américain Robert Vassar (Northwestern University de Chicago) confortaient cette hypothèse en montrant qu'une mauvaise irrigation cérébrale peut altérer une petite protéine (elF2alpha) qui favorise la formation de plaques de protéines bêta amyloïdes, caractéristiques de la maladie. Il faut comprendre que le cerveau est un organe unique à de nombreux points de vue. Par exemple, il est formidablement énergivore et consomme environ 20% de l'énergie que nous dépensons tous les jours alors qu'il ne représente que 2% du poids du corps. Cette avidité vient du fait qu'il n'arrête jamais de travailler. Même la nuit, il faut qu'il rêve. Il a donc en permanence besoin de sang, de sucre, d'oxygène... Un véritable ogre! Bien entendu, un tel approvisionnement nécessite de disposer d'un réseau parfait d'irrigation. Sachez, par exemple, que chacune des cellules de notre encéphale ne se trouve éloignée d'un microscopique vaisseau sanguin que d'un demi-centième de millimètre au maximum. Les deux hémisphères cérébraux comportent également l'équivalent d'un verre à Bordeaux d'un liquide céphalo-rachidien qui participe lui aussi à l'entretien des tissus. Cette grande quantité de liquide confère au cerveau son apparence caractéristique de pâte à gâteau, évocatrice de souplesse et d'adaptation. En vieillissant, on doit seulement veiller à bien entretenir cet entrelacs de vaisseaux sanguins. Pour cela, il n'y a pas de secret: il faut le solliciter. On peut comparer ce mécanisme à l'afflux sanguin qui caractérise l'érection de la verge. On sait qu'une vie sexuelle épanouie participe au maintien de la machinerie reproductrice alors qu'elle défaille vite en cas de renoncement. Ici, il ne s'agit pas de gonfler son cerveau comme un sexe turgescent (il manquerait de place) mais on peut tout de même le gorger de sang. Comment? En faisant de l'exercice, pardi! Le sport augmente jusqu'à 30% le débit sanguin intracérébral. A la longue, cet afflux sanguin améliore la capillarisation cérébrale, c'est-à-dire la multiplication de vaisseaux sanguins du diamètre d'un cheveu (d'où ce nom de capillaire), ce qui garantit un approvisionnement parfait de "nos petites cellules grises" (si chères à Hercule Poirot). Ce phénomène a été observé chez des chimpanzés, génétiquement très proches de nous, après 5 mois d'entraînement seulement. Premier avantage du sport. Et ce n'est pas le seul!
Réveillez-vous, les neurones
Notre cerveau compte aussi environ 100 milliards de cellules nerveuses dont 12 milliards de neurones qui forment 120 trillions (c'est-à-dire 120 milliards de milliards) de connexions nerveuses. Dans chacun de ces boutons synaptiques, une classe de substances appelées "neurotransmetteurs" permet à l'influx nerveux de sauter d'un neurone à l'autre comme au sein d'une gigantesque toile d'araignée. On a déjà identifié une quarantaine de molécules différentes capables d'assumer la tâche de neurotransmission parmi lesquelles l'adrénaline, la sérotonine et l'acétylcholine. Dans le paragraphe précédent, nous disions que le sport présentait l'avantage d'élever la perfusion sanguine cérébrale. Ici, il booste littéralement la production des neurotransmetteurs et provoque un véritable réveil synaptique. Par quel biais? Disons qu'on commence seulement à comprendre les relations complexes entre neurotransmetteurs et autres hormones. On sait par exemple qu'une libération d'androgènes influence l'activité des neurones dopaminergiques. En clair, cela veut dire qu'une production élevée de testostérone (hormone sexuelle mâle) liée à la pratique régulière d'un sport, nous pousse à être actif dans la vie quotidienne. D'autres filières répètent ce télescopage entre une action périphérique et une action centrale. Est-ce étonnant? Peut-être pas. Signalons que le terme hormone vient du grec hormân qui signifie éveiller. Les anciens se doutaient bien de l'existence d'une relation de cause à effet. D'ailleurs, c'est étonnant le nombre de découvertes récentes en neurologie qui confortent d'anciennes intuitions. Cela nous oblige à repenser de fond en comble notre conception de l'intelligence ainsi que la dichotomie entre le corps et l'esprit. Selon le chercheur français Alain Prochiantz: "La pensée n'est pas dans le cerveau comme la confiture dans un pot. Elle appartient à l'ensemble du corps". Cela permet aussi d'éclairer d'un jour nouveau cette expression célèbre attribuée, selon les sources, à Albert Einstein, Léonard de Vinci, Sigmund Freud, Henri Poincaré ou Roger Igo: "Je pense d'abord avec mon corps".
Ne marchez pas sur la pelouse

L'afflux sanguin et la libération des neurotransmetteurs constituent deux pistes intéressantes pour comprendre l'effet bénéfique du sport sur nos capacités intellectuelles. La troisième est carrément passionnante! On la désigne sous l'appellation neurogenèse, autrement dit création de nouveaux neurones. S'il se trouve de vieux médecins parmi nos lecteurs, le moment est venu pour eux de soupirer bruyamment et de refermer leur Zatopek coupable de telles inepties. Pendant des années, on a enseigné en effet que les neurones ne se régénéraient pas. On pensait que l'être humain naissait avec un stock de cellules nerveuses qui ne faisait que décroître au fil de l'existence, les cellules mortes n'ayant pas la possibilité d'être remplacées. Cette idée date des années 20 et du choc ressenti par les scientifiques à la vue des premières images du cerveau obtenues grâce aux microscopes sophistiqués. L'enchevêtrement des neurones leur apparut si compliqué qu'ils en ont logiquement déduit qu'en cas de panne, il devait être impossible de remplacer un élément par un autre. En fait, ils ont réagi comme nous le faisons aujourd'hui face aux outils de l'informatique. Quand c'est cassé, on change l'appareil. Sans même envisager l'hypothèse d'une réparation. Dans les années 50, de nouvelles expériences suggèrent pourtant que le cerveau est lui aussi le siège de divisions cellulaires. Tout comme la peau, les muscles ou les os, l'organe serait donc capable de se réparer tout seul. Cette découverte allait-elle nous faire changer d'avis sur l'irremplaçabilité des neurones? Non! Les chercheurs ont statué que ces divisions concernaient seulement les cellules gliales (voir encadré) et pas les neurones proprement dits. Aujourd'hui les preuves s'accumulent pour démontrer qu'ils se sont trompés. Les neurones aussi peuvent se régénérer. On appelle cela la neurogenèse. Dans quelles circonstances cette opération se déclenche-t-elle? Voilà où les choses deviennent vraiment passionnantes! Plusieurs travaux de recherche démontrent en effet que la neurogenèse profite des stimulations sensorielles, c'est-à-dire du mouvement. Prenons un rat dans une cage. Lorsqu'on lui offre la possibilité de se dépenser physiquement en courant dans une petite roue, cela double la production de ses neurones. Et pas besoin de s'éreinter à la tâche. On a calculé qu'à l'échelle humaine, ce niveau optimal de dépense énergétique correspond à vingt minutes de marche ou de course à pied chaque jour. Que se passe-t-il exactement? Nous nous trouvons là au cœur des recherches actuelles. On sait désormais que lorsqu'on pratique une activité physique régulière, on libère dans le sang des facteurs de croissance qui vont permettre la différenciation de cellules souches et favoriser clairement la production de nouveaux neurones. Vous n'avez pas bien compris? Ce n'est pas grave. Retenons simplement qu'en plus de toutes les qualités qu'on lui connaissait, la course à pied possède l'énorme avantage de produire une sorte d'engrais capable de faire pousser les nouveaux neurones. Pauvre cerveau! Au début de l'article, on le comparait à un sexe en érection. A présent, le voici apparenté à une pelouse... Mais la finalité de l'article légitime ces raccourcis puisqu'il s'agit de bien faire comprendre l'importance de s'aérer la tête de temps à autre. En courant, nous nous assurons de conserver ces mécanismes de remplacement au meilleur de leur forme. Mieux encore: on a montré que le sport prolonge la survie des neurones existants. Sous cette double influence -division et longévité- le cerveau se transforme. Comment? Plusieurs chercheurs aimeraient pouvoir disséquer ceux de Bekele, d'Usain Bolt et d'autres sportifs en activité pour détailler précisément ce genre d'adaptations neurologiques. Pour des raisons éthiques évidentes, ils se rabattent sur des rats de laboratoire. Les études montrent alors que ceux qui ont l'habitude de courir dans des petits moulins présentent une augmentation marquée du volume de l'hippocampe, une zone cérébrale qui sert de carrefour pour des fonctions importantes comme la régulation de l'humeur ou le bon fonctionnement de la mémoire. Alors, qu'il s'agisse d'améliorer les capacités de réflexion, de trouver un bon équilibre psychique ou de stocker les souvenirs de manière plus efficace, un petit effort de temps en temps ne fait vraiment pas de mal. En clair, le sport d'entretien entretient aussi le cerveau.
Le malheur des rats solitaires
Amélioration de l'irrigation sanguine, réveil synaptique et création de nouveaux neurones: voilà les trois pistes qui permettent de répondre par l'affirmative à la question du titre: "oui, le sport (ainsi que la course à pied) nous rend plus intelligent". Bien entendu, cela ne résout pas tous les problèmes. Déjà, de nouvelles recherches attirent l'attention sur un autre paramètre déterminant dans cette relation: l'état d'esprit. Des chercheurs de l'Université de Princeton (New Jersey) ont en effet voulu tester l'influence de la course à pied sur deux groupes de rats: les uns vivant en communauté, les autres condamnés à la solitude. Ils ont ainsi constaté que seuls les rats du premier groupe bénéficiaient de l'effet attendu de grossissement de l'hippocampe. Chez les seconds, on enregistrait au contraire un processus de régression. Pour les chercheurs, cette nouvelle étude apporte la preuve que le sentiment de tristesse éprouvé par les rats isolés suffit à bloquer une adaptation naturelle de l'organisme. En d'autres termes, le sport participe au développement des capacités intellectuelles lorsqu'on s'y adonne dans un contexte favorable. Mais il peut aussi bouffer le cerveau de ceux qui le pratiquent sous la contrainte. Bien sûr, il faut faire attention à ne pas extrapoler ces conclusions aux hommes. Nous sommes sans doute sensibles à un plus grand nombre d'influences... Il n'empêche que toutes ces découvertes peuvent aider à mieux comprendre les facteurs qui guident la neurogenèse et distinguer éventuellement ceux qui sont liés à l’environnement et ceux qui dépendent plutôt de l’état interne de l’individu. Bien sûr, cette tâche n'est pas facile. Prenons l'excès de stress. On sait qu'il joue un rôle néfaste sur le cerveau. Mais sommes-nous victimes de stress parce qu'une déficience nerveuse s'installe ou bien le stress est-il la cause du blocage de la neurogenèse? C'est le problème de l'œuf et de la poule en version cérébrale. Quoi qu'il en soit, certaines personnes donnent l'impression de sombrer dans de véritables cercles vicieux où l'absence de sollicitations entraîne l'arrêt de la neurogenèse et une fonte cérébrale, qui à leur tour favorisent le repli sur soi et l'absence de sollicitations. Ainsi l'autopsie de personnes fortement déprimées ou gravement alcooliques révèle souvent des hippocampes atrophiés. A l'inverse, il arrive aussi que l'on assiste à des rémissions spectaculaires avec un déblocage soudain de ces filières anabolisantes et une production de nouvelles cellules nerveuses qui stoppent parfois l'évolution de maladies neurologiques très graves. Or le sport peut servir de facteur déclenchant. Que faire? Doit-on prôner son usage thérapeutique auprès des patients? Sûrement! Doit-on aller plus loin et imposer des séances de remise en forme dans le cours du traitement? Sûrement pas. Rappelez-vous l'expérience des rats solitaires et le manque d'efficacité du sport lorsqu'il est pratiqué sous la contrainte. Un exercice que l'on pratiquerait avec le même rictus de dégoût qu'on adopte en avalant un médicament amer n'aurait aucune raison d'être. Non, le vrai défi consiste à trouver du plaisir dans l'activité sportive et cela implique parfois de se réconcilier... avec l'enfance! Expliquons-nous. Dans les premières années de la vie, tous les enfants du monde éprouvent une insatiable curiosité pour leur environnement. Vers 3 ans, cela se traduit par cette épuisante habitude de demander "pourquoi" à tout bout de champ. Cette envie de tout expérimenter, de tout savoir, ils se l'appliquent aussi à eux-mêmes et passent alors par un stade où ils débordent littéralement d'énergie. Des chercheurs ont montré que des gosses qui jouent dans un jardin pendant tout un après-midi peuvent ainsi couvrir plus de 10 kilomètres en course à pied. Sans même s'en apercevoir. Ensuite, cela se calme un peu. Parfois même un peu trop! Il arrive que la vie s'acharne à faire perdre cette belle spontanéité de l'enfance et à enfouir son dynamisme naturel sous des kilos de graisse excédentaire, sous des complexes de toute nature ou simplement sous des responsabilités écrasantes. "Si on mène une vie difficile et stressée et que l'on se nourrit d'aliments médiocres en restant assis ou couché 90% du temps, le corps perd progressivement cette envie de s'exprimer", explique la physiologiste Lucy Anna Kukstas. "Mais je suis persuadée que cette forme de sédentarité est antiphysiologique." En clair, on doit retrouver son âme d'enfant. Le sport constitue alors un excellent moyen pour y parvenir. Ce n'est peut-être pas un hasard si la plupart des disciplines se pratiquent en culottes courtes!

Le nez de tous les dangers
Contrairement à ce que l'on a longtemps prétendu, il est tout à fait possible de produire de nouveaux neurones dans un cerveau adulte. Une nourriture saine et un peu d'activité sportive de plein air suffisent largement pour rester alerte. Pour autant, cela ne signifie pas que le nombre de cellules nerveuses reste stable tout au long de la vie. Certes, on a montré que la neurogenèse peut se poursuivre chez des personnes âgées de 85 ans et plus. Elle tourne simplement au ralenti. En gros, elle diminue de moitié entre le pic qui a lieu quelques mois après la naissance et la période qui correspond à la fin de la vie. Il arrive donc un moment où le rythme des destructions dépasse celui de la production. Souvent, on entend dire qu'au-delà de 20 ans, on finit chacune de ses journées avec environ 50.000 cellules nerveuses en moins que le matin. Est-ce grave, Docteur? Pas forcément! Rappelez-vous tout de même que nous possédons 100 milliards de ces cellules. 100 milliards! Alors, si vous êtes de nature expansive et qu'à la lecture de ce chiffre, vous vous frappez violemment le front du plat de la main, ce ne sont pas les quelques dizaines de milliers que vous risquez d'ajouter au décompte qui changeront grand-chose à l'affaire. D'autant que nous sommes capables de compenser cette perte de matière grise par une spécialisation plus grande des circuits existants. Ce que l'on appelle l'expérience! C'est pourquoi une diminution du nombre de cellules nerveuses ne constitue pas un drame en soi. Il faut simplement souhaiter que celle-ci ne prenne pas des allures d'hécatombe. Pour cela, mieux vaut éviter de s'exposer aux coups répétés sur le crâne, aux drogues (tabac et alcool y compris) et à la pollution. Certaines maladies (Alzheimer, Parkinson) entraînent aussi une dégénérescence anormalement rapide. Il importe donc d'en détecter les premiers symptômes le plus rapidement possible. C'est pourquoi les médecins accordent de plus en plus d'importance à l'un des sens les plus sous-estimés de notre organisme: l'odorat. Certes, notre nez n'est pas aussi performant que celui de nombreux animaux. Mais nous sommes tout de même capables de reconnaître à l'odeur un aliment pourri et de la même manière, d'être alertés d'avoir marché sur une merde de chien. Au cours de la vie, il arrive que l'odorat perde de son acuité et parfois même disparaisse complètement dans le cadre d'une affection appelée anosmie. Malheureusement, on ne peut pas faire grand-chose pour rétablir ce sens défaillant. On doit pourtant prendre ce symptôme au sérieux et tenter de déterminer par exemple s'il provient d'un simple problème d'inflammation chronique de type sinusite ou s'il résulte d'une destruction du bulbe olfactif situé au cœur du cerveau. Cette deuxième situation est plus embêtante. Elle témoigne de ce qu'un processus de destruction cellulaire s'est mis en place, et l'on peut craindre alors un déclin de l'odorat annonciateur d'autres hécatombes cellulaires avec des conséquences parfois plus graves: Parkinson, Alzheimer ou simplement une grosse dépression. En somme, l'odorat peut servir de témoin fidèle de ce qui se passe ailleurs dans le cerveau. D'où l'attention qu'on lui prête désormais.
Une aspirine? Non merci!
Parmi le nombre impressionnant de cellules qui constituent notre système nerveux, il faut différencier deux grandes familles: les neurones proprement dits par lesquels transite l'information nerveuse, et les cellules gliales qui peuvent facilement se comparer à la gaine d'isolant autour d'un fil électrique. Ces cellules sont essentiellement constituées d'une substance grasse appelée myéline qui protège et nourrit les neurones. Que dire à leur propos? Peut-être que ces cellules gliales sont dix fois plus nombreuses que les neurones et que leur découverte à la fin du XIXe siècle a donné naissance au mythe encore très répandu selon lequel nous n'utilisons que 10% de notre cerveau. Ce qui est tout à fait faux (... sauf pour ceux qui regardent beaucoup TF1). Récemment, une autre conception a été battue en brèche par les progrès de la science. On savait que les cellules gliales étaient capables de se reproduire. Mais on ignorait qu'en cas de besoin, elles étaient aussi capables de se transformer en neurones! Reprenons notre analogie électrique. Tout se passe comme si le plastique ou la gaine de Téflon® d'un fil électrique sectionné était capable de se transformer en cuivre pour rétablir la continuité dans la propagation du courant. Cette métamorphose épatante se déroule pendant la phase d'inflammation qui fait suite à une lésion cérébrale, un accident vasculaire par exemple. On peut visualiser cela comme un champ de bataille avec des cellules blessées agitant des petits drapeaux pour orienter vers elles la migration des cellules de remplacement. Bien sûr, tout cela nécessite du temps! Or nous réagissons souvent avec une grande impatience face à la maladie. En prenant des anti-inflammatoires par exemple, on veut gommer l'inconfort de cette phase de convalescence. Ce faisant, on empêche aussi le bon déroulement des processus de régénération tels qu'ils ont été récemment décrits. A méditer.
Les déboires d'une citation
Tout le monde connaît l'expression latine "Anima (ou mens) sana in corpore sano": un esprit sain dans un corps sain. Ses initiales ont même servi à baptiser une célèbre marque de chaussures de course à pied (devinez laquelle). On s'en sert généralement pour souligner l'unité du corps et de l'esprit. En réalité, l'expression a acquis cette signification à la Renaissance alors qu'elle figurait dans les satires de Juvénal dans un tout autre contexte. A l'origine, elle était plus longue: "Orandum est, ut sit mens sana in corpore sano": ce qui signifie: "Une seule chose vaut la peine de faire l'objet de prières: un esprit sain dans un corps sain". Peu importe son histoire. On reste ébahi par la prescience des Humanistes qui lui donnèrent son sens actuel. Quatre siècles plus tard, des chercheurs ont effectivement démontré scientifiquement l'indissociabilité du corps et de l'esprit. Tout se passe dans la phase embryonnaire au moment de la migration des cellules après fécondation de l'œuf qui permet à chaque organe de trouver sa bonne place, ce qui nous évite par exemple de naître avec un foie à la place du cerveau. Il s'agit d'une étape très importante commandée par des séquences d'ADN appelées homéogènes. Chez les animaux primitifs, on s'aperçoit que le corps est représenté presque topographiquement sur le chromosome. Chez l'homme, on a besoin de quatre chromosomes. Mais le principe reste le même. Le développement de tous nos organes est inscrit dans notre bibliothèque intime selon un mode de lecture vertical. Tous... Sauf le cerveau! Sa genèse n'est pas autant programmée. Il se construit lentement par la projection des neurones sensoriels en provenance de l'ensemble du corps. En d'autres termes, c'est le corps qui forme le cerveau! Et la bonne santé de l'un influence évidemment l'autre. Or c'est précisément l'idée contenue dans cette citation latine "un esprit sain dans un corps sain".

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