1er décembre, Journée mondiale de lutte contre le sida





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1er décembre, Journée mondiale de lutte contre le sida
Victimes à double titre : dans les zones de conflit, les séropositifs se retrouvent doublement fragilisés
La dernière décennie a vu des avancées majeures dans l’accès à des traitements contre le VIH qui permettent de sauver des vies – mais si vous habitez la République centrafricaine (RCA), le Soudan du Sud ou certaines régions du Yémen, on vous pardonnerait de penser que rien n’a changé. Le fait est que dans les zones les plus instables, les services VIH sont encore largement inexistants. Les personnes vivant avec le VIH/sida dans les zones de conflit se retrouvent doublement victimes – d’abord du virus lui-même, puis de l’effondrement des services de santé, qui peut rendre impossible l’obtention de soins.
On croit souvent que dans les pays instables les taux de prévalence du VIH sont faibles – mais en réalité il existe des poches où la prévalence du VIH atteint 10%. Or, dans ces régions, la couverture par traitements antirétroviraux (ARV) est souvent inférieure à 20%, car de nombreux obstacles entravent la mise à disposition de ces thérapies.
Dans une zone de conflit ou de guerre, patients et travailleurs de santé peuvent être contraints de fuir leur foyer en raison des violences, tandis que le déplacement incessant des lignes de front perturbe l’acheminement des médicaments. Cela peut avoir de graves conséquences médicales, car l’infection par le VIH exige pour être contenue une stricte observance du traitement.
Tous les effets secondaires des conflits – insécurité alimentaire, eau contaminée, pathologies diverses, sans compter le stress physique et psychologique lié à la vie en zone de guerre – sont susceptibles d’avoir une influence négative sur l’évolution de la maladie.
Quand des personnes déplacées franchissent une frontière dans leur fuite, cela peut aussi avoir des répercussions néfastes sur la continuité des soins. Lors du conflit en RCA, les habitants ont fui en masse vers le Tchad, le Cameroun, l’Ethiopie et l’Ouganda et se sont installés dans des camps de réfugiés temporaires. Les priorités sanitaires y sont si nombreuses que les traitements VIH ne sont toujours pas disponibles dans ces camps, et les réfugiés ne peuvent pas attendre une prise en charge par les pays hôtes.
Mais s’il est difficile de soigner n’importe quel patient lors d’un conflit, la tâche n’est cependant pas impossible. Depuis dix ans, nos équipes réussissent à atteindre et traiter des patients VIH pris dans des zones de conflit.
Pour y parvenir, il nous a fallu adapter nos activités au mode d’existence de nos patients et à leurs conditions de vie particulières, en recourant à des kits de soins simplifiés et des outils de suivi faciles à utiliser. Nous avons adopté une approche centrée sur le patient, les traitements sont mis à disposition au plus près de leur lieu de vie, et les ordonnances sont renouvelées pour trois à six mois à chaque visite. Le soutien psychologique et l’autonomisation du patient jouent également un rôle important dans la prise en charge.
Nous avons par ailleurs développé un certain nombre de stratégies innovantes, comme la distribution de ‘runaway packs’ (kits de survie en cas de fuite) – une réserve de médicaments que les patients peuvent emporter avec eux s’ils doivent s’enfuir – ainsi que le transfert des patients vers des dispensaires situés dans des régions plus stables. A Boguila, en RCA, MSF dispense des ARV à quelque 500 séropositifs, mais cette année les violences récentes ont empêché plus de 200 patients de recevoir leur traitement.
Avant l’éclatement du conflit au Soudan du Sud il y a un an, MSF dispensait des soins et des traitements VIH à Lankien, Bentiu, Nasir et Leer, avec un total de 293 patients sous ARV. Forcés à fuir par les violences, nos patients ont été déplacés vers des régions sans autre possibilité d’accès aux soins, et risquaient de subir l’interruption de leur traitement. Là encore, les runaway packs ont permis à ces patients de continuer à se soigner même quand ils devaient prendre la brousse.
Au Yémen, où l’on assiste à l’escalade d’un violent conflit depuis 2011, nous avons fourni des traitements à 350 patients. Au plus fort des troubles, les équipes MSF ont donné aux patients des fiches d’information avec les numéros de téléphone des personnels MSF de sorte que, même s’ils devaient se cacher, ils puissent arranger une rencontre et s’organiser pour se faire livrer leurs médicaments.
Notre expérience montre que la difficulté des terrains ne doit pas être prétexte à l’inaction. Nous avons prouvé qu’il était possible de dispenser des soins VIH en zone de conflit ; il appartient maintenant aux gouvernements, bailleurs de fonds et ONG médicales de relever ce défi et de redoubler d’efforts afin de répondre aux besoins sanitaires et humanitaires des personnes vivant avec le VIH/sida, améliorer leur accès aux traitements et garantir la continuité de leurs soins.
En dépit des succès rencontrés jusqu’ici, l’ensemble des acteurs concernés – dont MSF – ont encore beaucoup à faire pour couvrir les besoins médicaux de ces personnes en situation d’urgence et doublement fragilisées par les conflits.
Cecilia Ferreyra est référente VIH/TB pour l’organisation médicale internationale Médecins Sans Frontières (MSF).
FIN

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