Ingénieur du génie rural des eaux et des forêts (retraité depuis 2002)





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Nouvelle 7-2000

François Garczynski <mfgarski@free.fr><http://mfgarski.free.fr/> de juillet 2000 à avril 2009

ingénieur du génie rural des eaux et des forêts (retraité depuis 2002)

34 avenue La Bruyère 38100 Grenoble téléphone : 04 76 51 05 90

A la recherche de l’arbre perdu : trouvé 62 fois puis perdu dans un livre, trouvé 3 fois puis perdu d’un article à l’autre du même auteur sur la même page de journal et mal défendu par deux associations, l’arbre disparaît de l’équateur au cercle polaire et dans l’esprit d’étudiants, d’actifs et de retraités en économie
Avertissement

Dans un livre écrit comme celui de Khalil Gibran Le prophète , Pierre Rabhi parle souvent des bienfaits de l’arbre et des dommages dus à sa disparition. Cet arbre, qui n’est pas toujours ou n’est plus en forêt, disparaît dans les 20 premières et 20 dernières pages de ce livre sur l’agro-écologie en Afrique. Haies et arbres champêtres disparaissent dans les pays du Nord et dans l’esprit de journalistes. Faiblesse des arguments d’associations pour protéger la forêt tropicale et les haies et arbres champêtres dans les climats méditerranéen et tempéré ! Déni des haies et arbres champêtres d’après la médiatisation de l’actualité : 6ème Journée mondiale contre la sécheresse du 17 juin 2000 ; 58 immigrés morts dans un camion frigorifique ; la modélisation mathématique devient un leurre dans les sciences de l’économie, de l’air et de l’eau ; remettre la dette de pays pauvres ne serait rien, par comparaison aux transactions financières entre pays riches. Comment remédier à l’aggravation mondiale de la pauvreté et de dommages à l’environnement ? Nous retrouverons la mémoire scientifique perdue et, selon l’humble exemple de paysans africains qui replantent haies et arbres champêtres, nous en replanterons depuis l’équateur jusqu’au cercle polaire : ainsi l’économie sera écologique !

Warning

In a book written as the one of Khalil Gibran The prophet , Pierre Rabhi often speaks of the tree benefits and damages due to its disappearing. The tree which isn’t always or no longer in forest, disappears from the first 20 and last 20 pages of this book on the agro-ecology in Africa. Field hedgerows and trees disappear from the North countries and from the mind of journalists. Weakness of association arguments to protect the tropical forest and field hedgerows and trees in the mediterranean and temperate climates ! Deny of the field hedgerows and trees according to the present day mediatization : 6th World day against the dryness, 17 June 2000 ; 58 immigrants died in a refrigerator lorry ; the mathematical modelling becomes a take-in in the sciences of the economy, water and air ; remitting the debt of pauper countries would be nothing, in comparison to financial transactions between rich countries. How to cure the global worsening of the poverty and environment damages ? We will find the lost scientific memory again and, according to the example of african farmers who replant field hedgerows and trees, we will replant them from the equator as far as the polar circle : so economy will be ecological !
Parcours d’un livre de Pierre Rabhi1 et de deux articles d’Hervé Kempf 2 dans Le Monde
Inventaire des mots arbre, bois et forêt dans le livre de Pierre Rabhi
De la page 26 à la page 222, on trouve arbre 62 fois, dont 2 fois au sens figuré : arbre de la vie  non au sens biblique d’ “ arbre de vie ”, mais de générations successives (p. 39) ; et arbre de notre tradition  (p. 58). On trouve les mots bois sacré   3 fois,  bois  au sens de “ boisement ” 2 fois et au sens de “ bois mort ” 2 fois ; et le mot forêt   22 fois. Après un si beau score, pourquoi ces 3 mots sont-ils introuvables dans la préface, l’avertissement, la postface et la table ?

L’homme médite accroupi au pied d’un acacia à l’écart du village (p. 20). Sur la couverture du livre, photo : silhouettes de 2 hommes accroupis au pied d’un arbre isolé ébranché, pas loin d’un autre arbre isolé également ébranché. Or souvent l’arbre 60 fois nommé au sens réel n’est pas ou n’est plus en forêt.

Autrefois il y avait de petites parcelles autour des arbres , vestiges de la forêt disparue. Quand ces arbres furent brûlés ou déracinés, les parcelles sont devenues plus grandes (p. 37). Des champs clôturés par des murs vivants constitués de plantes épineuses et parfois vénéneuses (p. 170 & 180 ) ; L’aridité tout autour, aménagée en site anti-érosif, retenue d’eau pluviale, reboisée de jeunes arbres (p. 222 ): 2 incitations pour des reboisements, les uns linéaires et les autres denses.
“ Morceaux choisis ” avec les mots arbre, bois et forêt en caractères gras

-p. 26 : Quand il n’y a pas de poussières, on voit des arbres malingres, on dirait que le bon Dieu n’avait pas assez de semence pour les faire pousser, alors il y en a un ici, un autre là-bas. Quand on regarde ces arbres, on voit bien qu’ils ne boivent pas assez. Nous autres, quand on a soif, on va chercher l’eau au puits ou au marigot, les animaux font comme nous. Mais ces arbres, les pauvres, ne peuvent pas marcher et ils sont là, avec leurs feuilles couvertes de poussière et leurs piquants quelquefois. Les animaux viennent, leur mangent beaucoup de feuilles et leur cassent des branches. Les arbres ne crient pas, ils ne pleurent pas. La vieille Meka dit que les arbres pleurent.

Ces arbres malingres, dont les animaux mangent beaucoup de feuilles et cassent les branches, ils ne sont pas ou ne sont plus des arbres de la forêt primaire.

-p. 32-33 : Le grand arbre étendait ses branches, comme s’il voulait que son ombre soit grande aussi. Ses racines sortaient de terre comme des doigts. Ca ressemblait à une main qui tient une grosse poignée de terre. Il était le plus grand arbre et déjà les vieux s’inquiétaient du vide qu’il laisserait s’il mourait. Certains ne souhaitaient jamais voir ce malheur. C’est pourquoi l’arbre était traité comme un enfant ou un aïeul. En passant près de lui avec leurs récipients d’eau, certaines femmes faisaient exprès d’en laisser couler un peu. La poussière avalait cette eau, mais à force la terre restait mouillée. Personne ne savait vraiment comment, mais l’arbre était le père de tous, il était le père des ancêtres.

Ce grand arbre familier des villageois, lui aussi il n’appartient plus à la forêt.

-p. 37 : En ce temps-là, tout était arbre. Ils étaient si nombreux et serrés que leur ramure obscurcissait le ciel. Nos ancêtres vivaient des fruits et des animaux sauvages abondants. L’eau abondante aussi offrait aux pêcheurs de nombreux poissons. Nos ancêtres cultivaient de petites parcelles autour des arbres. Puis, ils ont brûlé et déraciné les arbres, et les parcelles sont devenues plus grandes. Les forêts étaient peuplées de bêtes dangereuses. Les êtres humains devaient prendre garde à eux-mêmes et surtout à leurs enfants. Les villages au milieu de la forêt étaient protégés par des palissades de bois que les animaux ne pouvaient franchir. Tous les ans, il fallait brûler l’herbe pour que les serpents et toutes les autres bêtes nuisibles s’éloignent du village et que d’autres soient capturées pour notre nourriture. Voilà ce que me disait mon grand-père.

Et voici comment la forêt primaire se dégrade en forêt secondaire et savane.

-p. 39 : Quand j’étais enfant, on ne pouvait pas voyager seul à cause des bêtes sauvages. Le village et les champs faisaient comme des petits trous dans la forêt. Certaines années, les enfants mouraient, ils tombaient comme des fruits en excès sur l’arbre de la vie.

-p. 48 : Quelque temps après, un homme de notre couleur vint nous dire qu’il fallait travailler pour préparer un très large chemin à travers la forêt (…). Tous les villageois, hommes, femmes confiant les enfants aux vieillards, se mirent à combler de pierres les trous, à aplanir les élévations, à couper les arbres et les broussailles.

-p. 57 : Il n’était déjà plus de ce monde. Et pourtant, aucun de nous n’avait été plus de ce monde que le vieux Naori. La forêt ne pouvait ni lui mentir ni le tromper. Il était le vrai fils du ciel et de la terre. Chaque arbre était son compagnon, les bêtes sauvages lui obéissaient et le poisson venait se prendre à ses filets. Il connaissait les plantes qui empoisonnent et celles qui guérissent. Il pouvait, sans crainte ni des esprits ni des animaux aux dents et aux griffes acérées, rester seul de jour et de nuit au plus profond de la forêt. Lorsque nos enfants ont commencé à couper les arbres, Naori a beaucoup protesté et puis, peu à peu, il s’est tu.

-p. 64 : Pourquoi tant de carnage, pourquoi tant d’arbres abattus, tant de créatures tuées, pourquoi notre terre écorchée ? (…) Nous aimions notre terre, sa forêt, son eau, ses créatures.
Non replantation de l’arbre champêtre à la 6ème Journée mondiale contre la sécheresse
Ces paysans d’une ethnie et d’un territoire africains imaginaires ne replantent guère l’arbre champêtre. En 1996, Pierre Rabhi ne savait sans doute pas encore que de vrais paysans replantent déjà cet arbre au Kenya, au Niger, au Nigeria, en Chine (nouvelle 5bis-2000 réf. 6, 7 et 9), et même au Burkina Faso d’après Hervé Kempf 2:

Yacouba Sawadogo est une sorte de vedette dans la région de Ouahigouya, au nord-est du Burkina Faso. C’est lui qui, vers 1981, a remis au goût du jour et amélioré cette technique agricole qui change le visage de ces campagnes toujours menacées par la sécheresse. Le zaï consiste à creuser dans le champ de petites cuvettes de 30 cm de profondeur sur environ le même diamètre, puis d’y placer du fumier. Quand la pluie arrive – elle est ici presque toujours violente -, l’eau est piégée durablement dans le zaï au lieu de ruisseler rapidement et de se perdre. Combinée à d’autres améliorations techniques comme les cordons pierreux – qui entourent le champ et y retiennent l’eau – les arbres qui fixent le sol, la variation de la taille du zaï selon les caractéristiques du champ, etc, le zaï multiplie les rendements par 3 ou 4 et permet de réhabiliter des terres désertifiées (…). Les terres réhabilitées gagnent chaque année, et Yacouba Sawadogo a même créé une forêt sur un terrain autrefois décapé et mort. Il s’appuie nonchalamment sur le tronc de l’un des jeunes arbres (…). On observe aussi le retour du baobab (…). Les zaïs essaiment aussi dans d’autres régions du Burkina.

Et au Niger le tassa est quasiment identique au zaï  : la récolte est au rendez-vous, et d’année en année, un nombre plus grand de “ fako ” (terres désertifiées) de la région d’Illela à 600 km au nord-est de Niamey, sont aménagées en tassa. Ceux-ci couvrent maintenant plusieurs milliers d’ha de cette région plus aride encore que les alentours de Ouahigouya, avec moins de 400 mm de précipitations annuelles. Les arbres sont rares, le soleil accablant, et l’érosion éolienne intense (…). Tassas et zaïs n’ont cependant pas totalement levé la menace permanente de l’aridité.

D’abord, on est loin d’avoir retrouvé les forêts giboyeuses qui couvraient autrefois, disent au voyageur étonné les anciens de Ouahigouya et d’Illela, ces terres aujourd’hui sèches et caillouteuses.

L’eau est-elle piégée durablement par les petites cuvettes , les  cordons pierreux  ou/et les arbres replantés? Surtout à l’aide de ces arbres, selon un système sur l’arbre, l’agriculture et l’environnement que je bâtis depuis 25 ans, avec des données anciennes et récentes négligées à diverses échelles d’espace et de temps. Merci aux amis jeunes ou vieux, encore vivants ou déjà morts, pour leurs conseils et critiques ! Et merci à ces paysans africains qui savent que ces terres réhabilitées gagnent chaque année , surtout grâce aux arbres qu’ils y replantent.

Depuis 1986 je savais que des paysans du Burkina Faso disent que l’arbre donne la richesse à la terre3, mais pas encore que c’est un savoir-faire pour le replanter dans les champs. Faute d’avoir assez interrogé les gens à Ouahigouya et Illela, Hervé Kempf ignorerait que replanter cet arbre double ou triple la récolte même en climat aride (nouvelle 5bis-2000 réf. 10 et 11). Ainsi recule le désert, tandis que son avancée résulte surtout de la destruction de l’arbre champêtre par paysans, pasteurs et bétail. Pour la “ 6ème Journée mondiale contre la sécheresse ” du 17 juin 2000, son deuxième article ne parle plus de l’arbre mais seulement de la sécheresse qui cause d’immenses feux de forêts…pas toujours d’origine naturelle.
Suite des “ morceaux choisis ” du livre de Pierre Rabhi avec arbre , bois et forêt
-p. 70 : Un bâton à la main, il faisait un long chemin circulaire durant un 10ème de la durée du jour. De cette façon, le bois sacré était circonscrit. Nul ne devait pénétrer en ce lieu clôturé par les pas et la volonté du mage suprême et rendu aux esprits constructeurs (…). Pendant la durée de l’interdit, les animaux, les plantes remèdes et les fruits sauvages redevenaient abondants.

-p. 78 à 80 : Chacun se souvient de ce temps encore proche où la pluie avait refusé de se répandre sur les semences (…) Nous regardions la terre assoiffée sans rien pouvoir pour alléger sa souffrance (…). Nous n’avions pas compris cette terrible absence de l’eau du ciel, ce vent de poussière et ce ciel courroucé, plus brûlant que jamais (…). La terre se divisa en fentes jusqu’à l’infini, les animaux la parsemaient de cadavres. Les arbres privés de sève sont morts en grand nombre (…). Tout était décharnement : la terre, les animaux, les hommes, les arbres. L’eau se réfugiait dans les puits les plus profonds, les autres se tarissaient les uns après les autres. Les marigots asséchés n’étaient que de la glaise durcie comme une vieille écorce.

L’arbre résiste mal à la sécheresse ? Non, car c’est davantage l’homme qui aggrave la sécheresse en détruisant l’arbre, que la sécheresse qui fait mourir l’arbre, d’après un double exemple au Kenya : nouvelle 5bis-2000 p. 12 et réf. 26.

-p. 97 : Ainsi sont les êtres humains, ils s’habituent à ne plus voir ni arbre ni animal, excepté les chiens et les chats que les gens des grands villages affectionnent.

-p. 98 : Pour achever cette initiation, mes initiateurs m’envoyèrent pour un long temps chez des cultivateurs. J’ai ainsi quitté le grand village et retrouvé la forêt, l’herbe, le vent, le ciel et le soleil, ainsi que la pluie et le froid.

-p. 116-117 : J’ai regardé autour de moi et n’ai vu que la brousse déserte avec des arbres et des plantes intouchés car nul être humain n’avait depuis longtemps foulé ces espaces.

-p. 122 : Il y eut comme un pacte entre la terre, les végétaux et les animaux à jamais inséparables les uns des autres, car ils constituaient les maillons d’une même chaîne : pas d’animaux sans végétaux, pas de végétaux sans terre.

-p. 125 : Ainsi à la terre, aux végétaux et aux animaux se sont ajoutés les êtres humains (…). Au commencement, ils vivaient de la chair des animaux, des fruits abondants dans les forêts, et des créatures de l’eau.

-p. 127-128 : Les êtres humains ont établi des villages, puis de grands villages. Ils prélevaient dans la nature le nécessaire à ces édifications. De nombreux arbres périrent de leur main pour soutenir les couvertures de leurs grandes maisons, cuire la terre pour les murs et les toitures. Ils façonnèrent de très grandes pirogues pour parcourir les eaux immenses.

-p. 133-134 : Gardez-vous de toute arrogance, car la terre, les arbres et toutes les créatures sont également enfants de la création.

-p. 139 : L’agronome m’apparaît comme ces petits phénomènes hybrides, mélangé de tradition et de modernité, aptes à ouvrir des voies médianes dans le labyrinthe où se mêlent faux progrès et valeurs anachroniques. Dégagé de l’obsession du modèle dominateur jusque là absolu et dont le naufrage se précise, ils imaginent des nouveautés et renouent avec les délires et les rêves pratiques pour nourrir le futur. Cet intellectuel dissident m’intéresse et je me promets d’aller le rencontrer un jour.

Comme narrateur principal, Pierre Rabhi campe un agronome blanc, assez proche de ses amis africains pour être appelé par son prénom : François, pour honorer son ami François de Ravignan (mon grand ancien à l’Agro de Paris) ? Christian de Brie le cite dans sa postface (p. 237), ainsi que le “ Carrefour international d’échanges de pratiques appliquées au développement (Ciepad) près de Montpellier ” (p. 241), fondé notamment par Pierre Rabhi. François de Ravignan enseigne au Ciepad, et moi-même j’y ai déjà fait deux enseignements. Or ce modèle d’agronomie proposé me semble encore ni “ dégagé de l’obsession du modèle dominateur ” ni engagé dans celui africain mariant l’arbre avec l’herbe des champs.

-p. 147 : Tout être humain parcourant la forêt peut vérifier que la terre est couverte de restes de feuilles mortes, de branches, d’insectes, vivants et morts, et des excréments des vers de terre. Si cet homme veut comprendre davantage sur quoi repose l’ordre des choses, il peut se pencher, écarter les résidus nouveaux : il constatera alors que, sous les résidus de l’année, ceux des années précédentes sont en voie de changement vers le principe de la fécondité. Il trouvera en creusant davantage ce principe achevé reposant sur la terre et aussi mêlé à elle et lui donnant une couleur sombre.

Non, pour que ce principe s’achève, il ne suffirait pas de creuser plus. Car pour mieux comprendre l’ordre des choses de la terre, il est nécessaire non pas de creuser plus mais d’imaginer la vie et ses crises majeures depuis son début avec le phytoplancton marin primitif il y a 3,8 milliards d’ans ; puis avec l’arbre conquérant les terres il y a 400 millions d’ans, et les microbes du sol surtout près de cet arbre.

-p. 148 : De cette terre féconde jaillissent des plantes vigoureuses, des arbres s’élèvent vers le ciel. Les créatures animales peuvent y prospérer et proliférer (…). La forêt est comme un chaudron où se fait une ébullition tiède dans laquelle tous les ingrédients cuisent mais pour mieux produire d’autres ingrédients, et ainsi sans fin.

-p. 149-150 : Les créatures végétales ne peuvent se mouvoir. Pour survivre, elles ont besoin d’une terre suffisamment pourvue en nourriture, d’eau pour les aider à absorber cette nourriture, de la chaleur et de la lumière pour constituer leur feuillage, du souffle pour leur respiration. Ainsi les arbres érigés sont enfants de tous les principes (…). L’eau puisée par leurs racines dans la terre se répand dans leurs ramures et leurs feuillages et se dissipe dans le ciel. Cette transpiration aide à la naissance des nuages et à de nouvelles pluies. Ce mouvement incessant est d’une grande utilité et assure la prospérité de la forêt et de toutes les créatures qu’elle abrite.

Pierre Rabhi redit le raisonnement dominant en agronomie et bioclimatologie. En réalité, les plantes ont besoin de peu d’éléments chimiques tirés surtout du ciel et de peu d’eau tirée surtout de la terre, pourvu qu’il y ait l’arbre au plus à une centaine de m. Les plantes et surtout l’arbre rejettent peu cette eau par transpiration – insignifiante pendant la pluie – mais beaucoup par un “ feu d’artifice ” invisible entre terre et ciel, favorisant le jaillissement des sources et la “ renaissance des nuages ” : recyclage jusqu’à 6 fois par heure de l’eau sous le nuage, étendant plus loin la même pluie et donc réduisant son impact érosif et son ruissellement sur le sol.

-p. 150 Lorsque les arbres disparaissent, détruits par les hommes, le feu ou la sécheresse, tous ces avantages disparaissent avec eux (…). Regardez la terre : les arbres y ont été nombreux du temps de nos ancêtres.

-p. 162 : Nous avons encouragé le maître de la terre à circonscrire les bois sacrés selon la coutume très ancienne, afin de les protéger de la déprédation et de l’épuisement. Cela lui procura un étonnement heureux, car il avait le sentiment que notre initiation blanche nous avait éloignés de l’esprit de la terre. Nous étions au contraire très favorables à l’épargne des biens naturels, le gibier, les plantes remèdes, les arbres et toutes les espèces prodiguées par notre terre mère et dont nous tirons profit et bien-être.

-p. 169-170 : Au temps de nos ancêtres, la terre était couverte d’une grande toison d’arbres et de plantes et le souffle violent ne pouvait l’atteindre (…). De même que nous avions réussi à modérer la force de l’eau en créant des obstacles sur son chemin, nous devions le faire avec le vent. Nous savions que cet ouvrage serait d’un grand bienfait car les terres parcourues librement par tous les vents se dessèchent et les plantes et les arbres à fruits qu’elles portent sont tourmentées et souffrent de cet état. Je savais, pour l’avoir vu ailleurs, qu’on pouvait édifier contre le vent des murs vivants faits de plantes et de petits arbres. La résistance particulière de certaines espèces les désigne pour remplir cet office. Nous avons découvert que ces plantes et ces arbres prospéraient dans notre pays. Certains arbres sont épineux avec des ramures disposées en largeur, comme des bras étendus, d’autres s’érigent avec des ramures et un feuillage resserré.

Nous avons collecté des graines et des surgeons, des boutures et de jeunes plants des espèces nécessaires, et nous avons entouré nos parcelles. C’est pourquoi vous voyez partout des champs clôturés par ces murs vivants que nos soins ont aidé à s’élever rapidement. Ces clôtures, constituées de plantes épineuses et parfois vénéneuses, ont aussi le pouvoir de contenir les animaux hors des champs.

Les petits arbres grandissent, dans ces plantations brise-vent dont la FAO vante l’effet sur les récoltes mais sans guère l’expliquer : nouvelle 5bis-2000 réf. 11.

-p. 177 : Lorsque le berger s’aperçoit que la terre fatiguée ne donne plus assez de plantes, il (…) coupe les ramures des arbres pour nourrir ses animaux, et les arbres démembrés meurent à leur tour, et alors la terre est à la fois veuve et orpheline, car elle est l’épouse, la mère et la fille des arbres.

Mais la terre ne pourrait être mère sans père, par parthénogénèse : ce père de la terre c’est l’arbre agricole, grâce à son “ télérôle ” sur la fertilité du champ, du pré ou de la vigne jusqu’à une distance d’une centaine de m : nouvelle 5bis-2000 p. 11.

-p. 182 : La terre, comme dans la forêt, se nourrit des déchets (…). Le paysan demande à son champ de le nourrir chaque année et ne lui laisse pas de repos. Et si le paysan n’y prend garde, le champ se fatigue, s’épuise (…). Avec ses façons, les êtres humains vivant dans la forêt la détruisent déjà et cela les condamne car c’est ainsi qu’ils ont aidé le désert à s’établir.

Ces déchets ne sont pas vraiment une nourriture. Ce n’est pas la même culture intensive répétée qui épuise le champ, mais l’absence d’arbre à une centaine de m. Car la terre et ses déchets organiques et minéraux, c’est surtout un emballage.

-p. 185 : Pour la fermentation, l’eau est indispensable et l’ombre nécessaire. Le soleil et le vent desséchant sont nuisibles à la fermentation (…). Nous avons accumulé de la paille de céréales et d’autres déchets (…). Le reste de déchets se compose de déjections d’animaux, des feuilles mortes et de toute sorte de détritus. A côté des détritus issus de végétaux et d’animaux, nous avons constitué un monticule d’argile, et la cendre de bois est dans le panier que vous voyez. Le besoin d’ombre, faute d’arbres, peut se résoudre en édifiant des abris de branchages ou en couvrant les meules avec de la paille, des nattes ou tout autre moyen (…). La présence d’arbres pour l’ombrage et d’eau sur le même lieu reste le meilleur choix.

Le travail du sol jusqu’à la profondeur 60 cm et le compost multiplient jusqu’à 6 fois le rendement de “ la micro-agriculture biointensive ”, par rapport au “ jardinage conventionnel ”, pourvu que pas loin il y ait l’arbre. Car seul l’arbre permet l’aération “ molécule à molécule ” du sol activant ses microbes : nouvelle 5bis-2000 p. 13.

-p. 197 : Dans ces jardins, les arbres à fruits, les légumes, les plantes remèdes et les plantes condiments réjouissent le cœur et les yeux.

-p. 206-207 : Les plantes, comme les autres créatures, se sont ajustées aux conditions de leur territoire. Si l’eau abonde, alors les feuilles s’élargissent pour transpirer et croître abondamment. Sur les lieux de sécheresse, les feuilles deviennent petites, les plantes plus dures, plus épineuses, comme si elles jouissaient de l’entendement pour savoir comment épargner l’eau, la garder dans leur corps.

-p. 222 : Non seulement l’îlot de verdure respirait le bien-être, mais l’aridité tout autour, aménagée en site anti-érosif, retenue d’eau pluviale, et reboisée de jeunes arbres, avait quelque chose de grandiose.

-p. 225 : Au début de cette aventure, il a été possible aux conformistes de l’agronomie de donner de nous (agronomes écologistes) une image péjorative. A présent, nous ne sommes plus agressés car nos réalisations plaident pour nous mieux que les meilleurs avocats…Il nous reste cependant à trouver notre place dans le monde. Une chose est sûre : nous n’avons pas besoin de votre croissance économique car elle est une équivoque, elle nous a ruinés et continuera de ruiner la planète.
En guise de Postface : Pierre Rabhi, paysan sans frontières par Christian de Brie
-p. 237: L’agriculture intensive impose partout son mode de développement destructeur, dont les dégâts sont de moins en moins compensés par les avantages. “ Dans le tiers-monde, explique François de Ravignan, ils sont souvent plus spectaculaires, en raison de la soumission brutale des paysans aux forces de marché, qui ne leur laisse d’autres ressources que de tirer de leur sol tout ce qu’ils peuvent sans avoir les moyens de les reconstituer : surpâturage, pollution des eaux, érosion, destruction des forêts, dessiccation des nappes phréatiques entrent en jeu, tandis que les populations continuent de croître avec les besoins alimentaires. ”

Non, le surpâturage n’est pas dû surtout à la dent du bétail, mais à la disparition de l’arbre qui empêche l’herbe de repousser. Car sa production résulte d’interactions entre l’activité électrochimique des racines de l’arbre et celle des racines de l’herbe.
-p. 238 : Des sols nivelés, remembrés, déboisés, permettant de rentabiliser un outillage toujours plus performant

Ces “ sols nivelés, remembrés ” seraient-ils les mêmes que ceux “ déboisés ”, comme si Christian de Brie parlait des ex-arbres champêtres? Non, d’après la suite.

-p. 241-242 : L’approche agroécologique relève plus du savoir-faire que de l’exploitation, associant développement agricole et protection de l’environnement. Elle privilégie la fertilisation organique des sols et le compostage, des traitements phytosanitaires aussi naturels et biodégradables que possible (…). Elle met l’accent sur les travaux anti-érosifs (digues, terrasses, haies vives…), le reboisement diversifié (…). Dans ce but, le Ciepad a développé non seulement un secteur de sensibilisation et d’éducation à l’environnement et au développement s’adressant aux enfants et aux enseignants du Nord, mais aussi des actions d’appui au développement au Sud.

J’ai trouvé une seule fois ce substantif “ reboisement ” et une seule fois le participe passé “reboisé ” p. 222. Pierre Rabhi et Christian de Brie, et si vous distinguiez la destruction d’“ arbres en bouquet, alignés et isolés ” du déboisement, et leur replantation  du reboisement ? D’où mes indispensables néologismes : “ désarbrement ” et “ réarbrement ”. Car le déni de l’arbre champêtre par des agronomes écologistes, ça empêche leur approche agro-écologique d’être durable.
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