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Une nouvelle mobilisation beaucoup plus médiatique [Voir Annexe 8].

Plusieurs manifestations sur fond de Gwen ha Du (« Blanc et Noir », drapeau breton créé en 1923 par Morvan Marchal, l’un des fondateurs du parti nationaliste Breiz Atao) se déroulent régulièrement à Nantes et attestent de cette nouvelle mobilisation. Elles sont bien relayées par la presse, mais elles ne dépassent pas les 5000 manifestants (en moyenne selon les organisateurs). L’une des plus marquantes est celle du 30 juin 2001, car elle a été organisée par le C.U.A.B. une semaine après le vœu adopté par le conseil général de Loire-Atlantique « pour la reconnaissance institutionnelle de l’identité bretonne en Loire-Atlantique. ». Mais Ouest-France prévient : « Qu’on ne s’y trompe pas : si le vœu a bien été voté à une très large majorité, il ne se réduit pas à la seule question du rattachement que les tenants de la Bretagne historique réclament à cor et à cri. Il demande en effet au gouvernement d’‘organiser le débat public et les consultations nécessaires, puis d’initier le processus législatif permettant de réunir les cinq départements de la Bretagne historique, associés aux départements voisins qui le souhaiteraient, dans une grande Région’ »141. Ce vœu va quand même ravir les militants du C.U.A.B. qui y voient un signe de changement. Leur manifestation, soutenue par la miss Bretagne Mélanie Guyomard, et par le chanteur Dan Ar Braz, va avoir droit à une pleine page d’Ouest-France Nantes : « ‘Stand up Bécassine !’ Dan Ar Braz, avec sa guitare, lance son hymne. Debout Bécassine, la femme sans bouche, la bonne de province dont l’image a servi à ridiculiser toute la Bretagne. Des Bécassine, la rue nantaise en est pleine, ce samedi. Et elles ne se privent pas de l’ouvrir. […] Mélanie Guyomard est venue, elle aussi, histoire de prouver que Miss Bretagne n’est pas une poupée. Elle se taille son petit succès, signe des drapeaux, provoque des essaims de photographes décidés à immortaliser sa beauté finistérienne. Avec ces yeux-là, Mélanie peut assumer son rôle d’ambassadrice d’une Bretagne à la fois réelle et rêvée. […] elle est sans doute la première miss Bretagne à s’être déclarée aussi fermement bretonne. »142. Des Bretonnes ridiculisées par des Français en « Bécassines », mais qui aujourd’hui osent manifester pour revendiquer leur identité… Un discours décidément récurrent.

Suite au vœu du conseil général de Loire-Atlantique, à la manifestation du C.U.A.B., et au sondage d’Ouest-France, le conseil régional de Bretagne se positionne : « Les douze coups de minuit venaient de sonner, mardi 3 juillet, quand l’assemblée bretonne a fini par adopter un vœu quasi consensuel sur le rattachement de la Loire-Atlantique à la Bretagne. Et, en même temps, dire non à la dilution de la Bretagne dans un Grand-Ouest cher à Jean-Marc Ayrault et François Fillon. […] La raison l’a donc emporté. Ainsi, l’assemblée régionale a ‘réaffirmé son attachement à la réunification de la Bretagne’, et souhaité que le débat national sur la décentralisation fournisse l’occasion d’‘une réflexion sur l’évolution du découpage des Régions’ »143. Le quotidien en profite alors pour revenir sur les conséquences, après la seconde Guerre Mondiale, du décret de Pétain séparant la Loire-Inférieure de la Bretagne, et les précédents votes des conseils généraux en Bretagne : « La paix revenue, l’organisation administrative s’est modifiée, mais le découpage territorial adopté en 1941 n’a pas été remis en cause… sauf par les conseils généraux bretons, consultés lors de la préparation de la loi de 1972 organisant les Etablissements publics régionaux. ‘Leur volonté était claire, rappelle Bernard Le Nail [ancien directeur de l’Institut culturel de Bretagne] : tous voulaient être ensemble dans la future Région. Le Finistère voulait une Bretagne strictement à cinq départements, alors que l’Ille et Vilaine plaidait pour l’extension à la Mayenne et que la Loire-Atlantique souhaitait l’extension à la Vendée, voire, éventuellement au Maine-et-Loire’. On sait qu’ils n’ont pas été entendu. »144.

De son côté, Le Télégramme, dans un dossier du 21 janvier 2002, fait une projection de la Bretagne en 2010 qu’il imagine réunifiée. Ce dossier s’intitule : « Anticipation. Le poids de la Bretagne réunifiée », et est présenté de la manière suivante par Alain le Bloas : « Nous sommes en l’an 2010. Dans une Europe qui a enfin trouvé ses marques politiques, au terme de plus d’un demi-siècle d’atermoiements. Les régions sont devenues des territoires de vie aux compétences étendues. Même la France, qui a toujours eu un train de retard en matière de décentralisation, a fini par tirer les leçons des expérimentations régionalisatrices menées par la Bretagne : cette dernière a, non seulement revendiqué et obtenu de tester des responsabilités nouvelles, mais elle a également réussi à convaincre l’Etat de redéfinir ses limites territoriales, conformément à l’attente des populations. ». Une anticipation explicitement autonomiste donc, où la Bretagne, revenue aux limites de l’ancien Duché, aurait beaucoup de nouvelles prérogatives et jouerait le rôle de « locomotive » des régions française. Et tout irait pour le mieux dans le meilleur des mondes : son commerce extérieur ferait « un bond en avant. En s’installant à nouveau dans les limites territoriales qui étaient les siennes au moment de son rattachement à la France, la Bretagne retrouvera le plus important de ses départements. Les apports de la Loire-Atlantique seront tels que la position de la région se trouvera remarquablement confortée dans tous les domaines. […] Outre son poids, la Bretagne réunifiée gagnera aussi en cohérence, tandis que certains de ses domaines d’excellence seront encore mieux valorisés. […] Avec 3,7% du commerce international français (contre 2,5% à quatre départements), la Bretagne se hissera du 14ème au 9ème rang des 22 régions métropolitaines. »145 ; pour la culture, peu de changements car « Cela fait beau temps que la Bretagne de la culture compte les cinq départements. Pour l’Institut culturel breton, comme pour l’ensemble des organismes opérant dans ce domaine, le démembrement n’a d’ailleurs jamais eu lieu. »146 ; pour l’économie, la Bretagne gagnerait en dynamisme, « Signe du dynamisme économique du département, les 40 000 entreprises de Loire-Atlantique ont versé en 1999 un total de taxes professionnelles de 535 millions d’euros. La même année, le montant collecté dans les 150 000 entreprises des quatre autres départements n’atteignait que 945 millions d’euros. La Loire-Atlantique, il est vrai, compte de nombreux établissements : ils sont huit à employer plus de 1000 salariés, quand le reste de la Bretagne en compte treize. »147 ; même dans la formation et le tourisme, la Bretagne serait gagnante, « En matière de formation supérieure, le dispositif breton – déjà remarquable – deviendra l’un des plus performants qui soient. L’effectif passera de 104 000 à 155 000 étudiants. […] Dans le domaine du tourisme, la Loire-Atlantique complètera le solide équipement breton […] C’est surtout dans l’hôtellerie de luxe que cet apport sera sensible, avec sept grands hôtels quatre étoiles qui viendront s’ajouter aux quinze de la Bretagne actuelle. »148. Difficile de trouver meilleur plaidoyer en faveur du rattachement !

Et la conclusion du dossier est sans ambiguïtés, Le Télégramme cherche à y convaincre les derniers indécis ou récalcitrants qui auraient encore quelques doutes sur les bienfaits de cette unification : « Mais pourquoi diable les Bretons, qu'ils appartiennent à l'un ou l'autre des cinq départements, veulent-ils à toute force être réunis au sein d'une même région ? On peut y voir le résultat d'une forme romantico-nostalgique d'attachement à l'histoire. Le passé breton, il est vrai, ne manque pas de richesse : depuis le royaume fondé, au Xe siècle, par le fils de Nominoë, jusqu'à l'âge d'or du duché-État des XVI et XVe siècles, la mémoire de ce pays n'a rien à envier à bien des nations européennes. On pense aussi, inévitablement, à l'identité culturelle scellée au fil des siècles par ce passé commun, et portée par la langue à laquelle les Bretons d'aujourd'hui demeurent très attachés, qu'ils la pratiquent ou non. Même si Rennes la Franque et Nantes la Gallo-romaine n'étaient pas bretonnes à l'origine, elles le sont devenues voici déjà bien longtemps et participent aujourd'hui largement à la vitalité culturelle de la région. Mais, au-delà de ces liens affectifs qui plongent leurs racines dans le passé, l'unité bretonne peut également s'argumenter à partir des réalités économiques d'aujourd'hui. Complémentarité des activités, imbrication des enjeux d'aménagement du territoire, impact puissant et partagé d'une image forte : les intérêts communs ne manquent pas et peuvent rallier les pragmatiques, plus préoccupés d'avenir et d'économie que de mémoire et de culture, à la cause de l'unification. »149. Et pour appuyer ce point de vue, Le Télégramme apporte quelques chiffres : « Avec un PIB de 75 milliards d'euros (chiffre Insee 1998), la Bretagne à cinq départements constituerait la 4ème région de France derrière l'Ile-de-France, Rhône-Alpes et PACA, alors qu'à quatre, elle s'en tient au 7ème rang. Elle se hisserait ainsi de la 39ème à la 19ème place des 211 régions de l'Europe des quinze. Pour la superficie, elle passerait du 32ème au 21ème rang européen et, pour la population, du 30ème au 16ème rang. »150.

Le quotidien Ouest-France ne se laisse pas distancer et expose même des propositions de redécoupage territorial une fois la Loire-Atlantique rattachée à la Bretagne [Voir annexe 9] : « Quand on ouvre le débat sur la décentralisation, la place de la Loire-Atlantique ressurgit presque inévitablement. Beaucoup y voient l'opportunité d'un redécoupage territorial, qui ne limiterait d'ailleurs pas à la seule Bretagne. […] Il reste que, dans l'hypothèse d'une Bretagne à cinq départements, on ne peut pas faire l'économie d'une réflexion sur un redécoupage territorial du Grand Ouest. Le géographe Jean Ollivro, maître de conférences à l'université de Rennes, s'est penché sur la question : outre la Bretagne, il imagine ainsi une Normandie réunifiée ; une Région Poitou-Charentes incluant la Vendée, historiquement rattachée au bas-Poitou ; et un Val-de-Loire bâti pour l'essentiel autour du fleuve et remettant en cause l'actuelle Région Centre. Ainsi, explique-t-il, les ‘six espaces sans cohérence’, mis en place en 1982, laisseraient la place à ‘quatre Régions à l'identité forte et affirmée’. »151. L’intéressé lui-même a été très surpris et satisfait de voir ses propositions et ses cartes de redécoupage en pleine page Bretagne d’Ouest-France : « C’est vrai que j’avais fait une carte dans mon bouquin [La Bretagne réunifiée, Les Portes du large, 2001] qui avait été reprise dans la revue ArMen, et qui proposait un nouveau découpage de l’Ouest de la France en quatre région cohérente, c’est-à-dire avec la Normandie réunifiée, la Bretagne réunifiée, le Poitou-Charente avec la Vendée, et une région Val-de-Loire. […] Et cette carte a été relayée par Ouest-France sans que je leur demande. Je l’ai vu un matin dans le journal, et c’était très profitable car ensuite beaucoup de gens m’ont écrit en me disant ‘mais oui pourquoi on fait pas ça, au lieu d’avoir une Normandie ridicule à deux départements et une Bretagne démembrée’. »152.

Pour Emgann, cet engagement de la presse pour l’unification de la Bretagne n’est pourtant que superficiel : « D’un côté t’auras les articles en faveur du rattachement, parce que les chiffres sont éloquents, à chaque fois ils augmentent dans les sondages, tout le monde veut la réunification à part les politiques bien sûr. Mais de l’autre côté, c’est beaucoup plus sournois c’est-à-dire que dans les faits, la presse refuse de jouer le jeu. A partir du moment où ces journaux disent qu’effectivement il y a une réalité, ils pourraient commencer à donner leurs chiffres sur une Bretagne à cinq département, ils pourraient commencer à faire leurs analyses sur l’ensemble de la Bretagne, mais ils ne le font pas, il gardent le cadre administratif et lorsque ça arrive sur le débat comme autre chose, comme la grève des producteurs de lait, ils vont juste écrire un article en disant ‘bon c’est très bien quoi’, mais c’est très sectorialisé et ils n’ont pas de vu d’ensemble sur la question. »153. Marcel Quiviger, rédacteur en chef du Télégramme, rejette lui la faute sur les hommes politiques : « Ce qui est très intéressant et je dirais même passionnant dans ce débat, c’est le double langage. Il y a des gens qui disent ‘oui moi je suis pour’, mais qui font tout pour que ça na se fasse pas. Il n’y a pas un élu en Bretagne qui veut du rattachement de la Loire-Atlantique, surtout pas Rennes qui y est farouchement opposée, ils perdraient beaucoup de pouvoir au niveau de la région. »154.

Les deux journaux partagent en tout cas le même enthousiasme par rapport aux récentes évolutions du débat. Pour Ouest-France, les actions du C.U.A.B. auprès des élus devraient permettre le tenue de référendums : « Les partisans d’une Bretagne à cinq départements, incluant la Loire-Atlantique, entrevoient une chance historique avec la future loi de décentralisation. Ils mettent la pression pour l’organisation de référendums avant les élections régionales de 2004. Ils croient que leur heure est arrivée. Les partisans d’une Bretagne à cinq départements, réunis au sein du C.U.A.B., sont convaincus que 2003 peut être l’année de la réunification. Patrick Devedjian, le ministre des Libertés locales, leur a clairement dit, le 19 mars, que la loi de décentralisation en préparation allait donner la possibilité au conseil général de Loire-Atlantique et au conseil régional de Bretagne d’organiser des référendums en ce sens. […] Pour maintenir la pression, le C.U.A.B. multiplie les comité locaux et recueille les signatures des élus (4000 paraphes déjà récoltés). Il organise également une convention extraordinaire le samedi 17 mai à Redon, pour travailler sur les référendums et préparer la manif du 22 juin. »155. Même tonalité pour Le Télégramme pour qui l’année 2003 est une « année test » pour la réunification bretonne : « Le processus de réunification de la Bretagne sera-t-il engagé dès cette année ? Pour le C.U.A.B., 2003 est une année à ne pas manquer : pour la première fois, les conditions législatives et politiques vont être réunies pour que la Loire-Atlantique puisse reprendre sa place aux côtés des quatre autres départements bretons. La balle est dans le camp des élus. Pour les inciter à agir, une manifestation est prévue à Nantes le 22 juin. »156. [Voir Annexe 10].

Pour Alain Grandguillot, président du C.U.A.B., même s’il pense, comme nous l’avons vu, que la presse régionale est soumise à « un appareil idéologique », ils reconnaît que les sondages diffusés par ces journaux ont été très bénéfiques pour le Comité : « Tout le monde a été surpris par les chiffres, même nous. Je peux vous dire qu’avec le travail de propagande des Pays de la Loire, avec le désintérêt des jeunes pour la politique, l’UDB c’est un peu vieillissant, Emgann c’est un peu réducteur et c’est un petit groupe, et nous au CUAB on voit bien que ce sont les mêmes personnes depuis 20 à 30 ans qui tournent dans le même réseau, on ne s’attendait donc pas à de tels résultats. »157. Pour Pierre-Yves Le Rhun, ancien président du C.U.A.B. et professeur de géographie à l’université de Nantes : « Si on fait le bilan, je trouve qu’ils ont rempli leur rôle de communication de l’information, et qu’ils ont contribué financièrement en payant des enquêtes d’opinion à révéler quelque chose qui autrement serait resté beaucoup plus contesté, beaucoup moins évident. Et donc effectivement, dans la formation et l’affirmation des identités, la presse a joué un rôle que je considère comme indispensable et utile, et qu’ils n’étaient pas contraint de faire. Mais bon après tout, ils sentent les tendances, ils suivent la clientèle, et ils ont été assez long quand même à suivre, ils sont un peu comme les politiques, ils suivent le mouvement. N’empêche que, avec des sondages, ils ont accéléré le cours des choses. »158.
La presse quotidienne régionale a donc joué un rôle considérable dans ce débat-là. Elle a d’abords servis de relais aux militants du rattachement de la Loire-Atlantique à la Bretagne, réunis en un Comité pour l’unité administrative de la Bretagne, en diffusant leurs communiqués et leurs arguments mais sans véritablement s’impliquer. Puis, très récemment, profitant du débat sur la décentralisation, les deux quotidiens se sont véritablement et volontairement engagés pour cette cause, par la commande et la diffusion de sondages, révélant une population majoritairement favorable à ce rattachement dans les cinq départements de la Bretagne historique. La couverture médiatique des actions du C.U.A.B. depuis ce changement d’orientation accentue la pression sur les élus locaux et pousse le gouvernement à réagir à l’approche des futures élections régionales de 2004.
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