Bibliographie p. 122





télécharger 0.64 Mb.
titreBibliographie p. 122
page7/19
date de publication22.04.2017
taille0.64 Mb.
typeBibliographie
m.20-bal.com > loi > Bibliographie
1   2   3   4   5   6   7   8   9   10   ...   19

Une participation croissante au mouvement culturel breton [Voir Annexe 5].

Tous les grands évènements musicaux, festival interceltique de Lorient, Nuit celtique au Stade de France, festival des Vieilles Charrues à Carhaix, ainsi que de nombreux festou-noz sont soutenus et parrainés par Ouest-France et Le Télégramme. Explication de M. Quiviger : « On a un magazine culturel tous les jours qui est un élément ciment de ce renouveau musical, ça c’est évident. […] Bien sûr qu’on accompagne fortement et qu’on aide au niveau de la musique, des festivals, des mouvements culturels bretons. Mais ça, je dirais qu’on ne le fait pas par opportunisme, mais par volonté de l’entreprise et des journalistes qui la forment d’être bien dans sa peau et bien dans sa région, et que la région soit une région où il soit agréable à vivre. »107. Pour M. La Prairie, rédacteur en chef chargé de mission presse-école à Ouest-France : « On aime bien nous à Ouest-France voir ce qui rassemble les gens sur des choses positives avec renforcement du lien social. Dans la ligne éditoriale du journal, ce sont des choses qui font bien, donc on essaie d’être bien présent là-dessus. Ce sont des attitudes qui à mon avis convergent toutes dans le même sens, c’est-à-dire favoriser un certain développement de ce qui est né sans nous et qu’on a pas suscité. »108. Les deux journaux profitent donc du capital de sympathie que suscite le mouvement culturel breton auprès de la population bretonne pour s’associer et soutenir ce mouvement aux vertus « fédératrices ».

Ouest-France explique son engagement auprès d’événements culturels breton comme la Nuit Celtique : « A NOUVEAU, l’émotion, la magie, la communion. La Nuit Celtique 2003 illustre, comme celles qui l’ont précédée, la diversité et la créativité de cultures portées par des mémoires vivantes. Ouest-France s’y associe en présentant les têtes d’affiche de la fête et, surtout, en décrivant la vitalité culturelle en Bretagne. […] Avec ceux qui réfléchissent à l’avenir, nous nous posons aussi des questions : l’élan culturel, l’émotion collective ne suffisent pas à nourrir un dessein pour demain. Yves Morvan, président du conseil économique et social, donne le ton du débat : ‘Dans cette région de tous les possibles, on ne réussira qu’en additionnant des ambitions’. »109. Le journal va, dans le même hors série, souligner l’engagement identitaire d’un festival comme les Vieilles Charrues, à la programmation rock pourtant très éclectique : « ‘Promouvoir la culture et la langue bretonne’. Sur une seule ligne, explicites, les statuts de l’association des Vieilles Charrues résument bien l’engagement identitaire d’un festival en apparence moins celtique que d’autres. […] c’est le souffle de la Bretagne qui fait battre le cœur des organisateurs et de milliers de festivaliers. ‘Manifestation culturelle large, les Vieilles Charrues sont foncièrement bretonnes, faites par des Bretons en plein cœur de la Bretagne’, note Yann Rivoal, directeur du festival. »110. Le journaliste explique ensuite en quoi consiste, concrètement, cet engagement : « Cet engagement culturel et identitaire s’est traduit en 1998 par un don d’un million de francs à Diwan. Aujourd’hui, il prend la forme d’un soutien apporté au projet de technopôle culturel de Carhaix ou par une constante utilisation du bilinguisme durant le festival, sur l’affiche ou sur le site internet. Depuis trois ans, cet engagement va encore plus loin, grâce à la création des Mémoires du Keiz-Breizh. Emanation du festival, cette association, à travers une revue trimestrielle, est un acteur fort de défense et de transmission du patrimoine centre-breton. Enfin, les Vieilles Charrues n’ont jamais exclu de leur programmation les artistes bretons. ‘Au contraire, les plus grands noms y ont joué’, note Yann Rivoal. […] Pour les autres, un cabaret breton, convivial et festif, a été créé depuis deux ans. Il est un nouvel espace à part entière consacré à la culture bretonne. Traçant davantage encore le sillon d’une Bretagne fière de son identité revendiquée, ouverte vers les autres et l’extérieur. ».

Le Télégramme va, de son côté, s’indigner du manque d’argent que la Région consacre à la culture et à la langue bretonnes : « Dans le budget de la Région pour l’année en cours – 3,3 milliards – la ‘culture et la langue bretonnes’ ne pèsent que pour 12,2 MF [millions de francs]. Rapporté à l’ensemble de la population, 2.873.000 habitants, cela équivaut à une dépense par tête et par an de 4,30 F. Une misère, et encore ce budget est-il en progression. L’engagement de la Région ne se réduit pas à ce seul chapitre. L’action culturelle, au sens large, représente 109 MF, c’est-à-dire environ 3% du total. »111.

Pour M. Quiviger, cet engagement en faveur de la culture bretonne relève d’un choix éditorial entièrement assumé : « De temps en temps, je crois que nous pouvons aller plus loin, c’est à dire pousser le débat sur tel ou tel point. Effectivement, on encourage le développement de la musique bretonne à travers des pages et des pages sur la musique bretonne, c’est évident. C’est évident qu’à ce moment-là on joue un rôle. C’est évident que lorsqu’on créé une page ‘Histoire de Bretagne’, ce n’est pas neutre, ça n’existait pas. Il n’y avait pas un journal en Bretagne qui avait créé une page sur l’histoire de la Bretagne qui est peu ou inconnue des Bretons. Pourtant, une histoire, ça fait un pan entier de l’identité. Celle-ci est occulté par l’Etat français puisqu’elle n’est pas enseignée. Or on sait que quelque part, l’histoire est utilisée comme argument de débat politique. On nous rabâche toujours les histoires d’Anne de Bretagne, les histoires de traités… Donc c’est important de les comprendre, de savoir ce qui s’est passé, de connaître la société féodale bretonne, où l’on était en présence de seigneurs qui ne voulaient pas payer d’impôts pour garder leur indépendance. Ce sont des éléments importants car les gens se battent pour ça. Il y a des tabous aussi à dire ou à faire tomber. Donc quand on créé une page hebdomadaire ou tous les jours sur ‘l’Histoire de la Bretagne’, ce n’est pas neutre, ce sont des choix éditoriaux. Lorsqu’on décide de créer une fois par semaine une rubrique en breton, c’est aussi un choix très lourd. Vous me direz que c’est très peu, mais c’est un article en breton, et non pas un article en breton pour des débiles, comme c’était le cas auparavant, mais un article sérieux de journaliste sur une actualité, et là, ce n’est pas neutre. Donc à travers nos choix éditoriaux, on affiche et on positionne des actions, des actes qui peuvent avoir une conséquence sur l’identité. »112. La prise de conscience du rôle du journal dans le renouveau de « l’identité bretonne » est donc ici totale, et expliquée en toute sincérité. Cependant, l’Etat en prend encore pour son grade, accusé « d’occulter » l’histoire de la Bretagne.
La représentation d’une grande « Celtie » de plus en plus usitée.

La « Celtie » est donc une autre représentation très à la mode. Elle regroupe la Bretagne, le Pays de Galles, l’Irlande, l’Ecosse, la Cornouaille, L’île de Man, et même la Galice et les Asturies. C’est à partir de ces différents territoires qu’à été créé le festival international des cornemuses à Lorient en 1970, rebaptisé festival interceltique en 1978. Celui-ci constitue pour Ouest-France « Une chevauchée fantastique pour Lorient, pour la culture bretonne réhabilitée et pour la grande famille celtique retrouvée »113. Ces journaux cherchent donc à promouvoir ce nouvel espace qui se créé sur cet axe culturel : « C’est en désignant un responsable dans chaque pays frère que le festival a pris une dimension réellement interceltique. »114. Ouest-France va même jusqu’à souligner une filiation celte à la musique country : « On notera, d’ailleurs, que la country traditionnelle est de la famille musicale celte, puisque d’origine irlandaise et écossaise. »115.

Cet espace gagne même une certaine légitimité au sein du Conseil de l’Europe : « D’ailleurs, par ces nouveaux courants, les Celtes ont tant rappelé leur existence que le Conseil de l’Europe a confié à Jean-Pierre Pichard [directeur du festival interceltique et fondateur des Nuits celtiques] précisément l’étude, à but de tourisme culturel, d’une signalisation routière sur les Celtes depuis le Vè siècle avant J-C à mettre en place de la Hongrie et la Tchécoslovaquie jusqu’aux îles britanniques. »116. Une représentation qui prend lentement forme donc, comme le confirme le ton utilisé dans les récents articles de Ouest-France : « Rien ne prédestinait sans doute Lorient à devenir la capitale mondiale de la celtitude. La ‘Mecque’ vers laquelle convergent chaque début du mois d’août quelques centaines de milliers de terriens parmi les 320 millions qui se reconnaissent aujourd’hui une origine celte ou tout au moins une forte connivence avec cette culture. […] A la tête du tout jeune festival de Lorient, Jean-pierre Pichard comprend que la culture, et singulièrement la musique bretonne ne trouveront pas leur salut dans les limites de l’espace breton. Le complexe de Bécassine-la-plouc y est encore bien trop présent ! Sans une reconnaissance extérieure, se persuade Jean-Pierre Pichard, rien ne sera possible. C’est dans les Highlands et du côté de Galway qu’il ira rechercher la caution dont ont besoin les bagadoù pour reprendre confiance. […] Le pari de l’Interceltique était gagné. Il prendra un peu tard sa vraie dimension de rendez-vous mondial de la musique celtique. »117. Encore une fois, le salut est venu de l’extérieur, des « frères celtes », pour redonner confiance à ces Bretons relégués au rang de « ploucs » par ces Français qui cherchent à les « complexer ».

Décidément, certaines représentations sont tenaces. Elles sont parfois exposées telle une longue épopée lyrique comme l’a fait Jean Lallouët, directeur départemental d’Ouest-France dans le Finistère : « Le 15 mars, la Bretagne va donc monter à Paris. Comme on disait autrefois. Un peu plus fièrement et gaiement qu’autrefois, peut-être. Qu’à l’époque où pour beaucoup de ses enfants, la capitale marquait le bout du chemin d’un exil obligé et malheureux, d’un exode qui saignait une famille trop fertile et une terre qui ne l’était pas assez. […] Par son caractère exceptionnel, ses dimensions grandioses, cette nuit celtique pourrait être le symbole d’une Bretagne conquérante, qui a puisé dans le spectacle quotidien de la mer et le souvenir de ses migrations ancestrale le goût des grands espaces et une certaine idée de l’infini ; d’une Bretagne qui respire les vents du large et reprend son souffle dans les tempêtes ; d’une Bretagne inspirée et nourrie par une longue Histoire qui se mêle, dans la nuit des temps, à des légendes écrites à la table des dieux… »118.

La Nuit Celtique organisée au Stade de France depuis 2002 le jour de la Saint Patrick par le même Jean-Pierre Pichard est donc le deuxième grand rendez-vous des « Celtes » de l’année. Pour Le Télégramme, c’est un franc succès : « Dans trois semaines, le Stade de France reprendra une pincée de Celtes. D’ores et déjà, les billets ‘Nuit Celtique’ partent comme des petits pains. Jean-Pierre Pichard, concepteur et metteur en scène de ce nouveau rendez-vous, confirme l’engouement pour la grand-messe des Celtes. »119, « 20 000 personnes vont avoir la possibilité de danser sur la pelouse, convertissant cette célébration magique de la Saint-Patrick en plus grand fest-noz de l’histoire. »120. Ouest-France est tout aussi enthousiaste dans l’attente de cette deuxième Nuit Celtique : « La Nuit Celtique 2003 restera fidèle à l’esprit de 2002 : près de 100 000 personnes avaient alors applaudi des régiments de sonneurs écossais, gallois, irlandais, bretons et quelques-uns des plus grands noms de la scène bretonne, dont Dan ar Braz et Gilles Servat. ‘Il s’agit d’illustrer la puissance, la diversité et la qualité des cultures celtiques atlantiques qui ont survécu au rouleau compresseur de l’histoire des plus fort’, rappelle Jean-Pierre Pichard »121.

Jean-Pierre Pichard est alors érigé en héros, sauveur d’une culture celte, qui, pour en arriver là, a consacré « ses nuits à la promotion de la culture celtique, dont il pénètre les réseaux étrangers, essentiellement ‘tenus’ par des lobbies écossais et irlandais. Il prend alors conscience de l’étendue de la ‘jachère celtique’ et aussi du caractère ‘minuscule’ des Bretons. Aujourd’hui, pourtant, le Festival de Lorient est pleinement fédérateur d’une culture désormais connue à travers toute la planète. […] La médiatisation croissante du Festival Interceltique n’est évidemment pas étrangère au phénomène. »122. L’Etat français est mis en cause dans son manque de soutien financier au festival et est accusé d’en profiter : « Situé au premier rang national par sa fréquentation (125 000 entrée payantes) le Festival Interceltique s’autofinance à plus de 70%, à la différence des autres grands festivals de France largement subventionnés par le ministère de la Culture. Ce dernier ne lui verse que 100 000 F chaque année. Un très modeste retour de l’Etat qui chaque année empoche grosso modo 20 millions de francs grâce à lui, via la TVA. »123.

Ce qui est plus surprenant, c’est qu’après de nombreux articles jouant sur « les Celtes », « le peuple celte », « la Celtie », le journal Ouest-France, qui prend peut-être conscience d’abuser de cette représentation, va publier un article d’un professeur de l’Université de Bretagne Occidentale, M. Patrick Galliou, intitulé « L’illusion d’une ‘identité’ celtique »124, allant à l’encontre de cette représentation. Il s’agit, pour lui, de remettre les pendules à l’heure : « En ce début du troisième millénaire, la mode est aux Celtes, qui, des rayons de votre librairie à ceux de votre boulangerie, vous accompagnent, à chaque pas, ou presque, de vos jours, que rythment les accords de Dan ar Braz ou les coulées fluides de Didier Squiban. Sans vouloir gâter votre plaisir, que je partage sans vergogne, je me sens pourtant contraint, de jouer ici l’empêcheur de danser en rond – encore une danse celtique ? – et de préciser quelques notions essentielles à propos de cette appellation d’origine vraiment trop peu contrôlée. ». Ses arguments seront exposés dans le cinquième chapitre de la deuxième partie intitulé « Représentation versus information ? Quelle est la part d’objectivité dans ces représentations ? ».

Le renouveau culturel breton est certainement le domaine où la presse quotidienne régionale a joué le plus grand rôle en ce qui concerne « l’identité bretonne ». Elle a, dès la fin des années 1960, activement appuyé la démarche des militants de ce renouveau culturel principalement axé sur la musique, et donné comme conforme aux vieilles traditions dites « celtiques ». Au fil des articles, Ouest-France et Le Télégramme encensent cette vague identitaire en développant un discours culpabilisant l’Etat français, responsable selon eux d’œuvrer pour la disparition de la culture bretonne. Ils érigent donc Alan Stivell en héros et porte-parole de toute cette culture. Après une période de tassement dans les années 1980, les deux journaux se sont lancés depuis une dizaine d’années dans un engagement fort en faveur d’un regain culturel breton auquel ils ont pleinement participé, par leurs propos notamment sur « l’identité celtique », par la forte médiatisation qu’ils accordent à ce renouveau, et financièrement en soutenant les grands évènements culturels.

Chapitre 4 : Une Bretagne « amputée » qui doit retrouver sa dimension historique.
Le débat sur le rattachement du département de la Loire-Atlantique aux quatre autres départements de la Bretagne administrative est très ancien. Mais ce débat a pris une toute autre importance au fur et à mesure du renforcement du pouvoir régional depuis la création des Etablissement publics régionaux en 1972, l’instauration des Conseils régionaux dotés de pouvoir plus importants en 1982, et plus encore aujourd’hui avec la préparation de nouvelles réformes de décentralisation.
A - La mise en place d’un groupe de pression de plus en plus médiatique : le Comité pour l’unité administrative de la Bretagne (CUAB).
1   2   3   4   5   6   7   8   9   10   ...   19

similaire:

Bibliographie p. 122 iconBulletin officiel n° 17 du 23 avril 2015
Art. D. 122  Le socle commun de connaissances, de compétences et de culture prévu à l'article L. 122-1-1 est composé de cinq domaines...

Bibliographie p. 122 iconLe Code de la propriété intellectuelle n’autorisant, au termes des...

Bibliographie p. 122 iconLa réunion du Conseil Municipal se déroulera
«122 rue de Rubian», isolation de la façade de l’habitation; Mme maillard olga «Penandreff», clôture

Bibliographie p. 122 iconBibliographie la bibliographie est commune aux membres du groupe
«Nom de l’encyclopédie ou du dictionnaire», titre du volume et numéro (si encyclopédie), pages consultées

Bibliographie p. 122 iconBibliographie

Bibliographie p. 122 iconBibliographie La bibliographie

Bibliographie p. 122 iconBibliographie p. 25

Bibliographie p. 122 iconBibliographie p 4

Bibliographie p. 122 iconBibliographie

Bibliographie p. 122 iconBibliographie





Tous droits réservés. Copyright © 2016
contacts
m.20-bal.com