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LES SYSTÈMES DE SUIVI

DES DONNÉES

LE TRAVAIL DE PROXIMITÉ

ET LE DOMAINE DES DROGUES

LES TYPES D’INTERVENANTS

DE PROXIMITÉ

LA FORMATION, LE SUIVI

ET LES CONDITIONS DE TRAVAIL

CONCLUSION

3 Le
contexte
organisationnel
du
travail
de proximité



Les systèmes de suivi des données



Différents types d’organismes, allant de services isolés à des cadres institutionnels plus importants, pratiquent du travail de proximité, avec des intervenants venant de diverses disciplines (y compris des éducateurs, des travailleurs sociaux et des infirmiers), qui peuvent être des professionnels, des bénévoles ou des pairs. Les sources de financement varient également, des subventions nationales ou municipales aux aides caritatives et aux groupes d’autosupport sans aucun soutien financier. Pour être efficaces, les services de proximité ont besoin d’équipes de travail compétentes et d’un cadre organisationnel efficace. Comme ces services ont une durée de vie relativement courte en tant qu’associations ‘professionnelles’, ils doivent souvent fonctionner avec des sources de financement incertaines, limitées dans le temps et insuffisantes. C’est pourquoi, du point de vue organisationnel, beaucoup de services de proximité rencontrent encore bien des difficultés et travaillent tant bien que mal pour se faire reconnaître en tant qu’organisations ‘professionnelles’.

Le travail de proximité et le domaine des drogues



À l’origine, la plupart des services de proximité n’étaient pas constitués d’associations isolées mais représentaient des activités secondaires d’un organisme plus important (voir Tableau 5). Dans presque tous les États membres de l’Union Européenne qui ont donné une information sur ce point, les services qui mettent en place un travail de proximité font partie de centres de toxicomanie. C’est également le cas de beaucoup de services qui travaillent auprès des jeunes, sauf au sud de l’Europe semble-t-il, mais on retrouve un lien particulier avec des centres de soins dans les pays du nord-ouest. Un travail de proximité à l’intérieur de services locaux plus larges se trouve surtout dans les pays du sud de l’Europe. Le travail de proximité organisé sous la forme de groupes d’autosupport, soit indépendants, soit à l’intérieur d’un groupe d’autosupport déjà existant (comme AIDS) n’est pas très courant. L’absence relative d’activités de proximité dans ces groupes peut être attribuée à la nature du groupe cible concerné, les usagers des drogues ‘classiques’. Parmi beaucoup d’autres facteurs, les difficultés qu’ils ont à survivre dans un monde d’activités illicites ne sont pas particulièrement favorables pour mettre en place des groupes d’autosupport. Plus récemment, quelques projets sur les ‘nouvelles’ drogues ont été lancés par des usagers eux-mêmes.
Tableau 5 : les objectifs de proximité définis au niveau national





PAYS

ORGANISATION

faisant partie d’un centre

indépendante

Centre de toxicomanie

Centre de soins

Centre pour les jeunes

Centre social

Centre local

Groupes d’autosupport

Groupe d’autosupport

Allemagne

x













x

x

Autriche

x




x

x










Belgique

Flamande


x





x













Francophone







x




x







Danemark

x

x

x













Espagne

x










x







Finlande




x

x

x










France

x




x













Grèce

Pas d’information disponible

Irlande

x

x

x













Italie

x



















Luxembourg

Pas d’information disponible

Norvège

Pas d’information disponible

Pays-Bas

x

x

x













Portugal

x










x







Royaume-Uni

x

x

x













Suède

Pas d’information disponible


En dépit de la diversité des types d’organisation, on peut définir un certain nombre de conditions préalables pour que des services de proximité soient efficaces. Il ne faut cependant pas oublier que la plupart des activités de proximité démarrent sans avoir défini un projet précis. Autrement dit les préparatifs, l’organisation et la mise en œuvre ne se déroulent pas en suivant une série d’objectifs déterminés, une étude détaillée, un projet défini et construit, incluant une évaluation. Il est pourtant nécessaire, maintenant que le travail de proximité est reconnu comme une activité organisée dans le domaine de la toxicomanie, de réfléchir plus profondément à ces aspects organisationnels.

Dans toute activité de proximité, on peut distinguer deux aspects organisationnels intimement mêlés :

  • l’organisation interne (c’est à dire les structures de gestion, la gestion du personnel et des bureaux) ;

  • l’organisation externe (établir des relations avec les décideurs politiques, les sources de financement, les autres services en toxicomanie et le réseau plus large).

L’organisation interne


Une bonne connaissance et une expérience suffisante des groupes cibles choisis sont essentielles car les services de proximité doivent être les plus compétents possibles, les mieux informés, sans toutefois porter de jugement dans les relations avec les contacts potentiels et les clients. Les diverses composantes des activités des usagers de drogues doivent avoir été décomposées, pour comprendre ce qui constitue la vie d’un usager de drogues, en tant que personne (Ehrenberg (ed.), 1992 ; Power, 1994). Les mesures de réduction des risques sont mieux appliquées quand ceux qui les planifient et les mettent en oeuvre comprennent parfaitement les formes, les types et les modes de consommation de drogue, ainsi que les rôles et fonctions de tous les protagonistes.

Il est également nécessaire d’avoir une connaissance empirique du milieu social autour duquel évolue la consommation de drogues. Comment les usagers de drogues s’organisent, s’expriment et se représentent-ils eux-mêmes et quelles sont les règles d’entrée ? Qui consomme quoi et où, et comment ces modèles de consommation sont-ils perçus ? Quelle forme d’apprentissage est nécessaire et dans quels quartiers et quels endroits les usagers se rencontrent-ils ? Quelles hiérarchies et quelles relations de pouvoir peut-on identifier et jusqu’à quel point des personnes de l’extérieur, des professionnels du travail de proximité ou des intervenants issus du milieu seront-ils acceptés ou rejetés ? Ce sont des questions essentielles pour tout service de proximité. Le point de départ de toute activité, à la fois au niveau des politiques et sur le terrain, est la reconnaissance de l’expertise des usagers de drogues et l’absence de condescendance.

Les activités de proximité nécessitent des structures de gestion transparentes et des gestionnaires bien informés, avec des responsabilités clairement définies. Il faut établir avec précision les procédures de recrutement, de mise en route, de soutien et de suivi, étant donné la nature diffuse et imprévisible du travail et la difficulté d’obtenir des données précises. Les instances de gestion et de financement doivent également avoir conscience du temps nécessaire (un à deux ans) pour que les projets se mettent en place avec des modèles de travail durables et des stratégies de proximité. Dans certains pays, les organisateurs ont pu s’appuyer sur l’expérience des modèles de travail auprès des personnes qui ont un handicap mental (Barrow et al., 1991). Ainsi des clients ont-ils été individuellement impliqués dans la prévention ou dans des services de soins qui ne les auraient normalement pas recherchés de leur propre initiative. Des modèles plus larges d’éducation par les pairs se sont également montrés utiles aux organisateurs pour évaluer l’importance de leurs mesures – ou de leur absence de mesures – en vue d’un travail de proximité auprès d’usagers de drogues. Puisque la majorité des services de proximité font partie d’un organisme plus large, les relations entre les activités de proximité et les autres services fournis par cet organisme doivent être soigneusement étudiées car des tensions inattendues peuvent se produire.

Yates et Gilman (1990) de Lifeline à Manchester ont établi une liste des mesures à prendre en compte par les services de toxicomanie, dont les intervenants de proximité peuvent se servir pour organiser leur travail. Elle comprend l’échange de matériels d’injection, la prescription de produits de substitution, un lieu d’hébergement d’urgence, la proximité géographique, une équipe accueillante, des conseils juridiques, des soins de base, des conseils de prévention, des conseils de qualité, une information sur les droits à la santé et même sur des activités de loisir ou d’éducation. Les intervenants de proximité peuvent être des soutiens ou des ‘guides’ pour faciliter l’accès à d’autres services, traduire le jargon professionnel et expliquer comment les différents services fonctionnent entre eux.

Des ressources suffisantes - financières, juridiques et en main d’œuvre – et une définition claire de ce qu’implique le travail de proximité sont des conditions nécessaires pour réussir une intervention. Il est important que les mesures de sécurité soient inclues dans chaque projet, par égard pour les clients et les intervenants, et il doit y avoir un suivi régulier et systématique des clients contactés et des services proposés. Les intervenants doivent avoir des consignes de sécurité et une assurance, des consignes pratiques de travail ainsi qu’un suivi adapté, une formation et des possibilités de retour et de relecture de leur travail.

L’organisation externe


L’organisation externe du travail de proximité – ses relations avec l’environnement - est tout aussi importante. Le travail de proximité a été défini comme un service important et complémentaire dans le domaine des drogues. C’est particulièrement vrai des activités de proximité auprès des usagers des drogues ‘classiques’. Les services de proximité ne sont pas isolés : leur nature et leur forme dépendent du cadre plus large dans lequel ils fonctionnent. Ce cadre comprend d’autres services de toxicomanie (en relations ‘verticales’ ou en coordination avec les différents services concernés par le traitement de la toxicomanie), le contexte organisationnel plus large (en relations ‘horizontales’, comme les contacts avec les services de santé mentale, la police, le système judiciaire et les institutions de santé), le réseau communautaire dans lequel les services de proximité travaillent et les sources de financement.
Les relations verticales

Pour tout service de proximité, il est d’une extrême importance de déterminer les objectifs de l’organisation et d’acquérir les informations et la connaissance nécessaires sur les populations cibles. Cela permettra de s’assurer que le temps et l’énergie ne seront pas détournés vers des priorités secondaires. Les objectifs identifiés doivent s’appuyer sur une exacte représentation de la scène locale de drogues (‘mapping’). Avant de mettre en place des interventions de proximité, il faut passer en revue les services existants, leur accessibilité et leur aptitude à prendre en charge le groupe cible désigné. Cet état des lieux ne va pas seulement mettre en relief les lacunes des services proposés mais permettra aussi de déterminer quels services existants ne conviennent pas aux clients potentiels. Le problème n’est pas toujours que les usagers de drogues ne peuvent pas formuler leurs besoins ; il y a aussi ceux qui évitent délibérément les services parce qu’ils ne croient pas qu’ils correspondent à leurs besoins. Si cela s’avère être le cas, il ne sert pas à grand chose d’améliorer ces services (Rhodes et al., 1991a ; Rhodes, 1994b).

Les relations verticales, ou le travail en réseau, sont un objectif largement reconnu, même s’il n’est pas facile à réaliser. Quand les ressources sont limitées et que les cultures institutionnelles et professionnelles ont des approches divergentes (la recherche de l’abstinence face à la réduction des risques par exemple), des difficultés peuvent surgir. Il faut établir une distinction entre les relations institutionnelles et les relations de travail dans la rue, par exemple lorsque différents types d’intervenants de proximité ou d’activités de proximité se croisent. Le risque de formaliser les relations verticales est que cela peut rendre les réseaux institutionnels trop lourds, prenant ainsi une partie du temps et des ressources financières. Les relations verticales doivent être gérées de façon créative, avec un coût qui soit le plus faible possible.
Les relations horizontales

La plupart des pays mettent en place des changements généraux dans leurs services sanitaires et sociaux, caractérisés dans bien des cas par une décentralisation de la politique et du financement qui passe du niveau national au niveau municipal ou local.

Cette tendance a des conséquences directes sur le travail de proximité en offrant davantage de possibilités de répondre aux besoins locaux, mais en créant souvent des contraintes financières des pressions plus fortes pour évaluer l'efficacité des services de toxicomanie et donc du travail de proximité. Cela exige en retour plus de professionnalisation et plus d'attention à des tâches telles que la saisie des données pour l'évaluation. Le travail de proximité est également influencé par la tendance actuelle d’accorder davantage d’attention aux 'nouvelles' drogues et aux traitements ambulatoires, en opposition aux services résidentiels.

Un des objectifs essentiels du travail de proximité est de réussir à ce que l'ensemble des soins proposés correspondent pour le mieux à la demande de soins des usagers de drogues, telle qu’elle s'exprime. Par extension, les intervenants de proximité doivent s'assurer que les services existants sont adaptés aux besoins de leurs clients. La tâche première et exclusive des intervenants de proximité n'est cependant pas, comme certains le pensent, de diriger les usagers de drogues vers les institutions existantes. Le travail de proximité constitue aussi un mode d'action 'autonome', avec ses méthodes propres pour aider et soutenir les usagers de drogues.

Les types d’intervenants de proximité



On peut distinguer trois types d'intervenants de proximité :

  • les professionnels;

  • les intervenants issus du terrain ou les 'pairs';

  • les bénévoles.

Les professionnels


Les professionnels ont des emplois salariés et remplissent les exigences de leur travail sur la base d'une compétence professionnelle. Dans la pratique, le terme de 'travail de proximité' recouvre les activités des professionnels qui peuvent, soit visiter parfois leurs clients chez eux, soit être chargés exclusivement ou principalement d'un travail de rue. Il n'existe pas en règle générale de formation éducative spécifique pour le travail de proximité et ce travail n'appartient pas non plus à une discipline particulière. Les professionnels du travail de proximité ont une formation et un passé professionnel variés qui peuvent être le travail social, la sociologie, les soins infirmiers, la psychologie ou l'éducation.

Les intervenants issus du terrain


Par leur expérience propre personnelle, les intervenants issus du terrain, qu'on appelle aussi des 'pairs', sont considérés comme des experts. Ils dépendent d’un service de proximité et peuvent être payés ou non. L'expression d’ 'intervenant issu du terrain' (indigenous worker) n'a pas encore cours hors des pays anglophones mais on appelle en général ces intervenants des ‘pairs’ ou parfois des ‘intervenants communautaires de terrain’ (community fieldworkers, voir par exemple Blanken et Barendregt, 1998). Dans la pratique, les pairs désignent souvent les proches, familiers du style de vie de certaines populations d’usagers de drogues (des amis prostitué(e)s ou immigrants par exemple) qui ne consomment pas eux-mêmes de drogues.

Des usagers de drogues ou d’anciens usagers ont été embauchés à diverses occasions en tant que spécialistes ou conseillers, comme bénévoles formés, comme leaders du groupe des pairs ou comme collaborateurs de recherche. Power (1994) a identifié cinq rôles différents que peuvent éventuellement jouer ces intervenants :

  • intervenant de terrain ;

  • interviewer ;

  • chercheur de contacts ;

  • guide local ;

  • observateur dans les réseaux et sur le terrain pour suivre les évolutions et intervenir comme ‘système d’alarme’.

Pour certains intervenants issus du terrain, le travail de proximité peut être un premier pas et une étape provisoire d’entrée dans le monde de l'emploi. Leur plus grand atout est leur capital social et intellectuel dont ils se servent pour négocier et servir d'intermédiaires entre les professionnels de l'éducation à la santé ou de la toxicomanie et les réseaux de consommateurs de drogues auxquels ils ont accès. Les recruter pour des activités de proximité pourrait aussi en faire des têtes de pont pour la prévention (voir aussi Chapitre 2).

Power (1994) a proposé d'embaucher une série d'intervenants issus du terrain qu'on paierait sur la base d'un temps partiel temporaire pendant une période d'apprentissage qui leur permettrait d'acquérir le statut d'intervenant à temps plein. Ce groupe d'intervenants servirait de canal par lequel les réseaux et les communautés cachés pourraient être contactés pour promouvoir un changement collectif. McDermott (1993) prévient des risques de sur-professionnalisation, si les professionnels usurpent et marginalisent le rôle des intervenants issus du terrain ou si les intervenants eux-mêmes deviennent tellement professionnalisés qu'ils perdent contact avec leur milieu d'origine et ses valeurs.

Si un grand nombre de projets choisissent d'utiliser des bénévoles issus du terrain, ils sont plus réticents à les employer comme salariés malgré les atouts que ces derniers pourraient apporter aux démarches de réduction des risques (Power, 1994). Malgré le succès confirmé des usagers de drogues, anciens ou actuels, pour faire avancer les initiatives de prévention dans les réseaux d'usagers de drogues, Hartnoll et al. (1990) ont estimé qu’au début des années 90, seuls 10 % des projets de proximité en Grande-Bretagne ont recruté des intervenants issus du terrain.

Les bénévoles


Les bénévoles peuvent présenter les mêmes caractéristiques que les intervenants professionnels ou issus du terrain, mais leur travail n'est pas rétribué (ou ils sont seulement remboursés de leurs frais). Ils peuvent également faire partie du public sans être des ex-usagers de drogues ni des professionnels.

La proportion de ces trois formes d'intervenants de proximité varie d'un projet à l'autre. Si les professionnels, les intervenants issus du terrain et les clients ont des points communs (sexe, classe sociale, race ou style de vie), cela peut faciliter les contacts et la communication. On peut remarquer que les hommes sont ici aussi généralement sur-représentés chez les clients consommateurs de drogues, surtout dans le travail de rue, ce qui n'est peut-être pas surprenant étant donné la clientèle à prédominance masculine et les circonstances difficiles dans lesquelles travaillent les intervenants de proximité. Quand les femmes toxicomanes sont le groupe cible spécifique du travail de proximité, elles sont en général surtout ou exclusivement des prostituées.

Les intervenants professionnels devraient garder certaines considérations méthodologiques à l'esprit quand ils travaillent avec des intervenants issus du terrain. Lorsque ces derniers décrivent leurs activités ou leurs perceptions, ils peuvent oublier de noter des points essentiels qui leur semblent tellement évidents que tout commentaire peut paraître superflu. Si des intervenants de proximité professionnels peuvent se montrer incapables d'exercer une influence sur les comportements parce qu'ils restent des étrangers et ne peuvent pas effacer les différences culturelles, les intervenants issus du terrain peuvent inconsciemment renforcer le comportement du groupe plutôt qu'encourager le changement, prédisposés qu'ils sont d'intégrer les opinions et les pratiques du groupe cible, estimant par exemple qu'il est impossible pour des usagers injecteurs de passer à un mode de consommation sans injection.

Le rôle potentiel des usagers de drogues, des ex-usagers, des bénévoles ou des intervenants issus du terrain et des professionnels a été l'objet de bien des controverses dans le travail de proximité auprès des usagers des drogues 'classiques', plus qu'il ne l'a été dans le travail auprès des jeunes ou le travail de proximité auprès des usagers des 'nouvelles' drogues. Comme cela a été dit plus haut, les mesures de ces dernières années en matière de réduction de la demande et de réduction des risques des 'nouvelles' drogues ont d'emblée inclus le travail de proximité et l'éducation par les pairs, considérés comme des modes de services efficaces.

La formation, le suivi et les conditions de travail



Faire du travail de proximité signifie souvent travailler avec des gens qui ont de lourds problèmes psychosociaux et dans un contexte mouvementé, chaotique et des situations imprévisibles. Les conditions de travail sont tout à fait différentes de celles des autres emplois : le travail est en dehors des horaires de bureau, hors de la sécurité d'un local, dans des quartiers risqués, un contexte à moitié illégal, avec le plus souvent de très bas salaires. Un travail d'intervenant de proximité demande un engagement personnel, une certaine familiarité avec le groupe cible et un grand nombre d'aptitudes psychologiques et sociales (Majoor, 1994). Les aptitudes personnelles des intervenants de proximité sont un facteur essentiel pour la réussite de leurs tâches.

Au-delà de ces caractéristiques générales, il existe peu de littérature sur la description du travail et les aptitudes demandées aux intervenants de proximité. Ce n'est pas que les services de proximité ne sachent pas quels types d'intervenants ils recherchent, mais cadrer ces informations en critères détaillés est très difficile.

Une condition essentielle pour que les intervenants de proximité puissent travailler correctement (même si elle ne se treouve pas toujours dans la pratique) est qu'ils soient immergés le plus possible dans la culture du groupe cible avec lequel ils travaillent. Cela implique d'apprendre le langage, les normes, les valeurs et les attitudes du groupe et de tisser des relations de confiance. Comme principe de base, les intervenants doivent comprendre que lorsqu'ils entrent dans le monde de leur public, ils doivent le faire avec le langage de ce public et non dans leur propre vocabulaire (Gilman, 1992).

Les intervenants de proximité doivent aussi 'contextualiser' les styles de vie, pour que toute intervention s'enracine dans les réalités quotidiennes du groupe. Dans des lieux comme les clubs de jeunes, et encore plus pour du travail de rue dans des lieux informels ou des lieux de consommation de drogues, les intervenants doivent se montrer crédibles et respectueux. Dans ce dernier cas plus précisément, les intervenants peuvent même devoir travailler avec, plutôt que dans ce monde, devant gérer des situations où les activités illégales peuvent bousculer les limites professionnelles.

En second lieu, les intervenants doivent percevoir leur rôle différemment de celui d'un expert traditionnel, et passer d'un rôle à l'autre, que ce soit conseiller, ami, thérapeute, médiateur, informateur ou chargé d'exercer une influence (Svensson, 1994). La relation traditionnelle d'aide au client s'inverse dans le sens où la quantité de contacts qu'obtient un intervenant dépend du réseau local.

En troisième lieu, l'intervenant de proximité doit avoir de larges connaissances épidémiologiques et de terrain et des aptitudes au diagnostic général et au conseil. Il doit de plus pouvoir entrer en contact avec des types de clients et d'experts très différents (Majoor, 1994; McDermott, 1993)17. Dans les relations avec les usagers de drogues, et en particulier pour les drogues ‘classiques’, les intervenants ont à faire face à des attitudes de jeu et de manipulation ou à des écarts dans les normes et les valeurs. Si ces intervenants doivent malgré tout garder une attitude souple et ouverte à l’égard des usagers de drogues, ils ne doivent jamais s’identifier totalement à eux et doivent rester constamment conscients des limites et des possibilités des usagers. Comme le dit Majoor (1994), l’intervenant de proximité doit avoir le hardware (connaissances, aptitudes) et le software (motivation, traits de personnalité, engagement) ; on peut aussi exprimer cela avec la métaphore de la tête et du cœur.

En résumé, que le travail de proximité soit un travail de rue, au domicile ou en institutions, il requiert pour l’approche du public une bonne dose de compétences, de confiance et de finesse. Les intervenants doivent s’attendre à vivre :

  • une ambivalence à leur égard dans les contacts;

  • la frustration du manque de contact ;

  • de longs temps d’attentes pour les réponses, suivis d’accès soudains d’activité intense;

  • des horaires particuliers ;

  • les exigences d’une scène qui change selon les lieux, les saisons, le temps, la pression de la police et les caprices du marché de la drogue ;

  • des conflits à hauts risques ;

  • le soupçon des usagers de drogues et de la police ;

  • une attention constante pour garder la confidentialité.

Si l’on prend tout ça en compte, être intervenant de proximité est un travail particulièrement difficile. Étant donné la difficulté du travail, toute association de proximité devrait se charger d’assurer une formation, un soutien et un suivi de l’équipe. Cela demande une politique du personnel souple mais bien organisée, centrée à la fois sur les aspects individuels du travail de proximité et ceux qui sont liés à l'équipe. Une telle politique permettrait d’évaluer la qualité des services de proximité. La formation pourrait par exemple permettre l’étude des différentes approches méthodologiques dans les services et leur évaluation. Il faudrait aussi proposer une formation au travail de proximité en institutions aux autres types de professionnels et de bénévoles qui sont en contact avec des usagers de drogues, par exemple dans des zones rurales dispersées. Certains projets de toxicomanie ont réussi à bien équilibrer des interventions minimales de réduction des risques, du travail social et de la formation (Gilman, 1992). Malheureusement, à côté des nombreuses formations professionnelles sur les addictions, les formations au travail de proximité sont quasiment inexistantes dans les États membres de l'Union Européenne, sauf de façon interne dans certaines associations.

Le suivi des pairs et des intervenants qui travaillent seuls ou en équipe pourrait les aider à gérer les émotions, les informations et les conflits. Ce n’est nullement un luxe – l’épuisement des employés étant un phénomène bien connu dans le domaine des drogues. Les possibilités de carrière et le soutien font également partie d’une bonne politique du personnel et ont une importance particulière pour les intervenants de proximité. Leurs conditions d’emploi ne sont pas les meilleures : salaires bas, horaires difficiles, autonomie limitée et promotion peu probable peuvent freiner l’enthousiasme et provoquer de l’amertume. Les contradictions entre les valeurs et les perspectives dans le secteur bénévole, le système judiciaire, les tentatives d’autosupport et la rue peuvent susciter un ressentiment et des conflits si le style de gestion choisi est mauvais.

Des normes pour le travail de proximité ont maintenant été adoptées en Allemagne et au Portugal. En Allemagne, ces normes précisent que les intervenants de proximité doivent toujours travailler en équipe et jamais seuls, que leur travail est soumis à la confidentialité et qu’une qualification est nécessaire pour faire du travail de proximité. Au Portugal, ces normes précisent qu’aucune intervention ne peut être mise en place sans évaluation des besoins et que toutes les interventions doivent travailler en partenariat avec les groupes et les réseaux locaux.

Conclusion




En Europe, la plupart des services de proximité font partie d’organismes ou d’associations destinés aux usagers de drogues ou aux jeunes. Les services de proximité isolés sont rares ainsi que les activités de proximité autonomes organisées par d’anciens ou actuels usagers de drogues (soit indépendamment, soit dans le cadre d’une association plus large d’autosupport). Dans l’Europe du nord-ouest, les services de proximité font le plus souvent partie de services de soins, alors que dans les régions du sud, ils font plutôt partie de services locaux.

Les services de proximité comprennent à la fois des structures d’organisation interne et externe, et ces deux aspects doivent être évalués à la lumière des objectifs principaux du travail de proximité – obtenir une image précise des groupes cibles, les contacter et identifier les besoins des usagers de drogues pour y répondre de façon appropriée. Les recherches, les rapports et les observations qui portent sur les pratiques de proximité montrent que ces services manquent encore de soutien financier, juridique et de personnel pour mener à bien leurs tâches. Dans la pratique, il n’existe nulle part en Europe de possibilités de formation adaptée, spécifiquement centrée sur le travail de proximité, et on manque par conséquent de crédibilité professionnelle et de profils de travail cohérents. Il reste encore également beaucoup à faire pour améliorer les contrats de travail et les possibilités de carrière des intervenants de proximité. L’expérience montre que lorsque les services de santé sont menacés, leurs activités de proximité sont les premières à être abandonnées.

Les relations externes des services de proximité comprennent les interaction avec les autres services concernés par les drogues ainsi qu’avec le cadre institutionnel plus large. Ces relations sont d’une importance capitale. Beaucoup d’activités de proximité efficaces pour la promotion de gestes de santé dans la consommation des drogues pourraient être mises en place, mais si les usagers de drogues se trouvent alors face à une foule d’obstacles pour mettre en pratique les nouvelles techniques (comme l’absence de seringues propres ou de méthadone disponible, ou la présence de contraintes juridiques), le travail de proximité est condamné à l’échec dès le départ.

Travailler en réseau et en partenariat est également très important, mais non sans difficultés pratiques. Les ressources rares, les différences ou les divergences d’objectifs et de contextes professionnels et culturels sont autant d’entraves à un travail en réseau efficace. Il faut aussi savoir que ce genre de difficultés ne se produit pas seulement dans le travail de proximité mais également dans l’ensemble du domaine des toxicomanies.

Dans le processus en cours de la professionnalisation du travail de proximité, l’engagement des intervenants issus du terrain et des bénévoles est reconnu comme tout à fait précieux. Cependant, l’utilisation de ces derniers est souvent controversée, pas tant en théorie qu’en pratique. Des désaccords émergent sur la validité méthodologique, la légalité et la position des intervenants vis à vis de l’organisation. Ces conflits se produisent davantage dans le contexte des drogues ‘classiques’ que pour les ‘nouvelles’ drogues, en partie à cause des caractéristiques différentes de leurs groupes cibles. La composition des équipes de proximité et le degré d’engagement des intervenants issus du terrain et des bénévoles varient d’un pays à l’autre selon le statut du travail de proximité dans ces pays ou selon des considérations pragmatiques. En Italie par exemple, où le travail de proximité n’est pas une initiative professionnelle, les intervenants sont souvent autodidactes et nombreux sont les anciens ou actuels usagers de drogues.

Pour ce qui est des ‘nouvelles’ drogues, l’approche par les pairs semble la plus appropriée. Dans certains pays se développe un point de vue selon lequel il peut être plus efficace, pour la prévention des drogues et la réduction de la demande, de former des intervenants auprès des jeunes, en intégrant ces thèmes dans l’ensemble de leur travail qui demande un grand nombre d’autres compétences.

En résumé, les principaux problèmes d’organisation qui peuvent apparaître dans des projets de proximité concernent l’isolement des intervenants, les relations difficiles avec les organismes de tutelle, un sur-engagement envers les clients, des désaccords sur la méthodologie et les objectifs, le chevauchement avec les activités d’autres services et l’absence de possibilités de carrière.

En réponse à ces difficultés, il semble recommandé de laisser suffisamment d’autonomie aux services de proximité pour développer des méthodes de travail qui répondent aux besoins et aux situations rencontrés. Un objectif fondamental pour développer des services futurs pour les usagers de drogues pourrait être de les rendre plus accessibles aux clients. Le travail de proximité a un rôle important à jouer dans ce domaine.
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