«Quelqu’un a dit un jour que la mort n’est pas la pire chose dans la vie : le pire, c’est ce qui meurt en nous quand on vit.»





titre«Quelqu’un a dit un jour que la mort n’est pas la pire chose dans la vie : le pire, c’est ce qui meurt en nous quand on vit.»
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Prologue

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« Quelqu’un a dit un jour que la mort n’est pas la pire chose dans la vie : le pire, c’est ce qui meurt en nous quand on vit. »
19h15 – J’introduis la clé dans le contact et me rends sur mon lieu de travail, c’est une petite boutique de ravitaillement située sur une aire de repos.
Je n’ai même pas le temps de passer le seuil de la porte qu’Assia me bombarde de questions.
- « Bon sang Izya ! Où est-ce que t’étais passée ? Et pourquoi tu ne réponds pas à mes appels ? »
- « Désolée ma belle. Y’avait pas mal de bouchon sur la route et mon portable est H.S ! »
Je dépose un rapide baisé sur sa joue puis m’attèle à la tâche.
- « J’vais prendre le relai, fais une pause. »
- « J’te revaudrais ça. » répond-t-elle en souriant.
03h - Je jette un coup d’œil à l’horloge qui affiche trois heures et demi. J’ai fini mon service. Je salue mes collègues puis reprend la route vers chez moi. J’habite dans un modeste appart en banlieue parisienne. Je me gare puis me dirige en vitesse vers mon bâtiment de peur de tomber sur des gens malsains.
… : « Où tu vas poupée ? »

… : « Reviens ! »

… : « Viens m’faire du bien ! »
Ce fut malheureusement le cas. Je presse donc le pas et finis par heurter le torse de quelqu’un. Je lève la tête et tombe nez-à-nez avec jeune homme. À vrai dire, il est magnifique : une corpulence imposante et taillée ainsi qu’un regard envoûtant qui lui donne un côté mystérieux et viril.
- « Excusez-moi. Je ne vous avais pas vu. »
Je m’apprête à poursuivre mon chemin quand je me sens violemment propulsée contre un mur. Apparemment, lui n’est pas du même avis. Il maintient fermement mes épaules à l’aide de son bras droit et se sert de son torse pour compresser ma poitrine. De cette façon, il parvient à m’immobiliser.
- « J’m’en bats les couilles de tes excuses. » exprime-t-il d’une voix rauque.

- « Éloignez-vous de moi immédiatement ! »
Un sourire vicieux se dessine alors sur son visage.
- « Sinon quoi ? » rétorque-t-il d’un ton provocateur.

Cette situation l’amuse peut-être mais croyez-moi, c’est loin d’être mon cas. Je suis épuisée et n’aspire qu’à une chose c’est retrouver mon lit. Sans prendre le temps de réfléchir, je lui envoie un coup magistral au niveau de l’entre-jambe, le laissant ainsi se recroqueviller sur lui-même. J’en profite pour gravir les quelques marches qui me séparent de mon bâtiment puis soulagée, insère la clé dans la porte.
[LÀ FAUT RAJOUTER QUELQUE CHOSE]
Le lendemain,
Je me réveille aux alentours de quinze heures. J’ouvre la porte de mon dressing. Aujourd’hui, j’ai envie de me faire belle, d’être séduisante. Je finis par choisir un blazer crème, un chemisier et un jean (http://hpics.li/8730ad1). Je me maquille légèrement en prenant soin de mettre en valeur mes yeux. Et pour mes cheveux, j’opte pour une coiffure très soft. Je me regarde dans le miroir puis, reçois un appel d’Assia :
- Sisouuuu ! (c’est son surnom)

- Ça va ma belle ?

- Très bien et toi ?

- Ça peut aller ! Tu fais quelque chose là ?

- Non du tout.

- Tu peux m’rejoindre au parc disons dans… 15 minutes ?

- Ok à tout à l’heure.
Nous étions assises sur un banc du parc à nous goinfrer de bonbons. Je lui raconte l’altercation de cette nuit et elle me fait savoir que l’homme en question se nomme Bader, qu’il n’a pas l’habitude d’être aussi serein et que selon elle, ma fin était proche (toujours aussi douée pour rassurer les gens). Enfin pour résumer, il baigne dans toutes sortes de trafics.
- « T’approche pas de lui Izya, c’est un conseil. »

- « J’ai pas l’intention de m’approcher de lui. »

- « J’espère bien. J’ai pas envie d’apprendre aux infos qu’on a retrouvé ton corps dans la Seine. »

- « Merci Assia. T’as une de ces façons de rassurer les autres. »

- « Oh mais tu m’as comprise ! » dit-elle en m’envoyant une tape.
Elle a reçu un appel de sa mère et a fini par rentrer chez elle. Je suis restée encore un peu sur ce banc à repenser à ce qu’elle m’avait dit. La nuit tombait et les lampadaires commençaient à s’allumer. Je me suis donc décidée à rentrer. Je m’apprêtais à insérer ma clé dans la serrure de la porte.
… : Comme on s’retrouve.
Vous l’avez deviné, il s’agit de Bader. Je me retourne brusquement et lui décolle une gifle.
- « C’est la deuxième fois. » dit-il en souriant narquoisement.

- « Jamais deux sans trois comme on dit. » exprimé-je avec assurance.
Il fronce les sourcils, mes paroles ne lui plaisent pas. Mais mes valeurs et mes principes me poussent à répliquer et à être parfois méchante.

Je m’apprête à lui en décoller une seconde mais mon poignet fut aussitôt stoppé dans son élan. Il maintenait mon poignet fermement avec sa main en prenant soin de le broyer au passage.

Je me préparais mentalement à recevoir ses coups et ils n’ont pas tardé. Il a empoigné mes cheveux et s’est mis à me ruer de coups. Je sentais mon cuir chevelu s’arracher. Il frappait si violemment que je suis venue m’écraser contre la paroi de l’ascenseur à plusieurs reprises.
- « T’ASSUMES PLUS MAINTENANT SALE KHEMJA ! »
J’aurais pu le supplier d’arrêter mais ça n’aurait servi à rien. Il était décidé à me faire regretter mes paroles. Il a fini par s’en aller après avoir craché à mes pieds. Mon corps meurtri n'était plus qu'un hématome géant, il n'y avait pas un seul membre, un seul muscle qui ne me faisait pas souffrir.
Une semaine plus tard.
J’ai pris trois jours d’arrêt maladie. Mes blessures commençaient à se refermer et mes hématomes disparaissaient peu à peu. J’évitais les interrogatoires d’Assia du mieux que je pouvais. Je n’ai plus eu de nouvelles de Bader depuis et je ne m’en porte que mieux.
J’attrape mon sac à main, mon jeu de clé et me rend chez Kenza. Elle se marie dans trois jours et Assia et moi sommes ses demoiselles d’honneur.
- « Prête pour le grand jour ? »

- « Un peu stressée… » répond-t-elle anxieuse.

- « Tu m’étonnes ! »
Je m’empresse de la prendre dans mes bras afin de la rassurer du mieux que je peux. On a essayé nos robes puis nous sommes partit. Kenza nous a proposé de rester manger seulement nous ne pouvions pas. Assia et moi débutions notre service dans moins d’une heure. J’ai fini par tout raconter à Assia concernant Bader et mes arrêts maladie, elle m’a conseillé de porter plainte.
Samedi, 18h15.
La sonnerie de mon téléphone retentit de nouveau.
Appel entrant d’Assia.
- J’arrive dans cinq minutes !

- Active-toi ! s’exclame-t-elle.
J’enfile mes escarpins, récupère ma pochette et mes clés puis me dirige vers ma voiture. Kenza et Assia me bombardaient d’appels pendant tout le trajet. Je me gare et entre dans la salle. Toute la cité était présente. Assia m’aperçoit et me fait signe de venir, elle avait son neveu Naïm dans les bras.
- « Tu peux me le garder quelques temps s’il te plaît ma belle ? »

- « Bien sûr ! Allez omri viens chez tata ! » dis-je en le prenant dans mes bras.
00h – La soirée bat son plein. La piste de danse est enflammée. Assia est d’ailleurs déchaînée, elle ne l’a pas quitté une seule fois depuis le début de la soirée.
- « Tata… pipi… »

- « Tu veux aller aux toilettes mon chéri ? »
Il hoche la tête en guise de réponse. Je le prends dans mes bras et me dirige vers les toilettes. Une fois fini, il se précipite en courant vers la sortie. Il me faut à tout prix le retrouver autrement Assia va m’arracher les yeux. Je me mets donc à le chercher partout : sur la piste, dans les chambres, à l’entrée.
Je demande aux passants s’ils n’ont pas vu un petit en costard, tous me répondent que non.

Je soupire puis laisse tomber ma tête dans les paumes de mes mains, les coudes appuyés sur mes genoux.
- « C’est lui que tu cherches ? » s’exprime une voix rauque.
Je me lève précipitamment et me dirige vers le locuteur de cette phrase. Il s’agissait de Bader...

Naïm était endormi dans ses bras et sa tête était enfouie dans son cou. Je me dirige vers lui afin de le récupérer mais celui-ci me bloque le passage.
- « À quoi est-ce que tu joues ? » demandé-je perplexe.

- « À rien du tout. »

- « Dans ce cas, rends-le moi. »

- « J’gagne quoi en échange ? » exprime-t-il amusé.
Je n’étais vraiment pas d’humeur à plaisanter et sa présence me mettait mal à l’aise.
- « Rien du tout. » dis-je agacée.

- « T’auras rien dans ce cas. » ajoute-t-il en tournant les talons.
Je souffle par dépit.
- « Qu’est-ce qu’il faut que je fasse ? » demandé-je.




Il sourit vainqueur et fière de lui.
- « Demain, sois prête pour 19h30. »
J’acquiesce puis récupère le petit, toujours endormi. J’ai rendu Naïm à Assia puis l’ai prévenu de mon départ.
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Le lendemain, 17h00.
Je sors de mon bain relaxant et étale ma crème pour corps à la vanille.
Message reçu +33648… : « 19h30 et t’avises pas d’me couiller. »
Je me doute de l’émetteur de ce message. Il ne peut s’agir que de Bader seulement une question me taraude l’esprit : Comment a-t-il eu mon numéro ?
19h00 – Bzzz Bzzz, appel entrant +33648…
- « DESCENDS ! » ordonne-t-il avant de me raccrochez au nez.
Il a l’air incroyablement énervé et je ne me sens pas d’attaque à en rajouter une couche. Je me vêtis donc d’une longue robe, attache mes cheveux en hauteur, me maquille légèrement et me parfume. J’enfile mes escarpins, éteins toutes les lumières puis récupère mes clés au passage. Je me dirige vers l’ascenseur qui est… EN PANNE ! Et merde ! Je me précipite donc vers la cage d’escaliers et finis par arriver au rez-de-chaussée. Je souffle un bon coup puis vais rejoindre Bader qui lui, est adossé à sa voiture en costard. Il fixe ma robe quelques secondes et fronce les sourcils en voyant l’ouverture de celle-ci.
- « On y va ! » s’exclame-t-il.
La route se fait en silence. Je n’avais aucune idée de l’endroit dans lequel il m’emmenait mais je n’osais pas poser de questions. Il m’avait déjà amoché une fois, il pouvait très bien recommencer.
Nous sommes finalement arrivés devant une villa depuis laquelle retentissait de la musique. Je m’apprête à descendre lorsqu’il saisit mon bras. Je me retourne vers lui stupéfaite et l’interroge du regard. Il me tend alors une petite boîte noire sur laquelle est gravé « Cartier ». Je l’ouvre et trouve à l’intérieur de celle-ci une alliance.
- « Mets-là ! »

- « Pourquoi ? » demandé-je perplexe.

- « Tu vas te faire passer pour ma femme. »

- « Rien d’autre ? » réponds-je ironiquement.
Je n’avais pas la force de riposter et me suis donc contentée de lui obéir.
- « Contente-toi d’sourire. » ajoute-t-il avant d’ouvrir la portière.
J’ouvre la portière à mon tour et fait face à une énorme villa. Plusieurs voitures toutes plus chères et plus belles les unes que les autres étaient garées autour de celle-ci. Bader s’avance vers moi, saisit violemment mes hanches et m’avertit du regard.

Nous sonnons à la porte. Un homme assez baraqué nous ouvre, laissant place à un spectacle écœurant. Une vingtaine d’hommes recrachaient la fumée qu’ils avaient engloutie auparavant tandis que des filles en sous-vêtements se frottaient à eux. Certaines d’entre elles accordaient de langoureux regards à Bader, et me fusillaient ensuite de leurs yeux trop maquillés. Les tables étaient occupées par des bouteilles d’alcool, des sachets de poudre blanche et des liasses de billets. Bader sert la main à certains d’entre eux, m’accorde un dernier regard puis pénètre dans une pièce suivi du propriétaire des lieux.
Je me retrouve seule dans ce vacarme infernal. Une femme s’avance alors vers moi, laissant claquer ses talons sur le sol carrelé de la pièce.
- « HÉ TOI ! » s’exclame-t-elle d’une voix stridente.
Je ne prête pas attention à ses paroles et ça n’a pas l’air de lui plaire. Elle me pointe alors du doigt puis poursuit :
- « Bader est ma propriété. T’as compris pétasse ? »
Elle ne perd pas son temps pour annoncer la couleur celle-là. Je ne la connais ni d’Adam ni d’Eve et pourtant elle m’insupporte déjà ! Première sur la liste noire, elle vient même de détrôner Bader !

Je m’apprêtais à répliquer quand je vis Bader sortir de la pièce dans laquelle il était entré quelques minutes auparavant. Il se dirige vers moi, saisit mes hanches puis m’oriente vers la sortie.
Cela fait près d’une demi-heure que nous roulons et je ne reconnais toujours pas les lieux. Il n’y a aucune maison aux alentours, uniquement des champs.
Quelques minutes plus tard, on arrive devant chez moi. Je pose l’alliance sur le tableau de bord et sors de la voiture avant d’ajouter un « Maintenant, on est quitte. »
Il fronce les sourcils puis reprend la route. J’accélère le pas jusqu’à chez moi. Il est près de trois heures du matin. Si quelqu’un me surprend dehors à cette heure-ci, je ne préfère même pas imaginer ce qu’il/elle va penser de moi. J’entre dans mon bâtiment, baisse la tête et passe mon chemin.
J’ai passé toute la nuit à cogiter sur cette soirée.
21h35 – Lieu de travail.
J’étais à la caisse tandis qu’Assia se chargeait de ranger les marchandises dans les rayons. Je relisais un message de Kenza dans lequel elle me fait savoir qu’elle est peut-être enceinte.
- « Eh ! Oh ! Mademoiselle ? »
Une cliente secouait sa main devant mon visage, de façon à me sortir de mes pensées.
- « Oui, veuillez m’excuser ! » répondis-je tout en passant ses articles en caisse.

- « Merci ! »

- « Merci à vous, bonne soirée ! »
J’étais ailleurs. Un tas de questions s’entrechoquaient dans ma tête, certaines plus futiles que d’autres.
Je jette un rapide coup d’œil à l’horloge qui affiche « 04h30 » et récupère mon sac.
- « À demain ! » m’exclame-je avant de passer le seuil de la porte.
Je suis claquée, vidée, épuisée, lessivée. J’introduis la clé dans le contact et prend la route en direction de chez moi. Je me gare puis descend de la voiture.
[LÀ FAUT RAJOUTER QUELQUE CHOSE]
Là, ce fut le choc !

Mon appart était ravagé par les flammes et une dizaine de camions de pompiers se trouvaient devant mon bâtiment. Je n’arrivais pas encore à réaliser l’ampleur de la situation. Je n’avais plus d’endroit où loger et mon assurance ne prendrait rien en charge. J’ai aperçu Kenza au loin se diriger vers moi.
- « Tu peux venir à la maison si tu veux ma belle. » dit-elle en me serrant dans ses bras.
Je n’avais aucune envie de m’imposer. J’étais capable de me débrouiller seule et refusais de dépendre de quelqu’un.
- « Est-ce qu’on en sait plus sur l’incendie ? » demandé-je.

- « Apparemment ce n’est pas accidentel. »

- « Qu’est-ce que tu veux dire ? »

- « Incendie criminel, quelqu’un a volontairement mis le feu à ton appart… »
Comment vous dire ce que j’ai ressenti lorsqu’elle a prononcé les mots "criminel" et "volontairement". Mon cœur s’est tout à coup arrêté de battre et ma gorge s’est nouée.

Je n’osais ni bouger, ni parler, ni respirer et suis restée immobile quelques secondes.

C’était indéniable pour moi, tout ça avait un lien avec Bader.
Vendredi, 21h45
Je laisse couler l’eau chaude et me glisse dans la baignoire. L’odeur apaisante des huiles essentielles envahit mes narines. Après deux bonnes heures de relaxation, j’enroule une serviette autour de mon corps puis me sèche les cheveux.
Trois jours ont passé depuis l’incendie. J’ai pris une chambre dans l’Hôtel Golden, le plus proche de mon lieu de travail et ai récupéré les quelques affaires qui n’avaient pas été carbonisé.
Pour une fois, j’avais envie de prendre soin de moi. J’ai donc appliqué mon lait corporel ainsi que ma crème de nuit. J’ai fait un brushing et me suis vêtue d’un pyjama pourpre.
02h13 - Je fus réveillée par des gémissements qui provenaient de la suite voisine. Starf’Allah ! Les gens n’avaient vraiment aucune gêne. J’ai tenté d’étouffer mes oreilles avec mon coussin à plusieurs reprises mais rien n’y faisait. Le mur qui séparait nos deux suites n’amortissait en rien leurs bruissements. J’ai donc fini par appeler la réception.
- « Réception de l’Hôtel Golden, bonsoir ! » S’exprime une voix féminine à l’autre bout du fil.

- « Bonsoir ! Je vous appelle au sujet des occupants de la chambre voisine… »

- « Votre numéro de chambre, s’il vous plaît ? »

- « Chambre 214 ! »

- « Je vous envoie un membre du personnel immédiatement. »
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Dans la peau de Bader.
Je me rends à la réception de l’Hôtel et entends Carmen crier au loin.
- « Patron ! Patron ! »
J’arque un sourcil et la questionne du regard. Elle avait l’air gênée et refusait de cracher le morceau.
- « Il y a une plainte à la chambre 214 et malheureusement aucun membre du personnel n’est disponible pour le moment. Est-ce que… »

- « C’est bon ! Je m’en occupe ! » La coupais-je.
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Retour dans la peau d’Izya.
Ma gorge est sèche. La chaleur qu’il fait dans la suite est insoutenable. Je mets alors en marche la climatisation puis m’attache les cheveux en hauteur. Je me sers un grand verre d’eau frais et le bois d’une seule traite.
TOC TOC TOC !
Quelqu’un frappe à la porte de ma chambre. Je me dirige vers celle-ci et l’ouvre, laissant apparaître la silhouette de Bader à l’encadrement. Je n’en crois pas mes yeux. Ce psychopathe me traque ou quoi ?
- « Tu m’espionnes maintenant ? » exprime-je sarcastiquement.
Il se met à sourire. Ce n’était pas un sourire sincère, loin de là. C’était un sourire d’enfoiré. Il pénètre à l’intérieur de ma suite puis recrache la fumée de son cigare sur mon visage. Mes poumons ne le supportent pas. Je me mets donc à tousser bruyamment.
- « Il est interdit de fumer ici ! Maintenant sortez de ma chambre… S’il vous plaît. »
Il s’est ensuite mit à rire nerveusement sans que je ne comprenne pourquoi.
- « Sinon quoi ? » rétorque-t-il amusé.

- « J’en toucherai deux mots au dirigeant de l’Hôtel. » réponds-je confiante.
Il s’est approché de moi puis m’a soufflé dans l’oreille.
- « Je t’écoute. »
Bravo Izya ! Tu viens de te ridiculiser en beauté ! C’était lui le dirigeant de l’Hôtel.

Il s’en sert probablement pour abriter les activités frauduleuses auxquelles il s’adonne.

La sonnerie de son téléphone s’est finalement mise à sonner et il a disparu sans un mot.

Je n’en revenais pas.

Il était propriétaire de l’Hôtel dans lequel je séjournais et il connaissait à présent mon numéro de chambre.
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Le lendemain,
Je sens des bras me secouer délicatement.

- « Debout mademoiselle ! Votre déjeuner vous a été servi. »

J’ouvre les yeux et remarque le visage d’une petite femme ronde tout près du mien.
Elle a les cheveux grisâtres, une fine bouche, quelques rides sillonnant son front et un sourire jovial qui lui creuse de magnifiques fossettes. Malgré son âge avancé, elle possède un certain charisme.
- « Hm… Merci. » Je réponds à moitié endormie.
Je me lève et me fais couler un bon bain avant de me glisser à l’intérieur. J’enroule une serviette autour de mon corps puis me dirige vers le balcon qui donne vue sur la piscine privée de l’Hôtel (réservée uniquement au personnel) tout en dégustant une glace.
Des filles ricanaient, se tortillaient, se caressaient tandis que les hommes hurlaient, fumaient, crachaient et buvaient. Ensuite, tout près de la piscine, Bader était allongé sur le ventre. Une asiatique était assise sur ses fesses, entrain de lui faire un massage. Ce spectacle est répugnant et commence à me donner la nausée.
- « Hé la miss ! Ça te dirait de descendre pour astiquer autre chose ? »

- « Va te faire foutre ! » Je réponds agacée.
Mes paroles n’ont pas l’air de lui plaire. Il fronce les sourcils et serre les poings avant de se lever de sa chaise longue.
- « WALLAH ESPÈCE DE SALOPE SI J’TE FAIS PAS BOUFFER LE SOL J’M’APPELLE PAS AHMED !!! »
Bader contemplait la scène tout en baladant ses mains de part et d’autre du corps de l’asiatique qui le massait peu avant. J’ignore pourquoi mais j’ai ressenti comme un léger pincement au cœur.

Et tandis qu’Ahmed me menaçait de mort, ma seule réaction fut de sourire. Étrangement, la situation m’amusait. J’ai donc poussé le bouchon et ai laissé tomber ma glace tout près de lui en laissant échapper un "oops" provocateur.
- « HAK RABI QUE J’VAIS LA BUTER !!! J’VAIS LA BAISER CETTE KEHBA !!! » Ajoute-t-il en évitant de peu ma glace.
Je retourne dans ma chambre, ouvre mon dressing et cherche quelque chose à me mettre. Après une bonne demi-heure, j’opte finalement pour un t-shirt gris chiné, un slim blanc et des escarpins blanc cassé. Je me maquille légèrement, lâche mes cheveux et sors de la suite.
Je démarre la voiture et me rends chez Kenza. Elle m’a envoyé un message dans lequel elle me demande de passer chez elle pour m’annoncer une nouvelle.
- « Izya ! Entre ma belle ! »
Je la prends dans mes bras puis vais m’installer dans son salon.
- « Alors ? » Demande-je impatiente. »

- « Et bien… Je suis… ENCEINTE ! »
On a tapé des youyou et on s’est mise à danser comme des folles. Assia nous a rejoint un peu plus tard dans la soirée. Kenza nous a ensuite proposé de manger à la maison car son mari travaillait de nuit. Elle ne voulait pas dîner seule et on ne refuse rien à une femme enceinte ! On a donc passé la soirée à discuter, manger, rigoler puis vers les coups de 23h, Assia et moi nous sommes décidées à rentrer.
Je me rends à l’Hôtel, tends les clés à un voiturier et pénètre dans le Hall.
Je me dirige vers l’ascenseur et attends patiemment qu’il arrive à mon étage. Le tintement des portes finit par retentir et celles-ci s’ouvrent sur… Ahmed. Au non, tout mais pas ça !
Il s’avance vers moi, saisit mes épaules et me plaque violemment contre le miroir de l’ascenseur.

Je sens les bouts de verre me lacérer le dos. J’enfonce alors mes ongles dans ses pupilles et en profite pour appuyer sur tous les boutons de l’ascenseur. Il revient à la charge, empoigne mes cheveux puis m’enchaîne de coups dans le visage, dans la tête, dans le ventre.
- « KEHBA !!! J’VAIS TE BAISER !!! »
Il commence à déchirer mes vêtements et à défaire sa braguette. Il embrasse mon coup, ma poitrine, mon ventre. Son contact avec ma peau me dégoûte au plus haut point. Malgré mes efforts, il parvient à m’ôter mon chemisier et se déshabille par la suite. Agacé par mon agitation, il m’assène une énorme droite au niveau de l’arcade. Je n’ai pas le temps de m’apitoyer sur mon sort et lui envoie un puissant coup de pied au niveau des testicules. J’en profite pour me dégager de son étreinte et me met à courir dans l’étage sur lequel les portes de l’ascenseur viennent tout juste de s’ouvrir.
J’entends ses pas se rapprocher de moi et me mets donc à courir de plus belle.

J’heurte alors le torse de quelqu’un puis, paniquée, change de direction en vitesse.

Quand tout à coup, mon corps vient brutalement se plaquer au mur. Une main sur ma bouche m’empêche de crier et instinctivement, mes poings se mettent à cogner tout ce qu’ils touchent.
Moi : « Mmmmh ! Mmmmh ! » (c’est le bruit de mes cris étouffés par la main)

… : « Chut, c’est bon, calme-toi. »
Je relève la tête et remarque le visage de Bader à quelques centimètres du mien. Il se dégage de moi puis se met à reluquer ma poitrine. Je la recouvre de mes bras et abaisse ma tête, honteuse de pleurer devant lui. Il ôte alors sa veste puis me la passe autour des épaules.
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Assia se dirige vers moi en courant, les yeux écarquillés.
- « IZYA ! BADER EST LÀ ! » s’exclame-t-elle en pointant son doigt vers l’extérieur.
Mon cœur s’est soudainement mis à tambouriner dans ma poitrine.
- « Occupe-toi de la caisse s’il te plaît. J’ai besoin d’une pause. »
Elle avait compris et n’a pas bronché. Je suis restée quelques minutes dans l’arrière-boutique avant de retourner en rayon. Je rangeais les rayons quand tout d’un coup, je me suis retrouvée plaquée au mur. Ce n’est qu’en relevant la tête que j’ai remarqué le visage de Bader à quelques centimètres du mien.
Il m’a regardé dans les yeux, a souri puis m’a embrassé. Je ne répondais pas à son baiser, j’essayais tant bien que mal de me dégager de lui mais il resserrait son étreinte. J’ai alors senti un liquide chaud ruisseler le long de mes joues. J’imagine que lui aussi puisqu’il s’est arrêté. Je me sentais souillée. J’aurais aimé accordé mon premier baiser à mon mari, qu’il soit basé sur un sentiment amoureux mais là c’était tout le contraire. Il m’avait été donné par un être immonde et sans cœur.
Le chemin qu’il avait emprunté n’était pas celui de chez moi.
- « Cette route ne mène pas chez moi. »
Je n’ai eu le droit à aucune réponse de sa part. Son silence était pesant voir même effrayant. Je me suis mise à paniquer et à m’imagine le pire. Il a dû remarquer mon anxiété puisqu’il a fini par me répondre :

- « On va manger. »
Je n’étais pas en mesure de lui tenir tête puisque nous étions dans un endroit perdu. Dieu seul sait ce qu’il aurait été capable de me faire. Je me suis donc contenté d’acquiescer.
01h12 – The Gold.
Cela fait près de dix minutes que nous attendons nos plats. Malgré l’heure tardive, le restaurant est bondé et la vue qu’il offre est tout simplement splendide.

Aucun de nous deux n’osait parler, comme-ci le moindre mot risquait de provoquer l’étincelle fatale. Le serveur a fini par nous apporter nos plats.
- « Je suis fatiguée, j’aimerai rentrer. » ajouté-je.
Il se lève, pose un billet sur la table et se dirige vers la sortie sans prendre la peine de m’attendre.

J’ai prévu de passer la soirée au cinéma, avec Assia. Je me prépare donc et attends son arrivée.

- « Pour une fois t’es en avance ! » s’exclame-t-elle.

- « J’arrive ! Je vais chercher mon sac ! »
J’enfile mes escarpins et éteins toutes les lumières avant de prendre la route. Au bout d’une demi-heure, on s’est enfin décidé à regarder « San Andreas » avec Dwayne Johnson.
Il devait être aux alentours de trois heures du matin lorsqu’une dizaine d’hommes cagoulés ont pénétré dans la boutique.

Alertée par les cris d’Emy, j’accours jusqu’à elle et constate qu’elle est allongée sur le sol.
Un des hommes se retourne vers moi puis braque son arme sur ma tempe.
Homme : « AU SOL ! »
Sa voix m’était étrangement familière, un habitué des lieux sans doute.
Homme : « J’AI DIT AU SOL ! »
Il avait un regard effroyable et ne voulant pas le contrarier davantage, je me suis exécutée.
Certains d’entre eux se sont mis à fouiller le commerce de fond en comble.

Je savais pertinemment que tout ça avait un lien avec les histoires dans lesquelles Antonio avait mis les pieds.
La respiration d’Emy est soudainement devenue irrégulière. Elle se tenait le ventre en grimaçant comme pour me faire comprendre qu’elle était sur le point d’accoucher. Je me suis alors dirigée vers elle et l’ai serré dans mes bras afin de l’apaiser. J’ai senti un liquide chaud ruisseler le long de ma cuisse. Elle venait de perdre les eaux et ses cris ont redoublé.

« OH TU VAS LA FERMER TA PUTAIN D’GUEULE ! » dit-il en braquant son arme sur Emy.

Elle s’est mise à trembler et à claquer des dents.
« Calme-toi ça va aller, tiens le coup ma belle. » chuchotais-je pour tenter de la rassurer.
« J’y arrive pas… » gémit-elle dans un sanglot de désespoir.
Elle ne parvenait pas à se contenir. J’ai donc enfoui son visage dans ma poitrine de façon à étouffer ses hurlements.
Deux hommes se dirigent ensuite vers celui qui semble être leur dirigeant.

« Y’a rien ici ! » s’exclame le premier homme.

« La came est planquée autre part. » surenchérit le second.

Patron - tout en se dirigeant vers la porte d’entrée -: « Ok on bouge ! »

Les autres se mirent à le suivre quand l’un d’eux les interpella.

Homme n°3 - en nous pointant du doigt - : « Et qu’est-ce qu’on fait d’eux ? »

Homme n°4 : « On les prend comme garantie ? »

Homme n°2 : « Sabri a raison patron, Antonio pourrait quitter l’pays. »

Patron : « Embarquez-les, elles vont nous être utiles. »

Moi : « NON ! »

L’homme en question s’est dirigé vers moi, s’est agenouillé à ma hauteur puis s’est emparé de mon menton.

Dirigeant : « J’ai peur d’avoir mal entendu. »

Moi : « Vous voyez bien qu’elle n’est pas en état de marcher ! »

Dirigeant : « Et toi ? »

Moi : « Co… Comment ça ? »

Dirigeant : « Est-ce que toi t’es en état d’marcher ? »

Moi : « O.. oui. »

Dirigeant : « Dans c’cas tu fermes ta putain d’gueule et tu t’exécutes. »

Dirigeant - s’adressant à ses hommes - : « Emmenez-là ! »

Deux hommes se sont alors dirigés vers moi pour tenter de m’attraper. Je me débattais comme une furie mais rien à faire, ils semblaient me maintenir fermement. Un troisième homme s’approche alors de moi avec un couteau à la main. Visiblement moins patient que ses collègues, il me l’enfonce entre les côtes afin de m’affaiblir. Je n’ai même pas le temps de réagir qu’un homme me transporte sur son épaule comme une vulgaire marchandise. Je finis par perdre connaissance.

À partir de ce moment, je sus que rien ne serait plus jamais comme avant. Quelque chose avait changé, un sentiment nouveau que je ne connaissais pas s’infiltra en moi. La douleur de la séparation. Pas celle d’une rupture ; celle d’être contrainte de partir loin des personnes que vous aimez, des personnes qui comptent le plus pour vous.

---

Quelques heures plus tard,
J’ouvre difficilement les yeux. Quelques mèches de cheveux sont plaquées sur mon front, probablement dû à la transpiration. Je tente de me redresser mais mon crâne vient heurter quelque chose de solide. Je ne parviens cependant pas à distinguer quoi, tant la pénombre est importante. Mes membres sont engourdis et l’air commence à manquer. J’essaie alors d’allonger mes jambes et constate que l’espace dans lequel je me trouve est incroyablement étroit. Je suis sans doute dans le coffre d’une voiture.
La voiture s’arrête enfin. J’entends des pas lourds et menaçant se rapprocher de moi. Un homme cagoulé ouvre le coffre et me transporte de nouveau sur son épaule. La douleur de ma blessure au ventre étant insoutenable, je ne pus m’empêcher de gémir.

Il marche le long d’une allée tapissée, pénètre à l’intérieur d’un Hôtel et monte par les escaliers de secours, probablement pour ne pas se faire remarquer. Arrivée au cinquième étage, il entre dans une pièce et me propulse sur un lit. J’étais effrayée. J’ignorais de quoi ces gens étaient capables.
Peu après, je sens ma joue chauffer, il venait de me gifler.

Je me relève avec difficulté, redresse ma tête et me mets à scruter chaque partie de son visage.

Dans d’autres circonstances j’aurais pu m’intéresser à lui mais là croyez-moi, c’était bien le cadet de mes soucis. Il est grand, les épaules carrées, le torse bombé, les cheveux bruns et des yeux reflétant le bleu de l’océan. Malgré le milieu dans lequel il travaille, il a un visage angélique.
- « Tends ton bras ! » m’ordonne-t-il.

- « Qu.. »
Je n’eue même pas le temps de finir ma phrase qu’il me coupa.

- « TENDS TON BRAS ! »

Je tends mon bras puis serre les dents, m’attendant à être prélevé de mon sang. Au lieu de ça, il m’a injecté une sorte de puce électronique, ce qui m’arracha un cri de douleur.

- « Au cas où il te viendrait à l’esprit de fuir ou de joindre quelqu’un. » m’a-t-il dit avant de sortir de la pièce en la refermant à clé.

Je retire ce que j’ai pu dire, ce connard n’a rien d’un ange.

J’ai fini par m’endormir sur ce lit blanc, maintenant imbibé du sang qui s’écoule de ma blessure.
---
À mon réveil,
Une femme de chambre se trouvait à mon chevet.
- « Salam aleykûm. » me dit-elle.

- « Wa aleykûm salam. »

- « Tu te sens mieux ? »

- « Pas vraiment non. »

- « Ah… Et sinon tu t’appelles comment ? »

- « Izya. »
J’ignore pourquoi mais son visage m’inspire confiance. Elle a de grands yeux bruns en amandes, un nez légèrement retroussé, des lèvres charnues et une longue chevelure ondulée.
- « Enchantée Izya, moi c’est Leïla. Tu étais dans un sale état. Je me suis occupée de ta blessure avant qu’elle ne s’infecte. El Hamdûlilah elle n’était pas profonde. Cependant, j’ai quand même dû te mettre en sous-vêtements pour t’administrer les soins médicaux. J’espère que ça ne te dérange pas ? » demande-t-elle embarrassée.
Je soulève légèrement la couverture et constate que ma plaie a été désinfectée et qu’un bandage se trouve sur celle-ci.
- « Non du tout. Je te remercie de t’en être occupée. »

- « Y’a pas de quoi. » répond-elle en souriant.

- « Tu sais où est-ce qu’on est ? » demandais-je inquiète.

- « Évidemment, on est au Golden. »
J’arque un sourcil et la questionne du regard.
- « Au Golden Hôtel si tu préfères. » ajoute-t-elle.
J’ai écarquillé les yeux et me suis levée en vitesse tout en cherchant mes vêtements du regard. Mon ventre me faisait atrocement souffrir et je ne pus m’empêcher de grimacer. Leïla le vit et me rallongea aussitôt sur le lit.

- « Où tu vas comme ça ? Tu dois te reposer t’es pas en état de marcher là ! » s’exclame-t-elle.

Elle n’avait pas tort. J’étais incapable de tenir debout toute seule et pourtant il me fallait à tout prix trouver une échappatoire. Je me devais d’être auprès d’Emy pendant son accouchement. Je me devais d’être là pour elle et de lui faire savoir que tout irait bien car après tout, elle est ma seule famille.

---

Le lendemain,

Je me suis réveillée aux alentours de quinze heures. Leïla est passée voir si ma blessure cicatrisait correctement et m’a apporté de quoi me revigorer. Je me suis ensuite douchée puis coiffée. Une fois propre, elle m’a prêté des vêtements à elle puisque les miens étaient tâchés de sang.

Ensuite elle s’est mise à me parler d’elle et de la relation qu’elle entretient avec l’un des hommes "travaillant" ici. Il s’appelle Husseyn, est d’origine sénégalaise et est âgé de vingt-deux ans. Cela fait près de quatre ans qu’elle attend qu’il se range pour qu’ils puissent vivre leur idylle.

Puis elle s’est mise à me parler de cet Hôtel et des activités nocturnes qu’il dissimulait. J’ai appris par la suite qu’il servait en réalité de QG (quartier général) à une mafia et qu’il était composé d’une trentaine d’étages dont un interdit d’accès. « Celui du boss. » m’a-t-elle dit.
[…]
19h - La faim me tiraille l’estomac. Je n’ai rien avalé depuis près de vingt-quatre heures et mon ventre ne cesse de gargouiller. Leïla l’a très vite remarqué.
- « Viens, on va prendre de quoi grignoter ! » me dit-elle tout sourire.

- « J’ai pas la tête à croiser qui qu’ce soit... »

- « T’inquiètes ! Personne ne t’embêtera et puis j’suis là moi, non ? »

- « M’ouais... T’as raison. »
Elle me prend la main puis nous descendons des escaliers pour ensuite nous diriger vers les cuisines du restaurant. Je m’installe sur un tabouret pendant que Leïla farfouille dans les placards.

Elle s’assoit à son tour puis nous nous mettons à manger. Il y avait de tout : des gâteaux, des chips, des friandises, de la glace, des fruits. En bref, un véritable buffet !

_
Entre temps, un homme vêtu d’une toge a fait irruption dans la cuisine, une marmite à la main. Il salue Leïla et s’installe près de moi. Il a les cheveux grisâtres, une fine moustache légèrement vrillée, quelques rides sillonnant son front et un sourire jovial qui lui creuse des fossettes. J’admets que malgré son âge avancé, il possède un certain charisme.
- « Goûtez-moi ça les filles, un véritable chef-d’œuvre mexicain ! » dit-il en retirant le couvercle de la marmite.
- « Du chili con carne ! Nesto tu sais combien j’en raffole ! » s’écrie Leïla toute émerveillée.
Elle a déposé un rapide baisé sur sa joue et s’est empressée d’y goûter.
- « Tou est nouvelle ? » me demande-t-il.

- « On peut dire ça. »

- « Yé m’appelle Ernesto ! Yé souis le chef de couisine ! Y tou ? »

- « Enchantée, moi c’est Izya. »

- « C’est oune très jolie prénom. »
Son accent me fit sourire.
- « C’est gentil, merci. » répondis-je.

- « Bon yé vous laisse les filles, yé dois retourner travailler. »
Leïla n’a même pas pris en compte ses paroles. Elle était trop occupée à fixer la terrasse extérieure visible à travers le passe-plat.
J’oriente mon regard dans la même direction que la sienne et remarque une fille très peu vêtue, qui a visiblement beaucoup de mal à ne pas dévoiler sa poitrine. Celle-ci fait des avances à un jeune homme qui les refuse sèchement. Malgré ses nombreux rejets, elle persiste et va même jusqu’à lui caresser le torse avant de se faire violemment propulser au sol. J’imagine que ce doit être lui Husseyn.
- « Mais bébé t’es sérieux ? » s’écrie-t-elle d’une voix stridente.

- « Arrache ta gueule de crasseuse ! »

- « Pourtant c’est pas c’que tu disais hier soir chéri. » exprime-t-elle en laissant apparaître un sourire.
Le sang de Leïla ne fit qu’un tour et elle se leva brusquement de son siège. J’attrape son bras et tente de la calmer. Ses sourcils étaient froncés et sa mâchoire légèrement contractée.
« Laisse tomber, elle en vaut pas la peine. » lui dis-je.
Elle est restée silencieuse, les yeux rivés sur Husseyn.

Quand il la aperçut, il s’est dirigé vers elle, la attrapé par la taille et lui a murmuré quelque chose à l’oreille avant de la conduire vers la terrasse extérieure.
Suite à ce léger incident, je débarrasse la table et nettoie le peu de désordre que Leïla et moi avions causé.
… : « J’dois t’amener chez l’patron. »
Je me retourne brusquement et aperçoit un jeune homme adossé à l’encadrement de la porte.
- « Pour quelle raison ? » demandais-je nerveuse.

- « J’en sais rien mais active-toi ! J’ai pas ton temps ! » m’ordonne-t-il.
Il saisit furieusement mon bras et me conduit jusqu’à un ascenseur avant d’appuyer sur un bouton. Une fois dans celui-ci, je tente de me dégager de lui mais il resserre son étreinte.
- « Lâche-moi ! Je sais encore me déplacer seule ! » m’écriais-je.

- « Hé commence pas à m’casser les couilles. »
Premier étage, deuxième étage, troisième étage… douzième étage… quinzième étage... vingtième étage… trentième étage.

Le tintement des portes de l’ascenseur retentit laissant place à un spectacle écœurant. Une vingtaine d’hommes recrachant la fumée qu’ils avaient engloutie auparavant et des filles en sous-vêtements se frottant à eux. Certaines d’entre elles étaient même en train de pratiquer des gâteries. Les tables étaient occupées par des bouteilles d’alcool, des sachets de poudre blanche et des liasses de billets. Au centre de la pièce, il y avait une barre de strip-tease autour de laquelle se dandinait une femme à moitié nue.
Il m’entraîne devant une sorte de perron tapissé, relâche mon bras et disparaît. Un homme se trouve debout sur celui-ci. À vrai dire, il est magnifique : une corpulence imposante et taillée ainsi qu’un regard envoûtant qui lui donne un côté mystérieux et viril. Il descend les quelques marches qui nous séparent puis recrache la fumée de son cigare sur mon visage.
- « Déshabille-toi. » m’ordonne-t-il.

- « Pardon ? » demandé-je offusquée par ses propos.
Un sourire vicieux se dessine alors sur son visage.
- « Tu m’as parfaitement compris. » rétorque-t-il.

- « Il me semble qu’il y a assez de femmes dénudées dans cette pièce. »
Il s’est alors emparé de ma mâchoire en prenant soin de la broyer au passage.
- « Y’en aura assez quand JE l’aurais décidé. Maintenant retire tes vêtements. »

- « Va brûler en enfer ! » ai-je fièrement répondu.
Quoi ? Moi ? Des tendances suicidaires ? Sans doute.

Il aurait pu me décapiter, m’abattre sur le champ ou pire encore me violer mais au lieu de ça, il a souri.

Ce n’était pas un sourire sincère, loin de là. C’était un sourire d’enfoiré.
- « J’lui laisse ma place. » déclare-t-il d’un ton amusé.

- « H… Hein ? » demandé-je craintive.
Il braque alors une arme en direction de la strip-teaseuse avant de lui tirer une balle dans le crâne.

Ses pupilles noirs comme du charbon ne reflétaient aucune émotion pourtant on dit toujours que lorsqu'on regarde quelqu'un profondément dans les yeux, on peut apercevoir son âme, mais là j'en étais persuadée, cet homme n'en avait pas.
Mon cœur battait à tout rompre et mon regard est resté figé sur le corps inanimé de la jeune femme.

J’étais tétanisée.

Mais vraiment statufiée, incapable de bouger ne serait-ce que le petit doigt.

Tous mes muscles étaient bloqués.
Il a alors approché ses lèvres de mon oreille puis m’a chuchoté : « Regarde ce que tes paroles engendrent Izya. »
PAUSE ! Comment connait-il mon prénom ? Et surtout de quel droit l’utilise-t-il ?

« Regarde ce que tes paroles engendrent Izya. » cette phrase résonne dans ma tête comme un écho.

C’est lui qui s’est servi de cette arme, pas moi, alors pourquoi essaie-t-il de me faire porter le chapeau ? La culpabilité fait-elle partit de ses méthodes de torture ?
- « Emmenez-moi cette chienne dans les souterrains ! » finit-il par ordonner à ses hommes.
Sans un mot, deux hommes s’approchent de moi, saisissant chacun un de mes bras et me traînent dans une cage d’escalier. Je n’ai pas le courage de résister et me laisse donc faire. Arrivés au sous-sol, nous longeons un couloir enduit de crasse et nous arrêtons devant une porte métallique. Ils la déverrouillent et me catapultent à l’intérieur de la pièce.
Je la balaye rapidement du regard et constate qu’elle est dépourvue de fenêtre. Celle-ci n’est éclairée que d’une fine lanterne suspendue au plafond. Je m’approche du mur afin de m’appuyer dessus et remarque qu’il est tâché de sang. Starf’Allah ! Terrifiée à l’idée que des meurtres aient pu avoir lieu ici, je me recroqueville sur moi-même, attendant que le soleil se lève.
---
Le lendemain,
Je sens des bras me secouer délicatement.

- « Debout Izya ! Réveille-toi. »

J’ouvre les yeux et remarque le visage d’Husseyn tout près du mien.

- « Pourquoi t’as passé la nuit ici ? »

- « C’est une longue histoire. » réponds-je complètement sonnée.

Il se contente d’hocher la tête et me fait signe de le suivre. Nous nous rendons dans une des nombreuses chambres de l’Hôtel. Il me demande de me doucher parce que selon lui, je suis loin d’être « présentable » et ce n’est qu’en contemplant mon reflet dans le miroir de la salle de bain que sa phrase a pris tout son sens. J’étais monstrueuse. Mes cheveux étaient en bataille, mes yeux étaient rouges, mes lèvres incroyablement gercées et pour combler le tout, des cernes bien creux s’étaient formés sous mes paupières. Je me suis donc douchée, épilée, coiffée puis vêtue d’un simple peignoir.
- « Tiens, mets ça. » dit-il en me tendant un sac.

- « Une tenue de soubrette ? C’est une blague là ? »
Voyant ma réaction, il s’est mis à rigoler avant de me répondre plus sérieusement.
- « C’est l’uniforme réglementaire des femmes de chambre. »

- « Et pourquoi est-ce que je dois l’enfiler ? » demandais-je perplexe.

- « Tu vas taffer pour le patron. »

- « Y’a pourtant assez d’employés. Non ? »

- « Justement, il veut que tu bosses pour lui sans contrepartie financière. » dit-il en se grattant l’arrière du crâne.
Cette fois, c’est moi qui me suis mise à rigoler.
- « Attends, tu rigoles là ? »
Pour seule réponse, il m’a accordé un sourire désolé puis s’est éclipsé en dehors de la chambre. N’ayant pas de vêtements de rechange, j’ai enfilé l’uniforme qu’Husseyn m’a procuré et me suis allongée sur le lit. Un tas de questions s’entrechoquaient dans ma tête, certaines plus futiles que d’autres. Qu’adviendrait-il des autres strip-teaseuses si je n’obtempérais pas ? Allait-il s’en prendre à elles de la même façon que l’autre ? L’idée même qu’une personne perde la vie par ma faute me faisait culpabiliser. Je me suis donc résignée et me suis mise au travail. Un chariot de fonction m’attendait devant la porte de la suite. Je me suis d’abord attaquée à l’étage dans lequel je me trouvais puis au deux du dessus.
En sortant d’une des chambres, Leïla m’aperçoit et m’interpelle.
- « Hé Izya ! »

- « Ça va ma belle ? »

- « Al Hamdûlilah ! On est collègue maintenant ? » demande-t-elle souriante.

- « Et oui comme tu peux le voir. »

- « J’t’ai cherché partout hier soir ! T’as passé la nuit où ? »

- « Euh… Dans les souterrains. »
Elle a écarquillé les yeux puis s’est dirigé en furie vers l’ascenseur. Je ne prête pas attention à sa réaction et poursuis ma tâche. Il ne me restait qu’une chambre. Je pénètre à l’intérieur de celle-ci et constate qu’elle est dans un état catastrophique. Je m’empresse d’ouvrir les rideaux ainsi que les volets puis me rend dans la salle de bain afin de la réapprovisionner en linges. J’allume l’aspirateur et m’apprête à le passer quand un homme sort brusquement du lit. Je n’ai même pas remarqué sa présence. Il est de dos et se rend dans la salle de bain en caleçon. Je me mets ensuite à plier les quelques vêtements qui traînent quand je sens quelque chose glisser d’une des poches. Ce sont des préservatifs. Je m’abaisse donc pour les ramasser et les remette à leur place.
- « T’ES QUI TOI ? » s’exclame une voix rauque.
Je me retourne subitement et me retrouve face à face avec ce monstre. Effrayée, je laisse échapper les préservatifs de ma main.
- « La… La femme de… chambre. » bafouillé-je difficilement.
Il fixe longuement les préservatifs.
- « T’as fait tomber quelque chose. » dit-il en souriant narquoisement.

- « Je… Excusez-moi mais j’ai du boulot. » répondis-je froidement.
Je m’apprête à sortir de la suite quand je me sens violemment propulsée contre le mur.

Apparemment, lui n’est pas du même avis. Ses bras maintiennent fermement mes épaules et son torse presse ma poitrine. De cette façon, il parvient à m’immobiliser.
- « J’m’en bats les couilles de ton boulot. J’t’ai pas autorisé à disposer. »

- « Monsieur, votre comportement est déplacé. Éloignez-vous de moi immédiatement ! »

- « Sinon quoi ? » rétorque-t-il d’un ton provocateur.

- « J’en toucherai deux mots au dirigeant de l’Hôtel. »
Il se détache de moi puis se met à rire nerveusement avant d’ajouter :

- « Je t’écoute. »
Et merde merde merde ! Bravo Izya ! Tu viens de te ridiculiser en beauté ! C’était lui le dirigeant. Il se sert probablement de son statut d’Hôtelier pour abriter les activités frauduleuses auxquelles il s’adonne. Je suis devenue rouge de honte et me suis précipitée vers la sortie.

---
18h – Leïla m’indique ma chambre, celle-ci est mitoyenne avec la sienne. Elles sont reliées par une salle de bain commune dans laquelle se trouvent des affaires attribuées aux personnels comme des serviettes propres, des chemises de nuits, des uniformes de rechanges ou encore des sous-vêtements. Je me douche, me met en pyjama et allume la télé. Leïla fait irruption dans ma chambre, l’air soulagée.
- « J’ai parlé à mon cousin, ça s’reproduira plus ! » s’exprime-t-elle.

- « De quoi est-ce que tu parles ? » ai-je demandé méfiante.

- « De ton séjour dans les souterrains ma belle. »

- « Ah… J’te remercie… »

- « Y’a pas de quoi ! »
Elle sourit et se dirige vers le seuil de la porte.
- « Leïla ! » m’exclamais-je.

- « Oui ? »

- « Qui c’est ton cousin ? » demandais-je anxieuse.

- « Bah Bader ! »
J’hausse un sourcil pour lui faire comprendre que sa réponse ne m’a pas été d’une grande aide.
- « Le patron si tu préfères ! » ajoute-t-elle en roulant des yeux.
À l’entente de ses paroles, mon cœur s’est mis à tambouriner dans ma poitrine. Comment pouvaient-ils être de la même famille ? Cela reviendrait à dire qu’un sang uniforme coule dans leurs veines. C’est impossible ! Leïla est un ange tandis que lui est l’exact contraire. C’est un véritable tyran dépourvu de culpabilité et de cœur.
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