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INTRODUCTION

DOCUMENTATION

LA COLLECTE DES DONNÉES

L’ÉVALUATION

VERS UN SYSTEME

D’INFORMATION EUROPÉEN

EDDRA

CONCLUSION

6 Documentation,
collecte
des données
et
évaluation



Introduction



Le projet qui est à l’origine de cet ouvrage représente la première étape d’une étude du travail de proximité qui reste à développer. La recherche future devra, entre autres, explorer comment améliorer l’évaluation des projets de proximité dans les Etats membres de l’Union Européenne. Cela permettrait de réaliser un inventaire plus systématique et comparable du travail de proximité et de tout ce qui le concerne, qu’on pourrait inclure dans le Rapport annuel sur la question des drogues dans l’Union Européenne de l’EMCDDA et dans son système d’Echange d’Informations sur les Programmes de Réduction de la Demande de Drogues (EDDRA). Cela faciliterait aussi la communication et la diffusion de l’information auprès des professionnels dans ce domaine en Europe et améliorerait la qualité des interventions de proximité.

Dans ce but, deux questions qui sont liées présentent ici un intérêt particulier :

  • Quels types d’information concernant le travail de proximité faut-il collecter et diffuser, et dans quels objectifs ?

  • Quelle est actuellement la faisabilité d’un tel inventaire, et quels obstacles faut-il résoudre ?

Ce chapitre observe d’abord les pratiques de documentation, de collecte des données et d’évaluation utilisées actuellement dans les projets européens de proximité. Les informations ont été extraites d’une analyse de la littérature, des documents fournis par les experts qui ont pris part à la rencontre d’Amsterdam en mars 1998 et des débats qui ont eu lieu lors de cette rencontre.

Documentation



La plupart des projets de proximité ont un local et sont une extension d’un service plus important sur la toxicomanie, la santé ou la jeunesse. Leurs objectifs et leurs activités sont présentés par des documents divers, selon le public auquel ils s’adressent. Les rapports qu’ils produisent sont souvent destinés aux organismes financeurs, aux décideurs politiques ou à l’organisme dont dépend le projet. Ces rapports peuvent être réguliers ou non et peuvent contenir des informations sur l’origine du projet, le profil général des groupes cibles, une présentation des services proposés ou des tableaux descriptifs et quantitatifs.

Certains projets fournissent également, indépendamment ou à l’aide de l’organisme de tutelle, des données d’information pour l’extérieur (voir par exemple Cranstoun Drug Services, 1997) à l’intention des autres services, du réseau ou d’un public plus large. Cela peut prendre la forme de journaux sur papier glacé ou de simples brochures selon, bien sûr, la taille de l’organisation et les ressources disponibles.

Un autre public ciblé, et de toute évidence le plus important, représente les usagers potentiels des services de proximité. Toutes sortes de supports variés, comme des brochures ou des prospectus, sont produits pour fournir, en langage courant et parfois même dans les diverses langues étrangères parlées dans les groupes cibles, de l’information sur les services proposés et les endroits où les trouver. Ils contiennent souvent également des messages de prévention.

Nombreux sont les projets qui diffusent différentes sortes de documents, de nature générale ou bien en direction de sous-groupes spécifiques, comme les groupes exposés au risque du VIH, les prostituées, les jeunes ou le réseau local où ils interviennent. Comme pour d’autres types de documentation, ces documents peuvent prendre des formes variées. Les pratiques de proximité sont sujettes à des changements continuels en réponse aux problèmes qu’elles ciblent, ce qui demande des documents qui ont un format pratique, qu’on peut modifier rapidement et à un faible coût.

Il y a peu de journaux professionnels qui traitent spécifiquement du travail de proximité, que ce soit dans la littérature scientifique ou dans la littérature générale sur les drogues. Il y a cependant des différences entre les pays selon l’importance du travail de proximité dans ce domaine. L’Allemagne par exemple a un journal spécialisé sur le travail de proximité dont le titre est Streetwork, qui a une orientation à la fois pratique et théorique. La revue mensuelle de l’association néerlandaise Mainline, bien qu’elle s’adresse aux usagers de drogues mêmes, est aussi largement lue par les professionnels et les autres acteurs intéressés.

La collecte des données




Rassembler au moins quelques données de base sur leurs activités et leurs groupes cibles semble être une pratique courante dans les projets de proximité. Le genre d’informations recueillies dépend en grande partie de ce que demandent les organismes externes financeurs ou les décideurs politiques qui sont souvent demandeurs de données quantitatives. A tous les projets, il est plus ou moins demandé de retransmettre des informations à ceux qui les financent. Malgré les multiples différences entre les projets présentés à la rencontre d’Amsterdam, un modèle général des types de données quantitatives a pu se dégager, qui va d’une version minimum à une version maximum. Le choix de la version dépend des objectifs du projet, souvent de la nature des contacts avec les clients (premiers contacts ou suivi) et des lieux où se font ces contacts. Il semble également que plus un projet de proximité vise une intervention thérapeutique, des contacts réguliers ou destinés à diriger les clients vers des services, plus il enregistre des informations détaillées. La collecte des données de la Safe Community Drug Agency de Londres (Cranstoun Drug Services) est par exemple très détaillée. En contraste, le format des données de la Uteseksjon à Oslo est beaucoup plus concis et contient une liste minimum de questions de base.

Les types d’informations quantitatives


Les types d’informations quantitatives recueillies concernent :

  1. La personne du client :

  • nom de l’intervenant ;

  • lieu et date du contact ;

  • caractéristiques générales du client (âge, sexe, nom ou surnom, nationalité, statut etc.). Certains projets comme le Viennese Streetwork ont un questionnaire spécial pour les familles des clients, qui peut servir à eux-mêmes ou à la personne concernée ;

  • premier contact (froid : oui ou non) ;

  • services proposés (conseils, seringues, préservatifs, adresses, médiation) ;

  • précisions sur la prise de drogue (type de drogues consommées, mode de consommation, prise de méthadone, expériences d’overdose) ;

  • détails sur la santé, en particulier sur le VIH ;

  • caractéristiques sociales (situation de famille, enfants, emploi, conditions de logement, réseaux familiaux et d’amis, adresse du contact, expérience carcérale et judiciaire).

  1. L’ensemble des données sur les clients, souvent classé selon les groupes cibles spécifiques.

  2. L’ensemble des données individuelles sur les personnes employées dans le projet de proximité.

  3. Des données importantes pour les organismes financeurs ou de tutelle :

  • nombre de seringues et de préservatifs fournis, etc.

Pour faire la collecte de ces données, il y a deux méthodes courantes utilisées parfois simultanément : un questionnaire ou une liste de questions remplis sur place ; ou bien des notes prises par l’intervenant après coup, d’après les réponses à des questions précises ou d’après des hypothèses. Le suivi régulier des contacts à l’aide de ‘fiches de contact’ rétrospectives est plus fréquent (Rhodes et al., 1991b). Des détails plus précis sur la façon dont les données sont recueillies et utilisées seraient également précieux pour l’analyse future et le développement de pratiques d’évaluation. On a de nombreux exemples de données normalisées remplies à la main, mais on ne sait pas toujours comment elles sont ensuite traitées. Le Norwegian Uteseksjon les rentre directement dans un système informatisé.

Comme nous l’avons dit plus haut, les données sont consultées fréquemment par de nombreux intervenants, autant que nécessaire. En théorie, personne ne nierait que l’objectif principal de la collecte de données est d’améliorer la qualité des services proposés, dans l’intérêt à la fois des clients et de l’organisme interne. Et personne ne s’opposerait non plus à soumettre les données recueillies à un contrôle de qualité et à l’examen des organismes financeurs. Les données recueillies devraient être cohérentes avec les objectifs et les exigences du projet même de proximité. Mais c’est un idéal qu’on ne rencontre pas souvent dans la pratique. La collecte des données peut subir l’influence d’acteurs internes et externes dont les objectifs et les exigences peuvent être différents de ceux du projet de proximité. C’est particulièrement probable étant donné la nature spécifique du travail de proximité. Malgré la diversité des projets de proximité, une tendance générale apparaît clairement : les financeurs demandent des données quantitatives et descriptives, alors que les intervenants de proximité sont eux plus intéressés par des données qualitatives qui peuvent les aider à améliorer leur travail.

La plupart des contacts de proximité dans la rue sont brefs et les informations recueillies sur les clients sont donc limitées. Etablir le contact et proposer une éducation à la santé est la priorité majeure, et recueillir des données à des fins de recherche et d’évaluation est d’un intérêt secondaire. Etant donné la nature des contacts pris dans la rue ou (dans le cas des ‘nouvelles’ drogues) dans les soirées ou les ‘raves’, il n’est évidemment pas facile de noter toutes sortes de données quantitatives, et cela pourrait même compromettre les tâches principales de proximité. Les clients risquent de se méfier des questions posées, surtout dans un contexte répressif ou dans des situations illégales, ou bien ils peuvent se tromper sur le sens des questions ou ne pas avoir l’esprit disponible. Un outil de collecte de données doit par conséquent être aussi discret que possible (voir aussi Richard et al., 1996). Ces outils doivent pouvoir être vérifiés publiquement pour prévenir soupçons, rumeurs et réponses hostiles. Ils doivent être assez généraux et analytiques pour ne pas éveiller les soupçons sur la façon dont les informations pourraient être utilisées. Ils doivent enfin ne pas influencer les comportements ou les réponses.

Certains intervenants trouvent que ce n’est pas un problème en soi de poser des questions, mais sont gênés par le style des questions à poser dont ils ne voient pas l’utilité. Des tableaux seuls apportent un regard très limité sur la réalité. De plus, si la plupart des informations s’appuient sur les dires des clients, le degré de fiabilité des réponses doit être pris en compte ainsi que des facteurs comme la désirabilité sociale (voir, par exemple, les résultats de l’enquête de Turin présentés au Chapitre 7).

L’intérêt de ces questions pour le projet de proximité n’apparaît pas toujours clairement aux intervenants. Certains sont peu disposés à recueillir des données qui pourraient ensuite être utilisées contre le projet.

Nombreux sont les intervenants qui aimeraient avoir plus de temps pour recueillir et analyser d’autres types de données qui leur sembleraient plus utiles. Beaucoup de projets travaillent avec un journal ou des observations systématiques de terrain dans lesquels la pratique quotidienne est enregistrée de façon plus qualitative. Certains projets laissent les clients eux-mêmes donner spontanément des informations qualitatives sur leurs expériences, par exemple sur un ‘livre d’or’ déposé dans une boutique.

Certains projets sont financés par deux organismes ou davantage, ce qui par la suite complique la tâche en multipliant les différents types demandés de recueil et de présentation des données.

Dans certains cas, le recueil des données est demandé, mais rien n’est fait de l’information fournie ; cela semble n’être qu’un simple règlement bureaucratique.

Comme on l’a noté plus haut, certaines caractéristiques générales de la collecte de données sont communes à la plupart des projets de proximité, mais les indicateurs et les périodes de temps utilisés varient grandement. En un mot, il n’existe pas de normes, pas même locales ou régionales, encore moins au niveau national ou européen.

L’évaluation



Le recueil de données est une question qui touche de près celle de l’évaluation des services de proximité. Pour évaluer un programme, des tableaux sur les caractéristiques de la population des clients ne suffisent pas. Même si ces données peuvent être utiles pour décrire la pratique de proximité, elles ne conviennent pas forcément à une procédure d’évaluation systématique. D’autres formes de données, telles que des informations sur les contacts et les renvois vers d’autres services, comme on l’a décrit plus haut, peuvent être une première étape importante vers l’évaluation (Thompson et Jones, 1990 ; Richard et al., 1996). D’une façon très générale, l’évaluation renvoie à toutes les activités qui déterminent la portée des interventions de proximité.

Le besoin d’évaluation est reconnu par tous, même si cela peut être pour des raisons bien différentes, à des niveaux divers allant des projets individuels de proximité aux organismes régionaux, nationaux ou européens. Cela ne concerne évidemment pas seulement le travail de proximité mais aussi tout type de travail de prévention en lien avec les drogues ou le VIH. Comme pour la collecte des données, l’un des obstacles majeurs pour l’évaluation du travail de proximité est d’arriver à définir les objectifs à atteindre et la ou les méthodes à mettre en œuvre pour les atteindre.

On peut distinguer trois types d’évaluation de projet (Armstrong et Grace, 1994) :

  • l’évaluation de la structure ;

  • l’évaluation du travail effectué;

  • l’évaluation des résultats.

L’évaluation de la structure concerne le cadre concret du service, que ce soit les locaux, les équipements, le personnel et le rangement des archives. En Allemagne par exemple, on porte une attention particulière, dans les projets de proximité, aux caractéristiques et aux normes de qualité (Schaffrank, 1996) et au contrôle de qualité (Krebs, 1997).

L’évaluation du travail analyse le déroulement du travail en rapport avec ses résultats, de façon à clarifier les raisons de ces résultats précis. Elle analyse le contexte dans lequel se produisent les interventions et les facteurs personnels, professionnels et institutionnels qui définissent et cadrent les interventions de proximité.

L’évaluation des résultats est le plus difficile et c’est là que l’évaluation et la recherche se retrouvent souvent et se recoupent. Cette évaluation mesure les résultats obtenus par une intervention de proximité donnée, en se servant de mesures cognitives et comportementales. Elle nécessite que l’intervention soit clairement définie et mesurable. D’une façon générale, les évaluations des résultats s’attachent à distinguer les conséquences souhaitées ou positives d’une intervention, des conséquences indésirables, qu’elles soient négatives ou positives (Eisner, 1979 ; Rhodes et al., 1991b). Rossi (1978) cite plusieurs points qui sont liés et qu’il faudrait prendre en considération dans l’évaluation d’une intervention, à savoir :

  • si le traitement est efficace ;

  • si le traitement peut être proposé ;

  • si le traitement est donné.

L’évaluation des résultats, dans sa stricte définition, est réellement très difficile à réaliser pour un travail de proximité. La littérature scientifique confirme que cette forme d’évaluation des interventions de proximité est difficile à la fois en termes de projet et de mise en œuvre. Cela demande en général des ressources considérables et la plupart des projets de proximité manquent de fonds et de ressources pour le mener à bien. De plus, tout un ensemble de difficultés pratiques et méthodologiques se présentent. Lorsqu’on parvient à influencer les comportements et à réduire l’extension de l’infection du VIH, toute zone géographique peut avoir également été l’objet d’un certain nombre de programmes et de campagnes publiques d’information. Il serait tout à fait irréaliste de mener une évaluation des résultats qui tenterait d’attribuer une totale responsabilité de changements quelconque à un programme particulier (Thompson et Jones, 1990).

L’évaluation du travail mis en œuvre semble une option plus réaliste. Menées de façon adéquate, les évaluations du travail qui combinent des données qualitatives et quantitatives pourraient servir à développer des indicateurs de résultats. La figure suivante présente un cadre possible pour l’évaluation du travail de proximité.
Tableau 7 : indicateurs de l’évaluation du travail













Source : Ian Grant, Centre for HIV/AIDS and Drug Studies (CHADS), Edimbourg

Trois facteurs généraux peuvent aussi favoriser l’évaluation du travail de proximité :

  • évaluation commandée par des organismes extérieurs, comme les financeurs ou les décideurs politiques ;

  • évaluation à but interne, pour les besoins de l’association même ;

  • évaluation dans un but de recherche, éventuellement combinée avec le premier ou le second point ci-dessus.

Déterminer à qui revient de mener l’évaluation est également une question importante – l’association de proximité elle-même, les représentants des organismes financeurs ou un organisme indépendant ?

Bien qu’ils ne s’opposent pas forcément l’un à l’autre, ces différents contextes peuvent entraîner des procédures et des méthodes différentes d’évaluation. Les évaluations peuvent également poursuivre des objectifs totalement différents :

  • les financeurs peuvent se servir d’une évaluation pour décider d’un financement futur (ou bien pour obtenir des informations générales sur les groupes cibles) ;

  • des évaluations internes sont souvent destinées à améliorer les services proposés (en lien soit avec les clients, soit avec les conditions de travail des intervenants de proximité) ;

  • les évaluations dans une fin de recherche peuvent servir ces deux objectifs, mais pas obligatoirement.

Indépendamment du choix d’une évaluation des résultats ou du travail et quel que soit le motif de l’évaluation, certaines décisions devraient dans l’idéal être prises, modifiant l’action à des niveaux différents :

  • Quels sujets seront abordés dans l’évaluation et pourquoi ?

  • Quelles méthodes appliquer ?

  • Quelles normes respecter ?

  • Comment les résultats seront-ils comparés à ces normes ?

  • Comment les résultats seront-ils interprétés et utilisés ?

Evaluer des projets de proximité en suivant ces principes n’est pas encore une pratique courante en Europe. La plupart des documents disponibles sont soit des rapports de projets (souvent des rapports internes) qui de toute évidence ne sont pas des évaluations dans le sens où nous l’avons décrit ci-dessus, soit des documents politiques sur la prise en charge sanitaire, soit d’autres rapports contenant quelques commentaires sur le travail de proximité. Certains sont même des ouvrages ou des articles qui décrivent simplement des modèles d’évaluation. Comme on l’a dit, les intervenants de proximité ont tendance à recueillir des données principalement quantitatives et de nature descriptive, en général pour les financeurs et les décideurs politiques.

En y regardant de plus près, il apparaît néanmoins qu’une certaine forme de travail ‘évaluatif’ est souvent pratiquée pour des raisons internes. Même si cela n’est pas tout à fait conforme à ce qu’on recommande pour une évaluation des résultats ou du travail, cela ressemble à une évaluation du travail en bien des points. Une question évidente est de savoir si une évaluation officielle est vraiment nécessaire, étant donné la nature spécifique du travail de proximité. Car les intervenants de proximité eux-mêmes ont tendance à considérer que certains aspects de l’évaluation du travail pourraient être très utiles. Ils utilisent différentes formes d’outils qualitatifs – comme des agendas, des journaux de terrain, des procédures pour cadrer les objectifs ou pour les rencontres de groupe – pour s’aider à réfléchir sur leur façon de travailler. Ils peuvent aussi se servir d’outils quantitatifs pour garder une trace des changements de leurs groupes cibles ou pour souligner d’autres tendances (comme Uteseksjon le fait à Oslo). La nature passagère de bien des contacts et de certaines sous-populations rend inadaptées les méthodes officielles d’évaluation aléatoires ou de suivi.

Les intervenants de proximité semblent avoir davantage besoin d’établir un minimum de normes ou de lignes directrices pour le travail en équipes. Ces normes, pour des projets de proximité, comprennent par exemple les règles suivantes :

  • L’accent doit être mis sur les équipes de travail plutôt que sur les intervenants travaillant individuellement.

  • Les équipes d’intervenants doivent être composées de femmes et d’hommes.

  • Les données sur les clients ne doivent pas être transmises à la police.

  • Les équipes d’intervenants doivent être composées de professionnels et de bénévoles.

  • On doit fournir aux intervenants un bureau équipé.

  • Les intervenants de proximité ont intérêt à travailler par deux dans la rue.

Il y a peu, mais de plus en plus, de littérature sur l’efficacité du travail de proximité. La plupart vient des Etats-Unis et concerne surtout l’évaluation des interventions de proximité sur le VIH. Rhodes et al. (1991a) ont fait une synthèse détaillée des résultats des évaluations, qui recouvre les objectifs, les méthodes, les résultats et les conclusions des études de 8 à 12 projets de proximité sur le VIH aux Etats-Unis. Citons parmi eux :

  • le National Institute on Drug Abuse (NIDA) Chicago AIDS Community Outreach Intervention Project ;

  • le San Francisco Mid-City Project (Watters, 1988) ;

  • le New Jersey Community AIDS Program ;

  • le New York AIDS Outreach Program (Sufian et al., 1989) ;

  • le Street Outreach AIDS Prevention Project à Baltimore (McAuliffe et al., 1986).

Il faut noter que la plupart de ces projets sont officiellement des ‘expériences de recherche’ qui ont permis de mener des interventions pour sensibiliser le monde politique et qui n’auraient pas été autorisées autrement. Par définition, les expériences de recherche doivent être évaluées et ces pratiques sont très rares en Europe.

La littérature publiée sur l’évaluation du travail de proximité en Europe varie selon le type d’intervention. On a des informations relativement complètes sur les programmes d’échange de seringues. Une évaluation à l’échelle nationale des programmes d’échange de seringues en Grande-Bretagne a montré qu’ils ont assez bien réussi à atteindre les injecteurs de drogue et qu’ils ont permis des changements de comportement positifs chez les clients de ces programmes. Beaucoup d’usagers injecteurs cachés et plus vulnérables n’ont cependant pas encore été contactés (Stimson et al., 1988 ; Lart et Stimson, 1990). Des évaluations d’échange de seringues à Amsterdam (Buning et al., 1988) et à Rotterdam (Grund et al., 1992) ont également montré qu’il y avait moins de partage de seringues chez ceux qui participent aux programmes d’échange, et que le nombre d’usagers de drogues qui entrent en traitement et dans des programmes de réinsertion avait doublé.

En Europe, les interventions de proximité les plus larges ont tendance à être moins évaluées. L’évaluation du projet de proximité du Central London Action on Street Health (CLASH) a été l’une des premières interventions de proximité sur le VIH à être évaluée en Grande-Bretagne (Rhodes et Holland, 1992). L’évaluation qui a été menée faisait partie d’un projet de recherche plus vaste étudiant les interventions de proximité comme moyens de prévenir l’infection au VIH. L’évaluation a combiné des méthodes qualitatives et quantitatives et avait trois objectifs principaux :

  • décrire le déroulement et le fonctionnement du projet ;

  • suivre les résultats du projet et la réalisation des objectifs ;

  • évaluer la faisabilité et l’efficacité du projet en tant que modèle d’éducation à la santé par le travail de proximité.

Dans l’évaluation du CLASH, la partie qui concerne le travail a présenté une description approfondie de la faisabilité et de l’efficacité du projet en matière de gestion et d’organisation, mais aussi de prestation de service et de méthode de travail (Rhodes et Holland, 1992). En 1996-97, le Centre d’Etudes pour le VIH/Sida et la Drogue (CHADS) d’Edimbourg a évalué trois projets majoritairement investis dans du travail de proximité, intervenant de façons différentes mais compatibles (Grant, 1997). Cette évaluation a pesé lourdement sur l’étude du CLASH et s’est centrée davantage sur le travail que sur les résultats.

D’autres évaluations ont été menées sur des interventions de proximité moins importantes qui ont contacté un grand nombre de personnes, sur des études de cas faites sur un petit nombre d’usagers polyconsommateurs et sur une formation et une initiation au travail de proximité en milieu rural. Des évaluations se pratiquent de plus en plus aux Pays-Bas et en Grande-Bretagne, mais moins dans le reste de l’Europe. Une évaluation du travail d’un projet de proximité par l’éducation par les pairs en milieu scolaire a récemment été menée à Barcelone (Villalbi, 1997).

Le cadre du suivi et de l’évaluation utilisé par les projets de proximité cités ci-dessus varie de façon importante. L’évaluation du travail semble en général le type d’évaluation le plus adapté à un travail de proximité. La collecte et l’interprétation de données quantitatives peuvent être approfondies par des méthodes qualitatives d’observation, par une prise en compte systématique du contexte de la prestation de service et par l’étude du rapport entre le cadre du programme et les résultats attendus (Booth et Koester, 1996).

Les méthodes de recherche qualitatives, qui comprennent des observations directes et des interviews avec des questions ouvertes auprès des intervenants de proximité et des clients, peuvent aider à répondre aux questions sur le succès d’une intervention de proximité en rapprochant ses objectifs et ses stratégies. Les méthodes qualitatives ont l’avantage de situer les interventions dans le contexte personnel, social, politique et économique où elles se trouvent et peuvent aider à identifier les conditions et les circonstances qui influencent le déroulement de l’intervention (Booth et Koester, 1996). Ainsi ces approches n’apportent pas seulement des informations contextuelles pour mesurer les résultats obtenus mais sont aussi précieuses pour décrire les étapes compliquées qui se produisent lorsqu’on donne et reçoit des messages d’éducation à la santé (Rhodes et al., 1991b).

(Rhodes et al., 1991b) ont suggéré une série d’indicateurs de base pour les résultats, en précisant que l’efficacité d’une intervention de proximité peut se mesurer à la façon dont les populations cibles reçoivent et adoptent les pratiques de réduction des risques. Si on ne peut pas avoir cette information, alors des mesures plus urgentes comme des résultats cognitifs ou de comportement peuvent être prises, bien qu’elles ne suffisent pas à attester un changement de comportement. Une autre mesure possible est le degré avec lequel les populations cibles ont été contactées. Mais les auteurs reconnaissent que cette information peut aussi être limitée car le nombre de contacts pris dans les populations cibles est parfois faible. Une comparaison entre les projets de proximité doit aussi se faire avec précautions étant donné la diversité locale, régionale et nationale des populations cibles et des comportements de transmission du VIH (Rhodes et al., 1991b).

Le style d’une évaluation doit s’adapter à l’évolution des besoins, devrait combiner dans l’idéal des méthodes qualitatives et quantitatives et comporter des mesures du travail et des résultats (voir (Rhodes et al., 1991b ; et l’évaluation du projet CLASH dans Rhodes et Holland, 1992). Les évaluations sont plus utiles quand elles sont intégrées à l’ensemble du projet dès le départ, en collaboration avec les intervenants de proximité et les gestionnaires. Une recherche orientée sur l’action devrait nourrir un processus continu d’analyse et de mise en œuvre de l’intervention. Pour l’évaluation de programmes de prévention dans des réseaux communautaires, une analyse chronologique sans une étude expérimentale porte à la fois des points de force et de faiblesse. Le matériel qualitatif, s’il est difficile à mesurer, est essentiel au succès de tout projet de proximité. Les évaluations ne mesurent pas toujours la somme des contacts de proximité lorsque ces derniers sont supposés avoir eu lieu avant que les personnes reçoivent les équipements ou les services proposés par l’association. Cependant quand une association rencontre des résistances de la part de la population des consommateurs potentiels, les activités de proximité et le programme d’intervention ont tendance à se chevaucher. Richard et al. (1996) expliquent que les intervenants de proximité font partie de l’ensemble de l’intervention et ont des effets significatifs pas seulement sur l’équipe mais aussi sur la prestation de service même. Les questions d’évaluation et de mesures soulevées par les pré-contacts pris pour un travail de proximité peuvent être mieux abordées en améliorant la collecte des données quantitatives de ces contacts.

Vers un systeme d’information européen



L’Union Européenne, et l’EMCDDA en particulier, reconnaît le besoins d’informations évaluatives sur les interventions et les programmes de drogue, dont le travail de proximité, et le besoin de diffuser l’information sur l’efficacité des projets de proximité. La ‘Première Conférence Européenne sur l’Evaluation de la Prévention de la Drogue’ qui s’est tenue à Lisbonne en mars 1997 a conclu que des outils normalisés devront être développés pour mener à bien ces évaluations, et que la fiabilité et la validité de ces outils sont les clés de résultats durables (EMCDDA, 1998). Lors de cette rencontre, le travail de proximité a aussi été abordé, en particulier dans le contexte des drogues de synthèses et du travail pour la jeunesse avec les pairs (Lewis, communication personnelle).

Le fait que les outils d’évaluation sont souvent mis au point ad hoc pour des études spécifiques rend les comparaisons entre les projets très difficiles. La Banque des Outils Européens mise en place par l’EMCDDA est destinée à aider les financeurs, les chercheurs et les prestataires de service à faire face à ce genre de difficultés. La relation intime entre la recherche épidémiologique et beaucoup d’activités sur la prévention du VIH et des drogues a déjà amené un certain partenariat, pour certains depuis le milieu des années 80. La rapidité d’intervention souvent exigée par les projets de proximité ne leur laisse parfois pas assez de temps pour mettre en place des résultats et des indicateurs adaptés. La conférence de Lisbonne a mis l’accent sur le besoin d’impliquer tous les acteurs dans l’évaluation des interventions communautaires. Cela peut nécessiter une négociation constante pour définir les objectifs et les procédures de travail mais c’est presque toujours indispensable dans le travail de proximité communautaire.

EDDRA



Avec le questionnaire EDDRA, l’EMCDDA procède à une collecte systématique d’informations sur une large gamme d’activités de réduction de la demande en Europe afin de les inclure dans la base de données EDDRA. Le questionnaire comprend huit parties :

  • identification ;

  • passé et objectifs ;

  • caractéristiques principales ;

  • évaluation du programme ;

  • résultats de l’évaluation ;

  • budget ;

  • résumé ;

  • résultats.

Pour les projets destinés à être inclus dans la base de données, certaines parties du questionnaire sont obligatoires et d’autres sont facultatives. Des informations à la fois quantitatives et qualitatives sont recueillies. L’ensemble du questionnaire est disponible sur Internet, sur le site de l’EMCDDA : http://www.emcdda.org/.

Conclusion



Le questionnaire EDDRA ne comporte pas de questions concernant un inventaire informatisé des projets de proximité au niveau national dans les Etats membres, et il est apparu que les Points Focaux Nationaux n’ont pas nécessairement cette vue d’ensemble des projets de proximité dans leur pays. Une autre difficulté est que les activités de proximité se font dans le cadre d’associations de taille variable : elles peuvent être au centre d’un projet, être l’une des activités d’un organisme aux services variés, ou une partie intégrante d’un service plus spécifique comme un service à bas seuil. Faire l’inventaire des services de proximité existants pourrait être une tâche importante pour les Points Focaux de chaque Etat membre.

Si l’on veut faire le tour de l’ensemble des informations quantitatives et qualitatives sur le travail de proximité au niveau européen, la première question traiterait des pratiques actuelles de travail de proximité – comment les projets de proximité informent vraiment leurs services, quelles sortes de données recueillent-ils régulièrement (s’il y en a) et dans quel but ? S’ils font des évaluations, avec quelles méthodes ? De plus, les capacités et les limites des différents acteurs impliqués dans la collecte des données et l’évaluation devraient être estimées, en comprenant le service de proximité dans son ensemble, les intervenants, les groupes cibles, les financeurs et les décideurs politiques concernés. Certaines de ces questions sont générales – et d’autres types de services doivent aussi exprimer leur besoin croissant de collecte de données et d’évaluation dans leur travail de suivi de l’efficacité de leur prestation de service. Mais comme on l’a vu dans les chapitres précédents, le travail de proximité se caractérise aussi par une pratique particulièrement autonome, et c’est de cet angle particulier que la collecte de données et l’évaluation devraient être approchées.

L’EMCDDA a mis en place une saisie de plus en plus importante de données sur la prévalence et le traitement de l’usage de drogue, même si les informations recueillies sont encore plutôt quantitatives. Bien que le cadre général du questionnaire EDDRA pourrait être pris comme point de départ, il faudrait garder à l’esprit que les projets de proximité de beaucoup de pays en sont encore à une phase exploratoire. Au niveau des Points Focaux Nationaux, aucun système n’a encore été mis en place pour la collecte de données sur les projets de proximité. Aussi faire l’inventaire de ces informations à une échelle européenne demanderait un énorme effort et un travail de conversion méthodologique.

Une question importante est de savoir si le travail de proximité se prête à la production des informations que l’EMCDDA recherche. Même si c’est le cas, la question centrale est inévitablement de savoir si ce sont les formes d’informations les plus demandées actuellement par l’ensemble de ceux qui font du travail de proximité. Ces questions méritent d’être prises au sérieux. Les résultats de l’étude qui est à la source de cet ouvrage montrent clairement que les intervenants de proximité ressentent un immense besoin d’information et d’un forum d’échange d’expériences. Ce besoin concerne les progrès dans les méthodes de travail, les directives, les méthodes de collecte de données, la formation et la coopération entre les différents types d’intervenants et de services, ce qui est sans doute plus important que le besoin d’informations factuelles. Une évaluation systématique des projets de proximité en est encore à ses premières étapes dans la plupart des pays, mais pas seulement à cause d’un manque d’intérêt ou de compétence. Cela vient aussi de la nature particulière du travail de proximité, ses relations avec les autres services, ses ressources inadaptées et les contextes politiques et sociaux dans lesquels il doit évoluer.
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