Discours de Suède





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L’état de siège

(1948)
Drame en trois parties
Aidées par les autorités civiles et l'armée, promptes à « collaborer », la Peste, incarnée par un un jeune opportuniste, et sa secrétaire, la Mort, prennent possession de la ville de Cadix. Ils condamnent les habitants à porter dans la bouche un tampon imbibé de vinaigre, destiné en principe à les protéger du mal, mais qui sert avant tout à les entraîner à la discrétion. Ils instaurent un ordre inhumain. Sous leur dictature, la mort devient organisée et bureaucratique : il suffit de rayer un nom sur une liste pour qu'un personnage meure. L'instinct des femmes, leur goût de la vie, leur sensibilité, le courage de Diégo, sa fierté, la résistance de quelques-uns finissent par triompher. Le seul moyen de venir à bout d’elle, c'est de ne pas en avoir peur, de lui opposer la solidarité. Mais Diégo y laisse la vie, laissant désespérée la femme qu'il aime, tandis que le chœur, retrouvant la sagesse des tragiques grecs, affirme la nécessité de la mesure, que détruisent la tyrannie et le totalitarisme.
Commentaire
Si la pièce reprend le thème et le mythe de ‘’La peste’ (où on lisait que les autorités d’Oran avaient « assimilé l’état de peste à l’état de siège », page 159), elle n'est en rien une adaptation du roman. Elle propose une autre approche du mal et de l'enfermement, mettant l'accent sur la terreur et ce qu'elle suscite : la peur et la lâcheté, mais aussi la révolte, au nom de la liberté et de l'amour. Alors que ‘’La peste’’ se déroule à Oran, ‘’L'état de siège’’ se passe à Cadix. Ce choix permit à Camus de :

- rappeler que l'Espagne, en 1948, était soumise à la dictature ;

- dessiner une fresque du peuple espagnol, dont il se sentait très proche, jusque dans sa tentation du néant, telle que la manifeste Nada, à travers son cri : « Vive rien ! », et son suicide final ;

- donner libre cours à son lyrisme et de faire de la terre d'Espagne, de ses parfums, de la passion qui l'habite, du vent et de la mer, les symboles vivants et expressifs de la révolte et de la liberté.

Le choix de l'Espagne lui fut reproché par Gabriel Marcel. Le philosophe catholique estimait que, puisque la pièce dénonçait le terrorisme d'État, le totalitarisme, il n'était pas courageux ni honnête de situer l'action en Espagne. Selon lui, alors qu’on était en pleine guerre froide, les pays de l'Est eussent été mieux indiqués. Camus s'indigna : on peut lire sa réponse dans ‘’Actuelles I’’. Les protagonistes ne ressemblent guère à ceux du roman, et Gabriel Marcel s'était étonné aussi qu’il ait donné un rôle odieux à l'Église, alors que, dans ‘’La peste’’, celui du père Paneloux ne l'était pas. La réponse fut que les évêques espagnols bénissaient les fusils des exécuteurs, tandis qu'il y eut des chrétiens, en France, sous l'Occupation, pour mener le juste combat. Cette polémique montre à quel point la sensibilité de Camus était à vif dès qu'il s'agissait de l'Espagne.

Cette pièce, écrite au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, montre ce qui se passe quand la peste prend le pouvoir dans un pays où rien ne bouge. C’est une allégorie de la mise en place d'un régime totalitaire par l'utilisation de la peur, une dénonciation du fonctionnement des régimes totalitaires en démontant le mécanisme de soumission de la peur. Dans la harangue de la Peste à ses administrés , elle déclare : « Si je règne, c’est à ma manière et il serait plus juste de dire que je fonctionne. » - « Moi je règne, c’est un fait, c’est donc un droit. Mais c’est un droit qu’on ne discute pas : vous devez vous adapter. » - « Vous allez apprendre à mourir dans l’ordre […] Vous serez dans la statistique et vous allez enfin servir à quelque chose. » - « L’homme est du bois dont on fait les bûchers. »

Camus, qui écrivait en 1946 : « Notre XXe siècle est le siècle de la peur », prônait le refus de la peur. C'est le fil directeur de l'œuvre qui montre en effet comment une collectivité (et non un individu, comme dans ‘’Caligula’’) réagit face au malheur. On peut y voir aussi une allégorie de la résistance à l'occupation allemande en France, de la résistance à la dictature, aux totalitarismes, de la révolte et de la liberté comme garde-fou contre la manipulation, la résignation, la soumission, la passivité. Camus pensait évidemment à la dictature d'Hitler, mais surtout à celle de Franco qui n’allait prendre fin qu'en 1975. Il voulut avant tout prévenir contre un éventuel retour de ce type de régime. Mais le discours est universel et concerne tous les êtres humains.

Qu'est-ce qui peut vaincre la peur, sinon l'amour? C'est-à-dire, dans un contexte politique, la solidarité. Par là, elle n'a rien perdu de son actualité.

Malgré son sujet grave, la pièce est légère car les traits des personnages sont exagérés, voire tournés en dérision (mais les interprétations peuvent varier). Elle est écrite dans un style lyrique, qui chante l'amour, la solitude de l'homme face à son destin, la communion d'une cité.
La conception dramatique rompait avec la tradition classique. Dans une forme proche des « autos sacramentales » espagnols, la pièce mêle la farce, l'allégorie, le monologue dramatique, le chœur lyrique, le tragique.

Travaillant en étroite collaboration, Camus et Jean-Louis Barrault construisirent un spectacle total, baroque, éclaté, avec une musique d'A. Honegger, un décor et des costumes de Balthus, et faisant appel à toutes les formes d'expression dramatique.

La pièce a été créée par la Compagnie Renaud-Barrault le 27 octobre 1948, au théâtre Marigny. Elle a été mal accueillie au départ par la critique, qui s'attendait à une adaptation du roman ‘’La peste’’. Ce fut un échec complet, dû en partie aux visées différentes de l'auteur et du. metteur en scène, et du fait qu’un tel genre de spectacle avait été rarement représenté, du moins en France. L’échec était d'autant plus retentissant qu'on attendait beaucoup de l'association d'un auteur et d'un metteur en scène tous deux au faîte de leur renommée, et que d'autres grands noms étaient associés à l'entreprise. Claudel la jugea ainsi : «Mauvaise pièce, confuse, déclamatoire, sans émotion. Une agitation frénétique qui fatigue sans impressionner. Rien de plus froid que ce symbolisme abstrait» (“Journal”, 27 octobre 1948).

Elle est restée l’une des moins connues de Camus qui en était pourtant fier. Dans la préface à l'édition américaine, il écrivit : « ‘’L'état de siège’’, lors de sa création à Paris, a obtenu sans effort l'unanimité de la critique. Certainement, il y a peu de pièces qui aient bénéficié d'un éreintement aussi complet. Ce résultat est d'autant plus regrettable que je n'ai jamais cessé de considérer que ‘’L'état de siège’’, avec tous ses défauts, est peut-être celui de mes écrits qui me ressemble le plus. » Il a parlé plusieurs fois de la modifier et, surtout, de la monter en plein air, ce qu'il rêvait de faire à Athènes.

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En novembre 1948, Camus prononça, à la salle Pleyel, une allocution où il manifesta son refus de l’exécution capitale à la fois comme sanction judiciaire et comme procédé politique. Elle allait être reprise dans ‘’Actuelles’’ sous le titre ‘’Le témoin de la liberté’’.

En juin-août 1949, il fit un voyage en Amérique du Sud.

Il fit jouer :

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Les justes

(1949)
Drame en cinq actes
En février 1905, à Moscou, dans la Russie tsariste, un groupe terroriste, formé de cinq militants du parti socialiste révolutionnaire, prépare un coup d'éclat : un attentat à la bombe contre la calèche du despotique grand-duc Serge, oncle du tsar Nicolas II. Préparation, jubilation, justification théorique («La liberté est un bagne aussi longtemps qu'un seul homme est asservi sur la terre » [acte I, scène 1] - «Mourir pour l'idée, c'est la seule façon d'être à la hauteur de l'idée. C'est la justification.» [acte I, scène 1]) Mais Kaliayev, qui doit lancer la bombe, constate que la calèche du grand-duc transporte également des enfants, le neveu et la nièce du prince. Assassiner des enfants ne fait pas partie de sa mission. Il est incapable de mettre le plan à exécution.

L'attentat n'a donc pas eu lieu (acte II). Ce qui pose un dilemme de taille : faut-il quand même poursuivre la mission, prendre la vie de ces deux jeunes innocents ou les épargner, tandis que, le même jour, des milliers d’enfants meurent de faim, victimes du despotisme? jusqu'où faut-il s'enfoncer dans le mal pour faire triompher le bien et abolir le despotisme? La tension monte entre les terroristes : Stepan qui place son idéal abstrait de justice absolue au-dessus de tout et de la vie même, qui pense qu'il n'y a pas de limites à l'action révolutionnaire, est en fait mené par la haine brutale de l'action et des blessures du passé. Kaliayev, le poète, venu à la révolution par amour de la vie, de la beauté, du bonheur, refuse d'«ajouter à l'injustice vivante pour une justice morte». Dora aime toujours avec autant de force Kaliayev. Alexis, vulnérable, est rongé par le doute et la peur alors que Boris doit prendre les décisions adéquates.

Deux jours plus tard, le plan fonctionne (acte III), et Kaliayev est emprisonné, se retrouve devant la justice et est condamné à la pendaison. Le chef de la police, par politique, et la grande-duchesse, par esprit religieux, essaient de le convaincre de demander sa grâce. Mais Kaliayev, qui leur oppose l'athéisme et l'honneur, pense que seule sa propre mort peut lui permettre de garder son innocence : «Si je ne mourais pas, c'est alors que je serais un meurtrier» ; il est de ces «coeurs extrêmes pour lesquels une vie est payée par une autre vie» (acte IV).

Bien que le chef de la police ait fait en sorte que l'on croie à la trahison de Kaliayev, ses compagnons le savent fidèle ; sa mort, dont les circonstances précises sont rapportées, est sa justilication. Dora l'a bien compris ; il n'est plus un meurtrier : «Il a suffi d’un bruit terrible, et le voilà retourné aux joies de l'enfance.» Dora, en accomplissant bientôt le même acte que lui, le rejoint dans la mort (acte V).
Commentaire
La pièce, remarquablement documentée, s'inspirait beaucoup d'événements qui se sont déroulés en février 1905, à Moscou, et de personnages authentiques.

Dans cette structure très classique, où s’impose un climat d'attente, la générosité de l'engagement l'emportant toutefois sur l'horreur du crime, l'austérité du sujet et du langage, la tension, sont tempérées par l’humanité des personnages, en particulier celle de Kaliayev, un jeune idéaliste mais amoureux de la vie, qui est aimé par Dora. Dans le «prière d'insérer», Camus nota qu’ils «n'ont pas guéri de leur cœur». Il a voulu présenter des terroristes qui éprouvent les sentiments de tout un chacun : la peur, l'amour, la pitié. Ce sont de jeunes révolutionnaires qui ne cherchent pas un gain personnel mais veulent changer des conditions de vie inacceptables, effarantes, désastreuses ; qui sont liés par un rêve collectif, un rêve qui est très porteur ; qui croient beaucoup à la vie mais acceptent de tuer ; qui commettent des actes terribles, mais se posent des questions sur le bien-fondé de leur action. Le grand talent de Camus, c'est de montrer les différentes facettes de cette implication idéologique. Il y a des motivations diverses, des visions différentes de ce que doit être l'acte terroriste. Il y a même des affrontements, mais jamais l'auteur ne donne raison à l'un ou à l'autre.

La pièce expose les justifications politiques, philosophiques et parfois amoureuses qui poussent les révolutionnaires à agir avec violence. Elle cerne les tourments et les angoisses qui découlent d'actions souvent courageuses même si elles sont condamnables.

La pièce permet d’essayer de comprendre ce qui motive des êtres humains à commettre des gestes aussi brutaux. Or on se pose rarement des questions de fond sur le terrorisme : la plupart du temps, on se limite à une réaction spontanée, qui se nourrit de peur ou d'ignorance, qui se contente de voir les terroristes comme des malades, des fous, des fanatiques... Camus s’interrogeait sur les motifs des terroristes qui veulent faire le bonheur du peuple (en Russie, au début du XXe siècle, le peuple crevait de faim) en le gagnant aussi contre lui. Ses personnages sont des intellectuels qui décident de prendre les armes. S’ils sont révoltés par le despotisme, s’ils font le sacrifice de leur bonheur et de leur vie, dans l'honneur et la douleur d'être des «justes», pour eux peu importent les moyens, leur idée devait triompher. Ils obéissent tous à cette loi qui autorise le terrorisme. Cependant, revendiquant la force du sacrifice et de l'honneur, ils font preuve d'éthique quand se pose un cas de conscience morale. La grandeur de Kaliayev tient notamment au fait qu’au moment d’exécuter l’attentat, il s’interdit de lancer la bombe parce qu’il risque de tuer le neveu et la nièce du prince.

Camus a toujours été obsédé par la souffrance et la mort des enfants innocents. Dans ‘’La peste’’, Rieux disait à Paneloux : « Je refuserai jusqu’à la mort d’aimer cette création où des enfants sont torturés. » Dans le domaine moral, le meurtre d’un enfant est pour lui un crime inexpiable. Dans le domaine métaphysique, la mort d’un enfant est un scandale qui l’empêcha de croire à une justice divine et à l’harmonie de la création (voir ‘’L’incroyant et les chrétiens’’ : « Je ne partage pas votre espoir et je continue à lutter contre cet univers où des enfants souffrent et meurent. » (‘’Actuelles’’, page 213).

La pièce se place donc d'emblée sur le terrain philosophico-politique pour mettre en scène l'affrontement entre deux conceptions de la révolution et de l'acte terroriste, pour aborder le thème de la responsabilité de l'individu. Camus délaissa sa conviction de l'absurde pour s’interroger sur les limites de l'action politique, pour poser un regard analytique sur l'idéologie terroriste. Il ne fut pas dogmatique : il exposa tous les points de vue. Face à l’oppression et à l’injustice s’impose la nécessité de l’action politique : il apparaît qu’un acte qui semble sans moralité n'est pas gratuit, qu'une forme d'oppression en est nécessairement la cause. Le terrorisme est présenté, analysé et soupesé comme un engagement généreux et sincère. Mais sont soulignées ses limites : peut-on aller jusqu'à tuer des enfants pour renverser l'injustice? Est absurde une lutte aveugle qui ne se préocupe pas des moyens qu'elle emploie quand elle se fait terroriste et qu'elle cible autant les innocents que les coupables de l'oppression. Est dénoncé un manichéisme qui fait qu’il est « tellement plus facile de mourir de ses contradictions que de les vivre.» Cependant, il apparaît que l'action politique peut aussi mener à une forme de rédemption salvatrice. Finalement, Camus pose ces questions : doit-on donner sa vie pour les générations à venir? la fin justifie-t-elle les moyens? Il définit le mal et le bien, et surtout cherche à justifier la recherche du bonheur. D’où la profonde richesse de cette pièce humaniste et humaine, tout simplement. C'est pour ces raisons opposées que ce texte est universel et qu'il inspire encore de nos jours, surtout quand le contexte s'y prête autant en raison du terrorisme.

Camus s'opposait vivement à Sartre, voulait bloquer idéologiquement la route à toute espèce de révolution qui implique forcément que des innocents y périront, autant dans un camp que dans l'autre. En lieu et place de la révolution, il proposait la révolte comme seul chemin possible vers la justice, ce qui reste une position philosophique individualiste, pas très loin de celle du concept de la volonté générale de Jean-Jacques Rousseau qu'il a exposé dans ‘’L’homme révolté’’.

La pièce a servi, et sert encore, à couvrir des menées idéologiques de toutes sortes qui se revêtent de sa sagesse pour se mettre de l'avant, se prétendree l'incarnation parfaite de la justice. Les événements que connut le monde au début du XXIe siècle permirent de constater l’actualité et la pertinence de la pièce et vinrent teinter la réflexion de Camus.
La pièce fut créée le 15 décembre 1949 au Théâtre Hébertot par Maria Casarès et Serge Reggiani. Elle ne remporta qu’un demi-succès. Elle a été publiée en 1950.

En 2008, à Paris, elle a été mise en scène par Antoine de Staël qui, pour mieux prouver que la violence n’a pas de visage et peut transformer tout un chacun, a choisi de confier aux femmes de la troupe le soin de jouer les hommes et inversement.

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Camus comprit que ses réalisations dramaturgiques n'étaient pas à la mesure de ses intentions. Pour le théâtre, il n’allait plus écrire que des traductions ou des adaptations scéniques d'auteurs admirés.

En 1949, il retrouva par hasard Maria Casarès et allait, pendant douze ans, se partager entre elle et son épouse.

Après divers voyages (en Algérie, en Amérique du Sud) et séjours (sur la Côte d'Azur, dans les Vosges) jalonnant une nette dégradation de son état de santé, il publia :

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