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« Hep brezhoneg, Breizh ebet »76

Ouest-France comme Le Télégramme dressent progressivement des bulletins de plus en plus alarmistes sur la pratique du breton. « Sur 2,8 millions d’habitants, la région Bretagne compte 689 000 bretonnants. C’est le chiffre de base d’une étude de l’Insee sur la connaissance du breton. Chiffre subdivisé maintes fois par l’auteur, Loeiz Laurent, qui distingue trois types de bretonnants et divers niveaux de connaissance. Et constate que la réalité bretonnante est à la fois menacée de disparition et pourtant bien vivante. »77. Dans cet article, l’auteur distingue trois catégories de bretonnants : les bretonnants de naissance (268 000), les bretonnants par immersion (381 000), et les bretonnants par enseignement (40 000). En conclusion, l’auteur constate la « défaillance » des parents dans la transmission de la langue à leurs enfants, et donc le rôle indispensable de l’enseignement du breton pour en assurer la survivance : « La pérennité de la connaissance du breton dépend donc essentiellement, aujourd’hui, de son enseignement. A charge pour les bretonnants concernés de transmettre, mieux que leurs aînés, cette langue à leurs enfants. D’une enquête réalisée en 1992 par l’Insee-Ined sur la transmission en France de la langue maternelle, les taux de perte variaient de 5% pour le turc à… 100% pour le breton… L’Insee estimant quand même, après pondération, à 3% le taux de transmission du breton de parents à enfants. ».

Ce discours est mainte fois repris par la presse régionale, mais à chaque fois de plus en plus alarmiste. Des colloques sur les langues minoritaires permettent à ces journaux de faire des comparaisons avec d’autres régions d’Europe et de dresser un état des lieux des langues minoritaires européennes, et des méthodes à adopter pour leur développement : « Les langues minorisées à l’université en Europe : une rencontre sur ce thème vient de dérouler à Lorient. Sans un enseignement supérieur qui les utilise comme outil de savoir, les petites langues auront de plus en plus de mal à se maintenir. Telle est l’idée forte de ce premier colloque. »78. Ouest-France, par des arguments chiffrés, montre que les Bretons sont en retard dans les politiques d’enseignement de leur langue vis-à-vis des autres régions d’Europe : « En Bretagne, il existe des cours pour la langue bretonne, mais pas d’enseignement assurés en langue bretonne. Toute la nuance est là. Sur le plan démographique, le basque est la langue d’éducation d’environ 30% des Basques, le gaélique celle de 5% des Irlandais et le breton est utilisé pour 1% des enfants scolarisés en Bretagne. […] Les petites langues ont de l’avenir chez leurs locuteurs. Les grandes structures étatiques se moquent bien de ce qu’il peut advenir du gaélique irlandais ou écossais, du galicien, de l’alsacien ou du breton. Aux bretonnants de se prendre par la main, et de regarder ce qui se fait ailleurs. Le colloque de Lorient a montré que les bonnes idées circulaient vites chez les minoritaires. ». Ceci est donc un vibrant appel à la mobilisation des bretonnants de la part d’Ouest-France.

La presse régionale représente donc la langue bretonne comme une « entité vivante » aujourd’hui à « l’agonie », et menacée de « mort », si aucune politique volontariste n’est mise en place. Dans un dossier de dimanche Ouest-France79, le journal retrace toute l’histoire de la langue bretonne. Une histoire « très ancienne » qui résulte « d’une symbiose du gaulois (parlé avant les invasions romaines) et du gallois (apporté en Armorique autour du Vè siècle par les Bretons insulaires). Seule survivance d’une langue celtique qui couvrait vers 300 avant Jesus-Christ près des deux-tiers de l’Europe ». Cette langue ancestrale qui s’est perpétuée pendant des siècles connaît cependant une « longue agonie », les raisons en sont multiples : « Son abandon par les élites à partir du XIè siècle marquera le début d’une lente marginalisation. Autant dans l’usage que dans la géographie. La Révolution, qui accorde au français le statut de langue de la Liberté porte le premier coup sérieux. ». Mais son déclin est surtout le résultat d’une politique de « francisation musclée » pour Ouest-France : « A partir de 1880, selon l’expression de l’Universitaire Fañch Morvanou, le dispositif de francisation des bretonnants se fera plus musclé. L’école y prend une part déterminante. C’est l’heure de la ‘vache’ objet d’infamie que les enfants surpris à ‘baraguiner’ doivent se refiler. ».

Le Télégramme dresse le même bilan alarmiste en partant de la question : « Où en est la langue bretonne et quel avenir peut-elle avoir ? ». Le journal prédit un déclin irréversible de la langue sur quelques décennies si l’évolution de son usage continue de décroître à la même vitesse : « La langue bretonne survivra-t-elle ? ‘Tous les indicateurs sont au rouge’, répond Olier ar Mogn, directeur de l’office [de la langue bretonne]. ‘Le nombre de locuteurs, aujourd’hui estimé à 304 000, continue de décroître d’année en année, et, si elle continue à ce rythme, l’arrivée de jeunes bretonnants ne permettra pas de compenser la disparition des anciens’. Le fait que la transmission familiale de la langue soit aujourd’hui quasi-inexistante est également alarmant. Par ailleurs, l’absence de la reconnaissance d’un statut officiel au breton est également pénalisante. »80. Face à ces prévisions pessimistes, les deux quotidiens régionaux vont encourager toutes les politiques engagées en faveur du breton.
Une politique très active des militants bien relayée par la presse quotidienne régionale [voir Annexes 3 et 4].

Les militants assurant la « défense » de la langue bretonne sont très actifs et organisent régulièrement des manifestations, des colloques, des campagnes de bombage de panneaux routiers… Toutes ces actions, légales ou non, sont toujours très médiatiques et soutenues par la presse régionale. Les grèves de la faim en sont un bon exemple, car les grévistes arrivent facilement à faire entendre leurs revendications, surtout s’ils sont bien relayés par les médias. Ainsi en 1991, dans un article intitulé « Campagne pour la langue bretonne. Les grévistes de la faim à Bruxelles »81, Ouest-France explique que « Faire pression sur l’Etat français via l’Europe, tel est le but des défenseurs de l’enseignement du breton venus, hier à Bruxelles, témoigner avec l’appui des députés écolos du Parlement européen. ». Le journal met ensuite en avant les résultats obtenus par cette méthode : « La délégation comprenait en particulier Yannig Baron, président de Dremmwel, et Michel François, conseiller municipal à Nantes. Par leur grève de la faim, tous deux ont récemment forcé l’Education nationale à répondre à leurs demandes, du moins en partie. Un stage accéléré de trois mois pour former des enseignants doit débuter lundi à Vannes, tandis que le nombre d’heures d’enseignement du breton passera de 16 à 36 en Loire-Atlantique à la rentrée prochaine. ».

Les manifestations en faveur de la langue bretonne sont elles aussi très médiatiques. Dimanche Ouest-France en a fait sa « Une » le 5 avril 1998 : « 2500 manifestants pour la langue bretonne à Rennes ». On y voit une photo du défilé et de nombreux drapeaux bretons avec ce commentaire : « Jamais la défense de la langue bretonne n’avait provoqué autant de ferveur. Dans un cortège parsemé de ‘gwen ha du’, entre 2000 et 3000 personnes ont défilé hier en famille pour dire leur attachement au Breton. ». Dans le même journal, un article du journaliste Alain Thomas demande l’officialisation des langues minoritaires en France, l’article s’intitule d’ailleurs « Le breton se veut ‘yezh ofisiel’ [‘langue officielle’] », et le journaliste est très enthousiaste : « La langue bretonne se porte bien. Sur le pavé rennais, elle étale sa vitalité. Mais il faut aller plus loin. Le moment est venu d’obtenir une vraie reconnaissance. ». Cet article est illustré par deux photos, dont l’une est une photo d’enfants qui portent des slogans en breton sous un immense drapeau breton avec ce commentaire : « Les enfants des écoles étaient très nombreux dans le défilé : le breton a de l’avenir ! ». Ce ton euphorique revient à chaque manifestation comme celle du 6 décembre 1998 : « Langues régionales : 6000 manifestants. Venus de toute la Bretagne à Quimper, ils réclament la signature immédiate de la charte européenne. »82 ou « Pour la signature de la charte des langues régionales. 6000 manifestants à Quimper »83. Ces chiffres sont pourtant inférieur dans le journal Le Monde du 8 décembre qui indique que 4000 à 5000 personnes ont manifesté à Quimper pour la reconnaissance du breton. Les articles d’avant les manifestations sont tout aussi engagés comme le montre un article du Télégramme de Quimper du 16 mars 2001 : « Le breton à l’école : tous unis pour la manif du 24. ». Le journaliste, Gérard Classe, argumente en faveur de cette manifestation : « L’enseignement du breton, toutes filières confondues, ‘pèse’ 6500 élèves dans la région. Ce nombre, en constante augmentation, subirait une inflation considérable si tout était fait pour la mise en place, enfin réelle, d’un plan de développement du bilinguisme en Bretagne. Clef de voûte de tout un système à établir clairement : le concours de recrutement d’enseignants bilingues dès 2002. Le surplace ministériel n’ayant que trop duré, Dihun, Divyezh et Diwan se feront entendre en masse, samedi 24 à Quimper. ». Il s’agit donc ici d’un appel presque explicite à aller manifester.

L’appel à manifester pour l’une des dernières grosses manifestations en faveur de la langue bretonne est encore plus explicite : « Défense de la langue bretonne : appel commun à manifester »84. Le Télégramme donne ici les raison de cet appel : « ‘La culture bretonne ne résistera pas à la mort de la langue’ : après l’énorme succès de la nuit celtique, c’est l’inquiétude des bretonnants qui fait l’actualité. Toutes les écoles bilingues et les associations culturelles appellent à manifester, à Rennes, samedi, afin d’obtenir une révision de la constitution française. ». Cette manifestation a été plus médiatique que les précédentes, d’abord parce qu’il y avait beaucoup plus de monde, mais aussi parce qu’elle s’est déroulée en Haute-Bretagne à Rennes. Les deux journaux étaient donc plus enthousiastes que jamais et annoncent une mobilisation record de 15000 manifestants : « De mémoire de militant, c’était la plus grande manifestation en faveur de la langue bretonne jamais organisée, même au plus fort des années soixante-dix. A la différence des précédents défilés de Carhaix, Quimper ou Vannes, l’ensemble du mouvement culturel breton semble avoir répondu à l’appel, bagadoù et cercles celtiques compris. On a dansé la gavotte sur les quais avant que bombardes et binious ne jouent leur partition devant la préfecture de région et le conseil régional. A un an des élections régionales, le sujet semble pris suffisamment au sérieux pour qu’une trentaine d’élus de tout bord enfilent une écharpe noir et blanc. »85. Le journal va même jusqu’à expliquer et justifier la tenue d’une telle manifestation dans une ville, Rennes, où l’on a jamais parlé breton : « Le défilé de samedi pour la défense du breton a largement surpassé ceux de Carhaix, Quimper et Vannes les années passées, alors que peu de Rennais pratiquent la langue. Les manifestants venaient certes de toute la Bretagne, mais Rennes s’affirme désormais comme un point d’ancrage de la langue celtique de Bretagne grâce à l’université qui y forme la moitié des étudiants en breton et aux écoles bilingues qui regroupent plus de 400 élèves. »86.

Les deux quotidiens semblent être sur la même longueur d’onde et il est parfois difficile de distinguer de quel journal provient tel ou tel article en dehors des différences de typologie utilisée. Pour s’en convaincre, il suffit de regarder certains titres d’articles parus le même jour : « Signalisation bilingue : apprendre le breton en flânant » dans Le Télégramme de Lorient du 18 novembre 1999, et « L’office de la langue bretonne pour la juste traduction. Le bilinguisme bien vu en ville » dans Ouest-France de Lorient le même jour ; ou encore « L’Office de la langue bretonne engage un programme ambitieux » dans Le Télégramme du 4 juin 2001, et « En deux ans, l’‘Académie’ bretonne s’est imposée dans le paysage. Les ambitions de l’Office de la langue » dans Ouest-France du 5 juin 2001. Il en ressort une impression de mimétisme, ou de partage total de point de vue.

Même remarque pour « La semaine de la langue bretonne » initiée par la Conseil culturel de Bretagne et diverses associations bretonnes du 1er au 7 octobre 2001. Pour Ouest-France : « La première semaine d’octobre sera celle de la langue bretonne. Tout ce que le breton compte de militants est donc aujourd’hui à pied d’œuvre pour en faire découvrir les richesses et convaincre le grand public de la justesse d’une cause longtemps ignorée ou malmenée »87. Le Télégramme n’est pas en reste est y consacre la « Une » du 28 septembre 2001 ainsi que tout un dossier de plusieurs pages intitulé : « Parler breton, c’est parler européen » dans lequel le journal explique la nécessité d’une telle initiative : « D’un côté, des enfants et des adultes toujours plus nombreux à apprendre le breton et de l’autre, une langue qui n’a jamais été aussi menacée avec la disparition chaque année de milliers de locuteurs. La langue bretonne est à la croisée des chemins. ». Dans ce dossier, même les publicités sont en breton comme celle des Intermarchés Mousquetaires : « E ti ar Mousketer n’eo ket ker ! » (Moins cher c’est Mousquetaires !). Certaines entreprises savent exploiter le capital de sympathie dont bénéficie la langue bretonne.

Les deux quotidiens, Ouest-France et Le Télégramme, accordent donc une grande importance à la langue bretonne, qu’ils érigent en symbole d’une « identité bretonne » menacée. Ils dressent donc des « bulletins de santé » souvent alarmistes concernant le breton et prédisent la « mort » de la langue si aucune politique volontariste n’est engagée, comme s’il s’agissait d’une entité « vivante » qu’il faut à tout prix préserver. L’Etat français est encore une fois le principal accusé car jugé responsable de cette situation. Dans cette logique, on demande donc « réparation historique » à celui-ci, notamment par la ratification de la Charte sur les langues minoritaires et régionales. Les deux quotidiens vont donc traiter avec beaucoup de sollicitude toutes les initiatives des militants qui défendent la cause de la langue bretonne, voire même les soutenir et les encourager comme pour les écoles Diwan depuis leur création. Ils le font avec d’autant plus d’enthousiasme que cette cause, confrontant le « faible » (la langue ‘minoritaire’ bretonne) contre le « fort » (l’Etat français), bénéficie d’un grand capital de sympathie de la part des Bretons, et de tous les Français en général.

Chapitre 3 : Un renouveau culturel breton donné comme conforme aux « traditions celtiques ».
« Depuis des siècles, la Bretagne chante et joue, sur les places de ses villes et de ses villages, sous les voûtes de ses églises et de ses abbayes, dans ses festivals aujourd’hui »88
S’il est un domaine dans lequel la presse quotidienne bretonne s’est beaucoup investie depuis les années 1970, c’est bien celui de la culture, principalement par le biais de la musique. Les festou-noz (fêtes de nuit), ainsi que tous les grands festivals de musique et de danse bretonne (concours de chant traditionnel comme le Kan ar Bobl, le Kan ha Diskan, le festival Interceltique de Lorient…) sont de plus en plus médiatiques, et de plus en plus soutenus par la presse régionale qui s’associe aux grands évènements comme Ouest-France avec la Nuit Celtique au Stade de France.
A - L’après Mai 68, période faste du mouvement culturel breton très populaire et de plus en plus médiatisé.
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