Souvenirs de Pierre debray





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Castellane qui, avec la 12 avait suivi le même itinéraire, était outré - mais lui devait aller tenir Neunkirch.

Laissant Dronne tenir Witternheim pendant que les paras se remettaient de leurs fatigues, je repartis vers les abattis et y trouvai le commandant Puig - un artilleur colonial - chef État-major de Guillebon ; j'insistai pour que lui, donne l'ordre aux paras de repartir pour attaquer plus au Sud. Avec toute la certitude du jeune breveté non fantassin de surcroît, il me dit "une infanterie n'attaque pas deux fois dans la même journée" et je ne pus l'en faire démordre.
Ce n'est finalement qu'aux environs de midi, midi trente que je vis poindre Guillebon toujours majestueux au volant de son command-car. Je lui exposai rapidement la situation, insistant pour qu'il ordonne aux paras d'aller prendre le patelin suivant. Ayant consulté sa montre, de son ton inimitable il me dit "mon cher Debray il est midi passé, c'est l'heure où les honnêtes gens se mettent à table - on verra ça demain".

Je rejoignis Witternheim laissant Boissieu tirer tant bien que mal ses chars de cet océan de boue et retrouvai mes paras littéralement les doigts de pied en éventail, occupés à sécher pieds et chaussures.

J'allai d'un coup de Jeep à Neunkirch. Castellane s'y installait, sans problème. Dans Witternheim même, Dronne avec son habituelle minutie avait tout paré. Contrairement à tous les principes d'emploi des blindés, en raison des faibles effectifs de fantassins, il était prévu d'embosser27, de place en place, chars et T.D au milieu de points d'appui.

La route ayant été libérée plus vite que prévu, les chars et Half-Traks rejoignirent vers 15h et c'est aussi à ce moment qu'arrivèrent les "huiles" Guillebon et Puig - mais aussi Gribius, alors capitaine chef du 3ème Bureau de la D.B.

Malgré mon opposition car j'estimai qu'il était trop tard pour faire quelque chose, l'occasion était passée, perdue, il fut décidé de faire une reconnaissance. Pour reconnaître quoi , toujours la même histoire - "on y va ou on n'y va pas" disait La Horie.

En fait à peine sortie du village, la patrouille fut allumée et comme on ne pouvait sérieusement songer à attaquer une heure avant la tombée de la nuit, on en resta là.

Pour le lendemain, compte tenu de l'état du terrain il fut convenu que l'attaque serait menée entre la route et le canal par le Bataillon de paras et que de la route en tout cas et par ailleurs suivant ce que permettrait le terrain, je l'appuierai au mieux, l'artillerie devant bien sûr en priorité tirer au bénéfice des paras.

Les ordres donnés et compte tenu de la densité des troupes occupant le village de Witternheim28, j'avais préféré aller passer la nuit à Rossfeld29 avec mon fidèle Court. C'est là où dans la nuit nous apprîmes qu'un T.D. de Guillebon embossé près de la route à la sortie sud de Witternheim avait été manqué de peu par un coup de canon d'en face. Cela me parut faire assez partie des risques courants du moment et je ne diffusai pas ce renseignement à Dronne ni à Boissieu.
Le lendemain à 08h les paras s'étant mis en place, l'attaque déboucha. De notre côté c'est Dronne qui fonça sur la route mais, avant même de se heurter aux abattis30 faits rapidement dans la nuit par les Allemands, son char de tête fut arrêté net par un coup de 88. Immédiatement un tir d'artillerie s'abattit sur le bosquet d'où le coup semblait parti - mais de toute façon la progression sur la route était stoppée n'ayant aucune possibilité de manoeuvre pour déborder d'un côté ou de l'autre. Il nous fallait, en les aidant de notre mieux, attendre les résultats des paras.

Très vite, par l'artilleur Singer qui marchait avec eux, presque dans leur échelon le plus avancé, on sut que ce n'était pas facile. Les Allemands avaient pu amener quelques engins - des canons automoteurs, Rhinocéros ou Jagdpanther - qui utilisaient au mieux les boqueteaux parsemant la plaine ; plaine dans laquelle leurs larges chenilles leur permettaient de se déplacer - contrairement à nos chars ou T.D.

Il n'était pas question, instruit par l'expérience de la veille, que je lance les chars de Boissieu dans ce terrain, d'autant que leur canon n'était guère efficace contre des blindés. Par contre le bon canon des T.D. pouvait être fort utile ; restait à trouver des cheminements où les chenilles pussent passer.

Je mis le Peloton de T.D. à la disposition du commandant Meyer, ainsi que le Peloton de chars légers à qui leur moindre poids permettait parfois de passer là où les moyens enfonçaient. Je dis également à Boissieu de se mettre à la disposition de Meyer et de voir, en particulier le long du canal, si le terrain ne serait pas plus propice à l'engagement de ses pelotons. Tout cela hélas fut inutile : Bindernheim31 ne fut pas pris.

C'est je crois un bon exemple de toute l'importance du dernier quart d'heure. Non sans mal à cause essentiellement des automoteurs utilisant parfaitement les boqueteaux, les paras parvenaient aux lisières de Bindernheim. Cette fois il ne pouvait être question, dans un dernier sursaut que "d'y aller" et à en croire Singer parvenu aux lisières même du village avec les fantassins les plus avancés, c'était possible. Hélas, trois fois hélas Meyer ne le sentit pas - et il donna l'ordre de repli - et ce fut le drame.

N'en espérant probablement pas tant, les automoteurs utilisant à nouveau les boqueteaux précédaient le repli de nos paras, les harcelant autant dans le dos que de face, leur causant de lourdes pertes - sans comparaison avec celles subies dans l'approche du village.

Dès leur repli terminé les paras furent enlevés et Dronne de Witternheim, Castellane à Neunkirch32 organisèrent la défense. Outre les unités organiques du sous-groupement, la 9 et la 3/501, je disposai de la 12 et d'un Peloton léger de la 4/501 à Neunkirch, et bientôt de la 10/R.M.T. à Witternheim même. J'avais aussi avec moi le lieutenant de Vaisseau Guillon et les organes de commandement de son Escadron le 2/R.B.F.M.

Dès le lendemain les Allemands déclenchèrent contre nous une contre-attaque des plus violentes. Eux aussi parvinrent aux lisières, mais ne purent jamais les franchir grâce aux excellentes dispositions prises et contrôlées avec sa minutie habituelle, par Dronne - et aussi à la parfaite maîtrise de nos artilleurs qui firent vraiment merveille sous la direction du commandant Tranié - commandant le XI/64 et qui, en l'occurrence disposait des feux de toute l'Artillerie de la D.B.

Échaudés dans leur contre-attaque, les Allemands trouvèrent autre chose. Je faisais "popote" avec les marins toujours riches en personnel de qualité ; nous étions dans une ferme à la sortie nord du village et nous nous apprêtions un soir à déguster un lièvre tiré l'après-midi par Guillon - il venait d'être apporté sur la table quand dans le lointain on entendit grossissant, un bruit de tôle ondulée. J'eus le temps de dire - sans y croire - "ce sont les Trains bleus" ; je n'avais pas fini que le plafond nous tombait sur la tête, la loupiote ensevelie sous les décombres ; nous étions dans la plus totale obscurité. Il n'y avait heureusement aucun mal, des plâtras, beaucoup de poussière et ... plus de civet ! La loupiote marchant toujours, une fois dégagée, on comprit qu'il ne nous restait plus qu'à nous rejeter sur les "beans" ou autres "sweet potatoes". Mais auparavant nous sortîmes aux nouvelles : une étable brûlait et des marins s'affairaient pour sauver les bêtes. Le lieutenant de Kluguenau du 501, moins heureux que nous, avait reçu non seulement les plâtras mais un chevron sur le crâne et était quelque peu groggy.

Si ce fut notre premier contact avec les trains bleus que les Allemands appelaient "les orgues de Staline" ce ne fut pas le dernier. Il ne se passa en effet plus de jours sans que à intervalles variés quelques rafales toujours centrées sur le carrefour près de la popote ou sur l'Église ne vinssent nous secouer - mais sans grand mal. Les projectiles ressemblaient à de grosses bonbonnes de tôle emplies d'un explosif jaune solidifié, faisant plus souvent boulet qu'ils n'explosaient.
J'avais mon P.C. à une centaine de mètres à l'ouest du carrefour et à partir du moment où le bombing devint permanent, je l'avais fait mettre en sous-sol - pas très profond d'ailleurs, mais avec ma claustrophobie habituelle je ne pus me résoudre à m'enterrer et demeurai au rez-de-chaussée où je couchai.

Un matin à peine éveillé le planton oubliant de frapper me dit : "le Général" - je me précipitai et tout de suite le Général me dit : "Allez on va faire un tour" puis tout d'un coup, remarquant mon képi, me dit : "alors le casque, hein, vous vous moquez de mes ordres"..... Je jouai la confusion et dis au planton "donne-moi mon casque" et celui-ci ingénument de me répondre "lequel mon Commandant ? " - ce qui provoqua un grognement appuyé du Général dont je crois encore qu'il cachait une bonne envie de rire.

Est-ce avant ou après que se situe un incident qui me valut un certain prestige auprès de mes subordonnés, - peu importe. Toutes les nuits les guetteurs signalaient des "bruits de chenilles", donc de chars, mais c'était bien vague. Un matin cependant on pensa d'après d'autres indices, qu'il pouvait y avoir quelques blindés dans un boqueteau triangulaire au sud de la route Witternheim-Neunkirch et à peu près à mi chemin de ces deux localités. Plutôt que de leur envoyer quelques salves d'artillerie sans grand effet sur les blindages, je demandai une intervention de l'aviation. Comme toujours en pareil cas on fixa la ligne au-delà de laquelle, en direction de l'ennemi, il ne devrait y avoir aucun élément ami. En l'occurrence aucune équivoque possible : la route Witternheim-Neunkirch. Comme d'habitude - et l'exemple de Dompaire est l'exception qui confirme la règle - l'obtention de l'aviation est toujours longue ... Finalement demandée vers 08h, elle fut promise aux environs de 13h 30. La journée était magnifique, soleil, ciel bleu et froid de canard ; aussi après le déjeuner avec Guillon, lieutenant de Vaisseau commandant le 2/R.B.F.M, Boissieu, commandant la 3/501 et Bénard un de ses lieutenants, nous sortîmes pour assister au bombing. Nous marchions parallèlement à la route, vers l'Est, nous tenant à distance respectueuse parce qu'on ne sait jamais. Nous approchions d'un petit blockhaus survivant de la ligne Maginot, aux meurtrières béantes, quand dans un bruit de tonnerre les avions surgirent : trois patrouilles de trois en triangle la pointe en avant. Nous eûmes le temps de voir, aux cocardes tricolores, que c'étaient des Français ; les trois premiers piquèrent et lâchèrent leurs engins - des grenades en chapelet - sur le petit bois. Mais les suivants, au lieu d'attendre d'être placés pour atteindre l'objectif, lâchèrent leurs crottes en même temps. Personnellement je ne m'en rendis pas compte, tout occupé à regarder le spectacle mais j'entendis, Guillon je crois, hurler "commandant, commandant, planquez vous". Je regardai, j'étais seul ; tous mes compagnons avaient eu le bon réflexe de sauter dans le blockhaus tout proche, et la vision que je garde ce sont les jambes de Guillon, gigotant, s'introduisant la tête la première par une meurtrière. J'étais stupéfait et sans plus m'occuper d'eux, allai voir un emballage de grenades tombé. Je comptai les pas après - à 7m de moi - les avions déjà loin, les autres m'avaient rejoint et ensemble - mais j'étais le seul surpris - nous pûmes constater qu'en fait d'emballage c'était le chapelet de grenades ! !
Quelques années plus tard Bénard retrouvé en Tunisie où il était colon, me rappela l'incident et la réputation de folle bravoure qu'il m'avait valu et cela me confirma dans l'idée que bravoure et inconscience vont souvent de pair !- et puis il y a le "pot".
Nous étions à Witternheim pour Noël et eûmes la Messe de minuit dans une cave - et enfin le 27 ou le 28 (Décembre 1944) je fus relevé par le colonel Putz et retrouvai Kertzfeld33 - mais je fus surpris à mon premier passage au G.T.V. de trouver des visages soucieux - j'en avais eu des échos par Putz. L'offensive de Runstedt dans les Ardennes, ses faciles succès, avaient jeté le trouble dans les esprits et les cœurs. D'un excès d'optimisme on sombrait dans un pessimisme aussi excessif. Quelques rapports du 2ème Bureau ultra secrets venus jusqu'à moi n'étaient pas faits pour remonter le moral. Je me rappelle celui prédisant que si la guerre n'était pas terminée au printemps, l'avance technique de l'industrie aéronautique allemande, l'apparition d'engins nouveaux du côté allemand renverseraient à coup sûr la situation.

Le 30 décembre je fis le tour des P.C. amis pour les vœux, et ce que je vis en chemin n'inclinait pas à l'optimisme. A tous les ponts ou ponceaux les sapeurs s'affairaient préparant les destructions. Certains villages se vidaient de leurs habitants et sur les routes on voyait à nouveau les tristes cortèges de réfugiés. J'étais allé jusqu'à Strasbourg voir à l'hôpital Bernard Quesnel, engagé à Paris à 19 ans, dont la sœur34 s'était très liée avec Maman et avait été cheftaine d'Hélène. Le pauvre garçon engagé au III/R.M.T. avait été blessé la nuit de Noël dans une maison d'éclusier, très en arrière de nos lignes où une patrouille allemande s'était infiltrée.

Les Américains pliaient bagage, la ville avait un aspect sinistre. En rentrant j'appris que nous étions relevés et que la D.B. repassait les Vosges pour parer à une nouvelle offensive allemande prévue vers Bitche. Le G.T. Langlade, non engagé en Alsace était déjà parti, quant à nous nous devions faire mouvement dans la nuit du 2 au 3. (Janvier 1945) C'est la 1ère D.F.L. qui nous releva - mais dans quel état était-elle ! ! Littéralement squelettique, et par exemple à Witternheim-Neunkirch, pour relever deux Compagnies d'infanterie et une Compagnie de chars, plus de Génie et des T.D. Elle ne pouvait même pas aligner une petite Compagnie - hélas - ce qui était prévisible arriva : malgré leur héroïsme, les coloniaux furent submergés, mais ceci est une autre histoire !.
Ce passage des Vosges en sens inverse, par le col de Saverne, avait un goût terriblement amer - en plus il faisait un froid de canard, la neige gelée, durcie, rendait les routes glissantes et on ne comptait pas les véhicules, chars, camions et autres, allant au fossé. Vers minuit on comprenait très bien la retraite de Russie !

On avait dépassé une petite ville - Sarrebourg35 je crois - et nous montions vers l'"Alsace bossue" le vent soufflait en rafales violentes, la neige cinglait en toutes directions, plus trace de routes, de champs ou de fossés ; heureusement un bon clair de lune qui rendait le spectacle dantesque quand on pouvait jeter un coup d'œil. Il n'y avait plus de colonne mais parfois quelques véhicules s'essayant à suivre la trace de mon fameux command-car. Mais tout d'un coup, à l'occasion d'un changement de vitesse : pff ! glissade en marche arrière, arrêt dans un fossé. J'en pris vite mon parti, n'y pouvant rien, et chacun connaissant le point de destination je poursuivis ; au moins arrivant le premier je pourrais faire le campement. Je touchais au but ; sur ce fond tout blanc je voyais se découper la masse sombre de mon patelin, les lisières étaient là quand un brutal coup de frein, efficace, grâce à Dieu, nous stoppa brutalement : le pont à l'entrée du patelin n'existait plus, plus trace, un trou béant ! ! le brave Simonneau, mon conducteur avait eu le bon réflexe. Hélas, mis pied à terre, il fallut bien se rendre à l'évidence : aucune chance de passer à droite ou à gauche. Un oued encaissé, des abords abrupts, il ne restait qu'à faire demi tour pour faire un détour de 5/6 km. Cette marche arrière fut dans un sens heureuse car je récupérai ainsi, à peu près tout mon monde. Mais nous ne fûmes pas dans le patelin avant 4h - où sur les réchauds portatifs nous fîmes un Nescafé qui ne parut jamais aussi succulent !
Avant de repasser les Vosges j'avais appris ma mutation : je quittai le commandement du sous-groupement H donné à
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