Incroyants, encore un effort…





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Norbert Croûton


INCROYANTS,

ENCORE UN EFFORT…


Nouvelle édition

Mai 2014

SOMMAIRE


1. AVANT PROPOS 4

2. ENTRETIEN D’UN PHILOSOPHE AVEC LA MARECHALE DE *** 14

3. LA CONSCIENCE 25

Première tentative d’explication 25

Deuxième tentative 37

Résultats et dernière tentative 46

4. PREAMBULE 64

5. ETHIQUES 67

6. RAISONS D’ETRE DES RELIGIONS 79

Raisons pratiques 79

Les premières religions 102

La religion chrétienne 107

7. DIEU, QUELLE IDEE ! 144

8. SERMON SUR LA MONTAGNE 160

9. RELIGION, ETHIQUE ET POLITIQUE 166

10. DU CATECHISME 179

11. LES DERNIERS MOMENTS 190

13. SORTIR DES RELIGIONS 209

14. UN MONDE EN CRISE 215

216

Crise environnementale 216

220

Crise énergétique 220

Crise de la sélection naturelle 237

Crise de l’intelligence 239

Crise du sens moral 257

Crise économique et sociale 267

Crise institutionnelle 301

Crise de la politique internationale 322

15. EPILOGUE 332


Nota 1 : le texte ci-après est un hypertexte qui permet de consulter des sites Internet ou de lire des bulles précisant le sens et le contexte des mots soulignés
Nota 2 : la version anglaise du texte est accessible en cliquant sur le drapeau britannique situé en haut et à droite de la page d’accueil



    1. Israël

1. AVANT PROPOS




Incroyants, encore un effort si vous ne voulez pas voir se réaliser cette prédiction de Malraux qui vous met mal à l’aise : “ le 21ème siècle sera religieux ou ne sera pas ”.

Vous avez pu croire jusqu’à une époque récente que la cause était entendue, que le doute ou au moins la prudence à l’égard des religions s’étaient établis dans tous les esprits et que la laïcité allait irrésistiblement s’imposer dans la vie publique sur tous les continents. Depuis la fin de l’empire soviétique, il semble que ce ne soit plus le cas. En Russie même Poutine, le czar élu, un ancien du KGB, se réfère à Dieu dans ses discours et prie pour que la pluie éteigne les incendies qui ravagent la forêt russe ! Toutes les républiques et tous les satellites de l’ex Union Soviétique ont retrouvé leurs divinités favorites. En Turquie un régime fondé naguère sur la laïcité tend désormais à s’en écarter. En Irak ce serait une bonne surprise que feu le régime baasiste, d’essence laïque, ne soit pas remplacé par un régime théocratique assaisonné d’une guerre de religion. L’Afghanistan fragile n’est pas à l’abri d’une rechute. L’Iran a basculé il y a déjà un moment. Les conflits au Rwanda, au Soudan, dans l’ex Yougoslavie, en Irlande du Nord, en Palestine, à Chypre, à Ceylan, entre l’Inde et le Pakistan, et dans de nombreux autres pays d’Asie et d’Afrique ont une origine religieuse, même si ce n’est pas leur seul aspect. Beaucoup d’états privilégient une religion et lui donnent un statut officiel. Aujourd’hui les partisans de la neutralité de la puissance publique en matière religieuse ont à faire face à une triple agression due aux intégrismes musulman, israélite et chrétien. Or il faut bien voir que l’intégrisme est une conséquence logique de la religion. Qu’est-ce en effet que l’intégrisme, sinon la croyance religieuse prise au sérieux ? Si vous avez l’intime et absolue conviction, et le but de la pratique religieuse est de vous la faire acquérir, que votre voisin se voue à la damnation éternelle en ne partageant pas la croyance qui vous anime, ce serait une véritable non-assistance à personne en danger que de ne pas lui imposer votre croyance par tous les moyens. De fait, lorsque les religions ont été en position de le faire, elles n’ont pas hésité à forcer les consciences par les moyens les plus extrêmes. Les croyants qui acceptent le pluralisme religieux ou l’irréligion sont des tièdes et Dieu a paraît-il horreur des tièdes !

Les Français qui l’ont vécue ont gardé de la deuxième guerre mondiale le souvenir d’un clergé catholique tout gonflé d’une importance retrouvée, porté qu’il était par le désarroi général et par la “ Révolution Nationale ” du Maréchal Pétain. Qu’en serait-il advenu si cette situation avait perduré ? Ce clergé aurait-il retrouvé, quelque peu atténuées, ses vieilles habitudes inquisitrices et contraignantes ? Poser la question, c’est presque déjà donner la réponse. Que l’épiscopat français n’ait pas fermement attiré l’attention du vieux Maréchal, de qui il n’avait à coup sûr rien à craindre, sur le caractère totalement scandaleux des lois anti-juives, mais qu’il en ait au contraire accepté le principe ne peut être attribué qu’à un vieux fond récurrent d’antisémitisme. Il est difficile de croire qu’il ait agi ainsi sans l’aval du Vatican. Tous ces braves gens, anesthésiés comme tant d’autres par la propagande nazie, attendaient de connaître le sort des armes pour se découvrir, conformément à une vieille tradition de l’Eglise. Les religions réformées ne se sont pas montrées plus vigilantes, ni en France ni ailleurs. Les autorités religieuses étaient pourtant les seules à pouvoir s’opposer efficacement à ces monstruosités lorsque les hommes politiques de gauche étaient emprisonnés et que ceux de droite étaient prêts à trahir. Et ce sont ces gens-là qui prétendent nous donner aujourd’hui des leçons de morale ! On imagine aisément les Te Deum fervents qui auraient salué une victoire de l’Axe du Pire. Risquons-nous d’assister aujourd’hui à pareil réveil à la suite d’une défaite non plus militaire mais politique, économique et culturelle ? Sommes-nous menacés d’un nouveau Moyen-âge qui suivrait une troisième guerre mondiale ?

Des trois intégrismes, le musulman, l’israélite et le chrétien, le dernier est le plus insupportable parce qu’il paraît le moins nécessaire. L’intégrisme musulman peut se comprendre en raison de la situation des pays islamiques qui ne cessent d’être humiliés depuis plus d’un siècle et qui ne parviennent pas à se débarrasser de cette écharde qu’ils portent en leur flanc et qui s’appelle Israël. Même si leur dieu les aide bien peu en la circonstance, leur religion leur sert à maintenir leur identité et à leur faire espérer que leurs malheurs finiront un jour... Les Israélites ont été, ô combien, martyrisés par l’histoire. La conviction de faire partie du peuple élu leur a certainement donné cette formidable détermination qui a permis à quelques uns de survivre et de surmonter toutes les épreuves. Victimes comme tous leurs coreligionnaires de la plus monstrueuse des injustices, ceux qui ont choisi de s’installer en Palestine ne s’aperçoivent pas qu’ils sont en train d’en commettre une autre qui n’est pas négligeable non plus. Ils sont pourtant bien placés pour savoir ce que c’est que de se retrouver étranger dans son propre pays. On pourrait croire que cette installation a été imaginée par un esprit pervers déterminé à faire en sorte que le peuple juif ne connaisse jamais le repos. Il est bien évident que celui qui s’empare progressivement mais inexorablement, par de menues acquisitions, par la ruse et par la violence de toutes les pièces d’un appartement en prétextant que c’est Dieu qui les lui a attribuées et que ses arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-grands-parents y ont peut-être habité ne doit pas s’attendre à de grandes démonstrations d’amitié de la part de son occupant légitime ! Même si, grâce à son entregent et à l’appui d’un puissant protecteur, il fait taire les protestations des voisins et les fait se dresser les uns contre les autres en leur tendant des pièges dans lesquels ils se font prendre à tous les coups. Même s’il entretient la confusion entre antisionisme et antisémitisme. Même si, à la suite de deux millénaires passés au milieu de populations étrangères, son sang ne contient plus que quelques gouttes du sang originel. Un juif polonais ressemble à un polonais et un juif marocain ressemble à un marocain. Grâces soient rendues aux parents compréhensifs, aux filles séduites ou violées, aux femmes forcées ou adultères ! N’importe quel peuple peut invoquer une divinité imaginaire qui, par une décision tout aussi imaginaire, lui attribue la possession du territoire bien réel qu’il convoite. Imaginez un instant (que nos amis québécois me pardonnent cette hypothèse saugrenue) que des canadiens français lassés de leurs difficultés avec leurs compatriotes anglophones décident de revenir au pays. Ils y sont d’abord bien accueillis, achètent quelques fermes, en Bretagne par exemple puis, de plus en plus nombreux, s’attaquent par des actions terroristes aux structures politiques en place et les supplantent. Imaginez que les Bretons se révoltent, qu’ils soient vaincus, que certains perdent leurs biens, qu’ils soient relégués sur les terres les moins fertiles ou internés dans des camps, qu’ils soient contraints dans leurs activités quotidiennes, rendus dépendants de la charité internationale et soumis continuellement à des bombardements et à des incursions armées. Qui ne comprendrait l’énorme frustration des Bretons placés dans ces conditions ? Pourtant ces Canadiens ont quitté la France beaucoup plus récemment que les Juifs n’ont quitté la Palestine. Chacun peut constater que la protestation internationale contre le sort réservé aux palestiniens reste sans effet. Les palestiniens ont raison sur le fond car il est naturel et légitime de repousser des intrus qui cherchent à s’imposer par la force. Les israéliens de leur côté disposent d’une force supérieure et peuvent ainsi se permettre d’ignorer délibérément les résolutions des Nations Unies quand d’autres, pour des violations moindres, voient leurs infrastructures non seulement militaires mais également économiques, administratives et culturelles, pulvérisées par des bombardements. Selon que vous serez puissant ou misérable… Y a-t-il la moindre chance de faire accepter cette situation du fond de leur cœur par le peuple palestinien et plus généralement par le monde arabe et par l’opinion internationale? Evidemment non !

Il peut paraître “ ringard ” de s’attaquer aux religions en ressuscitant des querelles que l’on croyait dépassées, et j’en veux à ceux qui par une remise en cause de la laïcité plus ou moins voilée, plus ou moins hypocrite, poussent à pratiquer ce jeu de massacre. Dans une assemblée il y a souvent un rigolo pour dire tout haut ce que beaucoup pensent tout bas mais taisent par crainte ou par bienséance. J’accepte pour un moment de jouer ce rôle, ayant le sentiment de participer ainsi à une œuvre de salut public aujourd’hui indispensable. Il s’agit d’éviter un retour en force de l’obscurantisme qui n’est d’ailleurs souhaité ni par la plupart des chrétiens et des adeptes des religions orientales, ni par bon nombre de juifs et de musulmans. Vient un moment où il faut dire les choses telles qu’elles sont même si ce n’est agréable ni pour celui qui les dit ni, le cas échéant, pour celui qui les écoute. Il est nécessaire à cette fin d’oublier la « pensée unique », le « politiquement correct », de briser le carcan d’un certain nombre d’idées reçues, de tabous, d’intérêts et de non-dits. C’est évidemment prendre le risque de dire quelques sottises, mais l’alternative est de ne rien dire du tout ou de se cantonner dans sa spécialité et finalement de laisser le champ libre à des forces obscures que nul ne maîtrise et qui nous entraînent presque à coup sûr vers l’abîme. Les religions sont l’espoir et la consolation de beaucoup. Pourquoi les attaquer ? Pourquoi vouloir, selon la formule consacrée, tirer sur des ambulances ? La raison en est que certains ambulanciers recommencent maintenant à tirer sur nous ! Un détail qui peut sembler mineur, mais qui est révélateur de l’évolution actuelle : certains athlètes ou joueurs se signent à la suite d’un exploit personnel ou avant d’entrer sur le terrain et portent autour de leur cou croix et médailles pieuses, toutes choses qui ne se voyaient pas auparavant, et les caméras s’attardent complaisamment sur ces manifestations fétichistes. Souhaitons-nous voir des athlètes de confession musulmane inspirés par cet exemple, se prosterner en direction de la Mecque avant et après chaque épreuve ? Si ces rites et ces talismans ont une efficacité quelconque, ne doivent-ils pas être assimilés à des produits dopants ? Les instances sportives devraient se prononcer à ce sujet, avant que ces pratiques ne s’étendent à toutes les religions. Sans aller peut-être jusqu’à les interdire, elles devraient les déconseiller comme contraires à l’esprit olympique qui s’efforce de gommer toutes les différences de race, de culture ou de croyance entre les athlètes. Les autorités religieuses de leur côté devraient prodiguer discrètement le conseil de ne pas mêler leur Dieu à ces rites profanes, ne serait-ce que pour ne pas voir sa représentation associée à de possibles défaites. J’ai vu récemment un athlète qui  cachait subrepticement une croix sous son maillot après avoir échoué à son dernier essai ! Un athlète est prêt à tout, même à mourir prématurément, en échange d’un titre olympique. Porter un gri-gri ne lui coûte guère. Je n’ai pas remarqué cependant que les tout meilleurs recourent habituellement à ces pratiques. Ils ne comptent avec raison que sur leur talent. Ces manifestations ostentatoires de chauvinisme religieux sont en tout cas un mauvais signal adressé à tous les ramollis du bulbe qui multiplient dans les tribunes jets d’objets divers, saluts fascistes et cris d’animaux. D’autant qu’une croix, instrument de supplice, constitue un signe ambigu. On peut voir de nos jours de plus en plus de croix se glisser entre de jolis seins ou s’exposer sur des poitrails musculeux ! Devrons-nous un jour, nous les incroyants, nous les agnostiques, arborer au revers de notre veste un point d’interrogation pour ne pas laisser s’afficher seules les convictions à caractère religieux ?

C’est bien sûr aux Etats-Unis que le phénomène est le plus préoccupant. Chacun peut s’étonner de ce que le pays le plus avancé scientifiquement et industriellement donne l’exemple de cette régression. L’esprit religieux le plus rétrograde, profitant de la paranoïa ambiante et y participant prend le convoi de l’anti-terrorisme. Le terrorisme, qu’on ne saurait bien entendu négliger, est devenu l’alpha et l’oméga de la politique américaine. Or, ce n’est qu’une infime partie des dangers qui nous menacent. La destruction des tours jumelles du Centre Mondial du Commerce à Manhattan a été sans nul doute très spectaculaire et elle a frappé les imaginations mais l’ampleur des dégâts a probablement dépassé les attentes des auteurs des attentats eux-mêmes. Ne commence-t-on pas à dire en effet que la ruine totale des deux ouvrages s’expliquerait par des choix discutables dans la conception des planchers des différents étages et par des malfaçons dans la protection au feu des dits planchers ? Pourquoi les deux tours se sont-elles écroulées tout droit, comme foudroyées par des professionnels de la démolition ? Pourquoi des immeubles voisins non affectés par l’impact direct des avions se sont-ils eux aussi écroulés ? Quoiqu’il en soit les quelques milliers de victimes du terrorisme répertoriées depuis le matin du 11 septembre 2001, sont malheureusement presque dérisoires par rapport aux dizaines de millions d’autres victimes à déplorer durant la même période , victimes de maladies aisément évitables, victimes de maladies aisément curables, victimes de la malnutrition, du manque d’eau potable, de conditions sanitaires déplorables, victimes de guerres d’agression, victimes de guerres ethniques ou religieuses, victimes de guerres pour le pouvoir ou la richesse, victimes de guerres de libération, victimes de la drogue, de l’alcoolisme, du tabagisme, du crime crapuleux ou organisé, de la pollution de l’air et des eaux, victimes de catastrophes naturelles prévisibles, victimes d’accidents dus à la sottise, à l’ignorance, à l’étourderie, à la négligence, à la présomption. Et ces dizaines de millions de victimes seront peut-être considérées par l’histoire comme anecdotiques par rapport aux dangers que représentent le réchauffement climatique, l’épuisement des ressources naturelles ou un conflit généralisé à propos du Moyen-Orient et de son pétrole. Aux yeux de certains spécialistes la peur du terrorisme est plus dangereuse pour les populations par ses conséquences psychosomatiques que le terrorisme lui-même. Elle l’est aussi et surtout en fournissant un prétexte à la mise en place d’une législation d’exception qui, pour un gain d’efficacité discutable, restreint les garanties auxquelles tout citoyen a droit. Même sans lois d’exception il est interdit de poser des bombes dans les lieux publics ou de faire un carton sur les enfants des écoles. Si l’on met à part les dérives de quelques irréductibles défendant des droits plus ou moins folkloriques et les menées de quelques mafieux aux intentions inavouables, le terrorisme n’a qu’une seule cause directe qui est le mépris du droit des gens et le désespoir que ce mépris engendre chez ceux qui en sont les victimes. Désespoir qui peut conduire à des actes aussi contre nature que de s’attacher autour de la taille une ceinture d’explosifs et d’en déclencher la mise à feu au milieu de la foule. L’éradication du terrorisme passe d’abord par le respect du droit des peuples aujourd’hui maltraités et, à titre de précaution complémentaire, par la prise en charge des jeunes désespérés, par une bonne police et la suppression des paradis fiscaux propices aux financements criminels. Il est nécessaire d’y ajouter un contrôle efficace des matériaux, des outillages et des technologies susceptibles d’être utilisés pour la fabrication des engins nucléaires et autres armes de destruction massive. Faut-il encore faire en sorte que les moyens mis en œuvre à cet effet ne soient pas hors de proportion avec le but poursuivi. La disproportion de ces moyens, les contraintes qui en résultent pour tous les citoyens et l’occultation des vrais problèmes constituent en effet la première et probablement la seule victoire que les terroristes peuvent ambitionner. Une bonne pratique serait de parler le moins possible du terrorisme, sauf pour appeler à la vigilance et à la prudence, car la publicité accordée à ce phénomène par les pouvoirs publics et par les différents moyens d’information ne peut qu’encourager les vocations existantes et en susciter de nouvelles chez ceux qui n’ont plus rien à perdre. Pourquoi le terrorisme a-t-il été ainsi monté en épingle aux Etats-Unis et, par contagion, dans le reste du monde ? La réponse est à peu près évidente : après le cataclysme qu’a représenté pour les lobbies politico-militaro-industriels, américains en particulier, la fin de la guerre froide, l’avènement du terrorisme a constitué une divine surprise en fournissant un prétexte à la poursuite et à l’intensification de l’effort militaire et à la remise en cause de certaines libertés fondamentales. Il est assez invraisemblable que Ben Laden n’ait jamais été trahi par un des siens pendant les dix ans où il a défié les Etats-Unis, qu’il n’ait pas été localisé par ceux-là même qui disposaient de moyens de renseignement et d’action sans équivalents dans le monde. Les terroristes sont devenus en fait si rares dans le monde développé que, lorsqu’on a la chance d’en avoir un sous la main, on le conserve soigneusement au chaud pour être sûr de pouvoir le servir au bon moment ! Demandez-vous pourquoi une nouvelle cassette de ce croquemitaine a fait son apparition chaque fois que la crainte du terrorisme islamique semblait quelque peu s’estomper. Demandez-vous aussi pourquoi il a été choisi de le faire taire définitivement plutôt que de le prendre vivant. La même question peut se poser à propos de Kadhafi.

Car le surarmement offensif et défensif auquel se livre la puissance américaine a aussi de quoi inquiéter. Protégée à l’est et à l’ouest par deux larges océans redoute-t-elle d’être envahie du sud par le Mexique ou du nord par le Canada ? Les ressources quasi illimitées dont bénéficie son armée sont dues à la convergence d’un patriotisme assez largement répandu et de la nécessité ressentie par les grandes fortunes qui bien souvent n’ont pas de patrie de protéger le système capitaliste. Est-ce qu’on lutte contre le terrorisme en préparant la guerre des étoiles ? Qui ne se demande avec inquiétude si ce surarmement n’est pas destiné à lui assurer la possibilité d’imposer impunément sa volonté, présentée quasiment comme la volonté du Dieu de la Bible, à tous les peuples de la terre, amis comme ennemis ? L’expression « In God we trust », est-elle en passe d’être remplacée sur les billets verts par « In Gun we trust  » ? Dans leurs déclarations publiques les représentants américains font profession de protéger leurs intérêts nationaux et restent muets sur ceux des autres nations. Le décompte des victimes de leurs agissements n’a pas l’air de les préoccuper particulièrement. Ils s’inquiètent des états d’âme de leurs soldats qui sont au départ des coups mais se désintéressent du massacre de ceux qui sont à l’arrivée. Quatre mille soldats américains tués, c’est une tragédie épouvantable, mais six cents mille irakiens au tapis, chiffre annoncé par la seule étude un peu scientifique effectuée sur le sujet, c’est un détail de l’histoire ! Les irakiens ne sont pourtant pas des untermensch, pas plus que les palestiniens et tant d’autres ! Pour chaque victime des tours jumelles de Manhattan il faut compter un soldat américain tué et cent cinquante irakiens occis dont la plupart sont innocents ou seulement coupables de patriotisme. Le “ God bless America ” sortant de la bouche d’un président des Etats-Unis (on ne sait si c’est une supplique ou un souhait car la langue anglaise permet cette ambiguïté ; d’aucuns y voient un simple constat) et le “ Gott mit uns ” qui était gravé sur le ceinturon des soldats du troisième Reich sont des formules qui sortent du même tonneau. C’est, chez ceux qui ne se connaissent plus de rival, l’expression orgueilleuse de la force, et de la conviction que tout doit céder devant la force. Jean-Paul II avait bien compris le danger pour les chrétiens de cet abus de position dominante. Il s’est certainement dit in petto en faisant ses remontrances : “ Mon Dieu, protégez-moi de mes amis, mes ennemis, je m’en charge ! ». Aucun religieux digne de ce nom ne souhaite voir sa croyance instrumentalisée par le pouvoir politique. Que des personnalités officielles utilisent les religions comme références culturelles ou morales est une chose. Qu’elles les présentent comme des vérités historiques ou scientifiques opposables à tous en est une autre. Il existe une ligne jaune à ne pas franchir. Jamais je ne mettrai les pieds dans un pays gouverné par des intégristes, quelque soit leur obédience, et je ne dois pas être le seul.

« Qui n’est pas avec moi est contre moi " et “ les Etats-Unis ne cherchent pas à être aimés mais à être craints ” ont été encore récemment deux échantillons de la pensée de l’administration américaine. La menace d’une rechute est permanente. Presque deux mille ans après, la “ pax americana ” a voulu prendre le relais de la “ pax romana ” dont on sait qu‘elle a été chaque fois imposée sans douceur. Pour la première fois depuis la fondation de l’ONU des démocraties ont pris l’initiative de déclencher une guerre non indispensable, pour des raisons alléguées qui se sont avérées fausses; fausses parce que résultant d’une manipulation. Qui veut noyer son chien l’accuse de la rage ! Pour la première fois un éminent représentant du gouvernement des Etats-Unis est venu sur ordre, parce que c’est un soldat discipliné, débiter des calembredaines devant les nations assemblées. Américains aux cervelles lessivées par un demi-siècle de publicité télévisée et intoxiquées par la Bible, on vous a bourré le mou ! Les nostalgiques de cette violence politique se retrouvent encore à l’heure du thé. De quels appuis a bénéficié Georges Bush pour parvenir au pouvoir et pouvait-il se montrer ingrat à leur égard ? Le renchérissement extraordinaire du pétrole durant ses deux mandats montre qu’il leur a témoigné amplement sa reconnaissance. Au delà du besoin qu’il pouvait éprouver de passer ses nerfs sur un plus petit que lui après le traumatisme du 11 septembre, il est évident que la raison principale de cette guerre d’agression doit être recherchée du côté de ce qui fait rouler les autos et voler les avions et dont certains entendent se réserver les dernières gouttes. Ce but de guerre est désormais atteint. Il ne faut donc pas parler à ce propos d’un échec. Les désordres persistants au Moyen-Orient, en fournissant un prétexte pour y maintenir des troupes, donnent tout le temps nécessaire à la puissance américaine pour consolider sa position et s’établir durablement au centre de gravité de la zone pétrolifère. Aurait-elle quitté le Vietnam si ce pays avait été aussi stratégique de ce point de vue ? Selon toute vraisemblance, les américains conserveront en Irak une présence militaire et installeront au pouvoir un clone de Saddam Hussein. Les grandes compagnies pétrolières anglo-saxonnes seront alors en mesure de conclure avec lui des contrats juteux pour l’exploitation de ses gisements d’hydrocarbures. Le contribuable américain pourra se réjouir que ses sacrifices aient contribué à la prospérité de compagnies qui ne manqueront pas de rétrocéder une partie de la manne céleste aux mouvements religieux obscurantistes qui ont permis la réussite de ce hold-up ! Les pays riches en pétrole qui refusent de faire allégeance à la puissance américaine prennent le risque de subir, un jour ou l’autre, le sort de l’Irak. Voyez les menaces qui pèsent sur l’Iran. La promotion de la démocratie dans les pays pauvres, prétexte aujourd’hui invoqué, est en tout cas une réelle nouveauté pour la politique américaine qui s’est toujours fort bien accommodée de régimes dictatoriaux amis ou clients, quand elle n’a pas favorisé leur installation. Son intervention n’a fait qu’empirer pour beaucoup de ces pays une situation déjà détestable. Avec le soutien des milieux religieux et financiers, elle a eu raison de l’expérience communiste en Union Soviétique et plus généralement de toutes les tentatives de répartition plus égalitaire des richesses. Avec sa bénédiction le Liban ami a été écrasé sous les bombes. Quelle tristesse pour tous ceux qui, ayant vécu l’occupation nazie, se rappellent la fascination qu’ils éprouvaient pour les avions alliés qui traversaient le ciel au dessus de leur tête, poursuivis par les flocons de fumée noire de la flak, ou la joie intense qu’ils ont ressentie quand les premiers véhicules blindés libérateurs ont parcouru sous les acclamations la grand-rue de leur village ! Je n’oublierai jamais non plus les visages de mon père et de mon grand-père au moment où ils apprenaient à la radio de Londres, au matin du 6 juin 1944, la nouvelle du débarquement en Normandie.

Le monde paraît aujourd’hui assez largement pacifié par l’esprit des lumières, par les facilités de communication et donc de dialogue entre les hommes et surtout par la menace nucléaire. Considérant toutefois les conséquences potentiellement funestes de l’intégrisme religieux le présent essai a pour objet de faire prendre conscience aux croyants de la fragilité de leurs convictions ou au moins de les aider à comprendre le doute qu’elles peuvent susciter chez d’autres et de les inciter ainsi à mettre plus de retenue dans l’expression publique de ces convictions. Il est aussi d’inciter les incroyants à se manifester, non de façon agressive mais de façon que l’accord si nécessaire entre les hommes cesse d’être entravé par des croyances religieuses inconciliables, dont personne ne sait d’ailleurs si elles sont sincères ou si elles sont le fait de Tartuffes ambitieux, manipulateurs et cyniques, mais puisse s’établir au contraire sur des bases naturelles, rationnelles, durables et acceptées par tous.

Cette querelle qu’on dirait d’un autre âge a des antécédents fameux. Les mêmes questions se sont posées de tout temps, et avec une particulière acuité à l’âge classique. Elles ont été alors débattues dans les cercles les plus élégants et les plus savants. Elles ont agité les meilleurs esprits de l’époque. Parmi ceux-ci, celui dont l’œuvre a le mieux résisté au temps parce qu’il est probablement l’un des esprits les plus profonds, les plus brillants et les plus honnêtes que la terre ait porté est Denis Diderot. Je dis honnête car il fit sien ce précepte de Montaigne qu’on doit rendre les armes à la vérité du plus loin qu’on l’aperçoit. Diderot est doté d’un esprit prolétaire, au sens que le philosophe Alain donnait à ce terme, c’est à dire d’un esprit propre à affronter des réalités têtues comme les propriétés de la matière ou les concepts mathématiques, car il est guidé avant tout par la logique. Il a le goût des sciences dures et des tâches manuelles comme en témoigne la part prépondérante qu’il a prise dans l’élaboration de la Grande Encyclopédie. Il n’est pas loin de trouver immoral l’esprit bourgeois qui sait manier la pâte humaine avec une habileté suspecte. Si l’esprit populaire est le plus attachant et si l’esprit aristocratique est le plus pittoresque, l’esprit bourgeois qui se hausse du col et demande toujours plus que sa part appelle les plus grandes réserves. Montaigne, Diderot et Alain font partie de ces hommes qui sont modérés avec la dernière énergie. Si Rousseau est à gauche selon les atlas politiques actuels et Voltaire au centre droit Diderot est lui au centre gauche, là où s’élaborent la plupart des progrès. Diderot a exprimé sa pensée sur la religion dans un court essai en forme de dialogue intitulé “  Entretien d’un philosophe avec la Maréchale de *** ”. Diderot a donné au philosophe de l’Entretien le nom de Crudeli. C’est celui d’un homme de lettres italien des débuts du 18ème siècle, incrédule comme son nom ne l’indique pas et franc-maçon, qui avait été arrêté et longuement torturé par l’Inquisition et qui ne s’en était jamais remis. Le décor est ainsi planté. Cet essai qui met à mal bien des dogmes est paru après la mort de Diderot, ce qui lui a épargné un sort atroce, car le fanatisme a toujours sévi sur ces questions. Il n’a jamais été réfuté car, lorsqu’un homme de religion rencontre sur son chemin un raisonneur de la trempe de Diderot il ne s’arrête pas pour discuter, il change de trottoir ! Si habile soit-elle la « science » d’un théologien a tout de même des limites ! Obligé par les circonstances de solliciter un entretien, l’homme de religion prendra rapidement congé sous prétexte que « ça sent le fagot », comme je l’ai entendu dire naguère par le curé de la paroisse ! Vous perdez tout intérêt pour un commerçant à l’instant même où il a abandonné l’espoir de vous faire signer un bon de commande ! Presque trois siècles après sa rédaction, cet essai n’a rien perdu de sa modernité ni de sa force explosive. Il présente de plus le très grand avantage de traiter avec clarté, esprit et légèreté d’un sujet grave et même tragique. Cette grâce du corps et de l’esprit qui a marqué le sommet de la civilisation occidentale a disparu dans les tourmentes révolutionnaires et napoléoniennes et je ne prétends pas la ressusciter. Diderot a eu l’élégance de faire défendre des thèses opposées aux siennes par une personne en tous points sympathique et séduisante et pour laquelle il semblait éprouver un peu plus que de l’amitié ; ce qui montre bien que l’unité de la famille humaine figurait au premier rang de ses préoccupations.

L’entretien de Diderot avec cette aristocrate de la naissance et du cœur qu’est la Maréchale de ***  traite d’un sujet qui touche l’homme au plus profond de lui-même puisqu’il s’agît du sort de son « âme » après la mort. Le phénomène de la conscience, équivalent « laïque » de l’âme, et la physique qui le sous-tend, seront donc assez longuement évoqués par le présent essai à la lumière des nombreuses études et spéculations qui leur ont été récemment consacrées. Je propose donc à l’honorable lecteur de se régaler à nouveau à la lecture du texte de Diderot s’il l’a oublié et de l’utiliser comme base de sa réflexion. S’il n’y a rien à retrancher aux idées qui y sont exprimées, il y a bien peu à leur ajouter. J’essaierai cependant d’enrichir les thèmes abordés des remarques que le progrès général des connaissances, l’élargissement des points de vue, l’expérience accumulée depuis sa parution, les progrès de la recherche historique et l’application des théories de Darwin pourraient suggérer. Pour bien goûter ce texte il faut le lire d’une traite. Il figure donc in extenso ci-après, en conformité avec l’édition Assézat-Tourneux de 1877. Il sera ensuite découpé en quelques sections accompagnées des remarques que chacune de ces sections inspire à votre serviteur. Chaque lecteur est invité à critiquer ces remarques et à y ajouter les siennes, éventuellement à rédiger pour son propre compte l’un ou l’autre de ses chapitres. Peut-être retirera-t-il de cet exercice un bénéfice comparable à celui d’une auto-analyse. Puisse-t-il à cette occasion se laisser guider par les lumières de la sagesse et par la sagesse des Lumières. C’est du moins la grâce que je lui souhaite. Voici donc tout d’abord le texte de Diderot dans son intégralité :
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